‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 3)Chapitre 57 sur 76 · DO A DIEU · texte numérisé non relu

DO A DIEU

et prête à se cacher dans son néant. « J'ai regardé, » dit le prophète Jérémie (') , et voilà que devant » la face du Seigneur la terre étoit désolée et ne » sembloit que de la cendre. J'ai levé les yeux au » ciel, et il avoit perdu sa lumière-, )'ai considéi~é M les montagnes, et elles étoieot ébranlées terrible- » ment , et toutes les collines se troubloient , et les 11 oiseaux du ciel étoient dissipés, et les bouunes » n'osoient paroUre, et les villes et les forteresses w étoient renversées , parce que le Seigneur étoit en u colèi-e ». Le prophète ne nous dit pas, ni qu'il fafise marcher des armées contre ces villes, ni qu'il dresse des machines contre leurs murailles. Il n'a besoin que de lui-même pour faire tout ce qui lui plaît, parce que son empire est établi, non sur un ordre politique , mais sur la nature des choses dont l'être est à lui en fonds et en tout droit souverain, lui seul les ayant tirées du néant. C'est pourquoi il prononce dans son écriture avec une souveraine hauteur : u Tous mes conseils tiendront, et toutes » mes volontés serontaccompliesu ■.Consiliummeum stahit, et omnis voluntas meajiet (>).

Donctpour adorer Dieu en vérité, il faut connoitre qu'il est souverain -, et à voir comme nous prions, je dis, ou que notre esprit ne connoît pas cette vérité, ou que notre cœur dément notre esprit. Considérez, chrétiens, de quelle sorte vous approchez de la sainte majesté de Dieu pour lui faire votre prière. Vous venez à Dieu plein de vos pensées, non pour entrer humblement dans l'ordre - de -ses conseils, mais pour le faire entrer dans vos sentî- (■)/w.iT.a3,«»<M7. — W/ï.iwj. .0.

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mens. Vous prétendez que lui et ses saints épousent vos intérêts, sollicitent, pour ainsi dire, vos aflaires, favorisent votre ambition. Dans l'espérance de ce secours, vons lui promettez de le bien servir, et vous voulez qu'il vous achète à ce prix, comme si vous lui étSez nécessaire. C'est méconnoître votre souverain , et traiter avec lui d'égal à égal. Car encore que vous ajoutiez ; Votre volonté soit faite , si vous consultez votre cœur, vous demeurerez convaincus que vous regardez ces paroles, non comme la règle de vos sentimens , mais comme la forme de la requête ; et permettez-moi de le dire ainsi , vous mettez à la Un de la prière, Votre volonté, comme à la fin d'une lettre, Votre sei-viteur. En effet vous sortez de voti'e oraison , non plus tranquille, ni pins résigné , ni .plus fervent pour la loi de Dieu , mais toujours plus écbaufTé pour vos intérêts. Et si les choses succèdent contre vos désirs, ne vous voit-on pas revenir, non avec ces plaintes respectueuses qu'une douleur soumise répand devant Dieu pour les faire mourir à ses pieds , mais avec de secrets murmures et avec un dégoût qui tient du dédain! Chrétiens, vous vous oubliez : ce Dieu que vous priez n'est plus qu'une idole dont vous prétendes faire ce que vous voulez, et non le Dieu véritable qui doit faire de vous ce qu'il veut.

L'oraison,' dit saint Thomas (0, est une élévation de J'esprit à Dieu , ascejisus mentis m Detun. Par conséquent il est manifeste , conclut ce docteur an> gélique, que celui-là ne prie pas qui bien loin de s'élever à Dieu , demande que Dieu s'abaisse à lut ,

('} 1. a. QiiœtL Lxxxiii, art, i.

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et qui vient à l'oraison , non point pour exciter l'homme à vouloir ce que Dieu veut , mais seulement pour persuader à Dieu de vouloir ce que veut rhomme. Ce n'est pas que je ne sache que la divine Jiooté condescend aussi à nos foiblesses, et que, comme dit excellemment saint Grégoire de Nazianze,' l'oraison est un commerce où il faut en partie que l'homme s'élève, et en partie kussi que Dieu descende ; mais il est vrai toutefois qu'il ne descend jamais à nous que pour nous élever à lui; et si cette aigle mystique de Moïse s'abaisse tant soit peu pour mettre ses petits sur ses épaules, ce n'est que pour les enlever bientôt avec elle , et leur faire percer les nues, c'est-à-dire toute la nature inférieure, parla rapidité de son vol : Et assumpsit eum, at^ue portavit in humeris suis (>). Ainsi vous pouvez sans crainte et vous devez même exposer à Dieu vos nécessités et vos peines. Vous pouvez dire avec Jésus- Christ, qui l'a dit pour nous donner exemple; nPère, M que ce calice passe loin de moi W » ; mais croyez , et n'en doutez pas, que ni vous ne connoissez Diei) comme souverain, ni vous ne l'adorez en vérité, jusqu'à ce que vous ayez élevé votre volonté à la sienne, et que vous lui ayez dit du fond du cœur avec le même Je'sus : « Père , non point ma volonté, » mais la vôtre (j) » , votre volonté soit faite : Fiai.

Cette haute souveraineté de Dieu a son fondement sur sa bonté; car comme nous venons de dire que son domaine est établi sur le premier de tous ses bienfaits, c'est-à-dire sur l'être qu'il nous a donné , il s'ensuit que la puissance suprême qu'il a

(1) Deut. XMU. 1 1. —i') lHatt. x«i. Jg. — (') Luc. ixif. 41,

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a croîeat recevoir de lui » : Dans credentibus tantum, (juanium se crédit capere yut sumil ('). Ke croyons donc jamais qu'il nous refuse, c'est qu'il nous lî'pruuvej ou en remellant, il nous fait ce grand Lien d'arracher de nous par ce d^aî de son secours la reconnoissance et la confession de notre foiblesse.Ou nousne demandons pas bien, ou nous ne sommes pas prépar<?s à bien recevoir, ou ce tjue nous demandons est tel <[H'il n'est pas digne de lui de nous le donner. I.cs bonimes sont embarrassée quand an leur demande de grandes choses parce qu'ils sont petits, et Dieu trouve inde'cent qu'on s'attache à lui demander de petites choses parce qu'il est grand. Ne lui demandez rien moins que laimême.

Mais comme je prévois dans ce discours un autre lieu plus commode pour traiter cette vérité^ maintenant je n'en dirai pas davantage; et pour conclure le raisonnement de cette première partie, j'ajouterai, chrétiens, qu'encore que je me sois attaché à vous exposef les trois premièi-es notions qui ont principalement porté les hommes à adorer Dieu , à savoir la perfection de son être, la souveraineté de sa puissance et la bonté de sa nature; je reconnois toutefois que pour adorer en vérité cette essence infinie, d faut aussi connottre véritablement tous ses aab-es divins attributs. Cependant, comme le traité en seroit immense , trouvez bon que je vous renvoie, en un mot à la foi de l'Eglise catholique; et tenez: donc pour indubitable que comme l'Eglise catholique est le seul véritable temple de Dieu , Caiho'

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lician Deitemplum, ainsi queTertuUien l'appelle (0, elle est aussi le seul lieu oîi Dieu est adoré en vérité. Toutes les autres sociétés, de quelque piété qu'elles se vantent, et quelque titre qu'elles portent, en se retirant de l'Eglise ont bien emporté avec elles quelque partie de la vérité, mais elles n'ont pas la plénitude. C'est dans l'Eglise seule que Dieu est connu comme il veut l'être. Nous ne connoissons jamais pleinement ni son essence ni ses attributs, que nous ne les connoissions dans tous les moyens par lesquels il a voulu nous les découvrir.

Par exemple, pour connoitrc pleinement sa toutepuissance , il faut la connoitre dans tous les miracles par lesquels elle se déclare, et n'avoir non plus de peine à croire celui de l'eucharistie que celui de l'incarnation. Pour connoître sa sainteté, il faut la connoitre dans tous les sacremens que Jésus- Christ a institués pour nous l'appliquer , et confesser également celui de la pénitence avec celui du baptême, et ainsi des autres. Pour connoitre sa justice, il faut la connoitre dans tous les états oît il l'exerce , et ne croire pas plutât la punition des crimes capitaux dans l'enfer que l'expiation des moindres péchés dans le purgatoire. Ainsi pour connoitre sa vérité il la làut adorer dans toutes les voies par lesquelles elle nous est révélée, et la recevoir également, soit qu'elle nous ait été laissée par écrit , soit qu'elle nous ait été donnée par la vive voix : « Gardez , dît » Tapâtre W , les traditions u. L'Rglîse catholique a seule cette plénitude , elle seule n'est pas trompée , die seule ne trompe jamais. « Quiconque n'est pas

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ûen. CulthroDS donc en noni-mémes œ qui eit senn blable à lai, et servons-* le saintemoit, non pour contenter les d&irs que nous inspire cette nature dissemblable , je veux dire notre corps , qui n*est pas tant notre nature que notre empêchement et noire fardeau ; mais pour assurer la félicité de rbomme invisible et intellectuel , qui étant Fimage de Dieu, est capable de le servir et ensuite de le posséder en esprit.

Et c'est ici , chrétiens y que nous ne pouvons asses déplorer notre aveuglement. Car si nous faisions le dénombrement des vœux que Ton apporte aux temples sacrés y ô Dieu! tout est judaïque , et de cent hommes qui prient y à peine trouverons-nous un seul chrétien qui s*avise de faire des vœux et de demander des prières pour obtenir sa conversion. Démen* tez-moi , chrétiens , si je ne dis pas la vérité. Ces affaires importantes qu on recommande de tous côtés dans les sacristies, sont toutes affaires du monde; et plût à Dieu du moins qu elles fussent justes , et que si nous ne craignons pas de rendre Dieu ministre de nos intérêts y nous appréhendions au moins de le faire complice de nos crimes ! Nous voyons régner en nous sans inquiétude des passions qui nous tuent, sans jamais prier Dieu qu'il nous en délivre. S*il nous arrive quelque maladie ou quelque affaire fâcheuse, c^est alors que nous commençons à faire des neuvaines à tous les autels, et à fatiguer véritablement le ciel par nos vœux. Car qu*est - ce qui le fatigue davantage que des vœux et des dévotions intéressées? Alors on commence à se souvenir qu*il y a des malheureux qui gémissent dans les prisons, et des pau-

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