XIIL- JOUR
Haine ^ colère, parole injurieuse : quelle en est ta
punition, Mattb. v. ai, aa.
jLpaj» cette belle préparation , après cette belle idée de la justice chrétienne , Jésus -Christ commence à régler ce qu'on doit au prochain y et il nous apprend jusqu'où l'on doit éviter de lui nuire. Saint Jean dit que celui qui hait son frère est un meurtrier (0. Jésus-Christ le répute tel. C'est pourvoi il dit y que ce n'est pas seulement en le tuant qu'on se rend digne d'être puni par le jugement ^ mais encore si on se fâche contre lui : Et , que si on témoigne son indignation par quelque parole de colère ou de mépris, on mérite d'être condamné par le conseil , on est digne d'une plus grande peine ; mais que si on s emporte jusquà l'appeler insensé , on név^itera pas le feu éternel (^).
Il faut ici peser ces trois degrés , se mettre en colère ; témoigner sa colère par quelque parole d'emportement ; dire des injures atroces y et traiter son frère de fou ; et les comparer avec les trois peines ; le jugement , le conseil , le feu.
Le |ugement emportoit la peine capitale y puis* qu'il est attribué , selon les anciens y au meurtre y que la loi punissoit de mort irrémissiblement. Mais Jésus-Christ y pour faire voir combien la justice hu*maine étoit foible en comparaison de la divine qu'il
0) /. Joan, m, i5. — C») Matth, v. ai, aa.
38 MÉDlTATIOirs
venoit déclarer aux hommes ^ met le jugement ^ c est-à-dire, la peine capitale des jugemens humains, pour le plus foible degré , qui est la colère. Il veut donc dire , que la colère contre un frère , est par elle^-méme un péché digne de mort devant Dieu. Et ainsi il pe faut pas. douter qu^on ne commette un péché mortel ^ lorsqu^on demeure volontaii^ment aliéné dé son frère : ce qui arrive lorsqu^on demeure fâché contre lui ; parce qn alors la colère s'est tournée en haine. En cet état , rien n*excuse de péché mortel y que la résistance qu*on apporte à une disposition et impression si mauvaise : car lorsqu'elle domine dans le cœur , la charité s'y éteint.
Le second degré de supplice est le conseil ; ce qui se dit par rapport à la police des Juifs. Au-dessus du jugement où Ton punissoit les crimes particuliers jusqu'à la mort , s'il le falloit ^ il y avoit le sanhédrin ou le conseil suprême de la nation (0, qui étoit d* autant plus sévère qu'on y jugeoit les crimes publics y qui regardoient Tétat du peuple de Dieu dans la religion, et dans le gouvernement, sans aucun appel. Pour exprimer le juste supplice de celui qui s'emporteroit au second degré de colère ; c'est-à-dire , jusqu'à témoigner sa haine par quelque parole de fureur ou de mépris ; Jésus-Christ va de ce degré & ce qu'il y a de plus rigoureux , et de plus inévitable parmi les hommes, qui est la rigueur extrême du souverain conseil de la nation.
Le dernier degré suit après cela; qui est de dire des injures atroces , comme d'appeler son frère fou : et pour cela, il n'y a plus rien parmi les
(0 Joseph, Antiq, Judme. xiv. 17.
hommes, par où l'on puisse exprimer la vengeance qui en sera faite , qu'une vallée auprès de Jérusa^ lem, qu'on réputoit abominable , et qu'on appeloit la vallée des cadavres et des cendres : parce que c'étoit celle où y du temps des idolâtries du peuple de Dieu , les israélites brûloient leurs enfans en l'honneur de' l'infâme idole de Moloch ^ et où on jetoit leurs cendres et leurs .cadavres à demibrûlés.
La tradition enseignoit encore que les cadavres des soldats de Sennachérib y avoient été jetés à tas; de sorte qu'elle fourmilloit de vers qui sortoient de ces cadavres : les marques du feu étoient dans les cendres , et dans les cadavres à demi-brûlés (0. Cette vallée s'appeloit la vallée du (ils d'Ennom , Ben-Ennom (^} : en changeant le B en G , Gehennom , Gehenna , Géhenne. Par où l'on exprima ensuite l'enfer; le feu dont les damnés y sont dé-, vorés, et les vers qui les y rongent, dont le Sauveur dit ; Leur ver ne meurt point , et leur feu ne s^ éteint jamais (5).
C'est donc à cette vallée des cadavres , qu'on appeloit aussi la vallée de la mort, que Jésus-Chrijst compare le supplice affreux de ceux qui traitent Jeurs frères jd'insensés et de fous. Que s'il ordonne ce supplice pour les injures , combien seront tourmentés ceux qui frappent, ceux qui tuent? Le Fils de Dieu n'en parle pas, comme ne voulant pas supposer que cela puisse arriver parmi les siens; et laissant assez entendre combien les actions violentes
(0 Jos, XV. 8. et XVIII. i6, — («) IF^ Reg. xxin. xe. //. Parai. xxviii. 3. --'{^) Marc, ix. 47-
4o MÉDITATIONS
seront punies^ si les paroles le sont avec une si terrible rigueur.
Pesons donc toutes nos paroles j puisqu'elles sont pesées avec une telle rigueur dans le souverain )ugement de Dieu.