‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 3)Chapitre 68 sur 76 · SES SÏCKSBITÉS SE LA TH · texte numérisé non relu

SES SÏCKSBITÉS SE LA TH

ne r^aloîent pas : Cedii nonjuenml alttores illo in paradisQ Dei, abietes non adœquaverant sumnUtettem ejus... ^mulaia sont eum omnia ligna voîuptatis (fute erant in paradiso Dei.,.. In ramis ejus Jèeenmt nidos omnia voiaiilia cœli... Sue umbra^ euh illius haiitaiat cœtus gentium plurimarumi'). Voilà une grande fortune, un siècle n'en voit pas deux de semblables ; mais voyez sa ruine et sa dëcadence. « Parce qu'il s'est élevé superbement , et u qu'il a porté son faite jusqu'aux nues , et que sou n cœur s'est enflé dans sa hauteur » ; Pro eo tfuod... dédit summiCatem suam ■virentem atque coTuiensam, et elevalum est cor ejus in altitudine sua : pour cela, dit le Seigneur, je le couperai par la racine, je l'abattrai d'un grand coup, et je le porterai par terre; il viendra une disgi'âce, et il ne pouria plus . se soutenir, il tombera d'une grande chute : Proj'icient eum super montes ; on le vena tout de son long sur une montagne , fardeau inutile de la terre. « Tous ceux qui se reposoient sous son ombre se n retireront de lui » , de peur d'être accablés sous sa ruine : Recèdent de umiraeulo ejus omjies populi terrœ, et relinquent eum C^). Ou s'il se soutient du- ' rant sa vie, il mourra au milieu de ses grands desseins , et laissera à des mineurs des alTaires embrouillées qui ruineront sa famille ; ou Dieu frappera sur son fils unique, et le fruit de son travail passera en d'autres mains; ou il lui fera succéder un dissipateur, qui se trouvant tout d'un coup dans de si grands biens, dont l'amas ne lui a coûté «ucune

11/ SERMON

POUR

LE IV.'^ DIMANCHE DE CARÊME

VBÈCBË A LA COUR.

•d SUR L'AMBITION.

Deux nhaita Dcceuaitcs à Ta félicilé. Dérèglement de nos affcetioni et corruptioD de noa jugemens. Condnile que Dieu Don) prescrit aBo que noas devenioDs grands. Quelle est la puiuance que noua devoiu désirer. Comineiii les vices croisient avec la poisunce. lUponie aux vaim prélextea dei ambïtieiix. iDCODStaDce et roalîçrfié de la fortune. Etrange aveuglement dea ambitieux : lêor ju^te et déplorable confuiiou : inutilité de Itars foUes précautions.

Jésus ergo cùm cognovisiet quia venturi essent ut râpèrent eum et facerent eum regem , gubiit itenun in moatem ipse solus.

Jésus ayant connu que tout le peuple viendrait pour f en' lever et le faire roi, s'enfuit à la montagne tout seul. Ji>an.vi. i5.

jEreconnois Jésus-CIirist à cette fuite généreuse, <iui lui fait chercher dans le désert un asyle contre les honneurs qu'on lui prépare. Celui qui vcnoit se charger d'opprobres, devoit éviter les grandeurs hu-

SUR l'ambittoit. 621

maines. Mon Sauveur ne counoît sur la terre aucune sorte d*exaltation que celle qui Tëlève à Sa croix; et comme il s'est avancé quand on eut résolu son sup-» plice y il étoit de son esprit de prendre la fuite pendant qu on lui destinoit un trône.

Cette fuite soudaine et précipitée de Jésus-Christ dans une montagne déserte ^ où il veut si peu être découvert y que Tévangéliste remarque qu'il ne souffre personne en sa compagnie ^ îpse solus, nous fait voir qu*il se sent pressé de quelque danger extraordinaire; et comme il est tout-puissant et ne peut rien craindre pour lui-même , nous devons conclure trèscertainement y Messieurs y que c'est pour nous qu'il appréhende.

En effet y chrétiens , lorsqu'il frémit, dit saint Augustin (0, c'est qu'il est indigné contre nos péchés; lorsqu'il est troublé , dit le même Père, c'est qu'il est ému de nos maux : ainsi lorsqu'il craint et qu'iL prend la fuite , c'est qu'il appréhende pour nos pé« rils. Jésus-Christ voit dans sa prescience en combien de périls extrêmes nous engage l'amour des grandeurs ; c'est pourquoi il fuit devant elles y pour nous obliger à les craindre ; et nous montrant par cette fuite les terribles tentations qui menacent les grandes fortunes, il nous apprend tout ensemble que le devoir essentiel du chrétien est de réprimer son ambition. Ce n'est pas une entreprise médiocre de prêcher cette vérité à la Cour ; et nous devons plus que jamais demander la grâce du Saint-Esprit par l'intercession de Marie. Aue.

(0 In. Joan^ tract, ia»vk , 1. 19, tom. m , part. 11, col, 637.

gai BVR l'ambition.

la Trinité : là ce grand homme pose pour principe une vérité importante; que la félicite demande deux choses, pouvoir ce qu'on veut, vouloir ce qu'il faut; Passe quod velit, vellc quod oportet{t). Le dernier est aussi nécessaire [que le premier.] Que le concours de ces deux clioses soit absolumeot nécessaire pour nous rendre heureux , il paroit évidemment par cette raison : car comme si vous oe pouvez pas ce que vous voulez, votre volonté n'est pas satisfaite; de même si vous ne voulez pas ce qu'il faut, votre volonté n'est pas réglée, et i'un et l'autre l'empêche d'être bienheureuse, parce que si la volonté qui n'est pas contente est pauvre, aussi U volonté qui n'est pas réglée est malade; ce qui exclut nécessairement la félicité, qui n'est pas moins la santé parfaite de la nature que l'affluence unirerselle du bien. Donc il est également nécessaire de désirer ce qu'il faut, que de pouvoir exécuter ce qu'on veut.

Ajoutons , si vous le voulez, qu'il est encore sam difficulté plus essentiel [de désirer ce qu'il faut que de pouvoir ce que l'on désire ; car l'un vous trouble dansl'exécution, l'autre porte le mal jusqnesan principe. Loi-sque vous ne pouvez pas ce que vous voulet» c'est que vous enavezétéempéché par une cause étrangère ; et lorsque vous ne voulez pas ce qu'il faut , le défaut en arrive toujours infailliblement par votre propre dépravation : si bien que le premier n'est tout au plus qu'un pur malheur, et le second toujours uo« iâute; et en cela même, que c'est une faute, qui ne Toit , s'il a des yeux , que c'est sans comparaison ua

(0 Cip. XIII, n.i;,lom. VIII, eo/. 939,

plu

Stift LAMBITIOIT» BaS

plnS grand malheur? Ainsi l'on ne peut nier, sani perdre le sens , qu'd ne soit bien plus nécessaire à la félicité véritable d'avoir une volooté bien réglée^ que d'avoir une puissance bien étendue.

Et c'est ici, chrétiens, que je ne puis aasex m'étooner des déréglemens de nos affections et de la corruption de nos jugeraens. Nous laissons la règle , dit saint Augustin (0, et nous soupirons après là puissance. Aveugles, qu'entreprenooft-nous ? La félicité a deux parties, et nous croyons la posséder toute entière, pendant que nous faisons une distrac~ tion violente de ses deux parties. Encore rejetonsnous la plus nécessaire; et celle que nous cjioisissoni étant séparée de sa compagne , bien loin de nous rendi'e heureux, ne fait qu'augmenter le poids de notre misère. Car que peut servir la puissance à une volonté déréglée , sinon qu'étant misérable en voulant le mal, elle le devient encore plus en l'exécutant ? Ne disions-nous pas dimanche dernier que le grand crédit des pécheurs est un fléau qne Dieu leur envoie? Pourquoi? sinon, chrétiens, qu'en joignant l'exécution au mauvais désir, c'est donner le moyen à un malade de jeter du poison sur une plaie déjà mortelle : c'est ajouter le comble. N'est-ce pas mettre le feu à l'humeur maligne, dont le venin nous dévore d^à les entrailles ? Le Fils de Dieu reconnolt que Pilate a reçu d'en ••4iaut une grande puis-

' sance sur sa divine personne. Si la volonté de cet homme edt été réglée, d eût pu s'estimer heureux ca fiûsant servir ce pouvoir, sinon à punir l'injustice

' «t la calomnie , du moins à délivrer l'innocence. Hais

(■) Lom mox titata , col. p38.

BOSSUET. XU. 4^

^a6 SVTL l'ameitioh.

parce que sa volonté éloit corrompue par une lâcheté honteuse à son rang, cette puissance ne lui a serri qu'à l'engager contre sa pensée dans le cri me du déicide. C'est donc le dernier des aveuglemens , avant tju« notre volonté soit bien ordonnée , de désirer «ne puissance qui se tournera contre nous-méoiei et sera fatale à notre bonheur, parce qu'elle sera funeste- à notre vertu.

Notre grand Dieu, Messieui's, nous doune use autre conduite, parce qu'il veut nous mener par dos voies unies , et non pas. par des precipices. C'est pourquoi il entiei^^e à ses serviteurs , nou à désirer de pouvoir beaucoup, mais à s'exercer à vouloir le bien ; à régler leurs désirs avant de songer à les satisfaire ; à conunencer leur félicite par une volootJ bien ordonnée, avant que d« la oonsemmer parane puissS'nce absolne. Où je ne puis asses ftdmiret- l'ordre merveilleux de sa sagesse, en ce que ta fôlicité étant conposéfl de deux choses, la bonne volonté et k- puissance , il les donne l'une et l'aubv à ses serviteors, mais il les donne chacune en son temps. Si DonsToiriotts ce qu'il faatdans la vie présente, noos pourrons tout oe que nous voudrons dans la vie future. Le premier est notre exercice, l'autiv sera notre récompense. Qoe dénrons-nous davantage? Dieu ne vous envie pas la puissance , nais il a voulu garder l'ordre , qui demande que la justiee marche la première : Aon yuod potenlia <fuasi maU aUauid fiigienéa sit; sed ordo tervantba est, tfuo prior est fttstitia (»). R^ons donc notre volonté par i'amoar de la justice, et il nous cooroonera en son t«mps

(■) S. Aug. uU ivprd.

snR l'aiibitioh. 627

par la communicatioD de son pouvoir. Si nous doooons ce moment de la vie présente à composer nos mœurs, il donnera l'éternité toute entière à contenter nos d^rs.

Mais il est temps , chrétiens, que nous fassions une application pins particulière de cette helle doctrine de saint Augustin. Que demandei - vous, ô mortels? quoi, que Dieu vous donne beaucoupxle puissance? Et moi je réponds avec le Sauveur que « vous ne saves ce que vous demandex (>J a. Considérée bien oA vous étet , vojet la mortalité qui vous accable, regardei cette « figure du monde n qui passe (3} ». Parmi tant de fragilité , sur quoi penses-voui loutenircette grande idée de puissance? Certainement nn si grand nom doit être appuyé sur -quelque dioie : et que trouverex-TOUs sur la terre qui ait asseï daibrce et de dignité pour soutenii- le nom de puissance? Oavree les yeux, pénétres l'écorce. La pins grande puissance du monde ne peut s'étendre plus loin que d'ôter la vie à un homme ; tst'<e donc vn s grand effort que de foire mourir un mortel, que de hftter de quelques momens le conrs d'une vie qui se précipite d'elle>mémeï ffe croyez donc pas, chrétiens, qu'on puisse jamais trouver du pouvoir où rëgne la mortalité : Aîvn quoTita polejoia poiest esse mortaUum ? C'est une sage Providence : et ainsi, dit saint Augustin (3), le partage des hommes mortels est d'observer la justice ; la puissance leur sera donnée au séjour d'immortalité: Teneant mortaies Jusiiiiam , poteatia immorUdibus dahitur.

(OMdO.u.M. — (•)/. Ceir.ttt.ii.'-0)S.Aug.uiitupni.

6^9 erH L AMBITIOS.

Aspirons, Mcsâeurs, à celle puissance. Si noas eenlons d'une foi i-ive que nous sommes étranger» sur la lerre, nous no désirerons pas avec ambition de gouverner où nous n'avons qu'un lieu de pa&sage, d'être les maîtres où nous ne devons pas même être citoyens. Songeons en quelle cite' nos noms sont écrits, songeons qui est celui à qui nous demandons tous les jours que son règne advienne. Si c'est celui que nous appelons noire Père , ne prétendons pas être lout-puissans avant que le règne de noire Père soit arrivé; ce seroil un contre-temps trop derabonnable. Ainsi pour aspirer à la puissance , attendons patiemment que son règne advienne ; et contenions-nous, en attendant^ de lui demander que sa volonté soit faite. Si nous faisons sa volonté jM nous laissant diriger par sa justice, ie règiK ar^ rivera où nous participerons k sa poissance.

Je crois que vous voyez maintenant. Messieurs, quelle sorte ^e puissance nous devons désirer durant cette vie : puissance pour r^ler nos mcenrs, pour modérer nos passions, pour nous composer selon Dieu; puissance sur nous-mêmes, puissance contre nous-mêmes, ou plutdt, dît saint Angus* tÎQ ('}, puissance pour nousHoémes contre nousmêmes ; f^elit hoFHO prudens esse , velitjbrtù, velit tempérons ;...at^ue ut hœc veraciter possit , potentiam plani optet, at^ue tippetat ul potens sit ùi se ipso , et miro modo adversiis se ipsum pro se ipso. O puissance peu enviée ! et toutefois c'est la véritable. Car on combat notre puissance en deux sortes^ ou bien en nous empêchant dans l'exécution de nos (<) Ch' t^irà, tôt. ttSg.

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