‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 3)Chapitre 32 sur 76 · P». CVIII · texte numérisé non relu

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Bossu ET. XII. 19

tgO SUA L« PÉCHÉ D*BABITUI>E.

étouffe la charité , car Famour de Dieu ne peut point s'aceorder avec Famour des créatures : ou bien le vêtement marque la tyrannie , l'eau Fimpétnosité, lliuile une taehe qui se répand partout et ne s'efface quasi jamais. Cest donc une grande maladie que le péché d'habitude : et pour reconnoltre si elle est tn BOUS cette maladie, si nous péchons par habitude, il faut peser trois choses, siais sans se flatter. - Premièrement, si vous faites le mal avec plaisir; car tout plaisir est conformité à quelque nature : or il est certain que le péché n'a pas de soi cette con-^ formité avec votre nature : il &ut donc que la réité* ration du péché ait fait en vous une autre nature , et cette autre nature c'est la coutume. Qui pêche donc souvent et avec plaisir, celui-là pèche d*un péché d*habitude% c'est un pécheur endurci.

Secondement, péchez-vous sans remords de conscience; car le remords de conscience est une suite de la réflexion : or pécher souvent sans réflexion , c'est marque de la grande inclination qu'on y a et que la face du péché ne nous semble plus farouche ; nous Y sommes accoutumés. Exemple : David a fait deux grands crimes ; Fun le dénombrement de son peuple : dans celui-là il ne péchoit pas par habitude; car il ne Fa fait qu'une fois. C'est -pourquoi incontinent « il sentit un remords dans son cœur » , Percassit cor Dauid eum (0 : voilà le remords. Mais dans son adultère , qui dura un an , son cœur ne le frappe plus ; au contraire, l'adultère attire l'homicide et Fhomicide avec le ravissement de Fhonneur d'Urie ; car commandant à Joab de le faire

{*)JLJieg*JLXiY. lo.

•VA LX PÉGHI^ ]>*H^BITIIDB. agi

mourir y il lui donne sujet de songer qu'il Tavoit më^ riié. Aussi , dit-il en cet état ^ que « la lumière de ses » yeux Favoit abandonné » : Lumen ocukfmm méorum et ipsum non est mecum (0. U ne dit pas que ses yeux Teussent' abandonné; car la connoissance lui demeurpit; mais la lumière de ses yeux. Quelle est la lumière des yeux de la connoissance? la réflexion^ qui rédaire et qui la conduit elle-même , qui découvre et conduit le reste de Thomme. Il ne faisoit donc pas de réflexion sur son péché : par conséquent point de remords ; car le remords nait de la réflexion : c'est donc une marque de Taccoutumance au péché, que de pécher sans remords.

Troisièmement , il faut voir si vous péchez sans résistance; Càx pécher sans résistance c'est une marque que la force de Famé est abattue, ce qui ne se fait que par la coutume. DereUt/uit me virtus mea; <c Ma force m'a abandonné » dit David (*), décrivant son endurcissement.

SECOND POINT

Les suites du péché d'habitude. La première que, quand ou commet deux fois un même péché, le S0* cond est toujours plus grand que le premier; à cause que le pécM s'augmente , ou à raison de la grandeur de la matière en laquelle on pèche, ou à raison de la force avec laquelle on s'y attache. Le second péché est plus gi*and que le premier à raison de la ■latière : vous avez volé les particuliers, dans deux )ours vous volerez le prince , si l'occasion s'en pré-^ sente : par les moindres péchés vous vous disposez

(0 Pê. nxTii. 10. » (»)

aux blm tfrâmk; Aohab ayant fait mourir un de ses sujets pour atoir sou* bien ; le prophète lui dit de la part de Dieu : « Tu as volé et tu as tué , tu feras si encore* fis ^i Et aidai (^}* Mais ce n'est pas tout : la première fois vous péchez arec moins d'inclination et d'attache; mais la seconde elle augmente ^ et par suite vous aimes plus votre crime, vous vous y portira avec ]plus de force; votre péché est donc plus grand : comme ramout de Dieu s'accroît par les actifMis de vertu, aussi l'amour des créatm*es par les actions ' vicieuses. U s'ensuit donc qu'au lieu qu'on pense s'excuser en disant, Je pêche , mais c'est par coutume , on s'accuse davantage.

Je sais bien ce que disent les méehans, pour défendre <:fes excuses : premièrement que la coutume 6te la réflexion; qu'on va plus à l'aveugle, et qu'ainsi l'ame ayant moins de secours , elle est moins blâmable de se laisser vaincre : secondement, que la coutume apporte une inclination puissante qui vous empêche , et si elle vous empêche , il y a moins de volontaire ; et le péché suit et est égal au volontaire. Mais j'oppose deux choses à ces deux raisons : en premier lieu que le manque de secours n'excuse jamais lorsque c'est une punition de notre faute, et que nous nous l'ôtons volontairement ^ous-mémes. : On avertit un capitaine : prenez garde, les ennemis vous surprendront pendant la nuit ; pour les empédier faites allumer des flambeaux par toute la vUle. Ce capitaine, an lieu de suivre cet avis, fait éteindre tous les flambeaux, et est surpris à la fa* veur des tépèbres ; son excuse semble raisonnable

(0///.iZef.xxi. 19.

8irm LE vicmÈ d'habitude. 29$

s'il dit : Tal été surpris^ il est vrai^ mais c est pendant les ténèbres : non certainement, car on Favoit averti de se garder des ténèbres. Tout de même on nous avertit : donnez-vous gai^de , le prince des té« nèbres vous surprendra parmi Tobscurité : si donc ensuite vous éteignez vous-mêmes les lumières de la raison, et si vous en corrompez Tusage par la multitude de vos péchés, le défaut de lumière ne. pourra pas vous servir d'excuse. Voilà pour la pre-* mière opposition.

A la seconde, je dis qu'il y a deux sortes d'em-^ portemens; l'un est l'emportement d'une volonté prévenue, l'autre est 1 emportement d'une volonté persuadée : vous êtes tourmenté d'une forte tentation , sa force divertit celles de votre Faison , vous péchez quasi sans y penser : voilà une volonté pré*^ venue, et emportée de cet emportement de surprisej et celui-là sans doute ^ut diminuer le péché. Mais l'emportement d'une volonté persuadée ne le peut pas diminuer; à cause que l'inclination y est plus grande, l'application plus forte, la vic^ toire de la chair et du péché plus pleine et plus entière : partant, c'est une fort mauvaise conséquence , de vouloir inférer qu'une faute est petite , parce qu'on y tombe par coutume.

La seconde mauvaise suite est la nécessité de pécher.

TROISIÈME POINT

« Dieu n'ordonne point des choses impossibles; n mais en vous ordonnant il vous avertit de faire cù «que vous pouvez, et de demander ce que vous » ne pouvez pas » : Dem itnpossibiUa nonj[ubel; sed

»g4 8VE M #^Bi A*0ÂBIVU»I.

jubenào mbnonei eifàeere çuodpossis et petere qwfd non posA {^). Il y « ici des choses qae tous pouvez faire , il 7 en â qtie tous ne pouvez pas &ire. Je veux bien €llt>ire que , dans la présCTice de Tobjet et dans une occasion pressaitte , vous ne jpouvez pas ré^ siflfter; mais du moinfrous pouvez éviter Toccasion : Tollà quant à ce que vous pouvez ; ySicere çuodposiù. Mais qtiant 'à ce que 'vôns ne pouvez pas, que fiiut*il faire? demanda instamment à Dieu qu*il surmonte en vous par sa grâce le péditf qui est depuis si long-temps le mattre, qu*il surmonte vos mauvaisoi'incHnatiofis pai«'de bonnes : Petite (3) , demandes aveci instance;' ^t sTil rejette vos demandes; Qtueritéj cherchez les moyens de Tappaiser; ememployez les justes^ employez les bienheureux ^ employez la mort de Dieu , employez Jësus-Christ même; Pubate, frappez à sa justice et dites-lui: Ah ! justice de mon Dféu ^ vous ne punissez pas nos fautes à la rigueur en ce nionde; frappez à la sagesse et dites-lui : Ah! sagesse de mon Dieu, vous savez tant de moyens de vaincre mon vice. Criez à Dieu ; mais criez du fond de Tame y de profundis C^), et Dieu écoutera à la fin votre oraison.

Pénitence. Trois vérités : nécessaire de faire pénitence; beaucoup'de fausses pénitences; en faille une Vétif able , et réparer les défauts des précédentes par une confession générale.

Examen de conscience. !.• Ce que c'est : l'interrogatoire d'un criminel devant que de prononcer le

jugement : prévenir celui de Dieu.

(»)«5. Auf^, Ub, de Ifatur. et Grat, c. xuii, n.So, tom, x, col \(fi, — (») Jf fftt VII. 7^ — (5) Pil cnux. 5.

8Vm LE PÉCBÉ D^ltABITVDI. SIqS

IL"* Qael il doit être : général, i.o parce qu'il est en la place de celui que Dieu fera au jugement) « car nous devons tous comparottre devant le tri* » bunal de Jésus-Christ )> : Omnes enùn nos mmni^ festari oportet anie tribunal Christi (0; [et nous y serons ] découverts jusqu'au fond de la consciencei s.o II faut remédier à toutes les plaies par la doiN leur y et par conséquent tout connoitre c i.^ tout confesser , afin que Dieu pardonne., et qu'il n*entre pas en procès avec nous ; et pour cela rechercher et examiner

III.'' Les moyens de fiiire cet examen. Après avoi^ demandé lumière à Dieu, cette lumière qui décou-» vrira un jour le fond des consciences; il faut pro^ duire et écouter deux témoins : premièrement il faut laifter parler sa conscientse; qâibid elle a véilltf parler tant de fois, nous avons étou£R$ sa voix; parce qu^efie troubloit nos plaiiflrs : elle a charge de Dieu de nous avertir ; elle Fa voulu faire , mais noue Ten avons empêchée : il fis^ut maintenant lui rendi*e la voix et la liberté que nous lui avions ètées. Parle maintenant, 6 ma conscience; je te rends la parole et la liberté. Cest le premier témoin qu'il faut ouip contre ce criminel; c'est-à-dire nons-méme» contre nous-mêmes : si eUe refuse de parier , ah ! c'est qu'elle est complice du crime ; il la faut faire parler par force, il la faut mettre à la gêâe et à la tortuie. Regarde l'enfer, la main de Dieu étendue; « que « la pensée tienne lieu d'accusateur , la conscience » de témoin , la crainte de bourreau » : Jldsit ac^

(0 II. Cor. Y. 10.

sg6 8.VE CB ficué d*hàbitude.

euHUrix cogàaiio, tesiis conscieniia, camifex l/mor («)• . .

- Le second tëmoîn , c'est la loi de Dieu qu'il faut dMufronier avec nous dans tons ses commandemens ^e nous avons violls. « Je vons reprendrai sévèren^. ment y et \t vous exposerai vous >- même devant » votre fiice n : Argnam te, et siaiuam çofUrafa^ fiem Umm (^X De peur que Dieu ne le fasse , il faut que nous le fassions, fc JTai toujours mon péché » devant )es yeux, » ^ dit le roi prophète : PeccaUu^ meum contra me est semper : et alors Dieu change. Ilavîd dans le même psamne : Aperle faciem tuam àpecàaiis meis (3) : « Détourne* votre face de dessus » mes péchés ».

: Douleur, i.o Nécessité ^ par lesr temples [ des pécheurs] de l'ancien et du nouveau Testament ^ qui n'ont été réconciliés que par la douleur. Dieu n'est pas moins sévère , ni moins rigoureux ; le péché n-'est pas moins horrible qu'il étoit alors , ni l'enfer moins épouvantable : il faut aller par la même voie. • a.o Motils : la crainte; les bienfaits de Dieu qui nous environnent y dont nous avons abusé contre lui : il nous attend avec patience. Description de- Dieu nous reprochant nos crimes avec véhémence. « Vous vous êtes prostitués ^ comme une femme >> impudique, sur toutes les collines élevées, et sous » tous les arbres chargés de feuillages » : Sub omni ligne frondoso tu prosternebaris meretrix (4). Il semble qu'il aille dire : Je te vais damner : « toute-

(») S. August. Senti, cccli , w. 7 , tom. r , col. 1 356. — (») Ps. xlix , aa.— (5) P*. L. 4} 10. — (4) Jertm. 11. ao.

svm LB PÉCHÉ d'habitude. 397

» fois, afoute-t-ily reviens, et je te recevrai » : Veiwntamen reyertere ad me , ^t ego suscipiam ^e (Oa Si tout cela n'attendrit pas nos cœurs , nous devons prendre pour dernier « et plus puissant motif de notre douleur, de ce que nous n'avons pas de douleur : comme un malade de fièvre chaude; il est à deux doigts de la mort , il demande ses habits , il ▼eut sortir; digne de pitié. C^t pourquoi Jésus- Christ pleure sur Jérusalem : JerustUem, Jérusalem 4fU(B aooidis prophetas > et lapidas eos qui ad te missi sunt, çuoties volui congregarefiUos tuosj çuemad^ modum gallina congregat pullos suos sub alas , et noluisti(^)2 ce Jérusalem, Jérusalem, qui tues' letf » prophètes, et qui lapides ceux qui sont envoyé» » vers toi , combien de fois ai-je voulu rassemble^ » tes enfans comme une poule rassemble ses petits » sous ses ailes , et tu ne Tas pas voulu » !• Saint Paul : « J'appréhende, dit-il, que je ne sois obligé » d'en pleurer plusieurs, qui, étant déjà tombés » dans le péché, n'ont point fait pénitence » : Et kigeam mukos ex eis qui ante peccayerunt , et non egerunt pœnitentiam (^). Je pleure , dit saint Paul ^ parce qu'ils ne pleurent pas. Ailleurs : Flere cum Jlentihus (4) : ce Pleurer avec ceux qui pleurent ». Ici au contraire : [ Pleurer pour ceux qui ne pleurent pas ].

(0 Jerem. m. 1. -^ (>) Mattlu xxiii. 37. — (?) //. Cor, zii. ai . — (4) Rom. zii. i5.

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