G. quoy... Israël, manque
N'est-ce pas ainsi que saint Thomas, parlant de la prédestination gratuite, sur laquelle vous n'avez point de difficulté, dit qu'on la peut considérer, ou en l un commun, ou dans ses effets particuliers, et en parler ainsi en deux manières contraires ; en la considérant dans ses effets, on peut leur alléguer des causes ; les premiers estant les causes méritoires des seconds, et les seconds la cause finale des premiers ; mais qu'en les considérant tous en commun, ils n'ont aucune cause que la volonté divine ; c'est-à-dire, comme il l'explique, que la grâce est donnée pour mériter la gloire, et que la gloire est donnée parce qu'on l'a méritée par la grâce ; mais le don de la gloire et de la grâce ensemble en commun n'a aucune cause que la volonté divine2.
Ainsi, si nous considérons la vie Chrestienne, qui n'est autre chose qu'un saint désir, selon saint Augustin3, nous trouverons, et que Dieu prévient
i. G. un, manque.
2. Summ. I. p. quaest. 23, art. V. concl. : Dicendam est ergo, quod effectum prsedestinationis considerare possumus dupliciter. Uno modo in particulari : et sic nihil prohibet aliquem effectum prœdestinationis esse causam et rationem alterius, posteriorem quidem prioris, secundum rationem causée Jinalis, priorem vero posterions, secundum rationem causae meritorise, quse reducitur ad dispositionem materise ; sicut si dicamus, quod Deus prœordinavit se daturum alicui gloriam ex meritis. et quod prœordinavit se daturum alicui gratiam ut mereretur gloriam. Alio modo potest considerari prsedestinationis effectus in communi : Et sic, impossibile est quod totus prœ destinations effectus in communi, habeat aliquam causam ex parte nostra : quia quicquid est in homine ordinans ipsum in salutem, totum comprehendilur sub effectu prœdestinationis, etiam ipsa prœparatio ad gratiam, neque enim hoc fit nisi per auxilium divinum.
3. In epist. Joh. c. 3, tr. IV, 6 : Tola vita Christiani boni, sanctum desiderium est.
l'homme, et que l'homme prévient Dieu ; que Dieu donne sans qu'on demande, et que Dieu donne ce qu'on demande; que Dieu opère sans que l'homme coopère, et que l'homme coopère avec Dieu ; que la gloire est une grâce et une recompense : que Dieu quitte le premier, et que l'homme quitte le premier1 ; que Dieu ne peut sauver l'homme sans l'homme, et que ce n'est nullement de l'homme qui veut et qui court, mais seulement de Dieu qui fait miséricorde.
Par où vous voyez que presque tout ce que les Semi-pelagiens ont dit de la Justification en commun, est véritable de ses effets particuliers2. Et qu'ainsi on peut dire les mesmes choses qu'eux sans estre de leur sentiment, à cause des differens objets des mesmes propositions ; et qu'ainsi toutes les expressions suivantes sont communes à saint Augustin et à ses adversaires :
Les Commandemens sont toujours possibles aux Justes ; Dieu ne nous sauve point sans nostre coopération ; Nous garderons les Commandemens si nous voulons ; Il est en nostre pouvoir de garder les Commandemens; Il est en nostre pouvoir de changer nostre volonté en mieux ; La gloire est donnée aux mérites; Demandez, et vous recevrez; J'ay attendu le Seigneur; J'ay prévenu le Seigneur; Tous les
i. Vide supra p. 97, n. 1 : cf. Pensées, fr. 5i4, T. II, p. 4i3.
2. Cf. Pensées, fr. 777, T. III, p. 220 : « Les effets, in communi et in particulari : Les semy pelagiens errent en disant in communi ce qui n'est vray que in particulari ; et les calvinistes en disant in particulari ce qui est vray in communi (ce me semble) .»
hommes ne sont pas sauvez, parce qu'ils ne le veulent pas ; Dieu ne quitte point, s'il n'est quitté ; Dieu veut que tous les hommes soient sauvez, etc.
Tous les discours de cette sorte sont communs aux deux parties, Saint Augustin Teût dit aussi bien que ses ennemis, Et comment ne le feroit-il pas, veu que la plupart2 sont de l'Ecriture sainte ?
Mais les expressions contraires sont particulières à saint Augustin et à ses disciples, comme : Le salut ne dépend que de Dieu ; La gloire est gratuite ; Ce n'est ni de celuy qui veut, ni de celuy qui court, mais de Dieu, qui fait miséricorde; Ce n'est point par les œuvres z[que nous sommes sauvez], mais par la vocation ; C'est Dieu qui opère le vouloir et l'action suivant son bon plaisir ; Les Commandemens ne sont pas toujours possibles ; La grâce n'est pas donnée à tous ; Tous les hommes ne sont pas sauvez, non parce qu'ils ne le veulent pas, mais parce que Dieu ne veut pas ; Chaque action que nous faisons en Dieu, est faite en nous par Dieu mesme.
Toutes celles de cette sorte sont propres à saint Augustin ; de sorte que, par un merveilleux avantage pour sa Doctrine, les expressions Semi-pelagiennes sont aussi Augustiniennes, mais non pas au contraire.
D'où l'on voit combien il est injuste de prétendre
i. G. [eût r.insi parlé].