‹ Œuvres de BeaumarchaisChapitre 264 sur 319 · SCÈNE PREMIÈRE. — LA COMTESSE, SUZANNE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE. — LA COMTESSE, SUZANNE

la comtesse. — Je n';ii pu rien tirer de cette enfant. — Ce sont des pleurs, des étoufferaents!... Elle se croit des torts envers moi, m'a demandé cent fois pardon; elle veut aller au couvent. Si je rapproche tout ceci de sa conduite envers mon fils, je présume qu'elle se reproche d'avoir écouté son amour, entretenu ses espérances, ne se croyant pas un parti assez considérable pour lui. — Charmante délicatesse! excès d'une aimable vertu! M. Bégearss apparemment lui en a touché quelques mots qui l'auront amenée à s'affliger sur elle! car c'esl un homme si scrupuleux el si délirai sur l'honneur, qu'il s'exagère quelquefois, et se fait des fantômes où les autres ne voient rien.

Suzanne. — J'ignore d'où provient le mal : mais il se passe ici d"s choses bien étranges! Quelque démon y souffle un feu secret. Notre maître est sombre à périr; il nous éloigne tous de lui. Vous êtes sans cesse à pleurer. Mademoiselle est suffoquée; monsieur votre lils désolé!... M. Bégearss lui seul, imperturbable comme un dieu, semble n'être affecté de rien, voit tous vos chagrins d'un œil sec...

la comtesse. — Mon enfant, son cœur les partage. Hélas! sans ce consolateur, qui verse un baume sur nos plaies, dont la sagesse nous soutient, adoucit toutes les aigreurs, calme mon irascible époux, nous serions bien plus malheureux!

Suzanne. — Je souhaite, madame, que vous ne vous abusiez pas.

LA COMTESSE. — Je l'ai vue autrefois lui rendre plus de justice. (Suzanne baisse les yeux. Au reste, il peut seul me tirer du trouble OÙ

cette enfant m'a mise. Fais-le prier de descendre chez moi. Suzanne, — Le voici qui vient à propos; vous vous ferez coiffer

plus lard. (Elle suri.)

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