SCÈNE IV
CASSAIGNE seul.
Percé jusques au fond du cœur D’une insulte imprévue aussi bien que mortelle , Misérable vengeur d’une sotte querelle ,
D’un avare écrivain chétif imitateur ,
Je demeure stérile, et ma veine abattue Inutilement sue.
Si près de voir couronner mon ardeur ,
Oh ! la peine cruelle !
En cet affront la Serre est le tondeur ,
Et le tondu père de la Pucelle.
Que je sens de rudes combats !
Comme ma pension / mon honneur me tourmente.
Il faut faire un poème , ou bien perdre une rente ; L’un échauffe mon cœur, l’autre retient mon bras. Re'duit au triste choix ou de trahir mon maître ,
0 ,u d’aller à bicêtre (1) ;
Des deux côtés mon mal est infini.
Oh ! la peine cruelle I Faut-il laisser un la Serre impuni ?
Faut-il venger l’auteur de la PuceUe ?
Auteur , perruque , honneur , argent , Impitoyable loi , cruelle tyrannie !
Je vois gloire perdue , ou pension finie.
D’un côté je suis lâche , et de l’autre indigent. Cher et chétif espoir d’une veine flatteuse ,
Et tout ensemble gueuse ,
Noir instnunent , unique gagne-pain ,
Et ma seule ressource ,
M’es-tu donné pour venger Chapelain ?
M’es-tu donné pour me couper la bourse ?
Il vaut mieux courir chez Conrard (2) ;
Il peut me conserver ma gloire et ma finance , Mettant ces deux rivaux en bonne intelligence.
On sait comme en traités excelle ce vieillard ;
(O Aller à Bicètre , c’est aller à l’hépital , parce que le châtea de Bicêtre , au-dessus de Gentilly , sert d’hdpital à renfermer l pauvreté
(a) Secrétaire de TAcadémie fraDgaiset
S’il n’en vient pas à bout , que Sapho la pucelle (i) Vide notre querelle.
Si pas un d’eux ne me veut secourir ,
Ët si l’on me balotte ,
Cherchons la S%rre , et sans tant discourir , Traitons du moins , et payons la calotte .
Traiter sans en tirer raison !
Rechercher un marche' si funeste à ma gloire ! . Souffrir que Chapelain impute à ma mémoire D’avoir mal soutenu l’honneur de sa toison !
Respecter un vieux poil dont mon âme égarée Voit la perte assurée !
vN’écoutons plus ce dessein négligent ,
Qui passerait pour crime.
Allons , ma main, du moins sauvons l’argent , Puisqu’aussi bien il faut perdre l’estime.
Oui, mon esprit s’était déçu.
Autant que mon honneur , mon intérêt me presse. Que je meure en rimant , ou meure de détresse , J’aurai mon style dur comme je l’ai reçu.
Je m’accuse déjà de trop de négligence.
' Courons à la vengeance ;
Et, tout honteux d’avoir tant de froideur ,
Rimons à tire-d’aile , Puisqu’aujourd’hui la Serre est le tondeur .
Et le tondu père de la Pucelle.
CO M.llr Scud^i'i , surnommée Üapho.