‹ Œuvres de Boileau a l'usage de le jeunesseChapitre 61 sur 62 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

CASSAIGNE, LA SEfRRE.

CASSA IGTVE.

A MOI , la Serre , un mot.

LA SERRE

Parle.

CASSAIGNE

Ote-moi d’un doute.

Connais-tu Chapelain ?

LA SERBE

Oui.

CASSAIGNE

Parlons bas , écoute.

Sais- tu que ce yieillard fut la meme vertu ,

Et l’effroi des lecteurs de son temps , le sais-tu ?

Peut-être.

LA SERBE

CASSAIGNE

La froideur qu’en mon style je porte Sais-tu que je la tiens de lui seul ?

LA SERRE

Que m’importe ?

CASSAIGNE

A quatre vers d’ici je te le fais savoir.

, EA SERRE

Jeune présomptueux !

CASSAIGISE.

Parle sans t’ émouvoir :

Je suis jeune , il est vrai , mais aux âmes biens nées

La lime n’attend pas le nombre des années.

LA SERRE

Mais t’attaquer à moi , qui fa rendu si vain ?

Toi qu’on ne vit jamais une plume à la main.

CASSAIGNE

Mes pareils avec toi sont dignes de combattre , Etpour des coups d’essai veulentdes Henri-Quatre (1).

LA SERRE

Sais-tu bien qui je suis ?

GASSAIGNE.

Oui , tout autre que moi , En comptant tes écrits , pourrait trembler d’effroi. Mille et mille papiers dont ta table est couverte Semblent porter écrit le dessein de ma perte. J’attaque en téméraire un gigantesque auteur ;

Mais j’aurai trop de force ayant assez de cœur.

Je veux venger mon maître , et ta plume indomptable Pour ne se point lasser , n’est point infatigable.

LA SERRE

Ce phébus qui paraît aux discours que tu tiens Souvent par tes écrits se découvrit aux miens ;

Et te voyant encor tout frais sorti de classe ,

Je disais t Chapelain lui laissera sa placer

(i) Allusion « un poème do Gassaigne, intitulé Henri

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PARODIE. 3g 3

Je sais ta pension , et suis ravi de voir Que ces bons mouyemens excitent ton deyoir ;

Qu’ils te font sans raison mettre rime sur rime , Etayer d’un pëdant l’agonisante estime ,

Et que , voulant pour singe un écolier parfait ,

U ne se trompait point au choix qu*3 avait fait.

Mais je sens que pour toi ma pitié s’m^resse ; * J’admire ton audace , et je plains ta jeunesse :

Ne cherche point à faire un coup d’essai fatal , Dispense un vieux routier d’un combat inégal ;

Trop peu de gain pour moi suivrait cette victoire. • .

A moins d’un gros volume , on compose sans gloire , « Et j’aurais le regret de voir que tout Paris Te croirait accablé du poids de mes écrits.

GASSAIGNE.

D’une indigne pitié ton orgueil s'accompagne :

Qui pèle Chapelain craint de tondre Gassaigne !

IiA SERRE.

Retire-tôi d’ici.

GASSAIGNE.

Hâtons-nous de rimer.

LA SERRE

Es-tu si près d’écrire ?

GASSAIGNE.

Es-tu las d’imprimer ?

LA SERRE

Viens , tu fais ton devoir. L’écolier est un traître ,

Qui souffre sans cheveux la tète de son maître.

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