SUR L* AMBITION
entreprises, ou bien en nous troublant dans le droit que nous avons de nous résoudre; on attaque dans; ce dernier Tautoritë même du commandement , et c'est la véritable servitude. Voyons l'exemple de Tun et de l'autre dans une même maison.
Joseph étoit esclave chez Putiphar/et la femme de ce seigneur d'Egypte y est la maîtresse. Celui-là dans le joug de la servitude n'est pas mattre de ses actions y et celle-c:i tyrannisée par sa passion n'est pas même maîtresse de ses volontés. Voyez où l'a porté un amour infâme. Ah ! sans doute y à moins que d'avoir un front d'airain y elle avoit honte en son cœur de cette bassesse ; mais sa passion furieuse lui commandoit au dedans comme à une esclave : appelle ce jeune homme y confesse ton foible y abaissetoi devant lui y rends-toi ridicule. Que lui pouvoit conseiller de pis son plus cruef ennemi? c'est ce que sa passion lui commande. Qui ne voit que dans cette femme la puissance est liée bien plus fortes ment qu'elle ne l'est dans son propre esclave ?
Cent tyrans de cette sorte captivent nos volontés, et nous ne soupirons pas. Nous gémissons quand on lie nos mains ^ et nous'portons sans peine ces fers invisibles dans lesquels jioa^pBrs sont encbal* nés. Nous croyons qu'on nous violente quand on enchaîne les ministres, les membres qui exécutent ; et nous Jie soupiions pas quand on met dans les fers la maîtresse même, la raison et la volonté qui commande. Eveille-toi, pauvre esclave, qui songe à sauver quelques soldats, et laisse prendre le roi prisonnier; et reconnois enfin cette vérité, que si c'est une gi^nde puissance de pouvoii^ exécuter ses
fi30 iVV 1. AMBITIOH.
desseins , la grande et la véritable c'est de régDff sur ses volontés.
Quiconque aura su goûter la douceur de «t empire, se souciera peu, chrëliens , du crédit et àe la puissance que peut donner la fortune; et en voici la raison : c'est qu'il n'y a point de plus grand obstacle k se commander soi-même, que d'avoir autorité sur les autres- Car considérez quelle est la condition des grands de la terre? qu'est-ce qui grossit leur cour, et qui fait la foule autour d'eui î ÎVVcoutons pas ce qu'ils disent , voyons ce qu'ils portent au dedans du cœur. Chacun a ses intérêts et ses passions, l'un sa vengeance, [l'autre] son ambition , son avarice; et ponr exécuter leurs desseins, ils tâchent de ménager les paissances. Celai qai est obligé , pour se faire des créatures, de satisfeire les passions d'autrui , quand prendra-t-il la pensée de donner des bornes aux siennes? Qui compescere debuisti cupidilates tuas, explere cogeris aUenas (').
Mais entrons plus avant encore dans ces ressorts secrets et imperceptibles qui font remner le cœur humain , afin , s'il se peut, de vous faire voir comment les vices croissent avec la puissance. En efiet il y a en nous uttA^rtaioé malignité qui a gâté notre nature jusqn'à la racine, qui a répandu dans nos cœurs le principe de tous les vices. Ils sont cachés et enveloppés en cent replis tortueux , et ik ne de- . mandent qu'à montrer la tête. Le meilleur moyen de les réprimer, c'est de leur 6ter le pouvoir; c'est ce qui fait dire à saint Augustin, qui l'avoit bien compris, en l'une de ses épttres à Macédonius, si
i.^)S.Aug.Epiii.K(Xx,ad Bonif.n. 6,tcm. n, col8i3.
svH l'ambitioh. 63i
je ne me trompe, que pour «guàir la volonté il faut » réprimer la puissance » ; Frœnatur facuUas... ut sanetur voluatat (■). Eh quoi donc ! des vices cachés en soDt-ils moins vices? est-ce l'accomplissement qui en fait la corruption ? Gomment dooc est-ce guérir la volonté que de laisser le venin dans le fond du cceur? Voici le secret : on se lasse de vouloir toujours l'impossible, de faire toujours des desseins à faux , de n'avoir que la malice du crime. Cest pourquoi une malice frustrée commence k déplaire, on se remet, on revient à soi à la faveur de son impuissance, on prend aisément le parti de modérer ses désirs. On le fait premièrement par nécessité; mais enfin comme la contrainte est importune , on y travaille sérieusement et de bonne foi , et où bénit son peu de puissance, le premier appareil qui a donné le commencement à la guérison.
Par une raison contraire, qui ne voit que plus on sort de la dépendance, plus on rend ses passions inv domptables 1 Nous sommes des enfans qui avons besoin d'uti tuteur sévère , la difficulté ou la crainte. Si on lève ces empécbemens , nos inclinations corrompues commencent à se remuer et à se produire, et oppriment notre liberté sous le joug de leur licence effrénée ; comme des voleurs dispersés par la crainte de ceux qui les poursuivoient, troupe sanguinaire qui va désoler toute la province. Àii ! nous ne le voyons que trop tous les jours. Ainsi vous voyez, chrétiens, combien la fortune est trompeuse, puisque bien loin de nous donner la puissance , elle ne nous laisse pas même la liberté. Que si je pouvoîs
(■) Ad Mactà.Ep.OAii, n. i6, (om. u,eol. 5}o.
63B' sbr l'ambitios.
voua découvrir aujourd'hui le cœur d'un NabuchodonoEor dans l'Histoire sainte, d"<in Néron ou de quelque autre monstre dans les histoires proranes, vous verriez ce que peut faire dans le cœur humain cette terrible pensée de ne voir rien sur sa tète, et à proportion ce qui en approche. C'est là que la convoitise va tous les jours se subtilisant, et se renviant pour ainsi dire sur elle-même. De là naissent des vices inconnus , des monstres d'avarice , des raflînemensdevoluptë, des délicatesses d'orgueil qui n'ont point de nom, Kt qui les produit, chretiensT la grande puissance féconde en crimes , la licence mère de tous les excès.
Ce n'est pas sans raison, Messiears, que le l'IIS de Dieu nous iostruit à craindre les grands emplois; c'est qu'il sait que la puissance est le principe le plus ordinaire de l'égarement; qu'en l'exerçant sur les autres, on la perd. souvent sur soi-même; enfin qu'elle est semblable à un vin fumeux qni fait sentir Èa force aux plus sobres. Celui-là seul est maître de ses volontés, qui saura modérer son ambition, qui se croira assez puissant, pourvu qu'il puisse régler ses désirs, et être assez désabusé des choses humaines, pour ne point mesurer sa félicité à l'élévation de sa fortune.
Mais écoutons, chrétiens, ce que nous opposent les ambitieux (*). Il faut, disent-ils, se distinguer;
(*) Mail écoutons, chrétiens, ce que disent id les ambitieux; Je me modérerai: et comment? ne portcrez-vout pai toujours avec vons cette humeur inquiète et remuante? comme si nous nous gouvernions par raisui, et non par humeur; ou comme ai l'asibition u'^loil pas sans compa-
■ DB l'àmbïtioh. 633
c'est une marque de foiblesse de demeurer dans le commun : les génies extraordinaires se démêlent
raison moins traîtable , quand on lui laisse prendre go&t aux honnenri du monde. Il fant se distinguer par quelqne moyen : il leur semble que c'est la marque de peu de mérite, de demeurer dans le commun : les génies exU^ordinairesse démêlent toujours de la troupe, et forceatU destinée. Les exemples les inquiètent.
Donnons quelque canieil aux grands de la terre. Que leur condition est périlleuse I ce que c'est que d'agir par humeur, et non par raison ! <fest ce qui cause que les passions sont insatiables, parce que l'humeur nous demeure. Et il Faut considérer en ce lieu ce que c'est que l'avarice des passions.
Tel qu'est le péril d'un hqmme qui , ayant épousé une femme id'une rare et ravissante beauté , seroit obligé néanmoins de vivre avec elle comme avec sa sœur, et même de ne la regarder qu'avec réserve; vous ne comprenet que trop son péril : autan t est-il difficile de garder la modération dans lesdignitésCO. Ily enanéanmoins[quilef<Mit])Dieu prête de ses serviteurs il l'ordre du siècle. Que feront-ils, ' chrétiens? il ne faut pas se permettre toutes choses ; qu'ils se prêtent an monde, qu'ils se donnent à Dieu ; qu'ils se prêtent aux affaires, qu'ils se donnent au ciel. [Qu'ils imitent la conduite d'Estfaer , qui disoit àDieu :] ■ Vous savez, B Seigneur, que je hais la gloire dos injustes :.... vous savez ■> la nécessité oîi je me trouve, et qu'aux jours où jeparois » dans la magnificence et dans l'éclat, j'ai en abomitaatiou » la marque superbe de ma gloire, que je porte sur ma » tète; que je la déteste comme un linge souillé et qui fait » horreur ; que je ne la porte point dans les jours de mon
* silence; qne je n'ai point mangéàla table d'A.man,Di'
* pria plaisir an festin du roi ; et que depuis le temps
» que j'ai été amenéeencepalais jusqu'aujourd'hui, jamat»
t')*. Cbrji.BonuLxi.inMea.tom. <iii,n. .\k^tttt^. .
634 *V>^ L*ÀXBITIOV«
toujours de la troupe et forcent les destinëes. Les exemples de ceux qui s^avânceut^ semblent reprocher aux autres leur peu de mérite; et c'est sans doute- ce dessein de se distinguer qui pousse Tam-
9 votre servante ne 8!est r^ouie qu'en vous seul, 6 Sei- » gneur Dieu d'Israël » : Et nosd quia oâerim f^nam ini-
quorum: tu scis necessittUem meam ^ quod abominer
signum superhiœ quod est super caput mewn in diebus ostentationis meœ ; etquàdnon comederim in mensa Aman, nec mihi placuerit convivium régis, ^.. et nunquam iœtata sit ancilia tua.»*., nisi in te , Deus Israël (O*
Mais pour cela, que faire? elle évite ce qu'elle peut, ce qu'elle ne peut éviter elle en éloigne son coeur ^ elle fuit les délicatesses exquises et plus que royales de la table du favori; et pour la table du roi, elle ne pouvoit l'éviter étant soa épouse; mais elle détourne son cœur, et au milieu de ses delices royales y elle ne trouve sa joie qu'au Dieu d'Israël. [11 faut] s'examiner de tous côtés, pour voir si l'orgueil nelève point la tête par quelque endroit, a Seigneur, disoit lepro» » phcte roi {^), mon cœur ne s'est point enflé d'orgueil, et » mes yeux ne $e sont point élevés » : Domine , non est exaltatum cor meum , neque eladsunt oculi mei. [ 11 nous marque tous les degrés de l'orgueil]. Enflure du cœur , les yeux élevés, se méconnoitre, point de réflexion sur soimême, s'entretenir dans sa grandeur : Ambulaviin magnis; des desseins d'emportement : neque in mirabiUbus super me. Et enfin il la déracine: a Vous savez. Seigneur, que » j'ai eu d'humbles sentimens de moi-même; mon ame, » qui s'appuie entièrement sur vous , est semblable à un » enfant nouvellement sevré, qui se repose uniquement » sur sa mère » : Si non humiUter sentiebam , sed exaltavi animam meam; sicut ablaciatus est super matrc sua, lia retributio in anima mea.
(0 Esth: 1 4 - 1 8. — C«? Ps. cxxx.
soK l'ambitior. 63S
bition aux derniers excès. Je pourrois combattre par plusieurs raisons cette pensée de se discerner. Je pourrois vous représenter que c'est ici un siècle de confusion oà toutes choses sont mêlées , qu'il y a un jour arrêté à la fin des siècles pour séparer les bons d'avec les mauvais, et que c'est k ce grand et éternel discernement que doit aspirer de toute sa force une ambition chrétienne. Je pourrois ajouter encore que c'est en vain qu'on s'efforce de se distinguer sur la teire , où la mort nous vient bientôt arracher de ces places émineotes, pour nous abtmer avec tous les [ autres ] dans le néant commun de la nature ; de sorte que les plus foibles , se riant de votre pompe d'un jour et de votre discernement imaginaire , vous diront avec le prophète : O homme puissant et superbe, qui pensiez par votre grandeur vous être tiré du pair , « vous voilà blessé comme M nous, et vous êtes fait semblable à nous v l'EtUi mdneratut es sicut et nos , nostrt similis effectm e*(0.
Mais sans m'arrêter à ces raisons, je demanderai seulement à ces âmes ambitieuses , par quelles voies elles prétendent se distinguer. « Faisons tomber, » disent les impies , le juste dans nos pièges, parce » qu'il nous est incommode » : Circumveniamus justum, çuoniam imoilis estnoiisW. L'injuste peut entrer dans tons les desseins , trouver tous les expédiens, entrer dans tous les intérêts : à quel usage peut-on mettre cet homme si droit qui ne parle que de son devoir? Il n'y a rien de si sec ni de moins flexible; et il ya tant de choses qu'il ne peut pas
sua L*ÀttBiTioir« 63^
fOus TOUS eDnuirez d*une si grande lenteur , peu à )eu votre vertu se relâchera , et après elle aban-^ lonnera tout- à -fait sa première régularité pour l'accommoder à Thumeur du monde. Ah ! que vous criez bien plus sagement de renoncer tout à coup k l'ambition! peut - être, qu'elle vous donnera de temps en temps quelques légères inquiétudes ^ mais toujours en aurez-vous bien meilleur marché^ et il ^ous sera bien plus aisé de la retenir ^ que lorsque vous lui aures laissé prendre goût isiux honneurs et aux dignités. Vivez donc content de ce que vous SteSy et surtout que le désir de faire du bien ne vous fasse pas désirer une condition plus relevée; C'est l'appât ordinaire des ambitieux ; ils plaignent toujours le public, ils s'érigent en réformateurs des abus f ils deviennent sévères censeurs de tous ceux qu'ils voient dans les grandes places. Pour eux que de beaux desseins ils méditent? que de sages conseils pour l'Etat ! que de grands sentimens pour l'Eglise ! que de saints réglemens pour un diocèse ! Au milieu de ces desseins charitables et de ces pensées chrétiennes y ils $'engagent dans l'amour du monde , ils prennent insensiblement l'esprit du siècle : et puis quand ils sont arrivés au but , il faut attendre les occasions , qui ne marchent qu'à pas de plomb , pour ainsi parler , et qui enfin n'arrivent jamais. Ainsi périssent tous ces beaux desseins , et s'évanouissent comme un songe toutes ces gi*andes pensées.
Par conséquent y chrétiens , sans soupirer ardemment après une plus grande puissance , songeons à rendre bon compte de tout le pouvoir que Diea
SUR L^AMBITION. 63q
Cette vérité y établie sur tant d'expériences con-vaincantes, devroit détromper les ambitieux de tous les biens de la terre; et cest au contraire ce qui les engage. Car au lieu d'aller à un bien solide et éternel sur lequel le hasard ne domine pas , et de mépriser par cette vue la fortune toujours changeante ^ li persuasion de son inconstance Tait qu'on se donne tout*à-£ût à elle, pour trouver des appuis contre elle-même. Car écoutez parler ce politique habile et entendu : la fortune l'a élevé bien haut', et dans cette élévation il se moque des petits esprits qui donnent tout aii dehors-^ et qui se repaissent de titres et d'une belle montre de grandeur ; il se croiroit peut-être assei grand, s'il ne vouloit chercher des appuis à sa grandeur. Pour lui il appuie sa famille sur dés fondemens plus certains , sur des charges considérables, sur des richesses immenses qui soutiendront éternellement la fortune de sa maison. II pense s'être afièiiai contre toutes sortes d'attaques; aveugle et mal avisé! comme si ces soutiens magnifiques y qu'il chefohe contre la puissance de la fortune, n'étoient pas encore de son ressort et de sa dépendance , et pour le moins aussi fragiles que l'édifioe même qu'U croit chancelant.
Cest trop parler de b fortune dans la chaire de viénié. Ecoute, homme sage, bomme prér^/jr^nt , qui éiends si loin aux «ÂèdUïS futurs les fpf4^^tâ^p/m de ta pruideuoe ; c'eit Uku mêiae ^ Vr ♦« y^fUp , et <pii va confondis tes vakies y^fc^/i^ y*^ \^ Lvm/Ii^ de son prophèie EsécUiel : l!^uJUAi0fr rwiUé^ ^vy/^//
» défU de m/miimemb €pt9 OÊones^ papoiL ùsrrm , €i r^- » linqmtntemmu GtftsadagA an fe «Bon condkif Ccwl » desonloiigSTfafHiCapiey SaJeanFiiafTi^h » terre * : Prajieitmi eaam m^er maamSK» ^ , •»« fil se soutient dorant fi TÎie^ 3 mi< ji i a a» i^jm «Sfr i» gnlnds desseins, el laissera i dés ■iiwt des afii* res eriibrouillées qui mineroot a &■£»: es Djem frappera son fils unique, et le findt de mm LniaH passera en des maiiis ëlrangms; <m Hes lai fera succéder tka dâsapalear, qoi se troavaat UmA, d'os coup dans de si grands biens dont FamaES lie hii a coAté anctinès peines, se îouera des snevrs d'ami homme insensé qui se sera perdn poor le laisser riche : et devant la troisième génération , le maoraîs ménage et lés dettes aoroiit consomé tons ses faéri* tages. « Les bfâncbes de ce grand arbre se verront 9 rotù'piies dans toutes les vallées * : In cunctis con^ vaUibus corruent ramîejus W : je veux dire, ces terres et tëi seigneuries qn il avoit ramassées oomn»e une province, avec tant de soin et de travail, se partageront en plusieurs mains, et tous ceux qui verront ce grand changement diront en levant les épaulés y et régardant avec étonnement les restes de cette fortune minée : Est-ce la que devoit aboutir toute celte grandeur formidable au monde? est-ce là ce grand arbre dont Fombre couvroit toute là terre ? il n'en reste plus qu un tronc inutile : est-ce là ce fleiivé impétueux qui sembloit devoir inonder toute la terfe? je n*apérçois plus qu'un peu d'écume. O homme , que pénses-tu faire ? et pourquoi te travailles-tu v.ainement ?
CO Ezech, XXXI. la. — («) IhiJ.
sus l'ambition. 643
voas soyez, qui croyez tous aflèrmir sur la terre, servez-TOUS de cette peusée pour chercher le solide et la coDsistaDce. Oui, rhomme doit s'aSermir, il ne doit pas boroer ses desseins daus des limites si re&> serrées que celles de cette vie; qu'il pense hardiment à l'éternité. En efièt il tâche autant qu'il peut que le fmit de son travail n'ait point de fin : il ne peut pas toujours vivre , mais il souhaite que son ouvrage subsiste toujours : son ouvrage ^ c'est sa fortune qu'il tâche, autant qu'il lui est possible, de faire voir aux siècles futurs telle qu'il l'a faîte. Il y a dans l'esprit de l'homme un désir avide de l'éternité ; si on le sait appliquer , c'est notre salut. Mais voici l'erreur , c'est que l'homme l'attache à ce qu'il aime : s'il aime les biens périssables, il y médite quelque chose d'éternel; c'est pourquoi il cherche de tous côtés des soutiens à cet édifice caduc, soutiens aussi caducs que l'édifice même qui lui parott chancelant. O homme, désabuse-toi : st tu aimes l'éternité, cberche-Ia donC en elle-méAie , et ne crois pas pouvoir appliquer sa consistance inébranlable à cette eau qui passe et à ce sable mouvant. O éternité', tu n'es qu'en Dieu, maisplutût 6 éternité, tues Dieu même; c'est là que je veux chercher mon appui , mon établissement, ma fortune, mon repos assuré en cette vie et en l'autre. Amen,
son l'avditiou. G^t»
en eux-mêmes ane image si pr^ente et gi expresse? Le prince sent en lui-même cette vigueur,, cette fermeté, cette noble confiance dû commandtmeot : il voit qu'il ne fait que remuer les yeux, et qa'aussîtdt tout se remue d'une extrémité du royaume à l'autre : et dombien dyne doit-il penser que la puissance de Dieu est active ? Il perc« les intrigues tes plus ca^chées ; les oiseaux du ciel lui rapportËnt tout (')* il a même reçu de Dieu, par l'usage dei afTaires , une certaine pénétration qui fait penser qu'il de^ viné ; Divinatio in labiis Regii C^); et quand il a pénétré les trames les pins secrètes , avec ses mains longues et étendues il va prendre ses ennemis aux extrémités du monde, el les déterre, pour ainsi dire, du fond des abimes, où ils cbercboientnnvaïil asile. Combien donc lui est-il facile de s'imaginet* que la vue et les mains de Dieu sont inévitables ?
Mais quand il voit les peuples soumis obligés & lui obéir non-seulement « pour ta crainte, maii » encore poor la conscience » , comme dit l'apôtre (3); quand il voit qu'on doit immoler et saifof tune et sa vie pour sa gloire et pour son service, peut-il {amais oublier ce qui est dû au Dieu vivant et étemel ? C'est là qu'il doit ^econnottre que tout ce que feint la flatterie, tout ce qu'inspire' le de-^ voir, tout ce qu'exécute la fidélité, totrt ce qu'il exige lui-même de l'amour, de Tobâssance, de la gratitude de ses sujets; c'est une leçon perpétuelle de ce qu'il doit à son Dieu , à son souverain.' C'est pourquoi saint Grégoire de Nazianze préchant k Constantinople en présence des empereurs, leur
t') £«fc. I. >o. — W Pmv. STI. 10. — '.') thm. int. 5.
gelislcs nous disent souvent, qu n il se retiroit a» n désert » ", Secedebatin descrtum^^) : qu" « il alloil n à la montagne tout seul pour prier « ; ,-/Aj montetii ortfre 1^) : qu" a il y passait même les nuiu » entières " ; E rat penioc tans in oratione Dei R. Mais qu'il se soit sativ^ au désert ni qu'il ait fui à la nionlagne, nous ne le lisons nulle part , si je ne me iroœpe , que dans l'évangile de cette journée. Et quelle cause, Messieurs, l'oblige à s'enfuir si soudainement? c'est que celui qui pe'nètre dans le fond des cœurs, avoit vu dans celui des peuples qn'ilî viendroient bientôt avec grand concours pour l'enlever et le faire roi. Il a fui autrefois durant son enfance, pour éviter les persécutions d'un roi tyran qoi vouloit le sacrifier à son ambition et à une vaine jalousie : voici iitie Doi\velIe persécution qui l'oblige encore de se mettre en fuite ; on veut laî-méme Télever à la royauté : ne croyez pas qu'il l'endure. Vous |e verrez dans quelques semaines aller au-devant de ses ennemis , pour souffrir mille iodignitâ et des soldats et des peuples ; mais aujonrd'iiui , chrétiens , qu'ils le cherchent pour le revêtir des grandeurs mondaines dont il dédaigne l'éclat , dont il déteste le faste et l'orgueil , pour éviter un si grand malheur, il ne croit point faire assez s'il ne prend la fuite dans i^ue montagne déserte , et où il veut si peu être découvert qu'il ne souiTre personne eu sa compagnie i Fugit ûeritm in monlem ipse solus. Si nous sommes persi^axlés qu'il est la parole éternelle, nous devons croire aussi, âmes saintes, que toutes ses oeuvres nous parlent , que toutes ses actions nous
Sun L AUBITIDN. (>4:>
insUniisent. Et aussi TertulUen a-t-îl remarqué, dans le livre de l'I^olÂti^ie » qu'on fuyant ainsi le titre de roi, lui qu) sfivflit ai bien ce qui étoît dû à son au- . torité Eouveraioe, il a laiceé aux siens un parfait modèle ^e la conduit^ qu'iU doivent tenir touchant les l^onneurf et I9 puissance : Si regem deaifu»fieri, coiiSfMu sut r»gni reJUgit, plenitsiaih deditformam suis, diiigendo çamijaitigia etsitggasiu tant dignttatis gyàtft fiotçsWif (■), C'est ce qqi m'a donné la pensép de trp)t«r cette matîè|« impertante , après qvoir impIôFé ]e aecours d'en-baut par l'intercession de la sainte Vierge, ^tv,
Ç'çar Mwe règl« ûjitaiUtbl^ , pQmr les lettres sacrées et Içs mystères de DieH> qnf lorsque nous trouvons dans la vie ou dan$la doctrine du Fils de Dieu quçlqœ contrariété apparente, ce o'est pas une cpnl^rii^té, mais un mystère. 11 ne le fait pas de la sorte pour coofondre notre r^isoq , mais pour l'avertir qu'^ n,ous. eacl^e quelqiv grand secret et quelque vérité iqipjpi-tante sous cettç obscurité mystérieuse ; et il nQ^s invite , mes Sœurs, à le recherclicr sou.s s^ coQ^ifile. Car comme le Fils de Dieu est la sagesse é1,crn^le, çt que c'eçt ço sa divine personne q^ufi s]e$t f9.itç la révMiion et lap^x des choses les plus éloignées.. On voit asfeï, chrétiens, qu'il faut que to,us $e& QM.vi:ages &'%ccordeat ; «( d'ailleurs il est évident qu'il oc p^ujt pas âtre co^tr^ii^ie à luimême , lui qui nous a été envoyé comme le centre de la réunion et de la réconciliation universelle. Mais le voile qu'il met dessus n'est pas destine' pour
W DeJJolol.n.iS.
65o ExonDE
nous en ôler la connoissance, mais pour nons inviter à la recherche. Ce n'est pas pour nous la faire perdre, mais plutôt il veut nous la faire trouver avec plus de goût et l'imprimer dans les esprits avec plus de farce ; ou , comme dit saint Augustin , il ne nous déguise pas 1» vérité , mais il l'apprête , il l'assaisonne, il la rend plus douce : Non obscuritate subslracta, sed difficullate condita (').
Après avoir pose cette règle, dont la vérité est connue de tous ceux qui ont goûté les livres sacrés, remarquons maintenant, mes Sœurs , deux faits particuliers de l'histoire de noire Sauveur, qui semblent d'abord assez répugnans.
Nous lisons dans l'évangile de cette jonmée que prévoyant que les penples s'alloient assembler pour le fari-e roi, il se retire tout senl au dâert , et montre par cette retraite, qu'il rejette tous les titres de grandeur humaine. Mais dans quinze jours, chrétiens, nous lirons un autre évangile , oil nous verrons ce même Jésus faire son entrée dans Jérusalem au milieu des acclamations de tout un grand peuple qui crie de toute sa force : « Béni soit le ûls de David, » vive le roi d'Israël W » ! Et bien loin d'empêcher ces cris , étant pressé par les pharisiens de réprimer ses disciples qui sembloient offenser par leur procédé la majesté de l'empire, il prend hautement leur défense : Les pierres le crieront, dit-il, si ceuxci ne rendent pas un assez public témoignage à ma royauté : Dico vobis quia ti ht tacuerint, lapides clamabunt (3). Ainsi vous voyez qu'il accepte alors
(■) /n Piabtt. Cm. Sam. Il , n. i , tant. tV, eol. 1 1^\. — (*) Bfatl. ui. 9. Joan. XII. i3.— i*) Lia. xix. jo.
STTR l'aMBITIOÎC. 65i
ce quUl refuse aujourd'hui. Qui lui (ait changer ses desseins et Tordre de sa conduite ? quel nouveau goût trouye-t-il dans la royauté qu'il a autrefois dédaignée? Sans doute il y a ici quelque grand secret que le Saint-Esprit nous veut découvrir. Cette opposition apparente n^est pas pour troubler notre in« telligence, mais pour Téveiller saintement en notre Seigneur : cherchons et pénétrons le mystère.
Le voici en un mot, mes Sœurs , et je vous prie dé le bien entendre; c'est que Jésus ne veut point de titre d'honneur qui ne se trouve joint nécessai-* rement à l'utilité de son peuple. Quand il fait en« trée dans Jérusalem, il y entre pour consommer l'œuvre de notre rédemption par sa passion douloureuse. Comme c'est là le principe de ses bienfaits y il ne refuse pas , chrétiens , la juste reconnoissance que rendent ses peuples à sa puissance royale. Alors il* confessera qu'il est roi : il le dira à Pilate, lui qui ne l'a jamais dit à ses disciples ; il le publiera parmi ses supplices , lui qui n'en a jamais parlé parmi ses miracles. Le titre de sa royauté sera écrit en trois langues au haut de sa croix y afin que toute la terre en soit informée ; et il veut bien accepter un nom de puissance pourvu qu'il ouvre à ses peuples dans le même temps une source infinie de grâces. Mais aujourd'hui y âmes saintes , que la royauté qu^on lui donne n'est qu'un honneur inutile qui ne contribue rien au salut des hommes , il ne faut donc pas s'étonner s'il fuit et se retire , s'il se cache dans un désert. C'est qu'il a dessein de vous faire entendre , par son exemple , que , hors la nécessité d'employer sa puissance pour le bien du monde , ses enfans
65a EXORDE SUR 1. AMBl rlO!^.
doivent préft^rer à tous les litres de grandeur humaine la paix d'une vie priviîe, oix Vod vit en soimême, où l'on se rëgle soi-même, où l'on règne enfm sur soi-même.
Si cet exemple du Fils de Dieu étoit comme il le doit être la règle de notre vie, nous auiions les sentimens ve'ritables que doivent avoir les chre'lJeni touchant la puissance : le désit' et l'usage en seroienl régle's; elle ne seroit pas desirec avec ambition ni cxei'cée avec injustice. Le dcsir de s'agrandir ne produiroit pas tant de perfidies, ni celui de soulejiir sa grandeur tant d'oppressions et de violences. Chacun se cioiroit assez puissant, pourvu (juil eût du pouvoir sur soi-même, et s'il en avoit sur les autres il ne s'en serviroit que pour leur Lien. Comme ces deux choses , mes Sœurs , règlent parfaitement notre conscience touchant l'amour des grandeun humaines, je réduirai aussi à ces deux maximes tout ce (jue i'ai à vous dire sur ce sujet-là , en vous moutrant dans le premier point , que le chrétien véritable ne doit désirer de puissance que pour en avoir sur lui-même, et en vous faisant voir dans le second, que si Dieu lui en a donné sur les autres, il leur en doit tout l'emploi et tout l'exercice. Maximes saintes et apostoliques qui f^ont le partage de ce discours: la première réglera le désir, la seconde prescrir» l'usage.
8Vïk L*AlIBlTIOir; 653
>V^%i^^»»^^'»iM»>^%^%>'*^*^^f*^^*^^*'*'^^^^*'**^*'^*^'*^*^*<^*^'^^*
FRAGMENT
SUR LE MÊME StIJET.
MojexM de sabcdfier la grandeur parle 1)ôii*iuage. Quels «ont lés deroira éés grandi do monde A Fëgard de k justice et dei miséraliles. Fausse idée quie les hommes se forment de là puissance. Combien Tesprit de grandeur est opposé à Fesprit du christianisme.
Mais je n^aurois fait^ chrëtiéns^ jque la moitié de mon ouvrage y si après vous a^roir montré par TËcri'^ ture divine les périls extrêmes des grandes fortunes^ je ne tâchois aussi de vous expliquer les moyens que noua donne la même Ek:riture pour sanctifier la grandeur par un bon usage ; et c'est pourquoi je ramasserai en peu de paroles les instructions les plus impor-* tantes que le Saint-Esprit a données aux grands de la terre pour bien user de leur puissance.
La première et la capitale d^oii dérivent toutes les autrés> c'est de faire servir la puissance à la loi de Dieu, a Afin y dit saint Grégoire ^ que les grands n rendent lem* puissance salutaire , il faut qu ils sa* » cbent ce qu ils peuvent ; mais afin qu*ils ne s'élè^ n vent pas, il faut qu'ils ignorent ce qu'ils peuvent » : Vt prodesse debeat passe se sciai , et ut ejttoUi non debeat posse se nescùu (0. Toute puissance vient
(>) S, Grtgpr, 3fag, Ub, t. Moral, in Job, cap, tiii, tom, i, coL i46.
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de Dieu (0; donc [elle doit être] ordonnée. L'ordie; que ce soit pour le bien, autrement nul ordre, de faire tant de différence entre de !a boue et de la bone. Toute la nature image de la libéralité divine. Tout ce qui porte le caractère de la puissance divine, le porte de sa munilicence ; et il n'y auroit point dans le monde de puissance malfaisante, si le péché n'avoit perverti l'ordre et l'institution du Créateur.
Pjous lisons dans le second livre des Chroniques une belle cérémonie qui se pratiquoit dans le sacre des rois de Juda. Au jour qu'on les oignoit de l'hude sacrée, ainsi que Dieu l'avoit commandé, on leur mettoit en mèrac temps le diadème sur la tête , et la toi de Dieu dans la main : Imposuerunt ei tUadema , et dederuiU in manu ejus tenendatn Ugem , et constituerunt eum regem W : afîn de leur faire attendre que leur puissance est établie pour afTerrair le règne de Dieu parmi les hommes , que l'exécution de ses saintes lob ne leur doit être ni moins chère ni moins précieuse que leur couronne.
■ De tous les rois de Juda aucun n'a mieux pratiqué cette divine leçon que Josaphat, prince incomparitble, non moins vaillant que religieux, et père de ses peuples autant que victorieux de ses ennemis. . L'Ecriture nous fait souvent remarquer que les prospérités corrompent les hommes, enflent leur cœur par la vanité, et leur font oublier la loi de Dieu. Mais a|) contraiie, la prospérité, qui donnoit de l'orgueil aux autres, n'inspira que du courage à celui-ci pour marcher vigoureusement dans les voies de Dieu et établir son service : FactCBçue simt ei i/i- (<) /toi». XIII. I. -I.O//.P<ir.xuii.ii.
SOH l'ahbitioh. 65S
fiaiUs divitÙB et muUa gloria , sumpsitqae cor ejas audaciam propter vias Domim (■). « Il se troava a comble d'une infiDité de richesses et d'une très-^ a grande gloire ; et son coeur fut rempli de force et » de zèle, pour l'observation des jH-éceptes du Sei- » gneur ».
Ce prince, coDsidënmt que tout bien lui venoit de Dieu , et touché d'une juste reconnoissaace , entreprit de le faire r^ner dans tout son empire. Et l'Ecriture remarque. que, pour accomplir UQ si beau dessein, il avoit un soin particulier de choisir entre les lévites et les ministres de Dieu ceux qui étoieat les mieux versés dans sa sainte lot , qu'il eavoyoît dans les villes afin que le peuple fût instruit ; Cii^ çidhant cunctas urbes Juda, et erudieharU popur ium W. Et ce n'est pas sans raison que les anciens conciles de l'Eglise Gallicane (?) ont souvent proposé à nos rois l'exemple Ae ce grand monarque , dont la conduite fut suivie d'une bénédiction de Dieu toute manifeste. Car écoutes ce que dit l'Ecriture sainte : Josaphat marchant ainsi dans les voies de Dieu, il le rendit redoutable b tous ses voisins : Itaçue foetus est pavor Domini super omaia régna terrarum , quœ eranl per gyrum Juda (4). Et ce prince s'agrandissoit tous les jours, parce que Dieu étoit avec lui : tant il est vrai que Dieu prend plaisir à protéger la puissance qui lui rend hommage, et qu'il est te rempart de ceux qui le s^f^ent. Le second soin du roi Josaphat et le second moyen
(■)//. Par, Mil. 5,6. — W IHd. lO. — t') Coneil. Pari: tu, c XXIII , LiM- lom. TU , eot. i66S. Cote. A^uitgrm. », «. ii. Ibiit. coL 1^11. -,— (,%'/■ Par. STil. lo.
Gj6 sur L AMBITIU.%.
dont il se servoit pour ganctifiei- la grandeur, fui d* pourvoir avec vigilaocc à radministiation de la \mticc. a II établit des jugos, dît TEcriture, dans ]« » villes de Judce », et les appelant h lui, i) leur prescrivoit lui-même en ces termes de quelle manière ils dévoient agir, v Prenez garde, leur disoitn il , à votre conduite; car ce n'est pas la justice dcj a liommes, mais la justice de Dieu que tous eiera cez, et tout ce que vous jugei'ez vous en serez mu ponsaldes. Ayez toujours devantlesyeux la crainte u de Dieu ; faites tout avec diligence : songez que le n Seigneur notre Dieu de'teste Tiniquitë, quil oe » regarde point les personnes, et ne se laisse poini a coironipre par les prescns CO ». Vous donc qni jugerez en son nom par la puissance que je vous en donne, comme vous exercez son autorité ioiitezausù sa justice. Puis descendant au détail , il règle en celle manière les devoirs particuliers, c Amarias , votre » prêtre et votre pontife, présidera dans les chose» B qui regardent Dieu et son service; et Zaltadiai, a qui est un des chefs de la maisou de Juda, aura » la conduke de celles qui regardent le teinistèrt » royal W a. C'est ainsi que ce sage pTince fetenoit ciiacun dans ses bornes j et empêchant ki confiosioa et les entreprises, faisoit que tout concouroh et an service de Dieu , et à l'utilité des peuples.
Et certainement, chrétiens, si ceux qae Dieu i mis dans fes grands emplois n'appliquent teinte leur puissance à soutenir hautement le bon droit et la justice, la terre sera désolée et les fraudes seront înlinics. Les hommes en général sont intéressés et !')//, Par. iix, 5,6, 7. — ','! Uid. 11.
ainsi
aUK l'ambitioh. fiSj
aÎDsi ordinairemeDt ils sont injustes. Ces! ponrqnbî il faut avouer que la justice est obligée de marcheb dans des voies bieu difficiles, et que c'est nue espèca de martjrre. que de se tenir régulièrement dans lea termed do droit et de l'équité. Que sei-t de dissimuler? il est aisé de cooiprendrd que les injustes pour l'ordioaire sOot les plus forts, parce qu'ils ne «e donnent aucunes bornes, parce qu'ils mettent tout en usage, et combatteht, pour ainsi dire, dans an champ libre où ils s'étendent & leur aise. L'hommd de bien se resserre dans tant de limites qu'à peine se peut-il aider; il se renferme dans ce qui est droit : l'injuste veut généralement ce qui l'accommode. Ce n'est pas assez à l'homme de bieb de ne vouloir que ce qui est juste ; U craint de coirompre là pureté ds sesdegseins ianocens, il ne veut que de bons moyens pour y parvenir, et il a toujours devant les yeux ce précepte de la loi : « TU poursuivras justement es v qui est juste » ; Jiath çuod justum est perseqiteris (0. Au contraire, l'homme injuste et intéressé passe, dit l'Ecriture, de mal en mal; et c'est pourquoi il se fortifie sur la terre : Conforiati sunt m terra , <fuia de malo ad malum egressisunt (3), Il soutient une médisance par une nouvelle calomnie, et une première injustice par une corruption. Il enveloppe la vérité dans des embarras infinis; il a fart de faire taire et parler les hommes, parce qu'il sait les flatter, les intimider, les intéresser par toutes sortes de voies. Qui pourra donc s'étonner si l'injuste qui tente tout réussit mieux, et si l'homme de bien au contraire demeure court ordinairement dans ses en- Ci) Délit. XTi. 30. — (,')/«■. ix. 3.
fiosaUET. XII. 4^
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l'innocence est contrainte ' de marcher dans des voies serrées: secourez>la, tendez-lui la main, faites*Tous honneur en la protégeant. « Cest pour » cela, dit saint Grégoire, que vous êtes grands, » a6n que ceux qui veulent le bien soient seoonrus, » et que les voies du ciel soient pins étendues » : Ad hoc enim potestas... cœlitut data est, ut <]ui bona appelant, adptventuri ut cœïorum regnum largihs pateat (>]. C'est à vous , ô grands de la terre, d'élargir un peu les voies du ciel, de rétablir ce grnnd chemin et de le rendre [rfus fecite. La vertu n'est toujours que trop à l'étroit, et n'a que trop d'affaires pour se soutenir. C'est assez qu'elle soit aux prises sans relâche aucun , avec tant d'in&rmités et tant de mauvaises inclinations de la nature corrompue : mettez-la du moins à couvert des insultes du dehors, et ne souffrez pas qu'on surcharge avec tant d'excès la foîbtesse humaine. - ^
. Tel est , Messieurs , le devoir et le grand emploi des grands du monde, de prote'ger hautement le bon droit et l'innocence. Car c'est trahir la justice, que de travailler foiblement pour elle ; et l'expërience nous fait assez voir qu'une résistance trop molle, ne fait qu'alFermir le vice et (e rendre plus audacieux. Les méchans n'ignorent pas que leurs eatrepriiies haidies leur attirent nécessairement quelques embarras; mais après qu'ils oui essuyé une légère tempête qui s'est élevée, ils pensent avoir payé tout ce qu'ils doivent à la justice; ils détient apiès cela le ciel et la terre, et ne prolitent de cette di^rfice que pour mieux prendre dorénavant {•}lii. III, £p.ua, ad flfaïuic. jtug. lam. n, toL 676.
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crainte de respect, qui ne détruit pasl'ainour, mais qui le rend plag .retenu et plus cirooDspect. Lee Iwns respirent sous sa protection , les méchans appréhendent tes yeox et son bras; et il résulte de ce beau mélange une certaine révérence qui a je ne sais quoi de rel^eux, et dans laquelle consiste le véritable caractère de la majesté.
Mais, Messieurs, il &ut Gnir et tous dire que la puissance après avoir Ait son devoir en soutenant la justice , a encore une dernière obligation qui est celle de soulager la misère. En effet ce n'est pas en vain que Dieu fait luire sur les grands du monde un rayon de sa puissance toujours bienfaisante. Ce grand Dieu, en les revêtant de l'image de sa gloire, les a aussi obligés ii imiter sa bonté ; et ainsi, dît excellemment saint Grégoire de Nazianze (■), prêchant it Cobstantinople en présence de l'empeieur, ils doivent se montrer des diem ea secourant les affligés et les misérables.
Tai remarqué dans les saintes Lettres que Dieu se moque souvent des idoles qui portent si injustement le titre de dieux; mais entre les auties reproches par lesqaek il te rit des peuples aveugles qui leur donnent un nom si auguste, celui-ci me semble fort coDÛdérable : « Oît soint vos dieux , leur dit-il , » dans lesquels vous avex mis votre confiance n 7 si ce sont des dieux véritables, « qu'ils viennent à » votre seconrs et qu'ils vous protègent dans vos » besoins • ■ Uhismt dit aorum, in quibus haiehnnt fiduciamf swgant et opitulentur vo6is j.... et in ne-
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cessitaîB vos protegàni (0. Ce grand Dieu ^ ce Diaa Véritable, et seul digne par sa bonté de la majesté de ce titre, a dessein de nous feire entendre que è*est une indignité insnpjifôrtable de porter le nom de Dien'sans soutenir un si grand nom par de grands bienfaits : et de là les grands de la terre peuvent aisément^ comprendre qu'ils seront «des idoles inanimées y et non des iinages vivantes de Tmyisible majesté dé Dieu, s*ils se contentent de hamer l'encens, de recevoir les adorations, de vw tomber les victimes à leurs pieds, sans cependant Àendré le bras pour faire du bien aux hommes et
soulager leurs misères.
Le sage Néhémias avoit bien compris cette obligation , loi'squ'ayant été envoyé par le roi Artaxercès pour régir les Israélites dont il fut le gouverneur pendant douze ans, il se mil à considérer Fétat et les forces de ce peuple. 11 vit que les gouverneurs qui Tavoient précédé dans cet emploi avôient beaucoup foulé ce pauvre peuple; mais surtout domme il est assez ordinaire, que leurs ministres insolens Tavoient tout-à-fait abattu : JDuceT autem primi ^ qui fuérunt ante me ^ gra%fa\feruni populum ;... sed et ministri eorum depres seront po^ pûlum (^). 11 fut donc touché de compassion voyant ce peuple fort épuisé, Valde enim attenuatus erat populus (3). Il se crut obligé en conscience de chercher tous les moyens de le soulager : il ne fit pas seulement de grandes largesses , mais il crut qu'il devoit remettre beaucoup de droits qui lui étoient
CO Deut. xxxii. 37 , 38. — W //. Eidn t. i5. -* (î) IM.iS.
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dus l^itimement. Et après , plein de confiance en la divine bonW, qui regarde d'un œil paternel ceux qui se plaisent à imiter ses miséricordes, il lui adresse du fond de son cœur cette humble prière: o Mon Dieu, souvenez-vous de moi en » bien , selon le bien que j'ai fait à ^ce peuple » : Mémento met , Deus , in bonum, secimdiwi omnia ifuee feci populo kuic (>).
Cette noble idée de puissance est bien éloignée de celle que se forment dans leurs esprits les puissans du monde. Car comme c'est le naturel du genre bumain d'être plus sensible au mal qu'au bien , aussi les grands s'imaginent que leur puissance éclate bien plus par des ruines que par des bienfaits : de là les guerres, de là les carnages, de là les entreprises hautaines de ces ravageurs de provinces que nous appelons conquérans. Ces braves, ces trîomphateum, avec tons leui-s magnifiques. élevés, ne sont sur la terre quepour troubler lapaiz du monde par leur ambition démesurée : aussi Dieu ne nous les envoie-t-il que dans sa fureur. Leurs victoires font le deuil et le désespoir des veuves et des orphelins , ils triomphent de la ruine des nations et de la désolation publique; et c'est. par-là qu'ils font parottre leur toute ' puissance. Mais laissons le tumulte des armes et voyons ce qui se pratique hors de la licence * de la guerre : n'éprouvons - nous pas tous les jours qu'il n'est rien de plus véritable que ce que dit l'Ecclésiastique?/^enotio jeonû, onager in eremo ; sic et pascua divitum sunt pauperes (.^) : « L'âne sauvage (<) //, EiJr. zi. 19. — {fi Ecek. Kiii. a^
■ ox L'AKatTios. 663
il «st semblable à ces grands arbre s qui ] étalent de loin la beauté et la verdeur de leurs feuilles , [et qui n'ont] des fruits que pour la vue.
C'est là où nous conduit l'esprit de graodear, qui est contre l'esprit du baplépie, et contre l'esprit de Jésus-Christ : et il ne se trouve pas seulement dans les grands, [mais dans tous] ceux qui affectant de les imiter : et qqi ne l'affecte pas dans un siède tout de grandeur comme le nôtre? ils prennent un certain esprit de ne regarder qu'eux-mêmes, excellemment représenté dans Isaïs. Dixisti in corde tuo : £gosum, atprœterme non eit altérai'), ie suis; ne dii'iez-vous pas qu'elle a entrepris d'égaler celui qui a ditl Ego aun% tfuitum: « Je suis celui qui est». Je suis, toiite la menue populace n'est rien; ce n'est pas vivre : il n'y a que moi sur la terre. Us n'ont garde de s'inquiéter de l'état des autres, ni de se mettre en peine de leurs besoins; ah! leur délicatesse oe le souffre pas. Itien de plus opposé à la charité fraternelle : l'esprit de christianisme, [c'est un ] esprit de fraternité et 4e communication. Sontils membres de Jésus-Christ , s'ils se regardent comme séparés et s'ils se détachent du corps?
Mais quand ils n'agiroient pas comme chrétiens, le dépût de sa puissance que Dieu leur confie, les f^Iige ipdispeosablement de penser aux autres et de pourvoir à leur bien : s'ils portent sur leur front le caractère de sa puissance , ils doivent aussi porter sur leurs mains le caractère de sa libéralité. Car, ainsi quej'aidéjii dit, ce n'est pas en vain, chrétiens^ que Dieu fait luire sur eux un rayoa de celte purs- W/<.»tTu.io.
avr l'ahbition: 667
«délivrer son peuple, et vous périrez, vous et la » maison de votre père a : Si silueris , per aliam oc casionem liheràbuntur Judœi, et tu et domus patrù tuiperiiilis (■). Si peu que nous ayons de puissance^ nous en rendrons compte à sa justice. C'est le talent précieux , lequel si l'on manque seulement de faire valoir pour le sei-vice de Dieu et le bien de sa famille , on est relégué par sa sentence aux ténèbres extérieures où est l'horreur et le grincement de dents.
Considérons donc, chrétiens, tout ce que Dieo amis en nous de pouvoir ; et le regardant en nos mains comme le talent dont nous devons compte , prenons une sainte résolution de le faire profiter pour sa gloire, c'est-à-dire pour le bien de ses enfans. Mais en formant en nous un si saint désir, prenons garde à l'illusion que Tambition nous propose. Elle nous propose de grands ouvrages; mais pour les accomplir, nous dit-elle, il faudroit avoir du crédit et être dans les graiides places. Cest l'appât ordinaire des ambitieux. « Et quoiqu'ils aspirent à ces places » par des vues d'élévation , ils se promettent cepen- > dant, dit saint Grégoire, d'y faire de grandes « merveilles » : Et quamvU hoc elationis intentione appetantj operatuios tamen se magna pertractanti^). Au milieu de ces beaux desseins et de ces pensées chrétiennes, on s'engage bien avant dans des poursuites ambitieuses, dans l'amonrdu monde-, on prend l'esprit de ce siècle, on devient mondain et ambitieux : et quand on est arrivé au but, on oublie aisé-
(0£«iAcr. ;t. i3. — (•) Rtgul. Piulor. ptrrt.i, cap. u, tom. il,
SUE LA MÉDISAAGK. 669
ABREGE D'UN SERMON
FOUB LE Mardi