‹ Œuvres de Boileau a l'usage de le jeunesseChapitre 60 sur 62 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CASSAIGNE seul.

Percé jusques au fond du cœur D’une insulte imprévue aussi bien que mortelle , Misérable vengeur d’une sotte querelle ,

D’un avare écrivain chétif imitateur ,

Je demeure stérile, et ma veine abattue Inutilement sue.

Si près de voir couronner mon ardeur ,

Oh ! la peine cruelle !

En cet affront la Serre est le tondeur ,

Et le tondu père de la Pucelle.

Que je sens de rudes combats !

Comme ma pension / mon honneur me tourmente.

Il faut faire un poème , ou bien perdre une rente ; L’un échauffe mon cœur, l’autre retient mon bras. Re'duit au triste choix ou de trahir mon maître ,

0 ,u d’aller à bicêtre (1) ;

Des deux côtés mon mal est infini.

Oh ! la peine cruelle I Faut-il laisser un la Serre impuni ?

Faut-il venger l’auteur de la PuceUe ?

Auteur , perruque , honneur , argent , Impitoyable loi , cruelle tyrannie !

Je vois gloire perdue , ou pension finie.

D’un côté je suis lâche , et de l’autre indigent. Cher et chétif espoir d’une veine flatteuse ,

Et tout ensemble gueuse ,

Noir instnunent , unique gagne-pain ,

Et ma seule ressource ,

M’es-tu donné pour venger Chapelain ?

M’es-tu donné pour me couper la bourse ?

Il vaut mieux courir chez Conrard (2) ;

Il peut me conserver ma gloire et ma finance , Mettant ces deux rivaux en bonne intelligence.

On sait comme en traités excelle ce vieillard ;

(O Aller à Bicètre , c’est aller à l’hépital , parce que le châtea de Bicêtre , au-dessus de Gentilly , sert d’hdpital à renfermer l pauvreté

(a) Secrétaire de TAcadémie fraDgaiset

S’il n’en vient pas à bout , que Sapho la pucelle (i) Vide notre querelle.

Si pas un d’eux ne me veut secourir ,

Ët si l’on me balotte ,

Cherchons la S%rre , et sans tant discourir , Traitons du moins , et payons la calotte .

Traiter sans en tirer raison !

Rechercher un marche' si funeste à ma gloire ! . Souffrir que Chapelain impute à ma mémoire D’avoir mal soutenu l’honneur de sa toison !

Respecter un vieux poil dont mon âme égarée Voit la perte assurée !

vN’écoutons plus ce dessein négligent ,

Qui passerait pour crime.

Allons , ma main, du moins sauvons l’argent , Puisqu’aussi bien il faut perdre l’estime.

Oui, mon esprit s’était déçu.

Autant que mon honneur , mon intérêt me presse. Que je meure en rimant , ou meure de détresse , J’aurai mon style dur comme je l’ai reçu.

Je m’accuse déjà de trop de négligence.

' Courons à la vengeance ;

Et, tout honteux d’avoir tant de froideur ,

Rimons à tire-d’aile , Puisqu’aujourd’hui la Serre est le tondeur .

Et le tondu père de la Pucelle.

CO M.llr Scud^i'i , surnommée Üapho.

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