Hier, ad Ctesiph.; cf. supra p
hommes sont contraints nécessairement et inévitablement à pécher; puisqu'ils y estoient obligez, autant pour convaincre l'erreur de ceux qui les soûtenoient, que pour confondre la calomnie de ceux qui les leur imputoient1 ;
Et qu'ainsi cette Proposition qu'ils ont esté forcez d'établir, que les Commandemens ne sont pas impossibles, ne soit autre chose que la négative de celle-
i. Ici se trouve dans le manuscrit une page barrée, avec cette indication marginale deux fois répétée : bon ailleurs, de la même main que la copie, et selon le procédé employé par le copiste quand il reproduit les notes de Pascal. A. une croix placée ici, correspond une autre croix qui précède le passage : Et qu'ainsi... Voici le texte barré : « Car ce n'est pas une chose nouvelle que les hérétiques ayent attribué aux Catholiques et les erreurs et le nom des hérétiques opposez. Ce n'est pas une chose surprenante, dit saint Augustin, que ceux qui se séparent de l'Eglise luy donnent ces noms nouveaux ; les autres l'ont fait de mesme, quand ils s'en sont séparez comme eux [l. i. Oper. imper f. n. 7. cf. supra p. 123].
« C'est un artifice ordinaire et commun à tous ses ennemis. Les Luthériens l'ont suivi dans ces derniers tems. Ils ont imposé aux fidelles le nom de Pelagiens, comme les Pelagiens leur donnoient celuy de Manichéens, c'est à dire de Luthériens. Mais l'Eglise n'est point ébranlée par toutes ces agitations. Et soustenant dans son immobilité la puissance de la grâce contre ceux qui la nient, et la liberté de la volonté contre ceux qui la détruisent, elle apprend aux uns que la grâce ne ruine pas le libre arbitre, mais au contraire qu'elle le délivre, et aux autres que la coopération de la volonté n'oste rien à l'efficacité de la grâce parce qu'elle en est elle-mesme un effet.
« Et ainsi il est manifeste qu'opposant toutes les veritez dont elle est dépositaire aux faussetez dont l'Enfer qui ne peut prévaloir contre elle, essaye en vain de les corrompre, on ne doit pas prétendre qu'elle ruine quelques points de la foy par les autres : Ny que les Pères ayent nié le libre-arbitre par les passages si formels de l'efficacité de la grâce, selon la prétention de Luther, ny qu'ils ayent ruiné la grâce par ceux du libre arbitre, puisque ces deux choses subsistent dans un accord parfait, et que le défaut [de cette connoissance est ce qui suscité ces erreurs contraires, Car, etc. etc. »
cy qu'on leur imposoit, Que les Commandemens sont absolument impossibles ; Et qu'ainsi, elle n'exclut que ce seul sens, et qu'elle n'exprime autre chose, sinon, Qu'il n'est pas impossible que les hommes observent les Préceptes.
Dernier moyen1.
On void assez par tant de preuves que les Manichéens et les Luthériens estoient dans une erreur pareille touchant la possibilité des Préceptes ; Et qu'encore qu'ils différassent en ce que les uns attribuoient à une nature mauvaise et incorrigible ce que les autres imputent à la corruption invincible de la nature, ils convenoient néanmoins dans ces conséquences, Que le libre arbitre n'est point dans les hommes ; qu'ils sont contraints à pécher par une nécessité inévitable : et qu'ainsi les Préceptes leur sont absolument impossibles. De sorte que ne différant que dans les causes, et non pas dans l'effet, qui est le seul dont il est question en cette matière, on peut dire avec vérité que leurs sentimens sont semblables touchant la possibilité, et que les Manichéens estoient les Luthériens de leur temps, comme les Luthériens sont les Manichéens du nostre.
Qui sera donc si aveuglé que de ne pas recon-
i . Cette indication est donnée au manuscrit. Cependant le développement qui suit n'est que la conclusion de la preuve du 3e point et ne correspond pas au 3e moyen indiqué au début du fragment. Bossut a supprimé ce titre.
noistre que les Pères autrefois, et le Concile de Trente en ces derniers temps, ont eu une obligation pareille et pareillement indispensable d'opposer à ces sentimens impies celuy dont nous traittons, que les Commandemens ne sont pas impossibles, au sens de ces hérétiques ?
Aussi il n'y a personne qui juge de cette question avec sincérité qui ne reconnoisse une vérité si évidente ; et tous ceux qui en ont écrit avec froideur l'ont témoigné par leurs écrits, dont il seroit aisé de rapporter plusieurs passages. Mais je me contenteray de celuy-cy d'Estius qui montre tout ensemble et que les Anciens Pères n'ont refuté cette impossibilité qu'au sens des Manichéens, et pour se défendre des reproches des Pelagiens ; Et que le Concile de Trente ne la fait de mesme qu'au sens des Luthériens, ce qui est tout le sujet de ce point qui est déjà trop eclaircy et que je finiray par ces paroles1 :
Or cette proposition que Dieu commande des choses impossibles aux hommes, es toit imputée avec
i. Le manuscrit donne en note le texte d'Estius : Porro eamsententiam, qua diciiur impossibile aliquid a Deo homini prœceptum, Pelagiani Catholicisodiose impingebant, et Catholici studiosè à se repellebant, qubd ea ad hœresim Manichœorum pertineret, ponentium hominem, propter naturam malam ex qua compositus esset, non posse peccatum vitare. Hoc autem ita damnatum Catholicis, ut non tantum ex malo principio, cujusmodi re verâ nullum est, verhrn etiam ex corruptione naturœ j'actâ per Adam, negent homini simpliciter impossibile esse ut legem Dei impleat, quod quum naturœ et legi impossibile est, possibile facit, immô et prsestat gratia Dei per Christum. Hujus dogmatis dejinitionem, et claram interpretationem videre licet in Synodo Tridentinâ, sess. 6, cap. 1 1, et can. 18. Estius, lib. 3. distinct. 2j. p. 6.
aigreur par les Pelagiens aux Catholiques, et les Catholiques la repoussoient avec autant d'ardeur parce qu'elle appartient à la doctrine des Manichéens qui soûtenoient que les hommes ne peuvent éviter de pécher, à cause de la mauvaise nature dont ils sont composez. Et les Pères ont condamné cette opinion, en telle sorte qu'ils ont nié cette impossibilité simple d'observer les Préceptes, soit qu'on l'attribuast à ce mauvais principe, qui n'est point en effet, soit à la corruption de la nature arrivée par Adam : Parce qu'encore que l'observation des Préceptes soit impossible à la Nature et à la Loy, néanmoins la grâce de Jesus-Christ la rend possible, et mesme l'accomplit. Et Von peut voir cette doctrine définie et clairement expliquée dans le Concile de Trente, sess. 6. chap. 1 1 , et can. 18.
IIP
Du véritable sens de ces paroles des Saints Pères et du Concile de Trente : Les Commandemens ne sont pas impossibles aux justes.
Apres avoir si clairement montré que le véritable sens du Concile de Trente touchant la possibilité des Préceptes, est qu'ils sont possibles avec la grâce et impossibles sans la grâce, Et que le secours de la grâce qui les rend possibles, de ce plein et dernier pouvoir auquel il ne manque rien de la part de Dieu pour agir, est présent aux Justes ou absent selon qu'il plaist à Dieu, qui ne le doit à personne, de le donner ou de le retirer, selon les loix impénétrables de sa sagesse, il paroistra sans doute étrange qu'on voye icy traitter cette question particulière du sens d'un seul passage détaché, Que les Commandemens ne sont pas impossibles aux Justes, qui est si manifeste de luy-mesme, puis qu'il signifie simplement qu'il n'est pas impossible que les Justes n'accomplissent les préceptes, parce qu'il n'est pas impossible
I. Ms. 12449, fos 65i-652 ; la première partie seule a été publiée par Bossut et constitue dans son système le début d'une Dissertation, pp. 464 à 465. — Il semble en effet qu'il faille voir dans ce fragment deux développements séparés, le premier étant une autre version de l'introduction du fragment II (cf. supra p. 263); le second rappelant les idées du Second Moyen (cf. supra p. 266).
que Dieu leur en donne le pouvoir, comme pretendoient les Luthériens.
Mais ce qui oblige à cet éclaircissement est la résistance que font à la vérité ceux qui sont prévenus de cette fausse doctrine, que Dieu donne toujours aux Justes le secours nécessaire, et auquel il ne manque rien de sa part pour accomplir les Préceptes, laquelle ils veulent faire passer pour estre celle du Concile et des Pères, sur cet unique fondement, que les Pères et le Concile ont dit que les Commandemens ne sont pas impossibles aux Justes.
Pour renverser cet unique appuy de leur sentiment, il faut déclarer nettement lestât de la question, et les moyens qui seront employez à la résoudre.
Section seconde.
De l'objet du Concile de Trente et des SS. Pères dans cette décision : Que les Commandemens ne sont pas impossibles aux Justes.
L'objet du Concile de Trente dans cette Décision ne peut estre révoqué en doute. On sçait assez que, l'Eglise estant alors assemblée contre Luther, elle entreprit dans cette sixième session son erreur touchant la Justification, et que dans le chapitre n. elle eut pour objet de combattre ces deux erreurs, Que les Justes sont dispensez de l'obervation des Préceptes, et cet autre qui en estoit le fondement :
Que les Commandemens sont impossibles aux Justes1.
Cela estant, il seroit inutile d'en rapporter des preuves et ridicule d'en demander, la chose estant claire d'elle-mesme, comme le témoignent les premières lignes de ce chapitre :
Que personne quelque justifié qu'il soit, ne s'estime exempt de l'observation des préceptes, par lesquelles est ruinée cette prétendue dispense ; Et pour en ruiner le fondement qui est la prétendue impossibilité de les observer ; il adjoute immédiatement : Personne ne doit avancer cette proposition condamnée par les Saints Pères, Que les Commandemens sont impossibles, etc.
La chose est de soy si évidente que, etc.