‹ Œuvres de Boileau a l'usage de le jeunesseChapitre 59 sur 62 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CHAPELAIN , GASSAIGNE.

CHAPELAI?f.

Gassaigne , as-tu du cœur ?

GASSAIGNE.

Tout autre que mon maître L’éprouverait sur l’heure.

CHAPELAIN

Ah ! c’est comme il faut être.

Digne ressentiment à ma douleur bien doux !

Je reconnais ma verve à ce noble courroux.

Ma jeunesse revit en cette ardeur si prompte.

Mon disciple , mon fils , viens réparer ma honte , Viens me venger.

CASSAIGNE

De quoi ?

CHAPELAIN

D’un aflront si cruel

Qu’à l’honneur de tous deux il porte un coup mortel ; D’une insulte.... Le traître eût payé la perruque Un quart d’écu du moins, sans mon âge caduque (1). Ma plume que mes doigts ne peuvent soutenir ,

Je la remets aux tiens pour écrire et pimir.

Va contre un insolent faire un bon gros ouvrage , C’est dedans l’eUcre seul (2) qu’on lave un tel outrage. Rime , ou crève. Au surplus , pour ne point te flatter , Je te donne à combattre un homme à redouter ;

Je l’ai vu fort poudreux , au milieu des libraires ,

Se faire un beau rempart de deux mille exemplaires.

CASSAIGNE

Sou nom? C’est perdre temps en discours superflus.

CHAPELAIN

Donc pour te dire encor quelque chose de plus ,

Plus enflé que Boyer ( 3 ) , plus bruyant qu’un tonnerre. C*est....

(1} On disait autrefois caduque tant au masculin qu’au féminin. Le poète faisant parler ici Chapelain , auteur suranné , a fort bien pu , conformément à l’ancien usage , lui faire dire âge caduque.

(a) Encre seul pour seule , faute de français laissée ii dessein pour mieux imiter le langage de Chapelain.

( 3 ) Boyer , de l’Académie française.

388 PABODIE.

CASSAIGNE

De grâce , achevez.

CHAPELAIN

Le terrible la Serre.

CASSAIGNE

CHAPELAIN

Ne réplique point ; je connais ton fatras (i). Combats sur ma parole ^ et tu l’emporteras :

Donnant pour des cheveux ma Pucelle en échange , J’en vais chercher; barbouille, écris, rime et nous venge.

( l) Le Fatras dont tu es capable.

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