‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 3)Chapitre 37 sur 76 · POP · texte numérisé non relu

POP

LE IL'' DIMANCHE DE CARÊME

*^ Bappprt «dnirablA «mpe le ipiystdre de rEuckirûtie et le miiiif* lére de la parole. Dispoâlioiu nécessaires poor Fentepdre avec fruit : comment les prédicateurs doivent Fannoncer : où il faut quVIIe soit entendue des auditeurs. Obéissance fidèle à ce qu'elle prescrite preuve certaine et essentielk /iju^on ieat enseigné de Dieu,

Hic est Filius meus dilectU5, in quo mihi bene complacui : ipsum audite.

Celui-ci est rfien FUs bien-^mé, dans lequel je me suis plu : écouiez-le, Miatt. xyii. $i.

«I E n'entreprends pas de vous raconter toute la gloire du Thabor ^ ni toute la magnificence de la transfiguration de notre Sauveur : je ne m'arrêterai pas à cette li^mière , à cette majesté y à cet éclat qui éblouit les yeux des apôtres : je ne vous dirai pas, avec saint Basile de Séleucie (0,que le soleil, plus surpris qu'au joui qu'il fut arrêté par Josué, fut étonné d'apercevoir un autre soleil plus resplendissant que lui,

(>) Orat* in Transfigur* Domin,

«Vt tA PAROLE DE DiEtT. Sag

et ce qu^il n^avoit jamais vu jusqu'à 4^6 temps j de se Toir obscurci lui-même par nue lumière étrangère , lui devant qui toute autre lumière cède et disparott. Je m*arréite à écouter cette \ioix du Père céleste e Cést ici mon Fik bienraimé , dans lequel je me suis plu : écautez-le. Mais je Clorai une remarque qui me semble très-importante. Mpïse et Elie avoient paru auprès du Sauveur en grande majesté r f^isi in mof jestateiOilsL loi et les prophètes viennent lui rendre témoignage et le recon^tre. Mais ce qui nous doit faire enteadre lautorité du Seigneur Jésus ^ c'est que saint Marc et saint Luc ont observé qu'en même temps que fut entend^ie cette voûc 4u Père céleste qui nous commande d'écouter spn Fils^ Moïse et Elie disparurent ; ils entrèrenjt dans une nnée y et Jésus se trouva tout seul : Et 4um fieret vo3p , inr yentus est Jésus solus W. Que si voi|S tm demande^ il*où vient que Moïse et Elîe se cachent k cette parole y je vous en eJLpIiqueraî le mystérieux secret, tel qu'il nous est exposé par le docteur des Gentiljs dans la divine Epttre aux Hébreux. « Dieu y dit le «I grand apôtre (^) y ayant parlé autrefois k nos pères >» en différentes manières par la bouche des pro- » phètes; remarquez ces mots, mOrefaU, mainte- M nant, dans les derniers temps, il nous a parié par » son propre Fils »• Cest pourquoi dans le même temps JésusrChrist parott comme oiattre y Moïse et Elie se retirent; la loi, toute impérieuse qu'elle est, tient à gloire de lui cédera les prophètes, tout clain- Yoyans qu*ils sont , se vont néanmoins cacher danfi la nuée, comme s'ils disoient au divin Jàus par

33o SUR LA PAKOLIE DE DIBIT.*

cette action : Nous avons parle autrefois au nom et par Tordre de votre Père; Olim Deus; maintenant que vous ouvrez votre bouche , et que « FUnique qui » ëtoit dans le sein du Père (0» vient lui* même expliquer les secrets du ciel , notre commission est expirée y notre autorité se confond dans l'autorité supérieui^; et n'étant que les serviteurs, nous cédons humblement la parole au Fils.

Chrétiens , c'est cette parole du Fils qui résonne dé tous côtés dans les chaires évangéliques. Ce n'est plus sur la chaire de Moïse que nous sommes assis, mais sur la chaire de Jésus-Christ, d'où nous faisons retentir sa voix et" son Évangile. [Venez] apprendre dans quel esprit on doit écouter notre parole, ou plutôt la parole du Fils de Dieu même ; [ et demandons] les prières de celle qui le conçut , dit saint Augustin, premièrement par Touïe ; et qui^ par Tobéissance qu'elle rendit à la parole éternelle, se rendit digne de la concevoir dans ses bénites entrailles, jii^ej Maria.

Le temple de Dieu , chrétiens, a deux places au^ gustes et vénérables , je veux dire l'autel et la chaire. Là se présentent les requêtes , ici se publient les ordonnances : là les ministres des choses sacrées parlent à Dieu de la part du peuple; ici ils parlent au peuple de la part de Dieu : là Jésus- Christ se fait adorer dans la vérité de son corps; il se fait reconnottre ici dans la vérité de sa doctrine. Il y a une très-étroite alliance entre ces deux places sacrées , et les œuvres qui s'y accomplissent ont un rapport

(«. Joan^i, i8. '

SUR LA PAROLE DE DIEU. 33l

admirable. De l'un et de l'autre de ces deux endroits est distribuée aux enfans de Dieu une nourriture céleste : Jésus-Christ prêche dans l'un et dans l'autre. Là rappelant en notre pensée la mémoire de sa passion y et nous apprenant par même moyen à ndus sacrifier avec lui, il nous prêche d'une manière muette; ici il nous donne des instructions animées par la vive voix. Et si vous voulez encore un plus grand rapport, là par l'efficace dû Saint-Esprit et par des paroles mystiques > auxquelles on ne doit point penser sans tremblement , se transforment les dons proposés au corps de notre Seigneur Jésus- Christ; ici par le même esprit et encore par la puissance de la parole divine , doivent être secrètement transformés les fidèles de Jésus-Christ pour être faits son coips et ses membres.

C'est à cause de ce rapport admirable entre l'autel et la chaire , que quelques docteurs anciens n'ont pas craint de prêcher aux fidèles qu'ils doivent ap-. procher de l'un et de l'autre avec une vénération semblaMe : et sur ce sujet, chrétiens, vous serez bien aises d'entendre des paroles remarquables de saint Augustin , qui sont renommées parmi les savans, et que je rapporterai en leur entier dès le commencement de ce discours, auquel elles doivent servir de fondement. Voici comme pai*le ce grand évêque : Interroge vos ^ Fratres , dicite mihi^ quid vobis plus videturj verburh Dei, an corpus CAristi? Si verum -vultis respondere , hoc utiçue dicere de* betis^ quodnon sii minus verbUm'Dei, çuàm corpus Çhnsti; et ideo qu(mtd solUcitudine observanms , ijpmn^o nobis corpus Christi nUmstratur, ut nihil ex

ipso de nostris manibus in terram codât, iantd sol" liciiudine observemus ne verhum Dei quod nabis erogaturj dum aliquid (wt cogitamus aut loquimur, de nostro carde codât : 4/uia non minus reus erit^ui verbum Dei negligenùsr audierit , quant ille qui corpus Christi in terrom codera megligeniid sud permiserit (i). « Je vous demande , mes Frères, la^ » quelle de ces deux dioses voqs semble de plu^ » grande dignité , la parole de Dieu , ou le corps di^ 31 Jésus-Christ? Si vous voulez dire la vérité , vo«i$ » répondrez sans doute que la parole de Jésus* » Christ ne vous semble pas moins estin^abie que » son corps; ainsi donc, autant que nous appor- » tons de précaution pour ne pas laisser tomber à » terre le corps de Jésus-Christ qu'on nous présente, » autant en devons-nous apporter pour ne pas lais* » ser tomber de notre cœur la parole de Jésus- » Christ qu'on nous annonce; parce que celui-là » n'est pas moins coupable , qui écoute négligem* » ment la sainte parole , que celui qui laisse tomber » par sa faute le corps même de Jésus -Christ ». Voilà les propres termes de saint Augustin (*), qui me donnent lieu , chrétiens, d'approfondir aujour* d'hui ce secret rapport entre le mystère de l'eucharistie et le ministère xle la parole ; parce que je ne trouve rien de plus efficace pour attirer le respect à

(0 jfpptnd.Serm, CGC, it. 3, iom. y , col. 5o4'

(*) Le sermon d'où ce passage est tiré, avoit étë mal à propos attribue à saint Augostin dans quelques anciennes éditions de ses œuvres. Les bénédictins Font rejeté dans TAppendix , comme n^app^rtenant pas à ce saint docteur , mais plutôt à saint Césaire d* Arles, mort ea 54^. ( Edit, de F'ergaUleM, ) '

SUR I.A PAUOLE Dl: DIFU, ^j^

la sainte prcMication , ni rien aussi tie plus convcna- Lle pour expliquer les dispositions avec lesquelles il la finit entendre.

Ce rapport dont nous parlons consisté étt trois cb<»6s qne je tous prie dVcouter att!eDtîTeiiw»t. Je dis premièrement, chrétiens, qn'atec la ntéiûe religion que tous désire^ que Fon toqs donne à l'antel la vérité du corps de notre Seignetfr, tous deTez d&irer anssi qu'on vous prêche en la cfaiire la v^ rite de sa parole : c'est la pretnière disposition. Mais 3 &ut encore passer plus arant : car comme il ne suffit pas que vous receviez au debors la vërité de ce pain céleste , et que Tdus vous sentez obligés d'ouvrir la bouche du cœur plutôt même que ceâe du corps; ainsi, ponr bieft entendre la sainte parole, vous devez être attentifs au dedans et prêter l'oreille du cœnr. Ce n'est pas assez, chrétiens, et voici la perfection du rapport et la consommation du mystère. Comme en recevant dans le cœur cette nourriture sacrée, vous devez tellement vous en sustenter, qu'il paroisse à votre lionne disposition que TOUS avez été' nourris à la table du Fils de Dieu, ainsi vous devez profiter de sorte de sa parole divine, qu'il paroisse par votre vie que vous avez été instruits dans son école. Si vous vous mettez aujourd'hui dans ces saintes dispositions, vous écouterez Jésus-Christ de la manière qu'il veut qu'on IV-coute : Ipsum audite. Vous écouterez au deliors la vérité de sa parole; vous écouterez au dedans sa prédication intérieure; enfin vous l'écouterez par une fidèle pratique , en vous montrant ses disciples par l'obéis^ sance : Ipsum audite.

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