I." SERMON
POUR
LE I." DIMANCHE DE CARÊME
Xieor. existence, la dignité de leur nature et lenrs forces. Principe de lenr chute et ses suites. Leur haine contre nous : quels en sont la cause et les effets : comment nous devons leur résister et les combattre.
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Dactus e$t Je8ii5 in desertam & Spirltn, ut tentaretur & diabolo.
Jésus fut conduit par fEsprit dans le désert, pour y être tenté par le diable. Matt. iv. i.
di la mort de Jésus est notre vie y si son infirmité est notre force ^ si ses blessures sont notre guérison ^ aussi pouvons - nous assurer que sa tentation est notre victoire. Ne nous persuadons pas^ chrétiens^ qu*il eût été permis à Satan de tenter aujourd'hui le Sauveur sans quelque haut conseil de la Providence divine. Jésus-Christ étant le Verbe , et la raiion, et la sapience du Père, comme toutes ses paroles sont esprit et vie, ainsi toutes ses actions sont ipirituell^s et mystérieuses i tout y est intelligence ,
170 8tJm L£8 DÉMONS.
tout y est raison. Mais parce qu'il est la sagesse incarnée , qui est venue accomplir dans le monde l'ouvrage de notre salut , toute cette raison est pour notre instruction , et tous ces mystères sont pour nous sauver. Selon cette maxime , je ne doute pas que comme on vous aura expose aujourd'hui le sens profond de cet évangile , vous n'ayez bien compris les renseignemens que nous donne la tentation de Jésus. C'est pourquoi il n'est pas nécessaire que je vous entretienne par un long discours. Seulement pour jsatisfaire votre piété^ autant qu'il plaira à notre grand Dieam'enseigner par son Saint^Espnt , je tâcherai de vous exposer quel est cet esprit tentateur qui ose attaquer le Sauveur Jésus. Implorons les lumières célestes pour découvrir les fraudes du diable , et contre la malice des démons demandons l'assistance de la sainte Vierge y que les anges ont toujours honorée , mais particulièrement depuis qu'un des premiers de leur hiérarchie , envoyé de la part de Dieu , la salua par ces beUes paroles : Ax^e^ Marier
Qu'il y ait dans le monde un certain genre d'esprits malfaisans, que nous appelons des démons, outre le témoignage évident des Ecritures divines , c'est une chose qui a été reconnue par le consentement commun de toutes les nations et de tous les peuples. Ce qui les a portés à cette créance , ce sont certains effets extraordinaires et prodigieux , qur ne pouvoient être rapportés qu^à quelque mauvais piûncipe et à quelque secrète vertu, dont l'opération fût maligne et pernicieuse. Les histoires grecques et romaines nous paiient en divers endroit! de voix
inopinément entendues , et de plusieurs apparitions funèbres arrivées à des personnes très -graves, et dans des circonstances qui les rendent très-assurées; et cela se confirme encore par cette noire science de la magie y à laquelle plusieurs personnes trop curieuses se sont adonnées dans toutes les parties de la terre. Les Chaldéens et les sages d^Egypte , et surtout cette secte de philosophes indiens que les Grecs appeUent gymnosophistes , étonnoient les peuples par diverses illusions , et par des prédictions trop précises pour venir purement par la connoissance des astres. Âjoutons-y encore certaines agitations et des esprits et des corps ^ que les païens mêmes attribuoient à la vertu des démons , comme vous le verrez par une observation que nous en ferons en la dernière partie de cet entretien. Ces oracles trompeurs, et ces mouvemens terribles des idoles , et les prodiges qui arrivoient dans les entrailles des animaux, et tant d'autres accidens monstrueux des sacrifices des idolâtres y si célèbres dans les auteurs profanes; à quoi les attribuerons-nous , chrétiens, sinon à quelque cause occulte , qui se plaisant d'entretenir les hommes dans une religion sacrilège par des miracles pleins d'illusion y ne pouvoit être que malicieuse 7 Si bien que les sectateurs de Platon et de Pythagore , qui , du commun consentement de tout le monde, sont ceux qui de tous les philosophes ont eu les connoissances les plus relevées, et qui ont redierché plus curieusement les choses surnatureUbs, ont assuré comme une vérité très- constante qa*il j avoit des démons, des esprits d'un naturel dbicar et malicieux : jusque-là qu'ils ordonnoient
1^4 '^^ ^^^ DÉMOHè.
la beauté et la grâce sont dérivées dans les créatures; d'autant que cette première beauté a laissé tomber sur les créatures un éclat et un rayon de soi-même. Nous voyons bien touteFois, chrétiens , qu'elle ne s*est pas toute jetée en un lieu^ mais qu elle s'est répandue par divers degrés , descendant peu à peu depuis les ordres supérieurs jusqu'au dernier étage de le nature. Ce que nous observerons aisément , si nous prenons garde qu'au-dessus des choses insensibles et inanimées Dieu a établi la vie végétante , et un peu plus haut le sentiment ^ au-dessus duquel nous voyons présider la raison humaine d'une immortelle vigueur , attachée néanmoins à un corps mortel. Si bien que notre grand Dieu pour achever Tunivers , après avoir fait sur la terre une ame spirituelle dans des organes matériels , il a créé aussi dans le ciel des esprits dégagés de toute matière ^ qui vivent et se nourrissent d'une pure contemplation. C'est ce que nous appelons les anges ^ que Dieu a divisés en leurs ordres et hiérarchies; et c'est de cette race que sont les démons.
Après cela^ qu'est-il nécessaire que je vous fasse voir par de longs discours la dignité de leur nature?Si Dieu est la souveraine perfection y ou plutôt, s'il est toute perfection , comme nous vous le disions tout à llieure, n'est-ce pas une vérité très-constante que les choses sont plus ou moins parfaites, selon qu'elles approchent plus ou moins de cette essence infinie 7 Et les anges ne sont-ils pas parmi toutes les créatures ceUes qui semblent toucher de plus près à la Majesté divine? Puisque Dieu les a établis dans l'ordre suprême des créatures pour être comme sa Cour et ses domesti-
SUE LSS DÉMONS. l']6
«pies y c*e8t ane chose assurée que les dons naturels dont nous avons reçu quelques petites parceUes, la munificence divine les a répandus comme à main ouverte sur ces belles intelligences. Et de même que ce qui nous paroit quelquefois de si subtil et si inventif dans les animaux, n*est qu'une ombre des opérations immortelles de TinteUigence des hommes ; ainsi pouvons-nous dire en quelque sorte que les connoissances humaines ne sont qu'un crayon imparfait de la science de ces esprits purs , dont la vie n'est que raison et intelligence. Vous trouvères étrange peut-être que je donne de si grands éloges aux anges rebelles et déserteurs; mais souvenezvous f s'il vous platt , que je parle de leur nature , et non pas de leur malice , de ce que Dieu les a laits y et non pas de ce qu'ils se sont faits eux-mêmes. Tadmire dans les anges damnés les marques de la puissance et de la libéralité de mon Dieu; et ainsi c*est le Créateur que je loue, pour confondi^e l'ingratitude de ses ennemis.
Mais il s'élève ici une grande difficulté» Hélas! comment s'est-il pu fah^e que des créatures si excellentes se soient révoltées contre Dieu? Que nous autres pauvras mortels , abîmés dans une profonde ignorance y accablés de cette masse de chair , agiles de tant de convoitises brutales, nous abandonnions si souvent le chemin difficile de la loi de Dieu; bien que ce soit une grande insolence , ce n'est pas un événement incroyable. Mais que ces intelligences pleines de lumières divines , elles dont les connoissances sont si distinctes, et les mouvemens si paisibles , qui n'ont pas comme nous à combattre mille
1^6 SUR LSS DÉMONS.
ennemis domestiques , qui ëtant indivisibles et incorporeUes, n*ont pas comme nous des membres mortels oh la loi du péché domine : qu'elles se soient retirées de Dieu, encore qu'elles sussent très -bien qu'il étoit leur souveraine béatitude , c'est , mes Frères, ce qui est terrible; c'est ce qui m'étonne et qui m'effraie; c'est par où je reconnois très-évidemment que toutes les créatures sont bien peu de chose.
Les fous marcionites , et les manichéens encore plus insensés, émus de cette difficulté, ont cru que les démons étoient méchans par nature : ils n'ont pu ae persuader que s'ils eussent jamais été bons , ils eussent pu se séparer de Dieu volontairement; et de là ils conclaoient que la'malice étoit une de leurs qualités naturelles. Mais cette extravagante doctrine est très-expressément réfutée par un petit mot du Sauveur, qui parlant du diable, en saint Jean, ne dit pas qu'il a élé -créé dans le mensonge; mais qu' ce il n'est pas demeuré dans la vérité » : In ojeri'iate non stetiti^). Que s'il n'y est pas demeuré, il y avoit donc été établi ; et s'il en est tombé , ce n'est pas un vice de sa nature , mais une dépravation de sa volonté. Pourquoi vous tourmente»-vous , ô marcionites , à chercher la cause du mal dans un principe mauvais, qui précipite les créatures dans la malice ? Ne comprenez-vous pas que Dieu, étant lui seul la règle des choses, il est aussi le seul qui ne peut être sujet à faillir : et sans avoir recours à au-> cune autre raison, n'est-ce pas assez de vous dire que les anges étoient créatures, pour vous faire en-
tendre
SVK LK8 DÉMONS. l'J'J
tendre très-évidemment qu'ils n'étoient pas impeccables?
Dieu est tout , ainsi qu'il disoit à Moïse : « Je te » montrerai tout bien,* quand je te manifesterai » mon essence (0 » ; et puisqu'il est tout , il s'ensuit très-évidemment que les créatures ne sont rien d'elles-mêmes ; elles ne sont autre chose que ce qu'il platt à Dieu de les faire. Ainsi le néant est leur origine , c'est l'abîme dont elles sont tii*ées par )a seule puissance de Dieu : de sorte que ce n'est pas merveille si elles retiennent toujours quelque chose de cette basse et obscure origine, et si elles retom- 2>ent aisément dans le néant par le péché qui les y précipite. C'est ce que nous explique le grave Tertullien par une excellente comparaison. « De même j» qu'une peinture , bien qu'elle représente tous les ^ Unéamens de l'origii^al, ne sauroit exprimer s^ jf vigueur,. étant destituée de vie et de mouvement s » ainsi , dit ce grand personnage , les natures spiriw tuelles et raisonnables expnment en quelque sorte » lu raison et l'intelligence de Dieu, parce qu'elles ». sont ses images; mais elles ne^peuvent jamais ex- 1^ primer sa. force, qi|i est le bonheur de ne pouvoir 9 pécher». Imago ^ citm omnes Uneas exprimât ve* nùatù^ vitahtén ipsd caret, non habens motum; ita 0i anima imago spiritûs êolam vim ejus exprimere non vabêitf id est, non delinquendi felicitatem (^). De là il est arrivé que les anges rebelles se sont endormis en eux-mêmes dans la complaisance de leur beauté : la douceur de leur liberté les a trop charr ma; âsen ont voulu £ùre une épreuve malheureuse
(0 Exod, zxxiii. ig. — (>) lÀh. ii, ad¥. Itfarcion, n, 9.
BossuET. XII. la
178 tiUR LES DÉXONS.
et funeste; et déçus par leur propre excellence y ils ont oublié là main libérale qui les avoit comblés de tes grâces. L'orgueil insensiblement s*est emparé de leurs puissances; ib n*ont plus voulu reconnotti*e Dieu ; et quittant cette première bonté y qui n*étoit pas moins Tappui nécessaire de leur bonheur que le seul fondement de leur être , tout est allé en ruine. Ainsi donc il ne &ut pas s'étonner si d'anges de lumière ils ont été faits esprits de ténèbres , si d'enfans ils sont devenus déserteurs , et si de chantres divins, qui pai* une mélodie étemelle dévoient célébrer les louanges de Dieu , ils sont tombés à un tel point de ibisère que de s'adonner à séduire les hommes. Dieu l'a permis de la sorte , afin que nous reconnussions dans les diables ce que peut le libre arbitre des créa* tures, quand il s*écarte de son principe, pendant qu'il fait éclater dans les anges et dans les hommes pi^destinés ce que peut sa miséricorde et sa grâce toute-puissante.
Voilà, voilà, mes Frères, les ennemis que nous avons à combattre, autant malins à présent comme ils étoient bons dans leur origine , autant redoutables et dangereux , comme ils étoient puissans et robustes. Car ne vous persuadez pas que, pour être tombés de si haut, ils aient été blessés dans leur disposition natureUe. Tout est entier en eux , excepté leur justice et leur sainteté, et conséquemment leur béatitude. Du reste cette action vive et vigoureuse , cette ferme constitution , cet esprit délicat et puis-* sant, et ces vastes connoissances leur ^ont demeurées, et en voici la solide raison, que la théologie nous apprend.
ami LBa devons. i^g
, Le bonheur des créatures raisonnables né consiste ni dans une nature excellente ,. ni dans un sublime raisonnement^ ni dans la force , ni dansla vigueur ; jnais seulement à s*unir à Dieu. Quand donc elles se séparent de Dieu, comment. est-<e qu'il les punit? en se.retirant luirméme de ces esprits ingrats et su«> perbes: et par- là tous leurs dons naturels, toutes lenrs connoissanccs , tout leur pouvoir, en un mot tout ce qui leur servoit d'ornement, leur tourne aussitôt en supplice : ce qui leur arrive, fidèles, selon cette juste , mais terrible maxime , que a chacun est 9 puni par les choses par lesquelles il a péché i> : Per qucB peccat cuis, per hœc et torquetur (0. O anges, inconsidérés, vous vous êtes soulevés contre Dieu , vous avez abusé de vos qualités excellentes , elles vous ont rendu orgueilleux. L'honneur de votre nature qui vous a enfla, ces belles lumières par les* iquelles vous vous êtes séduits, elles vous seront con* servées; mais elles vous seront un fléau et un tourment étemel : vos perfections seront vos bourreaux, et votre enfer ce sera vous - même. Comment cela arrivera-t*il , chrétiens ? par une opération occulte de la main de Dieu , qui se sert comme il lui piatt de ses créatures , tantôt pour la jouissance d'une souveraine félicité y tantôt pour l'exercice de sa juste et impitoyable vengeance. C'est pourquoi l'apôtre nous crie dans l'épître aux Ephésiens : « Revêtez* » vous^ mes Frères y des armes de Dieu, parce que. 9 nous n'avons point à combattre contre la chair » ni le sang C^) » , ni contre des puissances visibles. Pénétrons la force de ces, paroles : ne voyez-vous
(0 Sap. XI. 17. — (*) Ephtt, VI. 1 1 » la.
l8o SUR LES DÉMONS.
pas y chrétiens , que dans toutes les choses corpoi^es y outre la partie agissante , il y en a une autre qui ne fait que souffrir ^ que nous appelons la ma* tière 7 De là vient que toutes les actions des choseg que nous voyons ici-bas, si nous les comparons aux actions des esprits angéliques, parottront languissantes et engourdies , à cause de la matière qui ralentit toute leur vigueur; mais les ennemis que nous avons à combattre , ce n'est pas , dit Tapôtre, la chair et le sang : les puissances qui s'opposent à nous , sont des esprits purs et incorporels; tout y est actif, tout y est nerveux ; et si Dieu ne retenoit leur fureur, nous les verrions agiter ce monde avec la même facilité , que nous tournons une petite boule, fc Ce sont en effet les princes du monde, dit le saint » apôtre ; ce sont des malices spirituelles » y spiri-tuaUa nequitiœ: oh il suppose manifestement que leurs forces naturelles n'ont point été altérées, mais que par une rage désespérée ils les ont toutes converties en malice pour les causes que je m*en vais vous déduire.
Cependant reconnoissons, chrétiens, que ni les sciences , ni le grand esprit , ni les autres dons de nature ne sont pas des avantages fort considérables , puisque Dieu les laisse entiei^ aux diables ses capitaux ennemis, et par cela même les rend non-seu«lement malheureux , mais encore infiniment méprisables : de sorte que nonobstant toutes ces qualités éminentes, misérables et impuissans que nous sommes, nous leur semblons dignes d'envie, seulement parce qu'il plaît à notre grand Dieu de nous xegarder en pitié, comme vous le verrez tout à
SUR LES DÉM0II5. l8l
rheare. O importante réflexion par laquelle il me «eroit aisé y ce me semble , avec l'assistance divine , de Toas porter à profiter de l'exemple de ces esprits dévoyés, si la brièveté que je vous ai promise ne m*obligeoît à passer à la seconde partie de cet entretien , qui vous expliquera les raisons pour lesquelles ces anges rebelles nous persécutent si cruellement tt avec cette haine irréconciliable. Rendez-vous, s'il TOUS plaît y attentifs.
SECOND POINT
Le péché de Satan a été une insupportable arrofance , suivant ce qui est écrit en Job , que « c'est » lui qui domine sur tous les enfans d'orgueil » : Jpse est rex super unwersosjilios superiiœi^)* Or le propre de l'orgueil , c'est- de s'attribuer tout à soimême, et par-là les superbes se font eux-»mémes leurs dieux, secouant le joug de l'autorité souveraine* Cest pourquoi le diable s'étant enflé par une arrogance extraordinaire, les Ecritures ont dit qu'il avoit affecté la divinité. «Je monterai, dit-il, et placerai a mon trône au-dessus des astres, et je serai sem- » blable au Très -haut (?) ». Mais Dieu, qui i*ésiste aux superbes (3), voyant ses pensées arrogantes, et que son esprit, emporté d'une téméraire complaisance de ses propres perfections , ne pouvoit plus se tenir dans les sentimens d'une créature, du souffle de sa bouche le précipita au fond des abîmes. Il tomba du ciel ainsi qu'un éclair , frémissant d'une furieuse colère; et assemblant avec lui tous les compagnons -de son insolente entreprise , il conspira
(0 Job, jjLu 25. — W /t. xir. i3, 14. •^ W Jac. ir.S.
l8a SUR LES DÉMONS.
avec eux de soulever contre Dieu toutes les créatures. Mais non content de les soulever , il conçut dès-lors Tinsolent dessein de soumettre tout le monde à sa tyrannie : et voyant que Dieu par sa providence avoit rangé toutes les créatures sous l'obéissance de rhomme , il Fattaque au milieu de ce jardin de délices ^ oùilvivoit si heureusement dans son innocence : il tâche de lui inspirer ce même orgueil dont il étoit possédé, et à notre malheur, chrétiens , il réussit comme vous le savez. Ainsi, selon la maxime de TEvangile , « Thommc étant dompté par le diable, » il devint incontinent son esclave » : jé çuo enim cuis superàtus est, hufus et servus est (0 : et le Monarque du monde étant surmonté par ce superbe vainqueur, tout le monde passa sous ses lois. Enflé de ce bon succès, et n*oubliant pas son premier dessein de s'égaler à la nature divine , il se déclare ouvertement le rival de Dieu ; et tâchant de se revêtir de la majesté divine , comme il n'est pas en son pouvoir de faire de nouvelles créatures pour les opposer à son maître, que fait -il? ce Du moins il adultère » tous les ouvrages de Dieu, dit le grave Tertul- » lien (3) , il apprend aux hommes à en corrompre » l'usage, et les astres, et les élémens, et les plantes » et les animaux ; il tourne tout en idolâtrie » , il abolit la connoissance de Dieu , et par toute l'étendue de la terre il se fait adorer en sa place, suivant ce que dit le prophète : « les dieux des nations , ce » sont les démons (3) ». C'est pourquoi le Fils de Dieu l'appelle « le Prince du monde (4) » , et l'apôtre
(0 //. Pelr. II. 19. — (>) De IJqIoL n. 4. De SpecL n. 2, -^ {}) Ps. xcy. 5, — W Joan, wt. 3o.
8VR htS. DÉMONS* .l83
« le Gouverneur .des ténèbres (0 » ; et ailleurs avec plus d*énergie , et le Dieu de. ce siècle » , Deus fugus sœculiW. .
J^apprends aussi deTertuUien que non-seulement les démons se faisoient présenter devant leui*s idoles des vœux et des sacrifices y le propre tribut de Dieu^ mais qu'ils les faisoient parer des robes et des ornemens dont se i*evétoient les magistrats ^ et porter devant eux 1^ faisceaux et les bâtons d'ordonnance^ et les autres marques d'autorité publique , parce qu'en effet, dit ce grand personnage , « les démons j» sont les magistrats du siècle » ; DœmonessuntMa^ gistraius sœcuU (3). Et à quelle insolence , mes Frères, ne s'est pas porté ce rival de Dieu ? Il a toujours affecté de faire ce que Dieu faisoit, non pas pour se rapprocher en quelque sorte de la sainteté, c'est sa capitale ennemie; mais comme un sujet rebelle, qui, par mépris ou par insolence , affecte la mé^uœ pompe que son souverain : Ut Dei Domini placita cwn coniumelia affectans (4). Dieu a ses vierges qui lui sont consacrées : et le diable n'a-t-il pas eu ses vestales? N'a-t-il pas eu ses autels et ses temples, ses jnystères et ses sacrifices, et les ministres de ses impures cérémonies qu'il a rendues autant qu'il a pu semblables à celles de Dieu; pour quelle raison , fidèles 7 parce qu'il est jaloux de Dieu, et veut paroltre en tout son égal. Dieu dans la nouvelle alliance régénère ses enfans par l'eau du baptême ; et le diable faisoit semblant de vouloir expier leurs crimes par diverses aspersions : il promettoit aux
(0 Eph€s, vi. la. — (») //. Cor. iv. 4. — (?) De IdoloL n. 18. — ii> Tert, md uxor, «, 8, pag. i86.
l84 SVK LES DéMOV8.
siens une régënération y comme le rapporte 'TertuUien (0; et il se voit encore quelques monumens publics f où ce terme est employé dans ses profanes mystères. L'Esprit de Dieu au commencement étoit porté sur les eaux ; et « le diable , dit Tertullien , se » plaît à se reposer dans les eaux » : Imnumdi spi^ ritus açuis incubant (^) : dans les fontaines cachées, et dans les lacs, et dans les ruisseaux souterrains. Et l*Eglise de l'antiquité y étant imbue de cette créance y nous a laissé cette forme que nous obser* vons encore aujourd'hui , d'exorciser les eaux bapr tismales. Dieu par son immensité remplit le ciel et la terre : « le diable par ses anges impurs occupe » autant qu'il peut toutes les créatures & ». Et dé là vient cette coutume des* premiers chrétiens y de les purger et de les sanctifier par le signe de la croix y comme par une espèce de saint exorcisme. Ce lui est à la vérité un sujet d'une douleur enragée y de ce qu'il voit que toutes ses entreprises sont vaines y et que bien loin de pouvoir parvenir à égaler la nature divine, comme ill'avoit témérairement projeté y il faut qu'il ploie malgré qu'il en ait sous la main toute-puissante de Dieu : mais il ne désiste pas pour cela de sa fureur obstinée. Au contraire considérant que la majesté de Dieu est inaccessible à sa colère, il décharge sur nous, qui en sommes les images vivantes, toute l'impétuosité de sa rage : comme on voit un ennemi impuissant , qui ne pou» vaut atteindre celui qu'il poursuit, repait en quohpie façon son esprit d'une vaine imagination de vengeance, en déchirant sa peinture. Ainsi en est-il de
:<) Ttrt. de Bapt. n. 5. «— («: IHd. — (3; Jcrt. de Spcct. n. 8.
SVK LES DÉXOV8. iBS
Satan : il remue le ciel et la terre pour susciter des «nnemisà Dieu parmi les hommes qui sont ses enfans : il tftche de les engager tous dans son audacieuse et téméraire rébellion , pour les faire compagnons et de ses erreurs et de ses touimens. Il croit par-là se venger de Dieu. Comme il n'ignore pas qu'il n*y a. point pour lui de ressource , il n'est plus capable que de cette maligne joie qui revient à un mécbant d'avoir des complices , et à un esprit mal fait de voir des malheurenx et des affligés. Furieux et désespéré j il ne songe plus qu'à tout perdre après s*étre perdu lui-même , et envelopper tout le monde avec lui dans une commune ruine.
Et ne croyez pas, chrétiens, qu'il nous donne jamais aucun relâche. Tous les esprits angéliques , comme remarque très*bien le grand saint Thomas, sont très-arrétés dans leur entreprise : car au lieu que les objets ne se présentent à nous qu'à demi , si bien que par de secondes réflexions nous avons de nouvelles vues , qui nous font changer très-souvent tout l'ordre de nos desseins ; les anges au contraire, dit saint Thomas (0, embrassent tout leur d>jet du premier regard avec toutes ses circonstances ; et partant leur résolution est fixe et détenninée : mais particulièrement celle de Satan est puissamment appliquée va notre ruine. Son esprit entreprenant et audacieux fortifié par tant de succès , et envenimé par une haine mortelle et invétérée, Tincîte jour et nuit contre nous. C'est pourquoi les Ecritures nous le dépeignent comme un ennemi toujours vigilant, qui rôde sans cesse aux environ^!
(*) S» Thom, Impart. Quœst. lviii , Art. m.
l86 SUR LES DÉMOirS.
pour tâcher de nous dévorer (0. Lorsque par la grâce de Dieu nous Tavons chassé de nos âmes , c'«st alors qu^il s'anime le plus. En voulez-vous une preuve évidente , de la bouche même de notre Seigneur ? « L'esprit immonde sortant de Thomme va chercher » du repos y dit le Fils de Dieti dans son Evangile (^\ » et n'en trouve pas ». C'est que l'esprit humain est la seule retraite , où il semble se rafraîchir , parce que du moins il y contente sa haine. Voyez les fous amoureux du siècle comme ils sont patiens et persévérans dans leurs convoitises bioitales. Or ce vieux adultère, dit saint Augustin {^), n'a point d'autres délices que de corrompre les âmes pudiques : ainsi ne vous étonnez pas si ses poursuites sont opiniâtres. Ayant bien eu Tinsolence de traiter d'égal avec Dieu , il croit qu'il ne lui sera pas difficile d'abattre une créature impuissante. Et si, renverse comme il est par le bras de Dieu dans les gou0res éternels , remarquez ce raisonnement y chrétiens , il ne cesse néanmoins par une vaine opiniâtreté de traverser autant qu'il peut les desseins de sa providence y s'il se roidit avec tant de fermeté contre Dieu, bien qu'il sache que tous ses efforts seront inutiles ; que n'entrep rendra- t-il pas contre nous , dont il a si souvent expérimenté la foiblesse? Ainsi je vous avertis, mes chers Frères, de vous défier toujours de cet ennemi : quand même vous le surmontez y vous ne domptez pas son audace, mais vous enflammez son indignation. Tune plurimiim accenditur, cum extinguitur^ dit Tertullien (4) ; « Quand on Féteint , c'est aloi^s qu'il s'allume ». Il
C«) /. Petr, ▼. 8. —(«) Luc. xi. 34. — C) /« Ps» zua ,11.1, tom. IV, col. 3a6. — (4; DeJPœnit. m, 7,
veut dire que ce superbe y cet audacieux ne croira jamais que vous soyez capables de lui résister; et plus vous ferez d'efforts , plus il dressera contre vous' les diverses et furieuses machines. ,
Vous vous imaginez peut-être , fidèles , que s'il est si audacieux, il vous attaquera par la force ouverte : ah! qu* il n'en est pas de la sorte. Il est vrai^ c^est Fordinaire des orgueilleux d*cxercer ouvertement leurs inimitiés ; mais Tinimitié de Satan n*est pas d'une nature vulgaire ; elle est môlée d'une noire envie qui le ronge éternellement. Il ne peut souffrir que nous vivions dans l'espérance de la félicité qu'il a perdue, que Dieu par sa grâce nous égale aux anges, que son Fils se soit revêtu d'une chair humaine pour nous faire des hommes divins. Il enrage quand il considère que les serviteurs de Jésus, hommes misérables et pécheurs, assis dans des trônes augustes, le jugeront à la fin des siècles avec les anges ses sectateurs. Cette envie le brûle) plus que ses flammes. C'est, mes Frères, ce qui lui fait embrasser les fraudes et les tromperies, parce que Tenvie, comme vous savez, est une passion froide et obscure, qui ne parvient à ses fins que par de secrètes menées : et c'est par-là que Satan est infiniment redoutable ; ses finesse sont plus à craindre que ses violences. De même qu'une vapeur pestilente se coule au milieu des airs , et imperceptible à nos sens insinue son venin dans nos cœurs; ainsi cet esprit malin par une subtile et insensible contagion corrompt la pureté de nos amcs. Nous ne nous apercevons pas qu'il agisse en nous, parce
l6^ sua LES DÉxonii.
qu'il suit le courant de nos inclinations. Il nous pousse et il nous précipite du côté qu'il nous voit pencher : il ne cesse d'enflammer nos premiers désirs, jusqu'à tant que par ses suggestions il les fasse croître en passions violentes. Si nous avons commencé à aimer , de fous il nous rend furieux : si l'avarice nous inquiète , il nous représente un avenir toujours incertain, il étonne notre ame timide par des objets de famine et de guerre. Sa malice est spirituelle et ingénieuse; il trompe les plus déliés. Sa haine désespérée, et sa longue expérience le rendent de plus en plus inventif; il se change en toutes sortes de formes ; et cet esprit si beau , orné de tant de connoissances si ravissantes , parmi tant de merveilleuses conceptions n'estime et ne chérit que celles qui lui servent k renverser l'homme : Operaiio eorum est Itominù eversio (■).
Voulez-vous , pour une plus ample conGrmation y que je vous fasse voii* en racourci dans notre Evangile tout ce que jo viens de vous dire 1 II transporte le Fils de Dieu sur le pinacle du temple : il lui représente en un seul instant tous les royaumes du monde. Qui n'admircroit sa puissance?et le Fils de Dieu le permet de la sorte, afin que nous comprenions ce qu'il pourroit faire sur nous, si Dieu nous abandonnoit à sa violence. Jugez , s'il vous plaît , de sa haine et de son orgueil tout ensemble par le conseil qu'il donne à noti'e Sauveur , de se prosterner àses pieds et de l'adorer; conseil pernicieux et insolence inouie. D'ailleurs pouvoit-il prendre un
(■) Trrt. Apolog. n. ».
deuein plus plausible à Tégard de notre Seigneur, qae de le tenter de gourmandise après un jeûne de quarante jours y et de vaine gloire après une action d*ane patience héroïque ? Ce sont ses finesses et ses artifices. Mais ce qui nous paroît plus évidemment ^ est son opiniâtreté. Surmonté par trois fois y il ne peut encore perdre courage : Recessit ab iUo usque adtempus (0 , remaiHjue le texte sacré ; ft II le laisse y 9 dit-il y pour un temps » : non point fatigué ni déseq>érant de le vaincre y mais attendant une heure plus propre et une occasion plus pressante y usque od tempus. O Dieu ! que dirons-nous ici , chrétiens? Si une résistance si vigoureuse ne ralentit pas sa fureur, quand pourrons -nous espérer de trêve avec loi? Et si la gueiTC est continuelle, si cet ennemi irréconciliable veille sans cesse à notre ruine , com^ ment pourrons-nous résister, foibles et impuissant que nous sommes? Toutefois, fidèles, ne le craignez pas. Cet ennemi redoutable , il redoute lui* même les chrétiens. Il tremble au seul nom de Jésus ; et malgré son orgueil et son arrogance , il est forcé par une seci^ète vertu , de respecter ceux qui portent sa marque : c'est ce que vous allez voir par un beau passage du grand l>rtullien, d'où je tirerai une instrtfction importante, qui sera le fruit de tout ce discours.
Le grave Tcrtullien , dans ce merveilleux Apologétique qu'il a fait pour la religion chrétienne , avance une proposition bien hardie aux juges de fempire romain , qui procédoient contre les chré-
\>) Zuc.it. i3.
ipO SUR LES DÉMONS.
tiens avec une telle inhumanité (0. Après lenr avoii* reproché que tous leurs dieux c'étoient des démon&y il leur donne le moyen de s*en éclaircir par une expérience bien convaincante. Que Ton produise , dit-il y devant vos tribunaux , je ne veux pas que ce soit unre chose cachée , devant vos tribunaux. et à la face de tout le monde ^ que Ton produise un homme notoirement possédé du diable; il dit notoirement possédé y et que ce soit une chose constante : après , que Ton fasse venir quelque fidèle ; qu'il commande à cet esprit de parler : s'il ne vous dit tout ouvertement ce qu'il est, s'il n'avoue publiquement que lui et ses compagnons sont les dieux que vous adorez ; $iy dis-je, il n'avoue ces choses n'osant mentir à un chrétien y là même sans différer , sans aucune nou-* velle procédure , faites mourir ce chrétien impudent, qui n'aura pu soutenir par l'effet une promesse si extraordinaire. Ah ! mes Frères ^ quelle joie à des chrétiens d'entendre une telle proposition faite si hautement et avec une telle énergie par un homme si posé et si sérieux , et vraisemblablement de l'avis de toute l'Eglise dont il soutenoit l'innocence ! Quoi donc, cet esprit trompeur , et ce père de mensonge n'ose mentir à un chrétien ! devant un chrétien ce front de fer s'amollit , et forcé par la parole d'un fidèle y il dépose son impudence ; et les chrétiens sont si assurés de le faire obéir , qu'ils s'y engagent au péril de leur vie, en présence de leurs propres juges! Eh! pourquoi craindrions-nous un ennemi si foiblc et si impuissant? C'est la même foi que nous
professons y c'est le même Jésus que nous adorons, c'est la même parole de Dieu que nous avons toujours à la bouche : et si le diable est puissant contre nous, il ne le faut attribuer qu'au dérèglement de nos mœurs, qu'à notre vie toute séculière et toute païenne, qu'à la dureté de nos cœurs pour les saintes vérités du christianisme. C'est pourquoi je ne m'étonne pas si le diable nous est dépeint dans les Ecri-' tores tantôt fort et tantôt foible. <c C'est un lion ru- » gissant » , dit saint Pierre (0 : y a-t-ilrien de plus terrible? « Mais, dit saint Jacques (s), résistez-lui, » et il s'enfuira ». Se peut-il une plus grande foiblesse? En effet il n'est fort, chrétiens, que par notre lâche condescendance ; et si , au lieu de lui tendre les mains volontairement , nous avions soin de les fortifier par les armes que Jésus notre maître nous a données , ce loup affamé avec sa rage et ses artifices n'auroit qu'une fureur inutile. Et pour vous dire des choses convenables au temps où nous som- . mes, le jeûne, mes Frères, le jeûne célébré selon Fintention de l'Eglise , c'est un rempart invincible contre ses attaques.
Vous me direz peut - être que c'est dans le jeûne qu'il présente le combat au Sauveur avec une plus grande furie. Mais prenez garde, mes Fi^ères, que si c*est dans le jeûne que cet ennemi fait ses efforts les plus redoutables, c'est aussi dans le jeûne que Jésus notre capitaine a daigné nous faire paroître sa victoire la plus glorieuse : pour nous apprendre p par son exemple , que ce sera toujours en vain que
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le diable entreprendra contre nous, quand nous serons armés par le jeûne et par Tabstinence.
Et pour Ybus en convaincre davantage ^ remettez , s^il vous platt y en votre mémoire ce que je vous di* sois tout à rheure, que c^est une envie furieuse qui enflamme les démons contre nous. Ils voient qu'étant leurs inférieurs par nature, nous les passons de beaucoup par la grâce : ils ne sauroient considérer , sans un déplaisir extrême , que dans des membres mortels nous puissions par la miséricorde divine approcher de la pureté des substances incorporelles. Et comme ce qui élève les bons chrétiens presque à Tégalité des saints anges , c'est que , dédaignant le commerce du corps, ils conversent en esprit dans le ciel , ces malins et ces envieux ne tâchent qu'à les abîmer dans la chair, afin d'en faire des bétes brutes, au lieu qu'en s'élevant au-dessus de cette masse du corps, ils entrent en société avec les in« telligences célestes. C'est pourquoi la sainte Eglise de Dieu voulant purifier nos âmes de l'attachement excessif qu'elles ont au corps, nous ordonne une salutaire abstinence. Ce que nous perdons pour la chair, nous le gagnons pour l'esprit. Le jeûne fortifie et engraisse l'ame; et autant que nous assujettissons nos corps par la mortification et la pénitence, autant diminuons-nous les forces de notre irréconciliable ennemi.
Par conséquent , mes Frères , embrassons avec grand courage cette pénitence de quarante jours pour les péchés de toute l'année. Certes , puisque lious offensons tous les jours, aucun moment de
notre
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notre vie ne devroit être exempt de Texercice de la pénitence. Mais puisque la sainte Eglise a choisi paiv ticnlièrement ce temps pour nous recueillir en nousr mémes, faisons pénitence sans murmurer. Ne nous plaignons pas des incommodités du carâme. C*est par la mortification et la patience ^ et non pas par lès voluptâ et par les délices que nous désarmerons et te diable et ses satellites. Et que ne dirai -je donc point de ces délicats , à qui la moindre peine fait tomber incontinent le courage, qui par des excuse^ frivoles méprisent Tobservation d'un jeûne si universel, ou bien qui vivent de sorte que s*ils jeûnent de corps, ils abhorrent le jeûne en esprit?
O ignorance! ô brutalité! Dieu par sa miséricorde , mes Frères , nous donne de meilleurs sentimens. Jeûnons et d'esprit et de corps. Comme nous Atons pour un temps à notre corps sa nourriture ordinaire, ôtons aussi à notre ame les vanités dont nous la repaissons tous les jours : retirons-nous un peu des conversations et des divertissemens mondains : modérons et nos ris et nos jeux. C'est là le vrai jeûne de Famé , qui lui fait trouver une nourriture solide dans la méditation des choses célestes. Sanctifions le jeûne par Foraison , purifions Foraison par le jeûne. L'oraison est plus pure qui vient d'un corps exténué et d'une ame dégoûtée des plaisirs sensibles. Ainsi nous serons terribles aux diables. Voyez les petits enfans^ quand il leur paroit quelque chose qui leur semble hideux et terrible , aussitôt ils se cachent au sein de leur mère. Ainsi considérons, chrétiens, cette bête farouche qui nous
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