DE B0S8VET
Après tant de combato soutenus pour la yérhé ; tant de soins pour la découvrir , pour la faire connoître aux autres ; étemelle vérité , n'est-il pas temps de délivrer ce fidèle serviteur des fatigues de la vie, et de le faire entrer, comme vous Tavez promis, dans le repos de la vraie liberté : Cognoscetis verùatem , et verUas libe* rabit vos (i).
Oui, Seigneur, il découvre de loin vos approches par les vives deuleurs , les fièvres ardentes , les tristes assoupiflsemens dont il vous platt de traverser la der* nière année de sa vie; encore plus sûrement par l'onction dont vous tempérez ses maux, par la patience invincible dont vous lui armez le courage ^ et surtout par la confiance que vous répandez dans son cœur.
Augustin se préparant ii combattre contre la mort^ se fortifioit par la méditation des Psaum«s de la Péni^ tence (>) , qu'il avoit fait décrire et disposer devant ses yeux, pour s'exciter par le souvenir de ses fuites, et du miracle que la grâce avoit opéré sur lui, à chanter éternellement les miséricordes divines*
Avec une pareille foi , Bénigne ayant toujours le trésor des livres sacrés ouvert et présent à l'esprit, y puisoit à chaque moment la force et la consolation nécessaires k la foiblesse humaine. îï s'en fiusoit lire tous les endroiu convenables à son eut, et propres à nourrir le désir d'un plus heureux ; plus de soixante fois dans le cours de sa maladie, l'évtogile entier de saint Jean. Tous ces passages de saint Paul, qui sont autant d'écneils aux âmes Udies et serviles, étoient pour lui des sources d'espérance , et des oracles de salut.
Ce Psaume mystérieux, dont la première parole est regardée par les impies comme le désespoir du Sauveur
(0 Joan. vni. 3a. -^ (•) Possiâ, in vita Aug. eap. 3i.
74 ORAISOn FUNEBRE
abandonne sar la croix (0 , ëtoit sur les lèvres languis* santés du serviteur , comme sur celles du maître, le cantique du sacrifice qu'il alloit offrir à Dieu. Ce fut là le dernier soupir de son éloquence mourante , qu'il laissa recueillir par ses fidèles amis, et transmettre au public pour gage certain de sa foi*
Mais sa foi, son amour survécut à son éloquence. Accablé de douleurs, presque sans voix, il se faisoit répéter incessamment la prière du divin Maître. ÏI ne se lassoit point d'en approfondir le sens. Il bornoit toute sa science à la simple confiance des en&ns envers leur père qui est au ciel. On voyoit son cœur s'attendrir, tressaillir à chaque parole ; son ame aller au-devant de la mort.
Oïl sont autour de lui le trouble et la confusion , l'épouvante et la terreur, compagnes ordinaires de la mort des gens du monde ?^ Ou est l'embarras des parens à faire passer le nom de la mort aux oreilles du mourant; l'empressement des gens de bien à lui faire entrer dans le cœur les sentimens chrétiens qui n'y ont jamais été ; l'avidité des héritiers à dévorer ses dépouilles par leurs désirs, dépouilles souvent de l'avarice et de l'inhumanité ? Où sont ces cris éclatans , souvent feints , tou« jours importuns, inutile tribut que l'on rend à la vanité des grands hommes? Rien de pareil autour de ce fidèle serviteur. Un concours de sages amis , qui viennent honorer de leurs soupirs les derniers momens de sa vie; les plus jeunes, s'exciter à vivre comme il a vécu; les plus âgés, apprendre à bien mourir : une famille attendrie par reconnoissance, et non point par intérêt,, des regrets sincères, des larmes qui ont leur source dans le. cœur.
Deux chers neveux, héritiers, non pas de ses biens ,
{*) Dens, Dens meus,.... quare ma dereliqobti? Ps^ xzi.
car son zèle et sa bontë l'avoient garanti du përil de thësâsiriser sur la terre ; mais hi^ritiers de la gloire attachée pour tous les siècles à son nom ; héritiers de la modestie et de l'exacte probité 9 qui mettoit son nom à couvert de la haine et.de l'envie : tous deux témoins assidus de ses derniers sentimens, partagent avec hii le mérite de sa constance, et se soutiennent par l'espérance d'avoir an ciel un plus puissant appui y qu'ils n'avoient eu jusqu'alors dans le monde et à la Cour.
I^en doutons point, Messieurs; ce généreux athlète de la vérité paroit au tribunal de Dieu, suivi de ses œuvres, il est vrai, telles qu'elles échappent à la fragilité humaine ; mais encore suivi des œuvres éclatantes , dont Dieu s'est plu à le faire l'instrument. Contemplons en esprit ce zélé serviteur, tel que saint Grégoire le Grand nous représente les apôtres au jour de la dernière décision (>), conduisant au Juge étemel les Valions soumises à l'Evangile : Pierre et la Judée sur ses pas, André et l'Achaïe, Jean et l'Asie, Thomas et l'Inde, Paul et le monde presque entier. Voyons Bénigne, à la suite des apôtres , offrant à Dieu , non pas des barbares, des ignorans; mais le choix des plus polies et des plus savantes nations, rappelées par ses soins à l'unité de la foi. Tant d'ames, tant de familles, à qui sa voix a ouvert le chemin du del, n'attendront pas le dernier jugement pour implorer sur lui la miséricorde divine. Elles élèvent dès ce moment , de toutes les parties du monde , leurs cris au ciel. Ils j sont portés par les anges tutélaires, qui ont vu ce ministre infatigable travailler avec eux à la conversion des pécheurs. Joignez-y vos vœux, vos soupirs, et les présentez à l'autel , pontifes du Très-haut que la Providence réunit aujourd'hui à son tombeau, pour lui rendre les derniers
(0 Greg, Hom. xvu in Etfong,