‹ Œuvres de Boileau a l'usage de le jeunesseChapitre 29 sur 62 · DISCOURS SUR L’ODE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR L’ODE

U ode suivante a été composée à ^occasion (i) de ces étranges dialogues qui ont paru depuis quelque temps , où tous les plus grands écrivains de Vantiquité sont traités d*esprits médiocres , de gens à être mis en parallèle avec les Chapelain et avec les Cotin ; et où , voulant faire honneur à notre siècle , on ta en quelque sorte diffamé , en faisan^ voir qu’il s’y trouve des hommes capables d’écrire des choses si peu sensées. Pindare est des plus maltraités. Comme les beautés de ce poète sont extrêmement renfermées dans sa langue f Vauteur de ces dialogues , qui vraisemblablement ne sait point de grec , et qui n’a lu Pindare que dans des traductions latines assez défectueuses , a pris poW' galimatias tout ce que la faiblesse de ses lumières ne lui permettait pas de comprendre. Il a surtout traité de ridicule ces endroits merveilleux où le poète , pour marquer un esprit entièrement hors de soi , rompt quelquefois , de dessein formé , ■ la suite de son discours ; et , afin de mieux entrer dans la raison , sort , pour ainsi parler , de la raison même , évitant avec grand

(i) Parallèle des anciens et des modernes , en forme de dialogues , par Perrault , de l'académie française. Il y en arait trois Tolumos quand Boileau composa cette ode en 1695 \ le quatrième ne parut qu’en i 6 ÿ 6 .

soin cet ordre méthodique et ces exactes liaisons de sens qui ôteraient Pdme à la poésie lyrique. Le censeur dont je parle n'a pas pris gai de qu'en attaquant ces jioblés hardiesses de Piudare il donnait lieu de croire qu'il n'a jamais conçu le sublime des psaumes de David , où , s'il est permis de parler de ces saints cantiques à propos de choses profanes , il y a beaucoup de ces 'sens rompus qui servent même quelquefois à en faire sentir la divinité. Ce critique , selon toutes les appai'ences , n'est pas fort convaincu du précepte que fai avancé dans mon Art poétique , à propos de l'ode :

Soa style impétueux souvent marche au hasard :

Chez elle un beau désordre est un effet de l’art.

Ce précepte effectivement , qui donne pour règle de ne point garder quelquefois de règle , est un mystère de Vart qu'il n'est pas aisé de faà e entendre à un homme sans aucun goût ; qui croit que la Clélie et nos opéra sont les modèles du genre sublime; qid trouve Térence fade , Virgile froid, Homère de mauvais sens, et qu'une espèce de bizarrerie d'esprit rend insensible à tout ce qui frappe ordinairement les hommes. Mais ce n'est pas ici le lieu de lui montrer ses erreurs. On le fera peut-être plus à propos un de ces jours dans quelque autre ouvrage.

Pour revenir à Pindare , il ne serait pas difficile d'en faire sentir les beautés à des gens qui se seraient un peu familiarisé le grec. Mais comme cette langue est aujourd'hui ignorée de la plupart des hommes, et qu'il n'est pas possible de leur faire voir Pindare dans Pindare même , j'ai cru que je ne pouvais mieux justi-

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