‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 3)Chapitre 58 sur 76 · DO A DISC · texte numérisé non relu

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vres qui menrent de fsimet de maladie dans quelque coin ténébreux. Alors , charitables par intérêts^ et pitoyables par force, nous donnons peu à Dieu pour avoir beaucoup ; et très-contens de notre zèle , qui n'est qu'un empressemeni pour nos intérêts, nous croyons que Dieu nous doit tout jusqu'fk des miracles, pour satisfaire nos désirs et notre amourpropre. O Père étemel , tels sont les adorateurs qui remplissent nos Eglises. O Jésus, tels sont ceux qui vous prennent pour médiateur de leurs piusions. Ils TOUS chargent de leurs alTaires, ib vous font entrer dans les intrigues qu'ils méditent pour élever leur fortune, et ils veulent que vous oubliiez que vous avez dit : «J'ai vaincu le monde (>) ». Ils vous prient de le rétablir, lui que vous avez non-seulement méprisé , mais vaincu. O que nous pourrions dire avec raison ce que l'on disoit autrefois : « La foule vous 91 accable n : Turbœ te comprimant (>) ! Tous vous pressent, aucun ne vous touche, aucun ne vient avec foi pour vous prier de guérir les plaies cachées de son ame. Cette troupe , qui environne vos saints tabernacles, est une troupe de Juifs mercenaires qui ne vou» demande qu'une terre grasse et des ruisseaux de lait et de miel, c'est-à-dire des biens temporels : comme si nous étions encore dans une Jérusalem terrestre , dans les déserts de Sina , et sur les boixls du Jourdain , parmi les cm^res de Moïse , et non dans. les lumières et sous l'Evangile de celui dont 1« royaume n'est pas de ce monde.

O enfant du nouveau Testament, ô adorateur (>) /«M. xn. 33. — M £mc vul 45.

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véritable y 6 )tiif spirituel et circoncit dans le cœur, chrétien détaché de Famonr dn inonde , viens adorer en esprit ^ viens demander à Dieu la conversion et la liberté de ton cœur qui gémit y ou plutôt qui ]^e gémit pas, qui se r^ouit parmi tant de captivités : viens affligé de tes crimes, ennuyé de teg erreurs, détrompé de tes folles espérances, dégoûté des biens périssables, avide de Téternité, et a&mé de la justice et du pain de vie. Expose-lui toutefois avec confiance, 6 fidèle adorateur, expose avec confiance tes nécessités même corporelles. Il veut bien nourrir ce corps qu'il a &it , et entretenir Fédifice qu'il a lui-même bâti ; mais cberdie premièrement son royaume, attends sans inquiétude qu'il te donne le reste comme par surcroît (0 ; et bien loin de lui demander qu'il contente tes convoitises, viens saintement résolu à lui sacrifier tout jusqu'à tes besoins. L'intention de notre fidèle adorateur est suffisamment épurée; il est temps qu'il vienne au temple en esprit avec le bon Siméon ; Venit in spiritu in templum (^); c'est-à-dire , qu'il y vienne attentif et recueilli en Dieu-, ou bien, si vous voulez l'expliquer d'une autre manière plus mystique, mais néanmoins trèfr-solide , qu'il vienne au temple , qu'il rentre en lui-même. Montez donc au temple , 6 adorateur spirituel; mais écoutez dans quel temple il vous faut monter. Dieu est esprit et <c n'habite pas » dans des temples matériels (3) » : Dieu est esprit , et c'est dans l'esprit qu'il établit sa demeure. Ainsi rappelez en vous-même toutes vos pensées, et retiré

(0 AfatL VI. 33. .— («) Luc, it, 27. — ('} Act. vu. 48.

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de vos sens j moDtez attentif et recueilli en cette haute partie de voua-méme où Dieu veut être invoqué, et qu'il veut consacrer par sa présence.

Saint Grégoire de Nazianze dit (0 que l'oraison est une espèce de mort , parce que premièrement elle sépare les sens des objets externes ; et ensuite , pour consommer cette mort mystique , elle sépare encore l'esprit d'avec les sens, pour le réunir à Dieu qui est son principe. C'est sacrifier saintement et adorer Dieu en esprit, que de s'y unir de la sorte et selon la partie divine et spirituelle-, et le vérita* ble adorateur est distingué, par ce caractère, dt celui qui n'adore Dieu que de la posture de son coi-ps ou du mouvement de ses lèvres.

Dieu a réprouvé un tel culte comme une dérision de sa majesté. Ce grand Dieu a dit autrefois parlant des sacrifices des anciens : a Qu'ai-je allaire de vol » taureaux et àe vos boucs , et de toute la multiw tude de vos victimes 7 je n'en veux pins, j'en suis » fatigué, et ils me sont à dégoût (3) ». Entendons par-là, chrétiens, que dans la nouvelle alliance il demande d'autres sacrifices ; il veut des offrandes spirituelles et des victimes raisonnables. Ainsi don- Bez-Iui l'esprit et le cœur : autrement il vous dira par la bouche de son prophète Amos : que si vous ne chantes en e^rît , quelque douce et ravissante que soit la musique que vous faites résonner dans son sacrifice , votre harmonie l'incommode , et que vos accords les plus justes ne font à ses oreilles qu'un bruit importun : Aufer à me tumuUum carminum C0Or.si,n.i7,iom.i,p.i84.>-(*)i«. 1.11,14.

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tuoriim, ctcanticalyrœ taae nonauàiam (0 : « E]oi- » gnez de raoi le bruit tumultueux de vos cantiques ; M je n'écoulerai point les airs nue vous chantez sur » la lyre ».

Si donc nous lui voulons faii-e une oraison agréable, d faut pouvoir dire avec David : « O Seigneur, a votre serviteur a trouvé son cœur pour vous faire M cette prière » : Jnvenit set-vus tuia cor suum ut eraretie oraiione hdc {''). O qu'il s'enfuit loin de nous ce cœur vagabond quand nous approchons de Dieu! £lrange foiblesse de l'homme! Je ne dis pas les afiaires, mais les moindres divertissemens rendent notre esprit attentif; nous ne le pouvons t«nir devant Dieu ; et outre qu'il ne nous échappe que trop par son propre égarement, nous le promenons encore volontairement deçà et delà. Nous parlons , nous écoutons ; et comme si c'étoit peu d'être détournés par les autres, nous-mêmes nous étourdissons notre esprit par le tumulte intérieur , de nos vaines imaginations. Chrétiens , où étes-vous?venez- Tous adorer ou vous moquer ? parlez-vous en cette

"^^sorte au moindre mortel 7 Je ne m'étonne pas si vous n'aveï que des pensées vaines : vous ne vous entretenez que de vanité, vous flattant par des complaisances mutuelles , etc. Si vous vous remplissies des saintes vérités de Dieu, ce cercle de votre imag^ation agitée les rameneroit : heureuses distractions d'un mystère à un autre, d'une vérité à une antre ! Ah ! rappelez votre cœur, faîtes revenir ce fugitif , et s'il Vous échappe malgré vous , déplores

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devant Dieu ses ëgaretnens : dites-lui avec le Fsalmbte : « O Seigneur, mon cœur m'a abandonné » : f2or meum dereliçuit me (0. Tâchez toujours de le rappeler, cherchez cet égaré, dît saint Augustin Wi et quand vous l'aurez trouvé avec David, oITrez-le tout entier à Dieu, et adorez en espt-it celui qui est esprit et vie : Spiritus est Deus : et eos qui adorant eum , in spiritu et venlate oportel adorare (5).

Mab pour arrêter notre esprit et contenir nos pensées, il &nt nécessairement échauffer ce cœur. C'est le naturel de l'esprit de rouler toujours en lui-même par un mouvement éternel, tellement qu'il serait toujours dissipé par sa propre agitation, si Dieu n'avoit mis dans la volonté une certaine vertu qui le fixe et qui l'arrête. Mais, mes Fi'ères, une volonté languissante n'aura jamais cette force, jamais ne produira un si bel effet; il faut qu'elle ait de la ferveur , autrement l'esprit lui échappe , et elle s'échappe à elle-même : « L'attention de l'esprit » se fait à elle-même une solitude » ; Gignit sihi mentis intentio soîitudinem (4). Dieu aussi s'éloigne de nous quand nous ne lui apportons que des désirs foibles. Car, mes Frères, il nous faut entendre cette belle doctrine de l'apôtre, que cet esprit toutpuissant que nous adorons est le même qui excite en nous les fervens désirs par lesquels nous sommes pressés de l'adorer. Il n'est pas seulement l'objet , mais le principe de notre culte-, je veux dire qu'il

(0 Pt. xxiix. i;. — C'î/n P; LKizr , n. 7, tom.tT, col 90S. — 0) Joon. IT. 3\. -~ V) S, Aug. ^ i/utnt. ad Siiupl.lit!,u,Uin-Yl,

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n»us attire au deliors , et que lui-même nous pousse au (ieiians. Ecoutez comme parle l'apôtre saint Paul : a Dieu a envoyé en nos cœurs l'esprit de son Fili 11 qui crie en nous; ô Dieu, vous êtes notre Père (»)» : et aitleurK ; « L'esprit aide notre infirmité » : et encore; Il L'esprit prie en nous avec des gémîssemeos » inexplicables W ». Cela veut dire, mes Frères, que cet Ksprit qui procède du Père et du Fib, et que nous adorons en unité avec le Père et le Fils, est le saint et divin auteur de nos adorations et de nos prières. Mais considère! avec attention qu'il ne nous pousse pas mollement; il veut crier et gémir, nous dit le saint apôtre, avec des gémissemens inexplicables. Il faut donc que nous répondions par notre ferveur à cette sainte violence ; autrement nom ne prions pas , nous n'adorons pas en esprit. Le Saint-Esprit veut crier en nous; ainsi nous l'afibiblissons, si nons ne lui prétons qu'une foible voix. Cet esprit veut gémir en nous ; nous dégénérons de sa force , si nous ne lui offrons qu'un cœur languissant. Enfin le Saint-Esprit veut nous échauffer; et nous laissons éteindre l'esprit , contre le précepte de l'apôtre {^) , si nous ne répondons à son ardeur , en approchant de Dieu de notre part avec cet esprit fervent qui fait la perfection de notre culte : <$pt'rifu ferventes , dit le même apôtre saint Paul (4).

Mais, nous d|(-on, je veux être dévot, je ne puis; ï^idt et non vult piger, anima autem operantium impinguabitur (^) : r Le paresseux veut et ne veut

(■) Gai. IV. 6. — !0 Sont. Tiii. aC — W/. Thet$.T. 19. — {« Font.

m. i,.~li)Pnif. xm.4.

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