‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 3)Chapitre 71 sur 76 · SUR LA MÉDISANCE* 67 I · texte numérisé non relu

SUR LA MÉDISANCE* 67 I

» nous maudit et nt)us bénissons ». Si bien que quand nous ne nous serions jamais crus obligés à dire du bien de Tun de nos frères , il faudroit faire cet effort sur nous, lorsqu'une inimitié nous divise; ou du moins n*en dire aucun mal. Car il n'y a jamais tant d'obligation de résister à la passion , que lorsqu'elle est née ; de sorte qu'il n'est rien de plus criminel que de songer à l'entretenir ^ dans le temps qu'il faut travailler à l'étoufFer.

Le Fils de Dieu défend de se coucher sur sa colère, de peur que les images tristes et fâcheuses que l'imagination nous représente dans la solitude pendant la nuit, lorsque nous ne sommes plus divertis par d'autres objets , n'aigrissent notre plaie. Plus donc la passion est forte , plus il faut se roidir contre eUe. Le médisant fait tout au contraire; il s'échauffe en voulant échauffer les autres , il s'anime par ses propres discours, il grave de plus en plus en son cœur l'injure qu'il a reçue; à force de pprler il croit tout-à-fait ce qu'il ne croyoit qu'à demi : ainsi il s'irrite soi-même. D'ailleurs il ferme de plus en plus la porte à toute réconciliation, et il exerce la plus lâche de toutes les vengeances; puisque s'il ne peut se venger autrement , il montre que sa haine est bien furieuse , par le plaisir qu'il prend de déchirer en idée celui qu'il ne peut blesser en effet; et s'il a d'autres moyens de se satisfaire , il fait voir l'extrémité de sa rage en ce qu'il n'épargne pas même celui-ci, et qu* il croit que les effets ne suffisent pas s'il n'y joint même les paroles. C'est ce que j'avois à dire contre celui qui médit par un désir de vengeance.

La véritable médisance consiste en un certain

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nous nous assemblons , nous ne pouvons nous sou& frir : et si les lois de la ciViUtë nous obligent à dis« simuler et feindre quelque concorde apparenté ; qui pourroit lire dans nos cœurs, avec quel dëdain, aVec qud mépris nous nous regardons les uns les autres , il verroit bien que nous ne sommes pas si sociables que nous pensons être ; et que c'est plutôt la crainte et quelque considération étrangère qui nous retient y qu'un véritable et sincère amour de société et de concorde. Qui le fait , sinon l'amourpropre y le désir d'exceller 7 ainsi que dessus. C'est la cause de la médisance et du plaisir que nous y prenons : nous voulons être les seuls excellens, et voir tout le reste au-dessous de nous.

Et pour toucher encore plus expressément kt cause de ce vice si universel ; c'est une secrète haine qui vient de l'envie que nous avons les uns contre les autres y ce n'est pas un noble orgueil. De là ce plaiâr malin de la médisance : il ne faut qu'une médisance pour récréer une bonne compagnie : [ de là ] la moquerie. Nous prenons plaisir de nous comparer aux autres y et nous sommes bien aises d'avoir sujet de croire que nous sommes plus excellens. Voilà la cause de la médisance , l'envie ; cause hon* teuse y et qu'on n'ose pas avouer , mais qui se remarque par la manière d'agir. L'envie est une passion basse , obscure , lâche : il y a un orgueil qu'on appelle noble , qui entreprend les choses ouvertement; l'envie ne va que par des menées secrètes. Ainsi le médisant ; il se cache. L'envie est une passion timide qui a honte d'elle-même, et ne craint rien tant que de parottre. Ainsi le médisant ; il ronge BossuET. xiT. 43

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