‹ Œuvres de Blaise Pascal; publiées suivant l'ordre chronologique, avec documents complémentaires, introductions et notesChapitre 101 sur 191 · Cf. cette citation de Saint Augustin, infra p. 197 sq · texte numérisé non relu

Cf. cette citation de Saint Augustin, infra p. 197 sq

2. Rapprocher de tout ce développement l'écrit cité supra p. 128 sqq. ; les textes de Saint Paul cités ci-dessous s'y trouvent étudiés.

Dieu. Car, comme dit saint Augustin, Dieu ne nous sauve point sans nous ; et si nous voulons nous garderons ses Commandemens ; et il dépend du mouvement de nostre volonté de mériter et de démériter. De sorte que, si on demande pourquoy un adulte est sauvé, on a droit de dire que c'est parce qu'il l'a voulu ; et aussi de dire que c'est parce que Dieu l'a voulu. Car si l'un ou l'autre ne l'eust pas voulu, cela n'eust pas esté. Mais encore que ces deux causes ayent concouru à cet effet, il y a pourtant bien de la différence entre leur concours, la volonté de l'homme n'estant pas la cause de la volonté de Dieu, au lieu que la volonté de Dieu est la cause et la source et le principe de la volonté de l'homme, et qui opère en luy cette volonté. Dételle sorte, qu'encore qu'on puisse attribuer les actions, ou à la volonté de l'homme, ou à la volonté de Dieu, et qu'en cela ces deux causes semblent y concourir également, néanmoins, il y a celte entière différence, qu'on peut attribuer l'action à la seule volonté de Dieu, à l'exclusion de la volonté de l'homme ; au lieu qu'elle ne peut jamais estre attribuée à la seule volonté de l'homme à l'exclusion de celle de Dieu.

Car quand on dit que l'action vient de nostre volonté, on considère la volonté humaine comme cause seconde, mais non pas comme première cause; mais quand on cherche la première cause on l'attribue à la seule volonté de Dieu, et on exclud la volonté de l'homme. C'est ainsi que S1 Paul

ayant dit: J'ay travaillé plus queux tous, il ajouste : Non pas moy, c'est-à-dire, Je n'ay point travaillé, mais sa grâce qui est avec moy a travaillé. Par où on void qu'il attribue son travail à sa volonté, et qu'il le refuse à sa volonté suivant qu'il en cherche ou la cause seconde, ou la première cause; mais jamais à soy seul; au lieu qu'il la donne aussi à la grâce seule, Et que c'est en parlant proprement qu'il le donne à la seule grâce. C'est ainsi qu'il dit : Je vis non pas moy, mais Jesus-Christ en moy. Il dit donc Je vis, et il ajoute Je ne vis pas. Tant il est vray que la vie est de luy, et qu'elle n'est pas de luy, suivant qu'il en veut marquer ou la cause première ou la cause seconde. Mais, à proprement parler, il attribue cette vie à Jesus-Christ, et jamais à luy seul.

Voilà l'origine de toutes ces contrarietez apparentes, que l'Incarnation du Verbe qui a joint Dieu à l'homme, et la puissance à l'infirmité, a mises dans les ouvrages de la grâce.

Vous ne vous étonnerez pas après cela de voir dans S1 Augustin de ces contrarietez pareilles à celles de l'Ecriture. Je ne vous en marqueray qu'un ou deux des principaux ^endroits], comme celuy-cy : Cette lumière ne repaist pas les yeux des animaux brutes, mais les cœurs purs de ceux qui croient à Dieu, et qui se convertissent de l'amour des choses visibles, à l'accomplissement des préceptes : Ce que tous lés hommes peuvent, s'ils le veulent.

i. Mot ajouté par Bossut.

ÉCRITS SUR LA GRÂCE i85

Qui ne croiroit qu'en cela S1 Augustin est d'accord avec Pelage? Car cet hérétique n'a jamais rien dit de plus formel pour les forces de la liberté. Et cependant S1 Augustin trouve cette expression si équivoque, qu'il juge qu'elle peut avoir un sens Hout contraire à sa prétention : mais parce qu'elle est aussi capable d'un mauvais sens, il la retracte et la retouche en cette sorte en ses Rétractations, ch. 10. Que les nouveaux hérétiques Pelagiens ne pensent pas que cela lés favorise : cela est entièrement véritable que tous les hommes le peuvent, s'ils le veulent, mais la volonté est préparée par le Seigneur, et est augmentée par le don de la charité : en sorte qu'ails le puissent], ce que je navois pas dit en cet endroit, parce que cela n'y estoit pas nécessaire à la question. Par où l'on voit en passant, quand il est échappé à S1 Augustin des expressions de cette sorte, en des occasions où il n' estoit pas nécessaire de les expliquer, combien il est ridicule de détourner ces termes équivoques aux sens tout contraires à ses principes ; et l'on voit dans le fonds que le sens Catholique de ses parolles, qu'on peut garder les Commandemens si on le veut, est qu'au cas que le don de la Charité nous en donne le pouvoir.

Cet autre endroit est de la mesme sorte : Personne ne peut faire le bien s'il ne change sa volonté, ce que

i . Bossut corrige en très conforme, mais il faut comprendre : a tout contraire à la prétention de Pelage. »

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