SCÈNE III
CHAPELAIN , GASSAIGNE.
CHAPELAI?f.
Gassaigne , as-tu du cœur ?
GASSAIGNE.
Tout autre que mon maître L’éprouverait sur l’heure.
CHAPELAIN
Ah ! c’est comme il faut être.
Digne ressentiment à ma douleur bien doux !
Je reconnais ma verve à ce noble courroux.
Ma jeunesse revit en cette ardeur si prompte.
Mon disciple , mon fils , viens réparer ma honte , Viens me venger.
CASSAIGNE
De quoi ?
CHAPELAIN
D’un aflront si cruel
Qu’à l’honneur de tous deux il porte un coup mortel ; D’une insulte.... Le traître eût payé la perruque Un quart d’écu du moins, sans mon âge caduque (1). Ma plume que mes doigts ne peuvent soutenir ,
Je la remets aux tiens pour écrire et pimir.
Va contre un insolent faire un bon gros ouvrage , C’est dedans l’eUcre seul (2) qu’on lave un tel outrage. Rime , ou crève. Au surplus , pour ne point te flatter , Je te donne à combattre un homme à redouter ;
Je l’ai vu fort poudreux , au milieu des libraires ,
Se faire un beau rempart de deux mille exemplaires.
CASSAIGNE
Sou nom? C’est perdre temps en discours superflus.
CHAPELAIN
Donc pour te dire encor quelque chose de plus ,
Plus enflé que Boyer ( 3 ) , plus bruyant qu’un tonnerre. C*est....
(1} On disait autrefois caduque tant au masculin qu’au féminin. Le poète faisant parler ici Chapelain , auteur suranné , a fort bien pu , conformément à l’ancien usage , lui faire dire âge caduque.
(a) Encre seul pour seule , faute de français laissée ii dessein pour mieux imiter le langage de Chapelain.
( 3 ) Boyer , de l’Académie française.
388 PABODIE.
CASSAIGNE
De grâce , achevez.
CHAPELAIN
Le terrible la Serre.
CASSAIGNE
CHAPELAIN
Ne réplique point ; je connais ton fatras (i). Combats sur ma parole ^ et tu l’emporteras :
Donnant pour des cheveux ma Pucelle en échange , J’en vais chercher; barbouille, écris, rime et nous venge.
( l) Le Fatras dont tu es capable.