‹ Œuvres de boileau despreaux, nouvelle edition; augmentèe de notes ed de la vie de l'auteurChapitre 38 sur 70 · CHANT CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHANT CINQUIÈME

i)es chanoïued levés voit la troupe assemblée , Kt coin fin pie long-temps, avec des yeux: confus. Ces visages fleuris qu'elle n'a jamais vus.

Chez Sidrac aussitôt Brontin d'un pied lidcle Du pupitroahattu va porter la nouvelle:

Le vieillard de. ses soins iiéiiit l'heureux succès, Et sur un bois détruit bJtit mille procès i- : L'espoir d'us doux tulhiulé échauffant sort courage , lî ne sent plus le poids ni les glaces de l'âge ; Kt chea le trésorier, de ce pas ; à grandbruit , Vient e'taler au jour les crimes de la nuit, "

Au récit imprévu de l'horrible insolence , Le prélat hors du lit impétueux s'élance.

Vainement d'un breuvage à deux mains apporté Gïlotin avant tout le veut voir humecté :

Il veut partir à jeun. Il se peigne , il s'apprête ; 1,'ivoire trop hûté deux fois rompt sur sa tête , Et deux fois de sa main le buis tombe en morceaux ; Tel Hercule lilaut rompoit tous les fuseaux.

Il sort demi-paré. Mais -déjà sur sa porte 11 voit de saints guerriers uric ardente cohorte j Qui tous , remplis pour lui d'une égale vigueur-, Sont prêts, ponr le servir, à déserter le choeur. Mais le vieillard coudarone un projet inutile : INos destins, sont, dit-il; écrit chez. la Sib vie : , Son antre n'est pas loin : allons la consulter, Et subissons la lai qu'elle nous va dicter.

a6S LE LUTRIN.

Il dit : à ce conseil , ah la raison domine , , - '.

Snr 3 os pas au barreau la troupe s'achemine ,

Et bientôt dans le temple, entend, non sans frémir ,

De l'antre redoute' les soupiraux pémir.

Entre ces vieux appuis dont l'affreuse gran'd'sale Soutient l'énorme poids de sa voûte infernale , Est un pilier fameux, (i) des plaideurs respecté, Et toujours de Nermands à midi fréquenté.

Là. sur des tas poudreux de sacs et de pratique , Hurle tous les matins une Sibylle étîquc :

On l'appelle Chicane ; et ce monstre odieux Jamais pour l'équité n'eut d'oreilles ni d'yeux. La Disette au teint blâme , et la triste Famine , 1 Les Chagrins dévorans , et l'infâme Ruine , Enfans infortunés de ses raffinemens , Troublent l'air d'alentour de longs gémissemens. Sans cf*sse feuilletant les lois et la coutume , Pour consumer autrui le monstre se consume ; Et dévorant maisons , palais , châteaux entiers ,. Rend pour des monceaux d'or de vains tas de papiers. Sous le coupable effort de sa noire insolence , Thémis a vu cent fois chanceler sa balance.

Incessamment il va de détour en détour j Comme nn hibou . souvent il se dérobe au jour : Tantôt , les yeux en feu , c'est un lion superbe ; Tantôt, humble serpent , il se glisse sous l'herbe. En vain , pour le dompter , le plus juste des rois Fit régler le chaos des ténébreuses lois :

Ses griffes , vainement par Puasort (i) accourcies , Se raïongent déjà , toujours d'encre noircies ; Et ses ruses perçant et digues et remparts , Par cent brèches dj'jj rentrent de toutes parts.

(0 Le pilier dos consultations.

fa) M. 'Puisorr, Conseiller d'état , est cc'uî qui a le plus contribué à frire le code.

CflANf CINQUIÈME. 2G7 Le vieillard humblement l'aborde et le salue ; Et faisant , avant tout , briller l'or à sa vue : Reine des loties procès , dit-il , dont le savoir Rend la forée mutile , et les lois sans pouvoir , Toi , pour qui dans le Mans le laboureur moissonne , Pour qui naissent à Caeu tous les fruits de l'automne 1 Si dès mes premiers ans , heurtant tous les mortel», L'encre a toujours pour moi coule' sur tes autels , Daigne encor me connoître en ma saison dernière s D'un prélat qui t'implore exauce la prière.

Un rival orgueilleux , de sa gloire offensé , A détruit le lutrin par nos mains redressé.

Epuise en sa faveur fa science fatale :

Ru digeste et du code ouvre-nous le dédale > Et montre-nous cet art, connu de tes amis, Qui. dans ses propres lois , embarrasse Tbémi3,

La Sibylle , à ceB mots , déjà hors d'elle-même , Fait lire, aa fureur sur son visage blême ; Et , pleine du démon qui la vient oppresser, Par ces mots élonnans taché à le repousser s

Chantres , ne craignes* plus une audace insensée. Je vois , je vois au chœur la masse replacée : Plais il fautdes combats. Tel est l'arrêt du sort. Et sur-tout évitez, un dangereux accord.

Là bornant son discours, encor toute écumante , Elle souffle aux guerriers l'esprit qui la tourmente , Et dans leurs cœurs brûlans de la soif de plaider , Verse l'amour de nuire, et la peur de céder.

Pour tracer à loisir une longue requête , .

A retourner chez soi leur brigade s'apprê'e.

Sous leurs pas d'ilîgens le chemin diapjroît , Et le pilîerfoin d'eux déjà baisse et décroît.

Loin du bruit cependant les chanoines a table Immolent trente mets à leur faim indomptable. Leur appétit fougueux, par l'objet excité, Parcourt tous les rccoin3 d'un monstrueux pi té i

3 r,3 LE LUTRIN.

Par la sel irritant la soif est allante ; Lorsque d'un pied léger la prompte Renommée Semant par tout l'effroi . vient au chantre éperdu Conter l'affreux détail de l'oracle rendu.

Il se lève , enflamme' de muscat et de bile , F.t prétend à son tour consulter la Sibylle. ^ Evrard a beau ge'mir du repas déserté , Lui-même est au barreau par le nombre emporté. Par les détours étroits d'une barrière oblique , Ils gagnent les degrés, et le perron antique Où sans cesse étalant bons et médians écrits , Barbmvend aux passans de» auteurs à tout prix. (<) Là le chantre à grand bruit arrive et se fait place , Dans lé fatal instant que, d'une égale audace , Le prélat et sa troupe , à pas tnmnltueux , Pescendoient du palais l'Cflcalter tortueux.

L'un et l'antre rival , s'arrêtqnt au passage ', Se mesure des yeux, s'observe, s'envisage ; Une égale fureur anime leurs esprits-: t

Tels deux fougueux taureaux, (a) de jalousie epns, Auprès d'une génisse uu front large et superbe Oubliant \avs les jours le pâturage et l'herbe , A l'aspect l'un de l'autre embrasés , furieux. , ï)éjà le front baissé . se menacent des yeux. Maïs livrard en passant, coudoyé' par Itoirude, Me sait point contenir son aigre inquiétude : ]l eutre chez Barbîn. et d'un hrsfi irrite, .Saisissant du Cvrus'nn voloiiie écarte , ïl lance au sacristain le tome épouvantable.

BoiVude fuit le coup: le volume effroyable Lui rase le visage , et droit dans l'estomac , Va frapper en sifflant l'infortuné Sidrac.

(i)Earbin -eptquoit do savoir vendru dçbiivies çuoiîua

léclians, ■;

la; Virgîja , Goor*. iir. m , v. 3iS.

CHANT CINQUIÈME. 269 Le vieillard , accablé de ['horrible Artâmène , Tombe uu.ï pieds du prélat, sans pouls et sans haleine.

Sa troupe le croit mort , et chacun empresse' Se croit frappe' du coup dont il le voit blesse'. Aussitôt coiiire Evrard vingt champions s'élancent; Pour soutenir leur choc les chanoines s'avancent. La Discorde triomphe , et du combat fatal Par un cri donne en l'air l'effroyable signal.

Chez le libraire absent tout entre , tout se mêle: Les livres sur Evrard fondent comme la grêle , Qui dans un grand jardin , à coups impétueux , Abat l'honneur naissant des rameaux fructueux. Chacun s'arme au hasard du livre qu'il rencontre: L'un tient l'Edit d'amour, l'autre en saisit la Montre;(.)

L'un prend le seul Jonaa qu'on ait vu relie* ; L'autre un Tasse françois (a) en naissant oublie'. L'élevé de Barbin , commis à la boutique , Veut en vain s'opposer à leur fureur gothique ; Les volumes, sans choix , ù la tete jetés , Sur le perron poudreux volent de tous eûtc's : Là , pria d'un Guarini, Teïence tombe à terre ; Là , Xenophou dans l'air heurte contre un La Serre. Oh ! que. d'écrits obscur», de livres ignorés, Furent en ce grand jour de la poudre tires ! " Vous en fuies linîs, Aimcrinde et Simandre :

Et toi, rebut du peuple, inconnu Çnloandre, (3) Dans ton repos, dit-on, saisi par Gaillerbois , Tu vis le jour alors pour la première fois.

(1) Dr Bcmnecnwe.

(3) Traduction rte Le 'Clerc.

(Z) Homau ïljiïan , (raiiuit par .Scu,',cri.

a?» LE LUTRI N.

Chaque coup sur la chair laisse une me.irtnnsur? : Béy* plus ^ d'un guerrier se plaint d'une blessure. D un Le Vayer épais Girot est renversé :

Manneau, d'un'Brc'bcuf à l'épaule blessé, En sent par tout le bras une douleur amere Et maudit la Pharsale aux provinces si chère. - D'un Pmchcne in-quarto Dodillon étourdi A long-temps le teint pale et le cœur affadi. ' Au plus fort du combat le chapelain Guragne, Vers le sommet du front atteint d'un C lia rie magne (Des vers de ce poëme effet prodigieux.! ) Tout prêt à s'endormir, baille ,et ferme les yeux. A plus d'un combattant la Clé-lie est fatale: Girou dix fois par elle éclate et se signale. Mais tout cède aux efforts du chanoine Fabri. Ce guerrier, dans l'église aux querelles nourri , Est robuste de corps , terrible de visage , Et de l'eau dans son vin n'a jamais su L'usage. Il terrasse lui seul et Guibert et Grasset , EtGorillon la basse , et Grandin le fausset, Et Gerbais l'agréable , et Guérin l'insipide. ,

Des chantres désormais la brigade timide S'écarte , et du palais regagne les chemins.

relle,à l'aspect d'un loup.terreur des champs voisins. Fuit d'agneaux effrayés une troupe bêlante ; Ou tels devant Achille , aux campagnes du Xanthe , Les Troyensse sauvaient à l'abri d« leurs tours , Quand Bront'm à Boirude adresse ce discours:

Illustre porte-croix, par qui notre bannière N'a jamais en marchant tait un pas en arrière , Un ( chanoine lui 3 eu| triomphant du prélat, Du rochet à nos yeux te mira -t il l'éclat!

Non , non: pour te couvrir de sa main redoutable , ( i) Accepte de mon corps l'épaisseur favorable.

(i) lliadé j liv. vm , v. 267.

l5Î9rtîz âoE'y G 00g le

CHANT CINQUIÈME. 271 ^ns , et sous ce rempart , à ce guerrier hautain 3 voler ce Quinault qui me resec à la main, tes mots , il lui tend le doux et tendre ouvrage, sacristain, bouillant de zèle et de courage, prend, se cache , apyroehe , et droit entre les yeux, ippe du noble ëcrit l'athlète audacieux, lis c'est pour l'ébranler une foible tempête , livre sans vigueur mollit contre sa tète, chanoine les voit ; de colère embrasé , teudez, leur dit-il , couple lâche et rusé* ,

jugea si ma main , aux grands exploits novice, meeà mes ennemis un livre qui mollisse, ces mots il saisit un vieil liifortîat (1) ■ossi des visions d'Accurae et d'Alciat, utile ramas de gothique écriture , 3 nt quatre aïs mal unis formoient la couverture , îtoonîe à demi d'un vieux parchemin noir , ù peridoit a trois clou» un reste de fermoir, îr l'aïs qui le soutient auprès d'un A vicia* , (2) eux des plus forts mortels l'ébranlcroient à peine 1 e chanoine pourtant t'enlève sans effort, ■ c sur le couple-pâle et déjà demi-mort, ait tomber ii deux mains l'effroj'able-tornierre. os guerriers de ce coup vont mesurer la terre , t du bois et des clous meurtris et déchirés , ,oug-temps , loin du perron , roulent sur les degréa. Au spectacle étonnant de leur .chute imprévue , ,p prélat pousse un cri qui pe'nctre ta nue.

1 maudit dans son cœur le démon des combats/ it de l'horreur du coup il recul.; slspaa.

-lais bientôt rappelant «on anti ]uc prouesse , l lire du manteau sa d< \tie vengeresse ;

(1) Livre de dwlt u'une gro=ieur énorme* (3) Auteur arab*.

Il part , et de ses uoîgts saintement alongés,

Bc'n'it tous les passatis , en deux filrs ranges.

Il suit que l'ennemi . que ce coup va surprendre ,

Désormais sur ses pieds no l'oserait attendre. .

Et déjà voit pour lui tout le peuple en courroux

Ciier aux combatlans ! Profanes . à genoux !

L?. chantre, qui de loin voit approcher l'orage ,

Dans son cœur éperdu cherche en vain du courage :

Sa fierté* l'abandonne , il tremble , il cède , il fuit.

Le long des sacrés murs sa brigade le suit t

Tout s'écarte à l'instant ; mais aucun n'en échappe ;

Par-tout le doigt vainqueur les suit et les rattrape.

Evrard seul , en un coin prudemment retire,

Se croyoit à couvert de l'iusulte sacré t

Mais le prélat vers lui fait une marche adroite ;

îl l'observe de l'œil, et tirant vers la droite,

Tout d'un coup tourne à gauche, et d'un bras fortuné

Dénit subitement le guerrier consterné.

Le chanoine , surpris de la foudre mortelle ,

Se dresse , et lève en vain une tête rebelle ;

Sur ses genoux tremblans il tombe à cet aspect ,

Et donne à la frayeur ce qu'il doit au respect.

Dans le temple aussitôt le prélat plein de gloire

Va goûter les doux fruits de sa sainte victoire ;

Et de leur vain projet les chanoines punis

6'ea retournent chez eui éperdus et bénis.

Tandis "fut tout conspire à la guerre sacrée , .a Piété 1 sincère , ans Alpes retirée (i) % in fond de son désert entend les triste cris >e sea sujets cachés dans les murs de Paris.

;ile ituitts à l'instant sa retraite divine : „ . . 1 a Foi d'un pas certain , devant elle chemine ; ■'Hspérance au front gai l'appuie et la conduit ; It la bourse à la main , la Charité la suit.. r ers Paris elle vole, et d'une audace sainte ;'./. . ■ ieot aux pieds de Thémîs proférer cette plainte : Vierge , effroi A™ mécb.aa3 , appui dénies autels , lui la balance en main, règles tou3 les mortels , le vienirai-je jamais en tes bras salutaires ; • Vie pousser (les soupirs : et pleurer mes misères I. . h n'est donc pas assez, qu'au mépris de. tes loi* j'HVpaerisïe ait P™ 3 et m(m nom ? c ma vo ^ ' Wso-is ce nom sacré , par-tout ses mains avares Jhercaerit à me ravir crosses , mitres., tiares ï siudra-t-il voir encor cent, monstres furieux Vava^er mes états usurpés à tes yeux !

3àHs les temps orageuï dsf>n naissant empire , Vii sortir du baptême on couroit au martyre., iwm. pleine mon nom , ne respirovt <rua nv»i : ^eùdîile . attentif aux règles de si lot , Miyantdea vanités la dangereuse amorei» , iViit honneurs appelé , n'y montoit que par force t

(i) La sraai'i chartreiwo est dans les Alpsï,

fl 7 4 LE LUTRIN.

Cescreurs.quclcs bourreaux ne faisoientpoint frémir, A l'offre d'une mitre étaient prêta à garnir ; Et sans peur des travaux , aur mes traces divines Couroïent chercher le eiel au travers des épines. Maïs depuis que l'Église eut aux jeux des mortels De son sang eu tous lieux cimente ses autels, V Le calme dangereux succédant aux orages , Une lâche tiédeur s'empara des courages :

De leur zèle brûlant l'ardeur se ralentit ; Sous le joug des péchés leur foi s'appesantit : Le moine secoua le cilice et la haire ; Le chanoine indolent apprit à ne rien faire ; Le prélat , par la brigue aux honneurs parvenu , Ne sut plus qu'abuser d'un ample revenu , Et ponr toutes vertus fit , au dos d'un carrosse , A côte' d'une mitre armorier sa crosse, , L'Ambition par-tout chassa l'Humilité'; Dans la crasse du froc logea la Vanité'.

Alors de tous les cœurs l'union fut détruite. Dans mes cloîtres sacrés la Discorde introduite Y bâtit de mon bien ses plus surs arsenaux , Traîna tous mes sujets au pied des tribunaux. En vain à ses fureurs j'opposai mes prières ; L'insolente , âmes yeux , marcha soua mes bannières. Pour comble de misère , un tas de Faux docteurs Vint flatter les péchés de discours imposteurs ; Infectant les esprits d'exécrables maximes , Voulut faire à Dieu même approuver tous les crimes. Une 36 r vile peur tint lica de charilé ; Le besoin d'aiuier Dieu passa pour nouveauté : Et chacun à mes pieds , couservant sa malice , N'apporta de vertu que l'aveu de son vine.

Pour éviter l'affront de ces noirs attentats , J'allai chercher 1» calme au séjour de frimas, Sr.rces monts entourés d'une éternelle glace Oùjamais au printemps les hivers n'ont fait place,

CHANT SIXIÈME. 2?5 Mais , Jusque dans ta nuit de mes sacrés déserts , Le bruit de. mes malheurs fait retentir les aira. Aujourd'hui même encore une vois trop (idelle M'a d'un triste désastre apporté ra nouvelle. J'apprends que dans ce temple où le plus saint (() des rois

Consacra tout le fruit de ses pieux exploits, Et signala pour'moi sa pompeuse largesse , L'implacable Discorde et l'infâme Mollesse , Foulant aux pieds les lois , l'honneur et ïe devoir , Usurpent en mon nom le souverain pouvoir.

Souffriras-tu , nia sa'ur , une action si noire ! Quoi ! ce temple , à ta porte élevé pour ma gloire ; "11 jadis des humaius j'attirois tous les vœux, Sera de leurs combats le théâtre honteux !

Pion , non ; il faut eulîii qne ma vengeance éclate : Assez, et trop long-temps l'impunité les flatte. Prends ton glaive*, et fondant s»r ces audacieux, Viens aux \ eux des mortels justifier les cieux.

Ainsi parle à sa sœur cette vierge enflammée : La srace ct uana 509 y kU!i d'un feu pur allumée. The'mis sans différer lui promet soit secours , La flatte . la rassuru , et lui tient ce discouru :

Chère et divine sœur , dont les mains secuiirahlcs Ont tant de fois sèche les pleurs des misérables , Pourquoi toi-même, en proie à tes vives douleurs, Cherches- tu sans raison à grossir te3 malheurs ! En vain de tes sujets l'ardeur est ralentie ; D'un ciment éternel ion Eglise est b3tie , Et jamais île l'enfer les uoirs frémisse mens U'eu sauront ébranler les termes fondemens.

Au milieu des combats . île» troubles , des querelles, 'l'on nom encor chéri vit au sein dus ridelles.

(i) Saint Loais , fondateur ds la sainte Chapelle.

a7ii tiR LU Tins,

Crois-moi , dans ce lieu mémo oit l'un veut t'oj»pri-

£ft trouble qui t'étonne et facile à calmer ; Et pour v rappler la paix tant désyrée , .

Je vais t'ôùvrir, ma sœur, une route assurer-. Prête-nioi donc l'oreille , et retiens tes .soupirs.

Vers ce temple fameux , -si cher à tes désirs , Oit le ciel fut pour toi si prodigue en miracles ; IV on loin de ce palais où je rends mes oracles , Est un vaste séjour des mortels révéré , Et de cliens soumis à toute heure entoure.

Là , sous le faix pompeux de ma pourpre honorable , Veille au soin de ma gloire tui homme incomparable 10 ... .

Ariste , dont le Ciel et Louis ont fait choix Pour régler ma balance et dispenser mes Ioïjc. Par lui, dans le barreau sur mon trône affermie , Je vois hurler en vaut la chicane ennemie : . Par lui , la vérité ne craint plus l'imposteur , Et l'orphelin n'est plus dévoré du tuteur.

Mais pourquoi vainement t'en retracer l'image î Tu le commis assez ; Ariste est too ouvrage, (l'est toi qui le formas dès ses plus jeunes ans : ~ 8011 mérite sans tache est un de tes présens. Tes divines leçons , avec le lait, sucées , Allumèrent l'ardeur de ses nobles pensées.

Aussi son cœur pour toi brûlant d'un si bean feu , N'en fit point dans le monde un lâche, désaveu ; Et son zèle hardi, toujours prêt à paraître . M'alla point se cacher dans les ombres du cloître. Va le trouve? , ma sreur : à ton auguste nom , Tout s'ouvrira d'abord en sa sainte maison.

-TjA; visage est connu de sa noble famille ; tout y garde tes lois, enfans, soeur, femme, fille.

(>) M. de Lamoignoa , premier président

Tra

CHANT SIXIÈME. 277 Tes yeux d'un seut regard sauront le pénétrer ; , Et , pour obtenir tout, tu n'as qu'à te montrer.

Là s'arrête Thémis. La Fiété charmée fient renaître la joie en son ame calmée.

Elle court chez Ariste, et s'offrant à ses veux t

Que me sert , lui dit-elle , Ariste, qu'en tous lieu3f Tu signales pour moi ton zèle et ton courage , Si la Discorde impie à ta porte m'outrage ! " Peux puissans ennemis , par elle envenimés , . Dans ces murs autrefois si saints , si renommés , A mes sacres autels font un profane insulte , Remplissent tout d'effroi , de trouble et de tumulte. De leur crime a leurs jeux va-t-en peindre l'horreur :

Sauve. moi , sauve-les do leur propre fureur. ■

Elle sort à ces mois. Le héros en prière Demeure tout couvert de feu et de lumière, P« la céleste fille il reconnoît l'éclat , Et mande au même instant le chantre et le prélat.

Muse , c'est a ce coup que mou esprit timide Dans sa ; course élevée a besoin qu'on le guide, Pour crïanier par quels soins , par quels nobles tra-

Uh mortel sut fléchir ces superbes rivaux.

Maïs plutôt, toi qui fis ce merveilleux ouvrage, Ariste , c'est à toi d'en instruire notre fige. Seul tu peux révéler par quel art tout-puissant Tu rendis tout-à-eoup le chantre obéissant.

Tu sais par quel conseil rassemblant le chapitre, Lui-même de sa main , reporta le pupitre ; Et comment le prélat , de s"3 respects content , Le fit du banc fatal enlever à l'instant.

Patrie donc ! c'est a toi d'écla'ircir ces merveilles. Il me suilït pour moi d'avoir su par mes veilles > Jusqu'au sixième chant pousser ma fictiou , Eî fait il'un vain papînre ua second Ilioti.

378 LE LUTRIN, etc.

Finissons. Aussi-bien , quelque ardeur qui m'inspire , Quand je songe au héros qu'il me reste à décrire , Qu'il faut parler de toi , mon esprit éperdu Demeure sans parole , interdit , confondu.

Ariste , c'est ainsi qu'eu ce sc'nat illustre Où Thémis , par tes soins, reprend son premier lustre ,

Quand , la première fois , un athlète nouveau Vient combattre en champ clos aux joutes du barreau ,

Souvent sans y penser ton auguste présence Troublant par trop d'éclat eà timide éloquence ; Le nouveau CiceVon . tremblant , décoloré , Chsrche en vain son discours 3ur sa langue égare : En vain , pour gagner temps, dans ses transes affreuses ,

Traîne d'un dernier mot les syllabes honteuses; 11 hésite , il bégaie i et le tri s te 'orateur Demeure enfin muetaux yeux du spectateur (i).

(i) L'orateur Jomenrant rouet , il n'y a plu» d'auJitckt i , il tojte seulement des tpectatout*.

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