‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 3)Chapitre 35 sur 76 · LÀ PAROLE DE JÉSUS-CURIST · texte numérisé non relu

LÀ PAROLE DE JÉSUS-CURIST

quMl a souffertes y il nous montre qu'il est puissant pour prêter secours à ceux qui souffrent ». Mysre admirable! Messieurs , il prouve sa puissance ir sa roiblesse, et avec beaucoup de raison/: car il t juste que celui qui s'est fait infirme par sa bonté, ^vienne Tappui des autres par sa puissance; et le, pour honorer la foiblesse qu il a prise volonirementy il soit le support de ceux qui sont foibles ir nécessité. Ne craignons donc pas, chrétiens, de ivre Jésus-Christ dans la voie étroite , et d*écour un Dieu, marchant devant, nous donnant exemple, se retournant, nous tendant la main. Par conséquent écoutons la voix de ce Maître si laritable : Ipsum audite : a Ecoutons Jésus » ; mais ;outons-le comme il parle, prenons ses sentimens >mme il nous les donne. Car combien en voyons* 3US tous les jours qui s*approchent du Fils de Dieu , yn pour recevoir la loi,- mais pour la donner, pour

iaire parler à leur mode , selon les préjugés de iùTS passions et au gré de leurs convoitises ? Tels int ceux qui consultent' pour être trompés , qui ne ouvent de bons conseils que ceux qui les flattent , ai cherchent k se damner en conscience : tels sont îux dont parle Isaïe : « Voici , dit-il , un peuple rebelle qui irrite la fureur de Dieu ; ce sont des enfans menteurs, enfans rebelles et opiniâtres,

qui ne veulent pas écouter la loi de Dieu » : Po-- *ËibiS ad iracundiam prouocans est, etfiUi mert" ^aces (0. De tels hommes disent aux voyans : a Ne

voyez pas, aveuglez- vous pour nous plaire; ne

nous montrez pas la droite voie » : NoUte aspicerc

3a6 SUR LA SbUÉtlSSION D'UB

përance ? celui qui défend la cruauté , n*a-t-il pas aussi défendu toutes ces douceurs criminelles? Pourquoi partâgez-votts Jé8us*<%rist 7 pourquoi défigurez-vous sa doctiine par cette distinction injurieuse? que vous a fait TEyangile ^ur le déchireîr de la sorte? Qmddimidiàs mendacio Christum? totus'vé* iFiiasfiut (0? Est-ce donc que rËvatigile de Jésus- Cfarist n^est qu'un asseinblage monstrueux de vrai et de faux, et qu'il en faut prendre une partie et rejeter Tautre ? Toius veritas : Il est tout sagesse, tout lumière, et tout vérité.

Mais, chrétiens, que faut-il donc faire pour ëcoviter fidèlement ce Mattre céleste? le voicï en un mot de saint Augustin dans le livre de ses Gonfessiops. Optimus minuter tuus est, qui non magis intuetur hoc à te audire çuod ipse voluerit, sed potius hoc velle quod à te audieritX^) : «Celui-là est votre a serviteur véritable , qui s'approche de vous, 6 8au- » veur , non pas pour entendre ce qu'il veut , mais » plutôt pour vouloir ce qu'il entend ». Parole vraiment sainte, vraiment chrétienne, et digne certainement d'être toujoui*s présente à notre mémoire. C'est ainsi que vous devez écouter Jésus , comme un maître dont vous venez recevoir la loi , en désavouant humblement tout ce qui se trouve contraire à ses volontés : et si vous le faites , Messieurs , ô Dieu ! quelle sera votre récompense ! il fera un jour ce que vous voudrez , après que vous aurez fait ce qu'il veut; et si vous accomplissez ses préceptes, il accomplira ses promesses. C'est ce qui me reste à vous dire, et que je conclurai en peu de paroles.

(<) Tert. d€ Car, Chr, n. 5. — C>) lÀb, x, eap. xxTi^ tom. X^ooLi^,

TROISIÈMB

A LA. PÀHOLE DB JÉSUS-CHIIST. 3ai

TROISIÈME POINT

SkiOT Thomas, traitant de la nature da vœu (0, tablit cette différence entre le cornmandement et ei promesse : que le commandement règle et déterline ce que les autres doirvent faire à notre ëgard; t la promesse an contraire ce que nous devons faire regard des autres. Ainsi, Messieurs, après avoir uï à tpioi la parole de Jësus- Christ nous oblige avers lui par les préceptes, il est juste que vous atendiez à quoi il s'oblige envers vous par ses romesses* Ipsum audUe; écoutez Jésus dans les romesses de son Evangile : et afin que vous en-» mdiez quelle estime vous devez faire de cette pro* lesse , concevez , s'il vous ptait , avec attention , [essieurs , dans quel ordre et par quelle suite Dieu BUgage à vous. Premièrement, il vous promet; semdement, pour vous rassurer, il confirme par nnent toutes ses promesses : non content d'avoir igagé sa fidélité j il nous envoie son Fils du ciel en terre , pour nous réitérer la même parole et nous ïrsuader de sa bienveillance ; et enfin pour nous er tout scrupule , il nous donne comme un avant- »ùt de la félicité qu'il nous a promise , dans la [irieuse transfiguration de notre Seigneur Jésusirist. C'est cette dernière circonstance qu'il nous si examiner en peu de paroles.

Cétoitdéjà une grande grâce qu'S ejkt plu à notre and Dieu de s'engager à nous par des promesses : r , comme remarque très-bien le grand saint Tho* lAf a celui qui promet quelque chose, le dolme

■) a. 3. QuœsL lzxxyiil, art, s.

BossuET. xu. ai

3a2 . su.il la soumission, due

i> déjà en quelque façon , eu tant qu'il s'oblige à le

s> donner » : Qui promitHt, in çuàntum se obligat

(Bd dandum r^jiuni/uodammodQ dat (Oi II vept dire

que celui qui noiu a', promis, encore qu*il nç nous

-mette pas par cette .promesse dans une possessipn

■llptuelle; néanmoins il s'est en quelque sorte dessi^

iiii.*Tinéme en s*ôtant la liberté d'en disposer d'ope

^«illve manière. Cest pqurquoi, dit le même, saint

JlIlKKma&y.iLparott, par l'usage des choses humaines^

ii||^'onrend grâces non-^ulement à celui qui donne ,

jMÎa encore à celui, qui promet , quand il paroît

^rde bonneifcÂ^ parce qu'encore que le bien que

l'on nous promet^ ne soit pas encore ^ nous, par une

jHî9fessioa aotuelle, il est déjàà nous par engagement;

et: /qpQ celiiî^qHÎ p^ome^ quelque c^iose , s'est 4é)à en

(quelque sorte dessaisi Ini-mépie , en s'otàntia liberté

d'en disposer d'une autre manière. Par conséquent

il faut avouer que Dieu se liant à nous par ses. pro*

mçsses , nous donnoit un merveilleux avantage.

Mais il fait en notre faveur quelque chose de bien plus gi^nd dans la glorieuse transfiguration de notre Seigneur Jésus-Christ. Il connoît notre dureté et notre cœur incrédule : il sait que la vie future, ne npus touche pas; elle nous, parott éloignée , et cependant nos esprits grqssiers, amusés ou emportés parles biens présens , ne connoissent pas les délires de ce bienheureux avenir. Que fera ce divin Sauveur 7 écoutez un consèU de miséricorde : « En vé- >> :rité y en vérité , je vous le dis ^ il y en aura parmi , a^, vous, dit-il, qui ne goûteront point la mort, ^ ?>, qu'Us n'aient vu Je Fils de Pieu- dans sa gloire et

(0 a. a. Quœst, lxxxyiu, art, Yf ad2.

A LA, PAROLE DE JÉSUS-CHRIST. 3âg

3» dans^son royaume» : Suntde hicstantUms çuinon gustabunt mortem ^ donec 'videtmt Filium homini$ 'venientem in regno suo (0. Je veux aider vos sens^ jç veux soulager votre infirmité; si cette félicité que je vous promets vous semble trop éloignée pour TOUS attirer y je veux vous la rendre présente , je la ferai voir, à quelques-uns de vous qui pourront en rendre témoignage aux autres^ Peu de jours après avoir dit ces mots, il mène au Thabor. trois de ses disciples (^), et comme il étoit en prière; car> mes Frères, c'est dans Toraison que la gloire de Diea éclate sur nous; comme donc il étoit en prière , cette lumière infinie, qui étoit cachée sous Tiqfirmité de sa chair , perçant tout à coup ce nuage épais avec une force incomparable , « sa face éclata » comme le soleil , et une blancheur admirable se

. » répandit sur ses vétemens (?) »%

Voilà, mes Frères, une belle idée de la gloire qui nous est promise : car combiea a-t-elle d'éclat^ puisqu'elle elTace le soleitméme! et combien est-elle abondante, puisqu'ayant rempli tout le corps, elle passe jusqu aux vétemens ! Aussi Pierre , ravi d'un si beau spectacle, s'écrie transporté et tout hors de soi : ce O Seigneur, qu'il fait bon ici », et que je serai bienheureux si je ne perds jamais cette belle vue ! Bonum est nos hic esse (4). Que s'il est si fort transporté de joie en voyant seulement la gloire du corps , que seroit-ce donc , chrétiens, si Jésus lui découvroit celle de son ame ? Mais s'il voyoit la beauté incompréhensible de son essence divine sans

, nuage, sans mélange , san$ obscurité, et telle qu'elle

(•) iVatcxTi. ^.mm{,%)IUd.nnyU^^)Ibid, a. — (4) Ibid. 4.

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