A M. ARNAULD
Le sujet de cette ^pltre est la mauvaise honte qui empêche le retour vers le bien , lorsqu’on s’en est une fois ëcartê. Elle fut composée en 1673.
Oui f sans peine au travers des sophismes de Claude (1) , Amauld , des novateurs tu découvres la fraude ,
Et romps de leurs erreurs les filets captieux.
Mais que sert que ta main leur dessille les yeux ,
Si toujours dans leur âme une pudeur rebelle ,
Près d’embrasser l’Eglise , au prêche les rappelle ? Non , ne crois pas que Claude , habile à se tromper , Soit insensible aux traits dont tu sais le frapper : Mais un démon l’arrête ; et , quand ta voix l’attire , Lui dit : Si tu te rends , sais-tu ce qu’on va dire ? Dans son heureux retour lui montre un faux malheur , Lui peint de Charenton (a) l’hérétique douleur ,
Et , balançant Dieu même en son âme flottante , •Fait mourir dans son cœur la vérité naissante.
(i) Ministre de Charenton , l'dme et le chef du parti protestant en France à cette époque.
(O Village à deux lieues au-dessus de Paris > où les protestans araient un temple.
l5S ÉPITBE III.
Des superbes mortels le plus affreux lieu ,
N’en doutons point , Amauld , c’est la honte du bien ( i ) . Des plus nobles vertus cette adroite ennenÿe Peint l’honneur à nos yeux des traits de l’infamie ; Asservit nus esprits sous un joug rigoureux ,
Et nous rend l’un de l’autre esclaves malheureux.
Par elle la vertu devient lâche et timide.
Vois-tu ce libertin en public intrépide ,
Qui prêche contre un Dieu que dans son âme il croit? n irait embrasser la vérité qu’il voit ;
Mais de ses faux amis il craint la raillerie ,
Et ne brave ainsi Dieu que par poltronnerie.
C’est là de tous nos maux le fatal fondement.
Des jugemens d’autrui nous tremblons follement ;
Et chacun l’un de l’autre adorant les caprices ,
Nous cherchons hors de noos nos vertus et nos vices. Misérables jouets' de notre vanité ,
Faisons au moins l’aveu de notre infirmité.
A quoi bon , quand la fièvre en nos artères brûle (a) , Faire de notre mal un secret ridicule ?
Le feu sort de vos yeux pétillons et troublés ;
Votre pouls inégal marche à pas redoublés :
Quelle fausse pudeur à feindre vous oblige ?
Qu’avez vous? — Je n’ai rien. — Mais... — Je n’ai rien , vous dis-je (3) ,
(i) Horace , lir. I , ép. l6 , y, 2 /^. ^ .
Stultorum incurala pudor malus ulcéra celât (a) Horace , lir, I , ép. l6.
Neu si te populos sanum , etc.
(5) Perse , sat, 3.
. Heus, hottc, tu polies. -1^ Nihil est. ~ Videas tamen istud , Quîdquid id est.
EPITRE Iir. i59
Répondra ce malade à se taire obstiné.
•Mais cependant voilà tout son corps gangrené ;
Et la lièvre demain se rendant la plus forte ,
Un bénitier aux pieds va l’étendre à la porte (i). Prévenons sagement un si juste malheur.
Le jour fatal est proche et vient comme un voleur. Avant qu’à nos erreurs le ciel nous abandonne , Profitons de l’instant que de grâce il nous donne. Hàtons*nous ; le temps fuit, et nous traîne avec soi. Le moment où je parle est déjà loin de moi (a).
Mais quoi ! toujours la honte en esclaves nous lie. Oui , c’est toi qui nous perds , ridicule folie ;
C’est toi qui fis tomber le premier malheureux ,
Le jour que d’un faux bien sottement amoureux ,
Et u’ osant soupçonner sa femme d’imposture ,
Au démon par pudeur il vendit la nature.
Hélas ! avant ce jour qui perdit ses neveux (3-) ,
Tous les plaisirs couraient au-devant de ses vœux.
(O est ou une imitation de celui de Perse , sa-
tire 5 :
In portam rigldos calces extendit ;
On une allusion à la coutume qui règne aux environs de Paris el dans quelques autres endroits , d’exposer les morts sur le devant des portes assez long-temps avant l'enterrementa
(a} Perse , sat. 3 , v. i65.
Fugît hora ; hoc quod loquor indè est.
(5) Virg. Georg. Jiv. i , v. ia4.
Ante Jovem nulli subigehanl , etc.
Ovid. Mètam. ,liv. I, v. loo.,
Ipta quoque immunis , etc.
l6o ÉPITRE lit.
La faim aux animaux ne faisait point la guerre Le blë , pour se donner , sans peine ouvrant la terre f N’attendait point qu’un bœuf, pressé de l’aiguillon , Traçât à pas tardifs un pénible sillon.
La vigne offrait partout des grappes toujours pleines , Et des ruisseaux de lait serpentaient dans les plaines. Mais dès ce jour, Adam , déchu de son état ,
D’un tribut de douleurs paya son attentat.
Il fallut qu’au travail son corps rendu docile Forçât la terre avare à devenir fertile.
Le chardon importun hérissa les guérets :
Le serpent venimeux rampa dans les forêts :
La canicule en feu désola les campagnes :
L’aquilon en fureur gronda sur les montagnes.
Alors , pour se couvrir durant l’âpre saison ,
11 fallut aux brebis dérober leur toison.
Là peste , en même temps , la guerre et la famine Des malheurèux humains jurèrent la ruine ;
Mais aucun de ces maux n’égala les rigueurs Que la mauvaise honte exerça dans les cœm-s.
De ce nid â l’instant sortirent tous les vices.
L’avare , des premiers en proie à ses caprices ,
Dans un infâme gain mettant l’honnêteté ,
Pour toute honte alors compta la pauvreté.
L’honneur et la vertu n’osèrent plus paraître.
La piété chercha les déserts elle cloître. •
Depuis on n’a point vu de cœur si détaché Qui par quelque lien ne tînt à ce péché.
Triste et funeste effet du premier de nos crimes ! Moi-même , Amauld , ici, qui te prêche en ces rimes , Plus qu’aucun des mortels par la honte abattu ,
EPITRE lir. l6l
En vain j'arme contre elle une faible vertus Ainsi , toujours douteux , chancelant et volage ,
A peine du limon , ou le vice m'engage ,
J’arrache un pied timide , et sors en m’agitant,
Que l’autre m’y reporte , et s’embourbe à l’instant. Car si , comme aujourd’hui , quelque rayon de zèle Allume dans mon cœur une clarté nouvelle ,
Soudain aux yeux d’autrui s’il faut la confirmer ,
D’un geste , d’un regard je me sens alarmer ;
Et même sur ces vers que je te viens d’écrire , - Je tremble en ce moment de ce que l’on va dire.
AU ROI
Le sujet de cette épître estla campagne de 167 a. Parmi les ëyënemens qui la rendirent si glorieuse au roi , le poète choisit le passage du Rhin par l’armée de France , le i a juin 1672 , comme le sujet le plus brillant. j et par consëquentle plus susceptible des omemens de la poésie . Cette pièce fut imprimée au mois d’août 167a.
En vain pour te louer ma muse toujours prête Vingt fois de la Hollande a tenté la conquête ;
Ce Pays où cent murs n’ont pu te résister ,
Grand Roi , n’est pas en vers si facile à dompter.
Des villes que tu prends les noms durs et barbares N’offrent de toutes parts que syllabes bizarres ;
Et, l’oreille effrayée , il faut depuis l’Issel (1) ,
Pour trouver un bon mot , courir jusqu’au Tessel (a). Oui , partout de son nom chaque place munie Tient bon contre le vers , en détruit l’harmonie.
Et qui peut , sans frémir , aborder Woerden ( 3 ) ?
RÎTière des Pays-Faâ , qui se jette dans le Zuider.zée ou la mer du Sud.
(a) Ile de la Hollande dans l'Océan germanique , à l'entrée du golfe nommé le Zuider-xée,
(3) Ville de la Hollande , située sur le Rhin.
ÉPITRE IV. l63
Quel vers ne tomberait au seul nom de Heusden (i)?^ Quelle muse à rimer en tous lieux disposée Oserait approcher des bords du Zuider-zée (a) ? Comment en vers heureux assiéger Doësbourg , Zutphen , Wageninghen , Harderwic , Knotzembourg (3) ?
Il n’est fort entre ceux que tu prends par centaines , Qui ne paisse arrêter un rimeur six semaines ;
Et partout sur le Whal , ainsi que sur le Leck (4) , Le vers est en déroute et le poète à sec.
Encor si tes exploits , moins grands et moins rapides, Laissaient prendre courage à nos muses timides , Peut-être avec le temps , à force d’y rêver ,
Par quelque coup de l’art nous pourrions nous sauver. Mais dès qu’on veut tenter cette vaste carrière ,
Pégase s’effarouche et recule en arrière.
Mon Apollon s’étonne , et Nimègue (5) est à toi ,
Que ma muse est encore au camp devant Orsoi (6). Aujourd’hui toutefois mon zèle m’encourage ,
U faut au moins du Rhin tenter l’heureux passage ;
Un trop juste devoir veut que nous l’essayions.
Muses , pour le tracer , cherchez tous vos crayons.
(i} Autre ville de la même province, près de la Meuse.
(а) Grand golfe de Hollande.
(3) Villes de Hollande prises par Louis XIV ou par ses généraux.
(4) Le Whal et le Leck sont deux branches do Rhin qui se mêlent avec la Meuse.
(5) Ville considérable des Provinces-Vnies , prise par Turenne après six jours de siège.
(б) Place forte sur la rive ganche du Rhin , assiégée au commencement de la campagne et prise en deux jours.
i64 ÉPiTRE ty.
Car , puisqu’en cet exploit tout parait incroyable', * Que la vérité pure y ressemble à la fable , ,
De tous vos omemens vous pouvez l’égayer.
Venez donc , et surtout gardez bien d’ennuyer.
Vous savez des grands vers lès disgrâces tragiques , Et souvent on ennuie en termes magnifiques.
Au pied du mont Adule (i) , entre mille roseaux , Le Rhin , tranquille et fier du progrès de ses eaux , Appuyé d’une main sur son urne penchante , Dormait au bruit flatteur de son onde naissante , Lorsqu’un cri tout à coup , suivi de mille cris ,
Vient d’un calme si doux retirer ses esprits.
Il se trouble , il regarde , et partout sur ses rives Il voit fuir à grands pas ses Naïades craintives ,
Qui toutes accourant vers leur humide roi ,
Par un récit affreux redoublent son effroi, n apprend qu’ün héros conduit par la victoire A de ses bords fameux flétri l’antique gloire ;
Que Rhimberg et Wesel (a) , terrassés en deux jours , D’un joug déjà prochain menacent tout son cours. Nous l’avons vu , dit l’une , affronter la telnpête De cent fobdres d’airain tournés contre sa tète.
11 marche vers Tholus (3)*, et tes flots en courroux
Au prix de sa fureur sont tranquilles et doux.
(0 Montagne d’où le Rhin prend sa source. Jdula , selon Ptolémée et Strahon. On l’appelle vulgairement le mont Saint~ Gothard.
(a) Ces deuÿ villes sont situées sur le Rhin , l’une sur la rire gauche du fleuve , l'autre sur la rive droite.
(S) Village sur la rive gauche du Rhin. C’est en cet endroit que les Français passèrent le Rhin à la nage.
ÉPITBE IV.
n a de Jupiter la taille et le visage ;
Et depuis, ce Romain (i) dont l’insçlent passage Sur un pont en' deux jours trompa tons tes efforts , Jamais rien de si grand. n*a paru, sur tes bords.
Le Rhin tremble et frémit à ces tristes nouvelles ; Le feu sort à travers ses humides prunelles.
C’est donc trop peu , dit-il, que l’Escaut en deux mois Ait appris à couler sous de nouvelles lois (a) ;
Et de mille remparts mou onde environnée De ces fleuves sans nom suivra la destinée !
Ah ! périssent mes eaux , ou par d’illustres coups Montrons qui doit céder des mortels ou de nous.
A ces mots , essuyant sa barbe limoneuse , n prend d’un vieux guerrier la figure poudreuse.
Sou front cicatrisé rend son air furieux ,
Et l’ardeur du combat étincelle en ses yeux.
En ce moment il part, et, couvert d’une nue ,
Du fameux fort de Skink (3) prend la route connue. Là , contemplant son cours , il voit de toutes parts Ses pâles défenseurs par la frayeur épars.
11 Voit cent bataillons qui , loin de se défendre , Attendent sur des murs l’ennemi pour se rendre: Confus , il les aborde , et , renforçant sa voix : Grands arbitres dit-il , des querelles des rois (4)'r
(i) Jalcs-César.
l€6j Looia XIV avait conquis une partie de la Flandre qui est arrosée par l'Escaut.
(S) Fort situé à l'endroit où le Rbin se divise. * *
(4^ Ce vers contient une ironie très-amère, lies Hollandais s’étaient vantés d'avoir obligé le roi de France à faire la paix avec l'Espagne par le traité d'Aix-Ia-Cbapelle. Ils avaient même foit
i66 * BPITRE IV.
Est-ce ainsi que votre âme , aux périls aguerrie , Soutient sur ces remparts l’honneur et la patrie (i) ? Votre ennemi superbe , en cet instant fameux ,
Du Rhin , près de Tholus , fend les flots écumeux.
Du moins , en vous montrant sur la rive opposée , N’oseriez- vous saisir une victoire aisée ?
Allez , vils combattans , inutiles soldats ,
Laissez là ces mousquets (a) troppesans pour vos bras : Et, la faux à la main , parmi vos marécages ,
Allez couper vos ioncs et presser vos laitages ;
Ou , gardant les seuls bords qui vous peuvent couvrir, . Avec moi de ce pas venez vaincrè ou moürir.
Ce discours d’un guenier que la colère enflamme Ressuscite l’honneur déjà mort en leur âme :
Et leurs cœurs s’allumant d’un reste de chaleur,
La honte fait en eux l’efiet de la valeur.
Ils marchent droit au fleuve où Louis en personne ,
Déjà prêt à passer , instruit , dispose , ordonne.
Par son ordre Grammont (3) le premier dans les flots S’avance soutenu des regards du héros.
frapper une médaille daps laquelle ils prenaient les titres fastueux d’arbitres des rois , de réformateurs de la religion , de protecteurs des lois , et plusieurs autres.
( 1 } Il y avait sur les drapeaux des Hollandais : Pro honore et patrid.
(a) Espèce de fusU que l'on tirait par le moyen d'une mèche allumée.
(3) Le comte de Guiche , fils ainé du maréchal de Grammont , fut le premier qui tenta le passage. Le roi Ini commanda de voir s’il trouverait un gué dans le Rhin pour aller aux ennemis qui paraissaient de l'autre cèté. 11 vint rapporter au roi qn’il avait
Son coursier écumant sous un maître intrépide Nage tout orgueilleux de la main qui le guide.
Revel le suit de près : sous ce chef redouté Marche des cuirassiers l’escadron indompté.
Mais déjà devant eux une chaleur guerrière Emporte loin du bord le bouillant Lcsdiguière (1) , Vivonne , Nantouillet, et Goislin , et Sallard : Chacun d’eux au péril veut la première part.
Vendôme que soutient l’orgueil de sa naissance ,
Au même instant dans l’onde impatient s’élance.
La Salle, Béringhen , Nogent , d’ Ambre , Cavois (2) Fendent les flots tremblans sous un si noble poids. Louis , les animant du feu de son courage ,
Se plaint de sa grandeur qui l’attache au rivage.
Par ses soins cependant trente légers vaisseaux ( 3 ) D’un tranchant aviron déjà coupent les eaux.
Cent guerriers , s’y jetant , signalent leur audace.
Le Rhin les voit d’un oeil qui porte la menace.
Il s’avance en courroux , le plomb vole à l’instant , Et pleut de toutes parts sur l’escadron flottant.
Du salpêtre en fureur l’air s’échauffe et s’allume ,
Et des coups redoublés tout le rivage fume.
trouvé un gué favorable vers Tholus , et promit de passer à la tête de la cavalerie. La vérité était pourtant qu’il n’y avait point de gué i de sorte que l’armée fut obligée de traverser une bonne partie du Rhin à la nage.
fl} Le duc de Lcsdiguière , quoique blessé dans le passage , sortit de l’eau le premier et porta les premiers coups.
(a) La Salle , Béringhen , etc. , et plus haut , Vendôme , Vi- Tonne , etc. , élite de la noblesse française. f3} Des bateaux de cuivre.
l68 ÉPITRE IV.
Ddjà du plomb mortel plus d’un brave est atteint. Sous les fougueux coursiers l’onde écume et se plaint. De tant de coups affreux la tempête orageuse Tient tm temps sur les eaux la fortune douteuse.
Mab Louis d’un regard sait bientôt la fixer.
Le destin à ses yeux n’oserait balancer.
Bientôt avec Grammont courent Mars et Bellone.
Le Rhin à leur aspect d’épouvante frissonne.
Quand , pour nouvelle alarme à ses esprits glacés f Un bruit s’épand qu’Enghien et Condé (i) sont passés : Gondé dont le seul nom fait tomber les murailles , Force les escadrons et gagne les batailles ;
Enghien , de son hymen le seul et digne fruit ,
Par lui dès son enfance à la victoire instruit. L’ennemi renversé fuit et gagne la plaine.
Le dieu lui-même cède au torrent qui l’entraîne ;
Et seul , désespéré , pleurant ses vains efforts , Abandonne à Louis la victoire et ses bords.
Du fleuve ainsi dompté la déroute éclatante A Wurts (a) jusqu’en son camp va porter l’épouvante : Wurts , l’espoir du pays et l’appui de ses murs , Wurts.... ah! quel nom , grand Roi I quel Hector que ce Wurts !
Sans ce terrible nom mal né pour les oreilles ,
Que j’allais à tes yeux étaler de merveilles !
Bientôt on eût vu Skink dans mes vers emporté ,
(i) Condé. Le prince de Condi , Louis de Bourbon , l’un des plus grands capitaines de l’Europe. Enghien. Le duc d*£Dghîen son fils.
(s) lVIaréchal-de>camp des Hollandais , qui commandait le camp destiné à s'opposer au passage du Rhin.
De ses fameux remparts démentir la fierté ( 1). Bientôt... Mais Wurts s’oppose à l’ardeur qui m’anime. Finissons , il est temps : aussi bien si la rime Allait mal à propos m’engager dans Arnheîm (2) ,
Je ne sais pour sortir de porte qu’Hildesheim (3).
Oh ! que le ciel soigneux de notre poésie ,
Grand Roi, ne nous fit-il plus voisins de l’Asie ( 4 )! Bientôt , victorieux de cent peuples altiers ,
Tu nous aurais fourni des rimes à milliers.
11 n’est plaine en ces lieux si sèche et si stérile Qui ne soit en beaux mots partout riche et fertile.
Là , plus d’un bourg fameux par son antique nom Vient offrir à l’oreille un agréable son.
Quel plaisir de te suivre aux rives du Scamandre , D’y trouver d’ilion la poétique cendre,
De juger si les Grecs , qui brisèrent ses tours ,
Firent plus en dix ans que Louis en dix jours !
Mais pourquoi sans raison désespérer ma veine ?
Est-il dans l’univers de place si lointaine Où ta valeur , grand Roi, ne te puisse porter ,
Et ne m’offre , bientôt., des exploits à cl^nter?
Non , non , ne faisons plus de plaintes inutiles ; Puisqu’ainsi dans deux mois tu prends quarante villes , Assuré des bons vers dont ton bras me répond ,
Je t’attends dans deux ans aux bords de l’Hellespont.
( 1 } Le fort de Skink fut assiégé le l8 de juin et pris le ai.
(a) Vins considérable des Prorinces-Unies.
(S) Petite rille de l'électorat de Tréres.
( 4 } De la Grèce asiatique , dans laquelle était située le fameuse rille de Troie ou d'Ilion.
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