‹ Œuvres de Blaise Pascal; publiées suivant l'ordre chronologique, avec documents complémentaires, introductions et notesChapitre 100 sur 191 · Cf. ce texte de S1 Prosper, supra p · texte numérisé non relu

Cf. ce texte de S1 Prosper, supra p

3. Trias, lib. II, c. 3, art. XXI, [p. 180]. Aug. 1. de grat. et lib. arb. [sic], c. i5 et 16. Magnum aliquid Pelagiani se scire putant, quando dicunt : Nonjuberet Deus quod sciret non posse ab homine fieri. Quis hoc nesciat ? sed ideo jubet aliqua quse non possumus, ut noverimus quid ab illo petere debeamus. Ipsa enim est Jîdes, quœ orando impetrat quod lex imperat.

(Aug., Decorrept. et grat. c. 31 .) 0 homme, reconnois dans le précepte ce que tu dois : dans la correction, que c'est par ton vice que tu ne le fais pas ; et dans la prière, d'oà tu peux en avoir le pouvoir !

(Aug., De perfect, justit. respon. ad ratiocin. xi., cap. v 2.) Car la Loy commande, afin que V homme, sentant qu'il manque de force pour l'accomplir, ne s'enfle pas de superbe, mais estant fatigué, recoure à la grâce, et qu'ainsi la Loy V épouvantant le mené à l'amour de Jésus- Christ.

(Aug. de perf. justit. c. 203.) Saint Augustin rapportant l'objection de Celestius qui est telle : Que les commandemens ne sont pas impossibles, mais au contraire faciles, [comme] il paroist par le Deuteronome : « Et Dieu se convertira pour manger avec toy, comme il a fait avec vos Pères, si vous entendez la voix du Seigneur vostre Dieu, pour garder et faire tous ses commandemens et ses justices, et ses commandemens qui sont écrits dans le livre de cette Loy :

1. Trias, ibid. [p. 178J. Adrumetini Monachi apud Aug. 1. de corr. et grat. cap. 3. 0 homo, in prxceptione cognosce, quid debeas habere : in correptione cognosce, tuo te vitio non habere : in oratione cognosce, unde accipias quod vis habere.

2. ibid., lib. II, c. 3, art. XXIII, [p. 182]. Aug. lib. de perf. just. Resp. ad ratiocin. 11. c. 5. Ad hoc enim lex ista prœcepit, ut cumin his implendis homo defecerit, non se extollat superbia tumidus, sed ad gratiam confugiat fatigatus : ac si eum lex terrendo, ad Christum diligendum psedagogi perducat officio.

3. ibid., c. 7, art. X. Explanantur testimonia Scripturse qux mandata Dei gratia non esse testantur : levia sunt amori, gravia timori. [p. 272]. (Celestius Object. Deut. 3o. 3.). Quod Dei mandata, inquit, non modo impossibilia non sint, verum ne gravia quidem. In Deuteronomo : Et convertetur Dominus Deus tuus epulari in te super bonis, sicut epulatus est super patres tuos, si audieritis

Si tu le convertis au Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton ame. Car ce commandement que je te donne aujourd'huy, n est point pesant, ni loin de toy. Il nest point au Ciel afin que tu dies : Qui montera au Ciel et nous rira quérir, afin que nous le fassions : Il nest point au delà de la mer afin que tu dies : Qui la passera pour nous l'apporter ? car la parole est contre toy et dans ta bouche pour la faire, dans ton cœur et dans tes mains. » Ainsi le Seigneur dit dans VEvangile : « Venez à moy vous tous qui estes chargez, et je vous soulageray. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moy que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez repos à vos âmes, car mon joug est doux et ma charge légère. y> Ainsi dans VEpistre de

vocem Domini Dei vestri, custodire et facere omnia mandata ejus, et justitias et judicia quae scripta surit in libro legis hujus : Si conversus fueris ad Dominum Deum tuum ex toto corde tuo, et ex tota anima tua, quia mandatum hoc, quod ego mando tibi hodie, non est grave, neque longe à te est. Non est in caelo, ut dicas, quis ascendet in caelum, et acopiat illud nobis, et audientes faciamus ? Non est trans mare, ut dicas, quis transfretabit mare et accipiet illud nobis, et audientes faciamus ? Juxta te est enim verbum in ore tuo, in corde, et in manibus tuis facere illud. Item Dominus in Evangelio (Mat. il. 28.) Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis, et ego vos requiescere faciam. Tollite jugum meum super vos et discite a me, quia mitis sum et humilis corde, et invenietis requiem animabus vestris : jugum enim meum suave est, et onus meum levé. Item in Epistola sancti Joannis : Hase est charitas Dei, ut mandata ejus observemus, et mandata ejus gravia non sunt (Aug. Solutio.) His auditis legiiimis et Evangelicis, et Apostolicis teslimoniis œdijîcemur ad gratiam, quam non intelligunt, qui ignorantes Dei justitiam et suam volentes constituere, justitiae Dei non sunt subjecti (Rom. 10. 3.) Si enim non iniellig uni illud in Deuteronomo, quemadmodum Apostolus Paulus commemoraverit, ut corde credatur ad justitiam, ore fiât confessio ad salutem (Rom. 10. 10.) quia non estopus sanis medicus, sed maie habentibus (Mat. 9 12.) : isto certe Joannis Apostoli testimonio, quod 2e série. VIII n

Saint Jean : « C'est la charité de Dieu que vous gardiez ses commandemens et ses commandemens ne sont point pesans. » Sur quoy Saint Augustin repond de la sorte : Apres avoir entendu ces témoignages légitimes, Evangeliques et Apostoliques, soyons en édifiez pour la grâce, laquelle n'entendent pas ceux qui, ignorans la justice de Dieu et voulant établir la leur, n'ont point esté soumis à la justice de Dieu. Car s'ils n'entendent point ce qui est dit dans le Deuteronome, comme t'Apostre S1 Paul a dit, afin qu'on croye de cœur à la justice et qu'on le confesse de bouche pour estre sauvé, parce qu'il nest pas besoin de médecin à ceux qui sont sains, mais aux malades. Au moins ils doivent estre avertis par ce passage de saint Jean qu'il a cité le dernier, que les commandemens de Dieu ne sont point difficiles et pesans à la charité de Dieu, laquelle n'est répandue dans le cœur que par le Saint- Esprit.

Il seroit inutile d'en rapporter plus de passages. Il ne faut qu avoir une légère teinture des principes de ce Père pour sçavoir que quand il dit que les Commandemens ne sont pas impossibles, il l'entend en ce sens, sçavoir qu'ils ne sont pas impossibles à la Charité, laquelle peut estre répandue dans le cœur par le Saint-Esprit: au lieu que ses adversaires pretendoient qu'ils n'estoient pas impossibles à

ad istam sententiam ultimum, ubi ait : Haec est charitas Dei, ut mandata ejus servemus, et mandata ejus gravia non sunt (i. Joan. 5. 3.) debent utique commoneri, charitati Dei non esse grave mandalum Dei, quse non nisi per Spiritum sanctum diffunditur in cordibus nostris (Rom. 5. 5.)-

l'homme en cet autre sens, sçavoir qu'il avoit toujours la force pour les accomplir, ou d'en demander le moyen à l'instant futur.

Je croy que cela suffît pour vous faire voir que le Concile a établi la possibilité des Commandemens en ce sens seul, qu'ils ne sont pas impossibles à la Charité, puisque cela paroist et par les propres termes du Concile, et par sa preuve, et par sa conclusion et par ses canons et par le sens que saint Augustin luy-mesme donne à ses propres paroles que le Concile n'a empruntées que dans ce mesme sens. Il reste maintenant à examiner quel est le sens du Concile touchant la possibilité des Commandemens pour l'avenir, et quel estceluy du reste des Pelagiens sur ce sujet.

Il suffîroit pour n'en dire que ce qui est nécessaire, de citer le canon XXII. du Concile qui déclare anatheme celuy qui dit que le Juste peut persévérer sans un secours spécial de Dieu1 ; mais parce que je veux traitter cette matière en sorte qu'il ne vous en reste plus jamais aucun scrupule, je m'y etendray davantage.

Remarquez donc que toutes ces questions ne sont qu'une mesme :

Si les Justes au premier instant de la justice, ont le pouvoir prochain d'accomplir les préceptes dans l'instant suivant.

Si tous les Justes, dans le premier instant de

i. Vide supra p. 108.

leur justice, ont le pouvoir prochain d'y persévérer (car accomplir les Commandemens à l'avenir et persévérer n'est qu'une mesme chose).

Cette question est encore pareille : Si les Justes ont, pendant qu'ils sont Justes, le pouvoir de persévérer dans la prière, et dans le désir, seulement dans l'instant prochain (car, s'ils ont le pouvoir de persévérer dans îa demande de la justice, ils ont aussi celuy de persévérer dans la justice mesme, puisqu'il est infaillible par les promesses de l'Evangile qu'ils obtiennent ce qu'ils demandent par la grâce, et, comme une de ces propositions est condamnée d'anatheme par le Concile, il est visible que l'autre l'est aussi).

Cette question aussi n'est point différente des précédentes :

Si Dieu ne laisse jamais un Juste sans la grâce nécessaire pour prier dans l'instant suivant, sans que ce Juste ait auparavant laissé Dieu par quelque péché, pour le moins véniel?

Car si Dieu ne refuse jamais cette grâce de prier dans l'instant suivant, aux Justes qui n'ont pas encore péché, il est visible qu'on peut dire de chaque Juste qu'il est en son pouvoir de persévérer à prier, puisque Dieu luy donne toujours la grâce prochainement suffisante pour la prière future, et partant, par les promesses de l'Evangile, il obtiendra toujours l'effet de sa prière. Donc le pouvoir de persévérer dans la prière, enfermant le pouvoir de persévérer dans la justice, chaque Juste aie pouvoir

de persévérer dans la justice sans un secours spécial, mais par un secours commun à tous les Justes, ce qui est directement contre le Concile. Et qu'on ne prétende pas s'échapper en disant qu'il est moralement impossible que le Juste persévère sans péché véniel et qu'ainsi il perdra ce pouvoir en péchant veniellement, et par conséquent qu'il ne persévérera pas sans un secours spécial. Cette défaite est inutile, car le Concile condamne d'anatheme ceux non seulement qui disent que le Juste persévère dans la justice sans un secours spécial, mais mesme ceux qui disent que le Juste a le pouvoir de persévérer dans la justice sans un secours spécial. Et par conséquent le Concile a aussi condamné d'anatheme cette dernière proposition.

On doit dire la mesme chose à ceux qui abusent des passages équivoques de saint Augustin, au lieu de les expliquer par les univoques. Je ne m'arresteray pas à ceux qui sont foibles, comme à ceux-cy : Jamais l' homme ne prévient Dieu ; el : la bonne volonté de Vhomme précède beaucoup de dons de Dieu (Aug. Enchir. cap. 32.), car il s'en explique trop clairement luy-mesme à l'endroit d'où ces dernières paroles sont tirées. La bonne volonté de l'homme précède beaucoup de dons de Dieu, mais non pas tous. Et elle est elle mesme entre ceux quelle ne précède point. Car l'un et l'autre se lit dans l'Ecriture : et « sa miséricorde me préviendra » , et « sa miséricorde me suivra ». // prévient celuy qui ne veut pas, pour faire qu'il veuille et il suit celuy qui veut, pour faire qu'il ne veuille pas en vain*.

3 La véritable cause de toutes ces différentes expressions est que toutes nos bonnes actions ont deux sources : l'une, nostre volonté, l'autre, la volonté de

i. Ms. \i[\(\§, fos 727 à 733 ; publié par Bossut, Lettre... (2e section) pp. ^23 à 432.

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