‹ Œuvres de BeaumarchaisChapitre 68 sur 319 · SCÈNE II. — FIGARO, LE COMTÉ, caché · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — FIGARO, LE COMTÉ, caché

FIGARO, une guitare ~ur le dos, attachée on bandoulière avec un large raban :

il chantonne gaiement, un papier et un crayon à la main.

Bannissons le chagrin.

Il nous consume :

Sans le feu du bon vin.

Qui nous rallume, Réduit à languir.

L'homme -ans plaisir Vivrait comme un sol.

Ht mourrait bientôt.

Jusque-là, ceci m- vas pas mal, hein! hein!

Et mourrait bientôt.

Le vin el la paresse Se disputent mon cœur.

Eh non! ils ne se le disputent pas, il- y régnent paisiblement

ensemble...

Se partagent... mon cour.

Dit-on >o partagent?... Eh mon Dieu! nos faiseurs d'opéras comiques n'y regardent pas de si près. Aujourd'hui, ce qui ne vaut pas la peine d'être dit, on le chante, n chante.)

Le vin et la paresse Se partagent mou cœur.

Je voudrais finir par quelque chose de beau, de brillant, de scintillant, qui eût l'air d'une pensée, Il met un genou en terre et écrit en chantant.

Se partagent mon cour.

Si l'une a ma tendresse...

L'autre fait mon bonheur.

Fi donc! c'est plat. Ce n'est pas ça... Il me faut une opposition, une anthithêse :

Si l'une... esl ma mai tresse.

L'autre...

Eh ! parbleu ! j'y suis...

L'autre est mon serviteur.

Fort bien, Figaro! Il écrit en chantant.)

Le s in et la paressé Se partagent mon cœur; Si l'une est ma maîtresse, L'autre est mon serviteur.

L'autre es"! mon sen iteur, L'antre esl mon serviteur !

Hein! hein! quand il y aura des accompagnements là-dessous, nous verrons encore, Messieurs de la cabale, si je ne sais ce que je dis. 11 aperçoit le comte. i J'ai vu cet abbé-là quelque part. Use relève.

le comte, a pari. — Gel homme ne m'esl pas inconnu.

figarû. — Eh non, ce n'est pas un abbé ! Cet air altier el noble...

le comte. —Cette tournure grotesque....

figaro. — Je ne me trompe point; c'est le comte Almaviva.

le comte. — Je crois que c'est ce coquin de Figaro!

figaro. — C'esl lui-même, monseigneur.

le comte. — Maraud! si tu dis un mot...

figaro. — Oui, je vous reconnais; voilà les bontés Familières dont vous m'avez toujours bonoré.

le comte. — Je ne te reconnaissais pas, moi. Te voilà si gros el si gras...

figaro. — Que voulez-vous, monseigneur, c'est la misère.

le comte. — Pauvre petit! Mais que fais-tu à Séville? Je t'avais autrefois recommandé dans les bureaux pour un emploi.

figaro. — Je l'ai obtenu, monseigneur, et ma reconnaissance...

le comte. — Appelle-moi Lindor. Ne vois-tu pasà mon déguisement que jeveux être inconnu?

figaro. — ■]>- me retire.

le comte. — Au 'contraire. J'attends ici quelque chose, et deux hommes qui jasent sont moins suspects qu'un seul qui se promène. Ayons l'air de jaser. Eh bien! cel emploi?

figaro. — Le ministre, ayant égard à la recommandation de Votre Excellence, me lit nommer surJe-champ garçon apothicaire.

le comte. — Dans les hôpitaux de l'armée?

figaro. — Non; dans les baras d'Andalousie.

LE COMTE, riant. — Beau début.

FIGARO. — Le poste n'était pas mauvais, parce qu'ayant le district des pansements el des drogues, je vendais souvent aux hommes de bonnes médecines de cheval...

le comte. — Qui tuaient les sujets du roi.

figaro. — Ah! ali! il n'y a poinl de remède universel, mais .jui n'ont pas laissé de guérir quelquefois des Galiciens, des Catalans, des Auvergnats.

le comte. — Pourquoi l'as-tu quitté?

figaro. — Quitté?c'est bien lui-même; on m'a desservi auprès des puissances.

L'envie aux doigts crochus, au teint pâle el livûle...

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