SCÈNE VII. — MADAME MURER, EUGENIE, LE COMTE a posé son
épée sur le fauteuil le plus près de la porte: Betzy lient une lumière, elle rallume les bougies sur la table, et se retire ensuite.
madame mirer attirant Eugénie à elle. — C'est trop résister, Eugénie, je le veux absolument.
le comte d'un air empressé. — J'arrive l'effroi dans lame. Un billel que j'ai reçu ce soir m'a glacé le sang : el les deux heures qui ont précédé ce moment ont été les plus cruelles de ma vie.
madame mirer fièrement. — Ce n'est pas votre exactitude qu'il faul défendre.
le comte. — Quel sombre accueil! A quoi dois-je l'attribuer?
MADAME MURER indignée. — Descendez dans Votre cil'lir.
le comte. — Que dites-vous? Ces vains bruits de mariage
auraient-ils opéré ?
EUGÉNIE vivement à elle même. — Affreuse dissi milUl lion !
MADAME MURER lui fermant la bouche de sa main. — .Yépuisez. pas le
reste de vos forces, ma chère nièce, [au comte.) Ainsi, tout ce qu'on
rapporte à ce SUJet n'est donc qu'un faux bruit, i Eugénie s'assied et couvre son visajre de smi mouchoir.
le comte moins ferme. — Daignez revenir sur le passé, el jugez vous-même : comment se pourrait-il?...
MADAME MURER l'examinant. — VOUS Volts troublez... LE comte troublé. — Si je ne suis pas cru. j'aurai pour moi... j'invoquerai les bontés de ma chère Eugénie.
7 2 EUGENIE
madame MURER froidement. — Pourquoi n'osez-vous l'appeler votre femme .'
Eugénie, le-mèmè. — Qui m'aurait dit que mon indigna-
tion pûl s'accroître encore !
le comte absolument déconcerté. — En vérité, madame, je ne conçois rien à ces étranges discours.
madame murer avec fureur. — Démens donc, vil corrupteur, le témoignage de tes odieux complices; démens celui de ta conscience qui imprime sur ton front la difformité du crime confondu :
li>! i Elle lui donne la lettre de Williams. Le çomle la lit. Madame Murer le regarde avec attention pendant qu'il lit.;
LE COMTE a lu. et dit à part. — TOUl est COnnU.
madame mirer. — 11 reste anéanti.
le comte hésitant. — Je le suis en effet; et je dois m'accuser puisque toutes les apparences me condamnent. Oui, je suis coupable. La frayeur de vous perdre, el la crainte d'un oncle trop puissant m'onl fail commettre la faute de m'assurer <!<■ vous par des voies illégitimes: mais je jure de tout réparer.
madame mirer à part. — El plus toi que lu ne crois.
le comte plus vile. — Vous fûtes outragée, sans doute, Eugénie; tuais votre vertu en est-elle moins pure? a-t-elle pu souffrir un instanl de mon injustice? Un profond secrel mel votre honneur à couvert; el si vous daignez accepter ma main, à qui aurai-je fail tort qu'à moi? L'amant et l'époux ne se confondront-ils pas aux yeux de mon Eugénie? Ah! l'égarement 11*1111 jour, une fois pardonné, sera suivi d'un bonheur inaltérable.
EUGÉNIE se lève, et le regarde avec dédain. — 0 le plus faUX des IlOlUmCS !
fuis loin de moi. .l'ai en horreur tes justifications. N'a jurer aux pieds d'une autre femme des sentiments que tu ne connus jamais. .le ne veux t'appartenir à aucun titre : je sais mourir. Elle entre dans
sa chambre.
M \HAME MURER au comte, en entrant après elle et emportant la lumière. —
L'abandonnerez-vous en cet état affreux?
LE COMTE avec chaleur. — .\oll. je la Sllis.