‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 3)Chapitre 21 sur 76 · TII.I · texte numérisé non relu

TII.I

sua LES DÉMOVS. I97

BOUS sommes toujours dans le combat, aussi ne de- Yons-Dous jamais cesser d^étre sur nos gardes ; Sobrii esiote et vigilate (0 : « Soyez sobres, et veillez )>. L*évangile de ce jour nous fait bien connoitre cette vérité. Nous y voyons Jésus conduit au désert, pour y être tenté du diable; c est-à-dire notre capitaine qui descend au champ de bataille, pour venir aux mains avec nos ennemis invisibles : Ductus est Jésus à Spiritu in desertum^ ut teataristur à diabolo.

Ne croyez pas, mes Frères, que nous devions être spectateurs oisifs de ce combat admirable : nous sommes engagés bien avant dans cette querelle ; et le Fils de Dieu ne permet aux démons d'entreprendre aujourd'hui sur sa personne, quafin de nous faire entendre par son exemple ce qu'ils machinent tous les jours contre nous-mêmes. Que s'il est ainsi, chrétiens, que nous soyons obligés à combattre, faisons ce que l'on fait dans la guerre; et avant que d'entrer dans la mêlée, avançons-nous avec le Sauveur* pour reconnoître ces ennemis qui marchent contre nous si résolument. Si nous sommes soign^!bx de les observer , dans l'évangile de cette journée , nous remarquerons aisément leur puis- -sance , qui les rend superbes et audacieux. Ils entreprennent , Messieurs, contre le Fils de Dieu même ; Us tentent de le mettre à leurs pieds : peut-on voir «ne itudace plus emportée? Us l'enlèvent en un moment du désert sur le pinacle du temple, Jésus- Christ le permettant de la sorte pour l'instruction de ses fidèles : est-ce pas une force terrible? S* ils

(0 /, P€tr. v. 8.

IqS sur Lfes DÉMONS.

sont forts et entreprenons , ils ne sont pas moins tus^s ni malicieux. La haine invétérée qu^ils ont contre nous, les oblige de recourir à des artifices également subtils et malins. Ils tentent Jésus-Christ de gour^ mandise après un jeûne de quarante jours; Die ut lapides isU panes fiant : « Dites que ces pierres de- » viennent des pains » ; et ils tâchent de le porter à la vaine gloire après une action d'une patience héroïque : n'étoit-ce pas un dessein plausible et une finesse bien inventée?

Tout cela y chrétiens, nous doit faire peur, puisque nous avons à nous défendre dans le même temps, et de la violence et de la surprise, et de la force et des ruses. Et néanmoins ce même Evangile, qui nous représente ces ennemis avec cet appareil redoutable, nous découvre aussi d'une même vue qu'il n'est rien de plus aisé que de les vaincre ; puisque nous voyons clairement et toutes leurs forces abattues, et toutes leurs finesses éludées par une simple parole. Voilà , mes Frères , en peu de mots ce que nous apprend l'évangile de l'état de nos ennemis et de leur armée. Si vous regardez leur marche hai^ die, et leur contenance fière et présomptueuse ^ vous verrez d'abord leur force et leur puissance : si vous observez de plus près leur marche, vous reconnoîtrez aisément leurs ruses et leurs détours : et enfin si vous pénétrez jusqu'au fond, vous verrez qu'avec leur mine superbe et leur appareil redoutable^ ils sont déjà rompus et défaits ; et qu'étant encore tremblans et effrayés de leur déroute , il est très-facile de les mettre en fuite. C'est ce que je me propose de vous faire entendre , et voilà en peu de

SUE LES OÉM0V8. I99

mots le partage de ce discours : commeDço^s par leur force et par leur puissance.

PREMIER POINT

Poua vous faire entendre, Messieurs , quelle est la force des ennemis que nous avons à combattre, il faut nécessairement vous entretenir de la perfection de leur nature. Mais comme ce discours seroit infini , si j'allois rechercher curieusement tout ce que la théologie nous en enseigne, je vous en dirai seulement ce mot, qui sera très-utile pour votre instruction : c*est que la noblesse de leur être est telle, qu à peine les théologiens peuvent-ils comprendre de quelle sorte le péché a pu trouver place dans une perfection si émiiiente. Il faut donc nécessairement qu elle soit bien haute. Et en effet, mes Frères, que des mortels comme nous, abîmés dans une profonde ignorance, accablés de cette masse de chair, agités de tant de convoitises brutales , abandonnent si souvent le chemin étroit de la loi de Dieu , bien que ce soit une extrême insolence , ce n'est pas un événement incroyable : mais que ces intelligences pleines de lumières divines, elles dont les connoissances sont si distinctes et les mouvemens si paisibles, que Dieu avoit créées avec tant de grâce et dans une condition si heureuse , qu elles pouvoient mériter leur béatitude par un moment de persévérance, se soient néanmoins retirées de Dieu , bien qu'elles fussent si assurées que leur souveraine félicité ne fût qu'en loi seul ; c'est ce qui est surprenant et terrible. Le prophète même s'en étonne : Quomodo cecidisti de

(Lins une si pariailc tranquillilé cl dans i gement delà matière? Cependant, mes

Mlre^ttotohéyetila entraîné avec lui L partie .des étoiles. Dé qoeDe sorte cela ; Ifo'Hèybi» ^ onrieù 'd'un si grand se WHgàoisMBs imilemeM qu'en Tenté étr ëè$t ihfKSh pëA'de diose,

lié» ftfoto ikilirttkiBriles et lés manich^ pIte'ifeiéMés ^efeâttoieM que la méchan fiidïis^étoit 'ledt cMiditkm naturelle : a ^Vy a uh 'scruveràin bien duquel tôt oéùùtiétit dattis cet ^liniimsSy ainsi par< réncdhitk dJvttrMë^sbrlteade maux, ïh ii ]à'^!H y^^ÉVoit*QB'^tÀiÊi|le comtkiun d€ tSù^Utt^éMtai^tàiy ptfùr'afatsi parler, ut aient ^ d6tit Vm¥ù fdtaiiii^test de nuire, tbnjours'én scin^ttiéidte qi^^ 1

fimesta;Met ils Tobib^ttf^ /)es diables cnMtures -et -ses satellites; de sorte, di ^uils sont méchabs par nature. Certes nérois qn'ube doctrine Bi'moiiStrueuse ai

SUR LES DÉMONS* ftO l

des sciences humaines , et secouant le joug de la foi, il se laisse emporter à sa raison égarée.

Mais autant que leur doctrine étoit ridicule et impie , autant sont excellentes les vérités que les an« ciens Pères leur ont opposées : et surtout je ne puis assez -admirer avec quelle force de raisonnement Tincomparable saint Augustin (0 , et après lui le grand saint Thomas son disciple , ont réfuté leur extravagance. Ces grands hommes leur ont appris qu*en vain ils recherchoient les causes efficientes du mal ; que le mal n'étant qu'un défaut , il ne pouvoit avoir de vraies causes ; que tous les êtres venoient du premier et souverain Etre, qui, étant ti-ès-bon par essence , communiquoit aussi une impression de bonté à tout ce qui sortoit de ses mains, d'où il réftultoit manifestement qu'il ne pouvoit y avoir de Dature mauvaise. Ce qui se confirme -par le sentiment et le langage conunun des hommes , qui appellent les choses bonnes quand elles sont dans leur constitution naturelle : et par conséquent il est impossible qu une chose soit tout ensemble et naturelle et mauvaise. A quoi ils ajoutoient que le mal n'étant qu'une corruption du bien , ne pouvoit agir ni travailler que sur un bon fond ; qu'il n'y a que les bonnes choses qui soient capables d'être corrompues; et que les créatures ne pouvant devenir mauvaises, que parce qu elles s'éloignent de leurs vrais principes, il s'ensuivoit de là que ces principes étoient très-bons. Ainsi disoient ces grands personnages , tant s'en faut que les manquemens des créa-

(0 De Civ, Dei, UA. xnr, cap, xiii ; tom. vit, col. 365. Lih, de itr. MeÙg. n. 35, 36, 87 jcow. i, col. •jSi), 760, et alibi.

a02 SUR LB8 DÉMONS.

tures prouvent qu'il y a de mauvais principes, qu^au contraire il seroit impossible qu'il y eût aucun manquement dans le monde , si les principes n'ëtoient ezcellens : par exemple , il ne pourroit y avoir de dérèglement, s'il n'y avoit une règle première et invariable ; ni aucune malice dans les actions , s'il n'y avoit une souveraine bontë, de laquelle les médians se retirent par un égarement volontaire. Enfin, pour couronner leurs belles raisons par une parole expresse du Vils de Dieu , ils ont remarqué que notre Seigneur en parlant du diable en saint Jean, n'avoit pas dit qu'il étoitné dans le mensonge, mais qu' « il n'étoit pas demeuré dans la vérité » : In veritate non sietà (0. Que s'il n'y est pas demeuré, il y a d(Hic été établi; et s'il en est tombé, ce n'est pas un vice de sa nature, mais une dépravation de sa volonté. Laissant donc à part ces vieilles erreurs, ensevelies depuis si long-temps dans l'oubli , recherchons de plus haut et par les véritables principes, l'origine de ces esprits dévoyés, et la cause de leurs erreurs. Suivez-moi , s'il vous plaît , chrétiens.

Non , je ne cherche point d'autres causes pourquoi les anges ont pu pécher, sinon que c'étoient des créatures : la raison , saint Augustin nous l'a enseignée {?). La créature est faite de la main de Dieu j donc il ne se peut qu'elle ne soit bonne, paixe que son principe est la bonté même : mais la créature est tirée du néant ; c'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si elle retient quelque chose de cette basse

(0 Joan. viii. 44- "^ ^'^ ^« du. Dei, lib. xiy , cap, ziii , tom. vu , eoi, 365.

Sun LES DÉMOirs. aoS

et obscure origine; ni si étant sortie du néant, elle y retombe si facilement par le péché , qui l'y rengage de nouveau en la séparant de la source de son être. Ainsi, Messieurs, c'est assez de voir que les anges étoient créatures, pour conclure qu'ils n'étaient pas impeccables. Cet honneur n'appaitient qu*à Dieu. Ils lui sont semblables , il est vrai, mais non pas en tout : et encore que nous voyions, dit Tertullien , qu* « une image bien faite représente » tous les traits de l'original , elle ne peut exprimer » sa vigueur, étant destituée de mouvement ; ainsi » quelque ressemblance que nous voyions des per- 3» fections infinies de Dieu dans les anges et les na- » tures spirituelles, elles ne peuvent jamais expri- » mer sa force , qui est le bonheur de ne pécher » pas » : Imago , cùm omnes lineas exprimai verir tatisy vi tamen ipsd caret, non habens motum; ita et anima, imago Spiritùs, solam vim ejus exprimère non valuit, id est non peccandifelicitatem (0. Tirés du néant, et c'est assez dire : de là, Messieurs , il est arrivé que les premiers des anges se sont endormis en eux-mêmes dans la complaisance de leur beauté. La douceur de leur liberté les a trop charmés , ils en ont voulu faire une épreuve malheureuse et funeste ; et déçus par leur propre excellence, ils ont oublié la main libérale qui les avoit comblés de ses grâces. L'orgueil s'est emparé de leurs puissances : ils n'ont plus voulu se soumet" treà Dieu; et ayant quitté, les malheureux, cette première bonté, qui n'étoit pas moins l'appui de leur^ bonheur que le principe de leur être , vous

(0 Idb. 11. adv, Marcion» n, 9.

204 SUR LES BÈM0N8.

étonnerez-YOUS si tout est allé en ruine, ni s^il s*en est ensuivi un changement si épouvantable ? Dieu Ta permis de la sorte.

Tremblons y tremblons, mes Frères, et soyons saisis de frayeur en voyant ce tragique exemple , et de la foiblesse de la créature, et de la justice divine. Hélas ^ on a beau nous avertir, nous courons tous les jours aux occasions du péché les plus pressantes, les plus dangereuses : nous ne veillons non plus sur , nous -mêmes que si nous étions impeccables; et nous croyons pouvoir conserver sans peine , parmi tant de tentations, ce que des créatures si parfaites ont perdu dans une telle tranquillité. Est-ce folie? est-ce enchantement 7 est-ce que nous n'entendons pas quels malheurs le péché apporte? pendant que nous voyons à nos yeux ces esprits si nobles, déligurés si étrangement par un seul crime, que d*anges de lumière ils sont faits tout d'un coup anges de ténèbres, d*enfans ils sont devenus ennemis irréconciliables; et étant ministres immortels des volontés divines, ils sont enfin réduits à cette extrémité de misèi^e , qu'il n y a plus pour eux d'occupation que dans rinfame emploi de tromper les hommes. Quelle vengeance ! quel changement ! c'est le péché qui l'a fait , et nous ne le craignons pas ! n'est*ce pas être bien aveugles? Mais revenons à notre sujet, et jugeons de la force de nos ennemis par la perfection de leur nature.

C'est le grand apôtre saint Paul qui nous y exhorte par ces excellentes [paroles : ] « B.evête2rV0us, dit-il, 3» des armes de Dieu, parce que vous n'avez pas à » combattre la chair, ni le sang» , ni aucune force visible : Non est nobis colluctaUo adïfershs carnem

SUR LES DÉMONS. o.oS

etsanguinem, sed ads^ersus principatus etpotestates, adversùs mundi redores ^ contra spiritualia nequitiœ in cœlestibus{^)\ frimais contre des principautés a et des puissances , et des malices spirituelles » : spiritualia nequitiœ. Pourquoi exagère-t-il en termes si forts leur nature spirituelle?c^est à cause que dans les corps y outre la partie agissante , il y en a aussi une autre qui souffre, que nous appelons la matière : c*est pourquoi les actions des causes naturelles, si nous les comparons à celles des anges y paroitront languissantes et engourdies , à cause de la matière qui ralentit toute leur vertu. Au contraire ces ennemis invisibles qui s'opposent à notre bonheur, ne sont pas, dit-il , de chair ni de sang : tout y est dégage? , tout y est esprit; c'est-à-dire tout y est force , tout y est vigueur : ils sont de la nature de ceux dont il est écrit, ce qu'ils portent le monde W ». Et de là nous devons conclure que leur puissance est très-redoutable.

Mais vous croirez peut-être que leur ruine les a désarmés, et qu'étant tombés de si haut ils n*ont pu conserver leurs forces entières. Désabusez-vous , du-étiens ; tout est entier en eux, excepté leur justice et leur sainteté , et conséquemment leur béatitude. En voici la raison solide , tirée des principes de saint Augustin : c'est que la félicité des esprits ne se trouve ni dans une nature excellente , ni dans un sublime raisonnement , ni dans la force , ni dans la vigueur; mais elle consiste seulement à s'unir à Dieu par un amour chaste et persévérant. Quand donc ik se séparent de lui , ne croyez pas qu il soit né-

(') Ephu, VI. la. — (*) Job, is. i3.

ao6 SUR LES DÉMONS.

cessaire que Dieu change rien en leur nature pour punir leur égarement; il suffit ^ dit saint Augustin , pour se vens^er d'eux , qu'il les abandonne à euxmêmes : Quia sud superbid sibi placuerunt, Dei justitid sibi donarentur (0. De cette sorte ces anges rebelles que Thonneur de leur nature a enflés ^ que leurs grandes connoissances ont rendus superbes jusqu'à vouloir s'égaler à Dieu, ne perdront pas pour cela leurs dons naturels. Non, ils leur seront conservés; mais il y aura seulement cette différence^ que ce qui leur servoit d'ornement cela même leur tournera en supplice, par une opération cachée de la main de Dieu , qui se sert comme il lui plait de ses créatures , tantôt pour la jouissance d'une souveraine félicité, tantôt pour l'exercice de sa juste et impitoyable vengeance.

Par conséquent , Messieurs , il ne faut pas croire que leurs forces soient épuisées par leur chute. Toute l'Ecriture les appelle forts. «Les forts, dit David , se » sont jetés sur moi » : Irruerunt in me fortes W\ par oh, saint Augustin entend les démons (^). Jésus- Christ appelle Satan « le Fort armé » : Fortis arma-tus (4). Non-seulement il a sa force, c'est-à-dire sa nature et ses facultés ; mais encore ses armes lui sont conservées, c'est-à-dire ses inventions et ses connoissances; Fortis armatus. Ailleurs il le nomme « le Prince du monde » : Princeps hu/us mundi (^); et saint Paul, a Gouverneur du monde » : Redores mundi (fi). Et nous apprenons de Tertullien , que les

(0 De Civ. Dei,lih, xiv, c. \y ytom. tu, col, 306. — («) P*. lviif. 4. — 0) In Ps, LYin, eiMrr. 1, n. 6 , font, iv , co^ 55^, — (4) Luc. xi , ai . — {S) Joan, VI. 3 1. •* (^) Eph, vi. 1 3.

8UK LES DÉMOirS» 307

damons faisoient parer leurs idoles des robes dont se revétoient les magistrats, qu'ils faisoient porter devant eux les faisceaux et les autres marques d'autorité publique , comme étant, dit-il , « les vrais maa gistrats et les princes naturels du siècle » : Dœmones magistratus sunt sœculi (0. Satan n'est pas seulement le prince , le magistrat et le gouverneur du siècle ; mais pour ne laisser aucun doute de sa redoutable puissance, saint Paul nous enseigne qu' « il » en est le Dieu » : Deus hujus sœculi {p). En effet il fiût le Dieu sur la terre, il affecte d'imiter le Toutpuissant. Il n'est pas en son pouvoir de faire comme lui de nouvelles créatures , pour les opposer à son maître; voici ce qu'invente son ambition : il corrompt celles de Dieu , dit TertuUien (3) , et les tourne autant qu'il peut contre leur auteur : enflé démesurément de ses bons succès, il se fait rendre enCn des honneurs divins ; il exige des sacrifices , il reçoit des vœux, il se fait ériger des temples, comme un sujet rebelle qui par mépris ou par insolence affecte la même gi*andeur que son souverain : Ut Dei Domini placita cum contumelia affectons (4).

Telle est la puissance de notre ennemi; et ce qui la rend plus tenible , c'est la violente application avec laquelle il unit ses forces dans le dessein de notre ruine. Tous les esprits angéliqucs , comme remarque très-bien saint Thomas (^), sont très-arrétés dans leurs entreprises : car au lieu que les objets ne se présentent à nous qu'à demi, si bien que par de secondes réflexions nous avons de nouvelles vues

(0 De IJoloL n. i8. — C*) //. Cor, iv. 4- — ('^ De IJolol. w. 4- — W TerL ad Ifxor. n. 8. — ^*) Part. i. Quœtt vrui, art. uu

ao8 SUA LES DéMOlfS.

qui rendent nos résolutions chancelantes; les anges au contraire , dit saint Thomas ^ embrassent tout leur objet du premier regard avec toutes ses circonstances; et ensuite leur résolution est fixe, déter^ minée et invariable. Mais s*il y a en eux quelque pensée forte , et où. leur intelligence soit toute ap«pliquée ^ c*est sans doute celle de nous perdre. « C'est un ennemi qui ne dort jamais , jamais il ne » laisse sa malice oisive » : Peryicacissimus hoslis iUe nunçuam malitiœ suœ ottumfacit : quand même vous le surmontez, vous ne domptez pas son audace, mais vous enflammez son indignation : Tuncpluri» mum accenditur dhm extinguitur (0 : « Quand son » feu semble tout-à-fait éteint , c'est alors qu'il se » rallume avec plus de force ». Ce superbe , ayant entrepris de traiter d'égal avec Dieu, pourra-*t-il jamais croire qu'une créature impuissante soit ca« pable de lui résister ? et si , renversé comme il est dans les cachots éternels , il ne cesse pas néanmoins de traverser autant qu'il peut les desseins de Dieu , s'il se roidoit contre lui avec une telle opiniâtreté^ bien qu'il sache que tous ses efforts seront inutiles; que nosera-t-il pas contre nous, dont il a si souvent expérimenté la foiblesse ?

Ainsi je vous avertis , mes chers Frères , de ne vous relâcher jamais , et de vous tenir toujours en défense. Tremblez même dans la victoire : c'est alors qu'il fait ses plus grands efforts , et qu'il remue ses machines les plus redoutables. Le voulez-vous voir clairement dans l'histoii^ de notre Evangile ? il attaque trois fois le Fils de Dieu : trois fois repoussé

(0 TerU Je Pœnii, n. 7.

honteusement.

SUR LES DÉMONS. aOQ

bonteusement , il ne peut encore perdre courage; « U le laisse , dit TEcriture , jusqu'à un autre temps » : Recessit ai illo usgue ad tempus (0; surmonté et non abattu , ni désespérant de le vaincre ; mais attendant une heure plas propre et une occasion plus pressante. ODieu! que dirons-nous ici, chrétiens? si une résistance si vigoureuse ne ralentit pas sa fureur, quand pourrons-nous espérer de trêve avec lui? Et si la guerre est continuelle , si un ennemi si puissant veille sans cesse contre nous avec ,tous ses anges y qui pourroit assez exprimer combien soi* gneuse , combien vigilante , combien prévoyante et inquiète doit être à tous momens la vie chrétienne 7 Et nous nous endormons? Je ne m* étonne pas si nous vivons sous sa tyrannie, ni si nous tombons dans ses 'pièges , ni si nous sommes enveloppés dans ses embûches et dans ses finesses.

SECOND POINT

Puisque Fennemi dont nous parlons est si puissant et si orgueilleux , vous croirez peut-être , Messieurs ^ qu'il vous attaquera par la force ouverte , et que les finesses s'accordent mal avec tant de puissance et tant d'audace. En effet saint Thomas remarque (3) que le superbe entreprend hautement les choses; et cela, dit ce grand docteur^ parce qu'il veut contrefisLirele courageux, qui a coutume d'agir ouvertement dans ses desseins, et qui est ennemi de la surprise et des artifices. Il seroit donc malaisé d'entendre de quelle sorte Satan aime les finesses , « lui n qui est le prince de tous les superbes » , comme

(0 Luc, iv. i3. — -(*) a. 3. QuasU iv, atlS, ad 2.

BOSSUBT. XII. l4

filO sua LES DÉMONS*

rappelle rEcriture sainte : Ipse est rex super universos filios superbiœ (0 , si cette même Ecriture ne nous apprenoit que c*est un superbe envieux, Invidia diaboU i?)j et par conséquent trompeur et ma* lin. Car encore qu'il soit véritable que Tenvie soit une espèce d'orgueil , néanmoins tout le monde sait que c'est un orgueil lâche et timide, qui se cache, qui fuit le jour, qui, ayant honte d'elle-même, ne parvient à ses fins que par de secrètes menées : et de là vient qu'une noire envie rongeant éternellement le cœur de Satan et de ses malheureux complices, et le remplissant de fiel et d'amertume contre nous , elle le contraint d'avoir recours à la fraude, à la tromperie, à des artifices malicieux; il ne lui im» porte pas, pourvu qu'il nous perde. '

D'o& lui vient cette envie? C'est ce qu'il seroit long de vous expliquer , et vous en êtes sans doute déjà bien instruits : car qui ne sait. Messieurs, que cet insolent , qui avoit osé attenter sur le ti^ône de son Créateur , frappé d'un coup de foudre , chut du ciel en terre, « plein de rage et de désespoir » 1 Hahens iram magnant (3). Se sentant perdu sans ressource, et ne sachant sur qui se venger, il tourne sa haine envenimée contre Dieu, contre les anges, contre les hommes, contre toutes les créatures, contre lui-même; et après une telle chute, n'étant plus capable que de cette maligne joie qui revient à un méchant d'avoh^ des complices , et à un esprit malfaisant des compagnons de sa misère, il conspire avec ses anges de tout perdre avec eux , d'envelopper, s'ils pouvoient , tout le monde dans leur crime.

CO Job. su. ji5. -« (») Sap, ii. a4* — i?) ^pœ. xii. i a.

SUR LES DÉMOKS. 911

He là cette haine, de là cette envié qui le remplit oontre nous de fiel et d'amertume.

Le voulez-TOus voir, chrétiens, voulez- vous voir cet envieux représenté chez Ezéchiel sous le nom de Pharaon roi d'Egypte? Spectacle épouvantable 1 tout autour de lui sont des corps meurtris par de cruelles blessures. « Là glt Assur , dit le prophète, » avec toute sa multitude : là est tombé Elam et a tout le peuple qui le suivoit : là M osoch et Thu- » bal, les rois d'Idumée et du Nord, et leurs princes » et leurs capitaines, et tous les autres, qui sont a nommés multitude immense , nombre innombra-^ » ble » : ils sont tout autour couchés par terre, nageant dans leur sang : a Pharaon est au milieu » qui voit tout ce carnage , et qui se console de » ses pertes , et de toute sa multitude tuée par le » glaive ; Pharaon et toute son armée » ; Satan et tous ses complices : f^idit eos Pharao, et consolaUts est super um\^ersa multitudine sua quœ interfecta est gladio ; Pharao, etomnis exerciius ejus (0.

Enfin, enfin, disent-ils, nous ne serons pas les seuls: çà, çà, voici des compagnons. O justice divine ! tu as voulu des supplices , en voilà ; soûle ta vengeance; voilà assez de sang, assez de carnage. Yoilà , voilà ces hommes que Dieu avoit voulu éga- * 1er à nous : les voilà enfin nos égaux dans les tourmens ; cette égalité nous plaît : plutôt , plutôt périr, que de les voir à nos côtés dans la gloire. Malheur à nos lâches compagnons qui le souffrent : il vaut bien mieux périr, et qu'ils périssent avec nous. Us nous jugeront quelque jour^ ces honunes

scmblons-nous mal accompagnes, au mil de peuples et de nations ? Allez , glorifia votre petit nombre d'élus, que vous av* tira de nos, mains ; mais confessez du ] notre multitude l'emporte.

Que faisons-nous^ mes Frères , d'enten iiioag-temps ces blasphémateurs ? Voyez voyex leur envie, et comme ils triompl mort des hommes. Cest là leur applicatic » tout leur ouvrage n : Operatio eorum c m^rsio (0. Que ne peuvent-ils aussi se Dieu? sa puissance infinie ne le permet pi d*une T>ige impuissante ; ils déchargent toi sur l'bomipe qui est son image; ils mettent cette image , ils repaissent leur esprit envi vaine imagination de vengeance. C'est ^ m cette noire envie , mère des fraudes et de ries, qui fait que Satan marche contre une conduite cadiée et impénétrable. Il pas comme un éclair , il ne gronde pas <

SUR LES DÉMOlfS. Ali

nin dans le cœnr; ou pour me servir, chrétiens , (Tune autre comparaison qui lui convient mieux, il se glisse comme un serpent ; c'est ainsi que TEcriture l'appelle (0.

Et Tertullien nous décrit ce serpent par une expression admirable : Abscondatse itaque serpens , totamçue prudeniiam suam in latebrarum ambagibus torqueat: « Il se cache autant quil peut; il » resserre en lui-même par mille détours sa pru-^ » dence malicieuse » ; c'est-à-dire qu'il use de con* seils cachés et de ruses profondément recherchées; Cest pourquoi Tertullien poursuit en ces mots : €c II se retire , dit-il , dans les lieux profonds , il ne 39 craint rien tant que de paroître : quand il montre 30 la tête, il cache la queue; il ne se remue jamais » tout entier, mais il se développe par plis tortueux^ » béte ennemie du jour et de la clarté » : Aile ha-hitet ^ in cœca detrudatur^ per anfracUis sérient suam euol%fat, tortuose procédât j nec semel totus , lucifuga bestia W.

C'est Satan , c'est Satan, Messieurs, qui nous est représenté par ces paroles ; c'est lui qui ne se déplie jamais tout entier : il étale la belle apparence, et il cadie la suite funeste : il rampe quand il est loin , et il mord sitôt qu'il est proche. Prenez garde à vous, mes chers Frères, crie le grand apôtre saint Pftul, a prenez garde que vous ne soyez trompés » par Satan; car nous n'ignorons pas ses pensées » : Ui non circumi^eniamur à Satana j non enim igno* ramus cogitationes ejus (^). Non, non, nous n'ignorons pas ses pensées; nous savons que sa malice est

K})Apoc, XII. 9. — {?)Advers. F'alent, n. 3. — 'x^J IL Cor. ii. i f.

ai4 SUR LES DÉICOHS.

ingénieuse ; que son esprit inventif, raffine par un long usage , excité par sa haine invétérée , n'agit que par des artifices fins et déliés , et par des ma-> diines imprévues. Ah! mesFi*ères, qui pourroit vous dire toutes les profondeurs de Satan, et par quels artifices ce serpent coule?

S'il vous trouve déjà agité , il vous prend par le penchant de Tinclination. Votre cœur est-il déjà effleuré par quelque commencement d'amour? il souffle cette petite étincelle jusqu'à ce qu'elle devienne un embrasement : il vous pousse de la haine à la rage, de l'amour au transport, et du transport à la folie. Que s'il vous trouve éloigné du crime , jouissant des saintes douceurs d'une bonne conscience , ne croyez pas qu'il vous propose d'abord l'impudicité; il n'est pas si grossier, dit saint Chrysostôme : Multd utitur versutid , perseverantiâ , nttemperatione ad hominum pemicienij et à minimis staiim congreditur. MultOj multo utitur condes" censu^ ut nos ad mala prœcipitet (0. « Il use, dit-il ^ a> avec nous d'une grande condescendance ». Que

veut dire cette parole? Dieu se rabaisse Satan

se rabaisse aussi à sa mode. Il voudroit bien , mes Frères, vous rendre d'abord aussi méchans que lui^ s'il pouvoit : « car que désire ce vieil adultère , sinon » de corrompre l'intégrité des âmes innocentes (2) » , et de les porter dès le premier pas à la dernière infamie? Mais vous n'êtes pas encore capables d'une si grande action, il vous y faut mener pas à pas : c'est pourquoi il se rabaisse, dit saint Chrysostôme^

(0 Flom Lxxxyii, in Malt, tonu ,vii, pag. 814. — (*) S. Aug. in Pi. xxxix, II. I y tom, iT, ooL 3a6.

SIJll LES DÉXOnsi. âiS

il 8*accoininode à votre foiblesse, il use avec vous de eondescendanoe. Ah! ce De sera, dit-il, qu*an regard ; après y tout au plus, qu une complaisance et un agrément innocent. Prenez garde, le serpent s'avance; vous le laissez faire, il va mordre. Un feu passe de veines en veines , et se répand par tout le corps. U faut Tavoir, il faut la gagner. Cest im adultère ; n'importe. Eh bien, je la possède, est-ce pas assez? Il fieiut la posséder sans trouble. Elle a un mari : qu'il meure. Vous ne pouvez le faire tout teol : engageons^n d'autres dans notre crime : employons la fraude- et la perfidie. David, David, le malheureux David ! et qui ne sait pas son histoire 7 Judas : [ inspirons-lui ] le dessein de se porter àvendre son maître. Le crime * est horrible ! Allons par degrés : qu'il le vole premièrement; après, qu'il le vende. Voilà l'appât, l'avarice : il y a donné, il est à nous. Poussons , poussons de l'avarice au larcin, du laccin à ta trahison, à la corde et au dâespoir. Mes chers Frères, éveillez-vous, et ne vous laissez pas séduire à Satan : car vous été sbien avertis, et vous n'ignorez pas ses pensées : Non enim ignoramus cogitationes ejus. C'est pourquoi il vous' est aisé de le vaincre : c'est par où il faut conclure en peu de paroles.

TROISIÈME POINT

Il semble que je sois ici obligé de me contredire moi-même , et de détruire en cette partie ce que f ai établi dans les deux autres. Car après vous avoir fiiit voir que notre ennemi est fort et terrible, il faut

Sl6 gCB I.E9 DÉHOàs.

maintenant tous dire au contraii-e qu'il est foifale et facile à vaincre. Comment concilier ces deux choses, si ce n'est en vous disant , chrétiens , qu'il est fort contre les lâches et les timides , mais très-foible et impuissant pour les courageur? En elTet nous voyons , dans les saintes Lettres , qu'il nous y est représenté tantôt fort , tantôt foible, tantôt lier et tantôt tremblant ; et il n'y eut jamais une béte pl.is monstrueuse.

C'est un lion rugissant qui se rue sur nous : c'est un serpent qui rampe par terre , et il n'est rien de plus aisé que d'en éviter les approches. « Il tourne » autour de vous pour vous dévorer »; voilà qui est terrible : Circuit çuœrens quem devoret (') : « Mais n résistez-lui seulement , et il se mettra en fuite » : Resistite diabolo , et fugiet à vobis W. Ecoutez comme il parle à notre Sauveur ; c'est une remarque de saint Basile de Séleucie : Quid mihi et Ubi est , Jesu Fili Dei altissimi (5) ? « Qu'y a-t-il entre B toi et moi , Jésus Fils de Dieu » ? Voilà un serviteur qui parle bien insolemment à son maître (4) ; mais il ne soutiendra pas long-temps sa fîerté. « Et » )c te prie, dit-il, ne me tourmente pas » : Obsecro te, ne me torqueoi. f^enisti ante tenipus torçuere nos (5/? Voyez comme il tremble sous les coups de fouet. Que si j'avois assez de loisir pour repasser sur toutes les choses qui nous l'ont fait paroîti-e terrible , il me seroit aisé de vous y montrer des maïques visibles de foiblesse.

(0 I. Ptir. V. 8. — W Jac. it. ;.— (î)£i«. viii. a8 W&BatiL

Settuc. Oral. mil. — (,=) Ualt. Tiii. ag.

SUR LES DÉMOVS. 217

Il est vrai qu'il a ses forces entières ; mais celui qui les lui a laissées pour son supplice y ainsi que BOUS avons dit^ lui a mis un frein dans les mâchoires, et ne lui lâche la bride qu autant qu'il lui plaît, ou pour exercer ses serviteurs, ou pour se venger de ses ennemis. Il a une puissance fort vaste , et son empire s'étend bien loin ; mais saint Augustin nous apprend que ce commandement lui tient lieu de peine : Pœna enim ejus est^ ut in potèstate habeat eos, qui Dei prœcepta coniemnunt (0. Et en effet, s'il est véritable que d'être ennemi de Dieu ce soit la souveraine misère, celui qui en est le chef n'estil pas par conséquent le plus misérable ? Enfin estil rien de plus méprisable que toute cette grandeur qu'il affecte; puisqu'avec cette intelligence qui le rend superbe et toutes ces qualités extraordinaires, nous lui semblons néanmoins dignes d'envie; et tout impuissans que nous sommes y il désespère de nous pouvoir vaincre, s'il n'y emploie les rases et la sur^ prise : de laquelle certes. Messieurs , ayant été si bien avertis ^ est-il rien de plus aisé que de l'éviter , « pourvu que nous marchions en plein jour comme » des enfans de lumière »1 Ut Jilii lucis ambu--

Que si vous voulez savoir sa foiblesse, non plus. Messieurs y par raisonnement, mais par une expérience certaine , écoutez parler Tertullien dans son admirable Apologétique : voici une proposition bien hardie , et dont vous serez étonnés. Il reproche aux

W De Gènes, coni. Maniclu lib. u., /i. a6, tonu i, col 6;$. ^

9t8 ttfK Lsa sÉKOirs.

gentils que toutes leurs divluitâ sout des esprits malfaisans; etpourleur faire entendre cette vérité, il leur donne le moyen de s'en éclaircîr par une expérience bien convaincante. Edatur hic aliqms sub tribunalibus vestris, quem dœmone agi constet (■). O juges 1 qui nous tourmentez avec une telle inhumanité, c'est à vous que j'adresse ma parole : qu'on me pi-oduise devant vos tribunaux ; je ne veux pas que ce sott en un lieu caché, mais à la face de tout le monde ; « qu'on y produise un homme qui soit » notoirement possédé du démon a ; je dis notoirement possédé, et que la chose soit très-constante; ^uem dœmone agi constet : 3101*5 que l'on fasse venir quelque fidèle , je ne demande pas qu'on fasse nn grand choix ; que l'on prenne le premier venu , R pourvu. seulement qu'il soit chrétien » ; Jussus à çuoliiet christiano : si en présence de ce chrétien il n'est contraint non-seulement de parler, mais encore de vous confesser ce qu'il est , et d'avouer sa tromperie, « n'osant mentir à un chrétieu u; Christiano mentîri non audantes ; Messieurs, remarquez ces paroles : « là même, là même, sans plus » dillërer, sans aucune nouvelle procédure, faites a mourir ce chrétien impudent qui n'aura pu sou- » tenir par l'ellêt une promesse si extraoï-dinaire » : Ibidem illius christiani procacissimisanguinentf undite.

O joie ! ô ravissement des fidèles d'entendre une telle proposition, faite si hautement et avec une telle énergie par un homme si posé et si sérieux^

(') Apolog. n. a3.

SUK LES DÉ1COV8« 2119

et vraisembkblemeDt de lavis de toute TEglise, dont il soutenoit TinnoceDce ! Quoi donc ! cet esprit trompeur y ce père de mensonge oublie ce qu il est, et n'ose mentir à un chrétien ! Christiano mentiri non audentes. Devant un chrétien ce front de fer s'amollit : forcé par la parole d'un fidèle ^ il dépose son impudence y et les chrétiens sont si assurés de le faire parler à lem* gré, qu'ils s'y engagent au pé* ril de leur vie, en présence de leurs propres juges. Qui ne se riroit donc de cet impuissant ennemi y qui cache tant de foiblesse sous une apparence si fière ? Non y non y mes Frères , ne le craignons pas : Jésus notre capitaine Ta mis en déroute ; il ne peut plus rien contre nous, si nous ne nous rendons lâchelaent à lui.

C'est nous-mêmes que nous devons craindre; ce sont nos vices et nos passions plus dangereuses que les démons mêmes. Bel exemple de TEcriture : Saiîl possédé du malin esprit; David le chassoit au son de sa lyre, ou plutôt par la sainte mélodie des louanges de Dieu, qu'il faisoit perpétuellement résonner dessus. Chose étrange , Messieurs ! pendant que le démon se retiroit, Saiil devenoit plus furieux : il tâche de percer David de sa lance (0; tant il est véritable qu'il y a quelque chose en nous qui est pire que le démon même , qui nous tente de plus près, et qui nous jette dans un combat plus dangereux ! chrétiens , ce c'est la convoitise qui nous » tente, dit saint Jacques C^), et qui nous attire ». Ah! modérons-la par le jeûne, cliâtions«la par le jeûne, disciplinons-la par le jeûne.

(«) /. Iteg. XVI. a3. iix. lo. — (*) Jac, i. i-V

O jeûne y tu es la terreur des démons, tu es la nourriture de Famé , tu lui donnes le goût des plaisirs célestes y tu désarmes le diable , tu amortis les passions : 6 jeûne , médecine salutaire contre le dérèglement de nos convoitises , malheureux ceux qui te rejettent , et qui t'observent en murmurant contre une précaution si nécessaire ! Loin de nous, mes Frères , de tels sentimens : jeûnons , jeûnons d*esprit et de corps. Comme nous i*etranchons pour un temps au corps sa nourriture ordinaire , ôtons aussi à Tame les vanités dont nous la repaissons tous les jours : retirons -nous des conversations et des divertissemens mondains : modérons nos ris et nos jeux : faisons succéder en leur place le soin d'écouter TEvangile qui retentit de toutes parts dans les chaires : c'est le son de cet Evangile qui fait trembler les démons. Sanctifions le jeûne par Toraison -, purifions Toraison par le jeûne. L'oraison est plus pure qui vient d'un corps exténué , et d'une ame dégoûtée des plaisirs sensibles (*).

{*) Ainsi nous serons terribles au diable , nous verrons cet ancien ennemi consumer sa rage par de vains efforts ; et au lieu de succomber aux attaques de tous ces esprits dévoye's , nous irons remplir dans le ciel les places que leur désertion a laisse vacantes. C'est le bonheur que je vous souhaite, au nom du Père, et du Fils et du Saint- Esprit. Anien.

Ces paroles étoient destinées , dans la première intention de Fauteur , pour conclure son discours j mais il leur a dans la suite substitué le morceau qui en lient la place , pour parler de la paix des Pyrénées, qui fut conclue le 7 novembre iGSq, entre la France et FEspagne , par le cardinal Mazarin et dom Louis de Haro , plénipoteniiaires de ces deiuL puissances. Celte paix eut pour une des

sua LES DÉMONS. 221

Assez de bals, assez de danses, assez de jeux, assez de folies. Donnons place à des voluptés et plus chastes et plus sérieuses. Voici, mes Frères, une grande joie que Dieu nous donne pour ce carême. Cette fille du ciel ne devoit point être accueillie par une joie dissolue : il faut une joie digne de la paix, qui soit i^pandue en nos cœurs par Tesprit pacifique.

Qui ne voit la main de Dieu dans cet ouvi*age 7 Que notre grande Reine ait travaillé à la paix de toute sa force , quoique ce soit une action toute di» vine , j'avoue que je ne m'en étonne pas : car que liii pouvoit inspirer cette tendre piété qui Tembrase, et cet esprit pacifique dont elle est remplie? Nous •avons , nous savons il y a long-temps qu elle a toujours imité Dieu , dont elle porte sur le front le caractère ; elle a toujours pensé des pensées de paix.

Mais n'y a-t-il pas sujet d'admirer, de voir notice jeune Monarque toujours auguste s'arrêter au milieu de ses victoires , donner des bornes à son courage, pour laisser croître sans mesure l'amour qu'il a pour ses sujets; aimer mieux étendre ses bienfaits que ses conquêtes ; trouver plus de gloire dans les douceurs de la paix que dans le superbe appareil des triom-> phes; et se plaire davantage à être le père de ses peuples qu'à être le victorieux de ses ennemis? C'est Dieu qui a inspii*é ce sentiment. Qui ne béniroit ce grand Roi ?

Qui ne bénira tout ensemble la main sage et industrieuse ! • . .Parlons, parlons et ne craignons pas.

prmcîpales conditions le mariage du Roi avec Tlnfante Marie-Thé- {Edition de Déforis.)

aft^ 6ira LIS Divovs.

Je sais combien les prédicaleurs doivent être râeirés sur les louanges : maisse taire en cette rencontre , ce ne seroit pas être retenu, mais en quelque sorte en*

vieux de la fëUoîté publique Elle viendm^dle

Tiendra accompagnée de toutes ses suites. . Çà, çà, peuples, qu*0Q se réjouisse; et iTil y a encore qudqne maudit reste de la malignité passée, qu'elle tombe aujourdliui devant ces autels , et qu'on eâèbre hautement ce sage ministre qui montre bien^ tn donnant la paix, qu'il fait son intérêt du bien de TEtaty et sa gloire du repos des peuples. Je ne brigue point de faveur,, je ne fais point ma cour dans la chaire; à Dieu ne plaise ! Je suis français et chrétien : je sens y je sens le bonheur public ; et je décharge mon cœur devant mon Dieu sur le sujet de cette paix bienheureuse, qui n*est pas moins le repos de TEglise que de TEtat. C'est assez dire, il faut que nos vœux acbèveot le reste.

Cest nous, c'est nous, mes Frères, qui devons commencer la r^ouissance. Cest à Nathan le prophète, c'est à Sadoc le grand-prétre , c'est aux prédicateurs, c'est aux sacrificateurs du Très-haut à sonner de la trompette devant le peuple, et de crier les premiers : F'iyat rex Salomon (0 : « Vive le roi, » vive le roi , vive Salomon le pacifique ». Qu'il vive. Seigneur , ce grand Mooai*que ; et pour le récompenser de cette bonté qui lui a fait aimer la gloire de la paix, plutôt que celle des conquêtes, qu'il jouisse long-temps, heureusement, de la paix qu'il nous a donnée; qu'il ne voie jamais son Etat troublé ,

SUR LES DÉMOlfS. 223

ni sa maison divisée; que le respect et Famonr coqcourant ensemble y la fidélité de ses peuples soit ipyiolable^ inébranlable; et enfin pour retenir long* temps la paix sur la terre, qu il fasse régner la jus-« lice y qu'il fasse régner les lois , qu'il fasse régner Jésus-Christ y que je prie de nous donner à tous son royaume, à qui appartient tout honneur et gloire, qui avec le Père et le Saint-Esprit vit et règne main* tenant et aux siècles des siècles.

aa4 SUB- ^^ PAÉDICATZON.

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