EPITRE VIII
au ROT.
L'jlV.TÊun appelait ordinairement cette Epltrç- Ct son remereîment. F." effet, il y marque, plus particulièrement que dans le reste de ses ouvrages , la recnrworssmrce qu'il auoït ries bienfaits dont ça majesté l'avoit gratifié. Elle fut composée en 1675 ; mais il ne la fitparoître que l'année suivante. . ...... ■■.*'.
Tuant» roi ■ cesse de vaincre , on je cesse d'écrire. Tu sais bien que mon style est ne' pour la satire"; ' Mais mon esprit , contraint de la désavouer , Sous fron règne- étonnant ne veutplus que louer. Tantôt dans lés^ardeurs dw ce aele incommode ,■ 1 Je songe à mesurer les svllabes d'une ode :
Tantôt , d'une Enéide auteur ambitieux , ' ' Je m'en forme déià le plan audacieux t Ainsi ■ toujours: flatte" d'une douce manie , •'' Je sens de jour en ^our dépérir mon génie i Et mes vers, en ce style ennuyeux, sans appas, " Déshonorent ma plnme , et nwrbonorent pas.-"- ' '
Eneor si ta' valeur, à tontvaiiibré obstinée , Nous laissoit , pour le moins , reapirer une année; Peut-être mon esprit . prompt à ressusciter, ■" v Du temps cru'il a perdu satiroit se racquîtter. '. Sur ses nombreux défauts', merveilleux à décrire . Le siecje m'offre encor plus d'iin bon mot à dire.
ÊPITRE VIIL
Mais h peine Dïnan et Limbourg sont forera , ^ Qu'il faut chanter Boucbain et Condé terrassés. Ton courage , affamé de péril et de gloire , Court d'exploits en exploits , de victoire en victoire. Souvent ce qu'un seul jour te voit exécuter , Mous laisse pour un an d'actions à conter.
Que si quelquefois las de forcer des murailles , Le soin de tes sujets te rappelle à Versailles , Tu viens m'embarrasser de mille autres vertu» ; Té Voyant dé plus près , je t'admire encore plus. PajKlea nobles douceurs d'un scjourplcm de charmes, Tu n'es pas moins héros qu'au milieu des alarmes: De ton trône agrandi ponant seul tout le faix , Tu cultives les arts , tu répands les bienfaits ; Tu sais récompenser jusqu'aux muses critiques. Ah ! crois-moi , c'en est trop. Nous autres satiriques. Propres à relever les sottises du temps , ÏSous sommes un peu nés pour être me'contena : ISqtre muse, souvent paresseuse et stérile , A besoin . pour marcher , de colère et débile. iNo.ire .styU languit dans un remercîment ; .. Mais , grand lioi, nous savons nous plaindre élégamment.' - Oh ! que , si je vtvois sous les règnes sinistres Dr ces rois nés valets de leurs; propres ministres , Et qui , jamais en main ne prenant le timon , Aux exploits de leur temps ne prévoient que leur
non» ; . t ■ ■
Que sans les fatiguer d'une louange.vaine , * Aisément les bons mots couleraient de : ma vciue ! Mais, toujours sous ton règne il faut se récrier : Toujours les jeux an ciel , il faut remercier. . Sans cesse à t'adniirer ma critique forcée K-'a plus en écrivant de maligne pensée
l'ont grâce a tout le siccle en faveur de Lotus.
ÉPITRE' VIII. 1G1 En -tous Vieux cependant la Phamale ( i) approuvée, Sans crainte, de rties vers , va la tête levée ; Jjj licence partout règne dans les écrits :
JJejà le mauvais sens reprenant !ies esprits , Songe à nous redonner des pnëmos épiques (i) , S'empare des discours mêmes académiques :
Perrin a de ses vers oblenu le pardon ; Et la scène françoise est en proie à l'radon. Et moi , sur ce sujet , loin d'exercer ma plume , J'amasse de tes faits le pc'niblc volume ; Et ma muse , occupée à cet unique emploi , Ke.-regarde , n'entend , ne comioît plus que toi,
Tu le sais bien pourtant , cette ardeur empressée N'est point en moi l'effet d'une ame intéressée. Avant que tes bienfaits courussent me chercher, Mon zèle impatient ne se pouvoit cacher :
Je n'adinirois que toi. Le plaisir de le dire Vint m'apprendre à louer au sein de la satire. Et depuis que tes dons sont venus m'accabler , Loin rie sentir mes vers avec eux redoubler, Quelquefois , le dirai-je ! un remords légitime , An. fort dp mon ardeur * vient refroidir ma rime. Il me semble , GBiWis FOI , dans nies nouveaux écrits , Que mon encens paye' n'est pins du mémo prix. J'ai peur que l'univers , qui sait ma récompense, N'impute mes transports à ma reconnoissance ; Et que par tes présens mon vers décrédité .
N'ait moins de poids pour roi dans la postérité.
Toutefois je sais vaincre un remords qui te blesse. Si tout ce qui reçoit des fruits de ta largesse, A peindre tes exploits ne doit point s'engager, Qui d'un si juste soin se pourra donc charger!
(i) La Phartale àa fcrébeuf.
(a) Childcbrand. et Charkmugne , poèimèc qui n'ont point rëuiiL
ifa Ê PITRE VIII.
Ah ! plntôt do nos sons redoublons l'harmonie : Le zèle à mon esprit tiendra lieu de ((«nie.
Horace tant de fois dans mes vers imite 1 , De vapeurs en son temps, comme moi tourmente , Pour amortir le feu de sa rate indocile , Dans l'encre quelquefois sut égayer sa bile ; Mais de la même main qui peignit TuUîub (i) , ' Qui d'affronts immortels couvrit Tigellius (2) , Il sut fléchir Glycère , il sut vanter Auguste , Et marquer sur la lyre une cadence juste.
Suivons les pas fameux d'un si noble écrivain, A ces mots , quelquefois prenant la lyre en màio , Au récit que pour toi je suis près d'entreprendre , 3k crois voir les rochers accourir pour nYentendre; Et déjà mon vcrscouleà flots précipités , Quand j'entends le lecteur qui me crie ; Arrêtez : Horace eut cent talens ; mais la nature avare ÎJe vous a rien donné qu'un peu d'humeur bizarre : Vous passez en audace et Perse et Juvénal ; Mais sur le ton flatteur Pinchênc est votre égal. A ce discours, grasd roi , que pourrois-je répondre î Je me sens sur ce point trop facile à confondre ; Et, sans trop relever des reproches ji vrais, Je m'arrête à l'instant , j'admire , et je nie tais.
(1) Sénateur romain. César l'exclut du sénat ; mai» il y rentra après sa mort.
(2) Famem musicien , fort chéri d'Auguste.