‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 9 sur 189 · XIL- JOUR · texte numérisé non relu

XIL- JOUR

Excellence de la justice chrétienne oiJtdesstis de celle des païens et des Juifs. Matth. v. ao, 47-

. Jésus-^Curist , qui jusqu'ici a donné plus en général la forme et les caractères de la vie chrétienne , commence ici les préceptes particuliers : et il donne pour fondement. cette belle règle (0, que Injustice chrétienne doit surpasser celle des plus parfaits d'entre les Juifs et les docteurs de la loi. Prenons doi^c garde, ici à bien entendre la perfection de la loi évangélique, dont nous avons juré l'observation dans notne baptême.

Pour nous y obliger, Jésus-Christ a pris soin de nous élever à la perfection de la justice chrétienne par trois degrés.

Premièrement. lL faut s'élever au-dessus des plus sages.des païens. C'est pour cela qu'il a dit : Les païens ne le font-ils pas {^}\YovâsLnt dire, vous de^

(0 ^fntth Y. ao. — W Matth. r. 4 7.

vez

SUR L*ÉyAnaiLK. 33

rez doue fidre davantage. On vous parle de mëpriser les richesses : les sages païens ne Tont - ils pas fait ? D'être fidèle à vos amis : les païens ne Font-ils pas été ? D'éviter les fraudes et les tromperies : les païens ne les ont-ils pas détestées ? De fiiir Fadultfere : les païens les plus licencieux n*en ont-ils pas eu de rhorreur?

Le second degré est ^ de s'élever au-dessus de la justice de la loi, et de ceux qui connoissent Dieu. Et cela encore par trois degrés, en évitant trois défauts de la justice judaïque. Le premier , c'est qu'elle n'étoit qu'extérieure : F'ous autres pharisiens j vous êtes soigneux de laver l'extérieur du vaisseau : et c'est pourquoi il les appeloit des sépulcres blanchis (0. Voyez la justice de ce pharisien dans saint Luc : Je ne suis pas ^ disoit-ilC^), comme le reste des hommes. Et en quoi excellez-vous donc ? Je jeûne deux fois la semaine : je paye la dtme de tout ce que j'ai de bien. Il ne vante que l'extérieur : et ceux-là lui ressemblent, qui ne s'attachent qu'aux observances extérieures. Dire son bréviaire , aller à Téglise^ assister au sacrifice, à matines, à l'oraison, prendre de l'eau bénite , se mettre à genoux , sans prendre l'esprit de tout cela ; c'est une justice pha« risaïque qui semble avoir quelque exactitude, mais qui s'attire de Jésus-Christ ce juste reproche : Ce peuple m'honore des lèvres ; mais son cœur est loin de moi (^). C'est une fausse justice. Mais que dironsnous de ceux qui n'ont pas même cette justice et cette exactitude extérieure , si ce n'est qu'ils sont pires que les pharisiens et fyàe les Juifs 7

0) MaUh, xxiii. 20, 27.— WXttC. XTUI. 11, la. — (') Matth, Xf. 8, BOSSVET. IX. 3

Le second défaut de la justice judaïque : c^est^ comme dit saint Paul (0 / qu'en ignorant la justice par laquelle Dieu nous fait justes, et cherchant à établir leur propre justice , se croyant justes par eux-mêmes , ils ne se sont point soumis à la justice de Dieu : parce qu ils ont cru faire le bien par euxmêmes ; au lieu de reconnoitre que c*est Dieu qui lV)père en eux.

Saint Paul avoit eu cette justice : mais voyez comment il en parle (2) : Ma conduite étoit sans reproche selon la justice de la loi. Remarquez ces paroles ; sans reproclie : on ne pouvoit ce semble, porter la perfection plus loin ; et cependant il ajoute aussitôt après : Mais ce çui m étoit un gain selon la loi y je l'ai estimé une perte à cause de la connaissance éminente que j'ax^ois de Jésus-Christ, pour qui tout m,* a été une perte j et comme du fumier et de l'or-* dure ; afin de gagner Jésus-Christ, et avfoir en lui, non pas ma propre justice qui vient de la loi, mais la justice qui vient de la foi en Jésus-Christ ; justice qui vient de Dieu par la foi»

Voilà donc le second défaut de la justice judaïque : c'est qu on se croyoit juste par soi-même : ce qui fait que cette justice est impure j et n*est qu*ordure selon saint Paul , parce qu elle n'est qu'orgueil. Etudions-nous donc à l'éviter , en rapportant humblement à Dieu le peu de bien que nous faisons.

Mais le troisième défaut de la justice des Juifs : c'est que les œuvres en étoient fort imparfaites , en comparaison de la perfection où Thomme est élevé par l'Evangile. On y est obligé à une plus grande

(0 Rom. X. 3.— (•) Philip, m. 6, 7 , 8, 9.

8U& L*ÉVAN«tILE. 3S

perfection que ceux qui faisoient bien. Et pourquoi ? A cause de la connaissance éminente qu*on a de Jésus - Christ , disoit saint Paul : et c'est une des réritës que Jésus-Christ renferme dans cette parole : jSi 'VQire justice n'est pluf abondante que celle des docieurs de la loi et des pharisiens , etc. (0.

Voilà donc la justice ^retienne élevée de deux degrés, au-dessus de la justice des sages païens ^ audessus de la justice des Juife. Cest pourquoi et les païens et les Juifs s'élèveront contre nous^ les Ninivites, la reine de Saba, Sodome et Gomorrhe, dont nous aurons surpassé les iniquités ; nous qui devions sdrpasser la justice des plus sages. C'est ainsi qu'il se faut former une grande idée de la justice chrétieane.

Mais voici encore quelque chose de plus excellent : et c^est le troisième degré et la perfection. C'est que la justice chrétienne se doit élever au-dessus d'elle^ même. Non, mes frères , disoit saint Paul (2), je ne crois pas encore ai^oir atteint la justice oit je tends ; ni que je sois parfait : je poursuis ma course , comme un homme qui ne croit pas avoir obtenu ce qu'il souhaite. Ununi autem ; mais tout ce que je fais , tout mon but ^ toute pia pensée : C'est qu'oubliant ce qui est derrière moi : voyez : tout le progrès qu'il a fait ne lui est rien : il ne s'y arrête pas^ il ne s'y repose pas : Je m'étends à ce qui est dcifanU Entendez ce mot , il s'étend : il fait effort : il sort en quelque manière de lui-même : il se disloque lui-même , en quelque sorte , par l'effort qu'il fait pour s'avancer.

CO Mauh. V. ao. — W Philip, m. 13 , i3.

Voilà donc le vrai chrétien ^ le vrai jaste. Il croit n'avoir rien fait : car s'il croit être suffisamment juste y il ne Test point du tout. Il faut donc tou« jours avancer et sortir continuellement de son état. Soyez parfaits comme votre Père céleste (0. Aye»en du moins la volonté : car c'est renoncer à la justice que de se reposer dans celle qu'on a; comme si on étoit assm'é qu'elle fût suffisante ; d'autant plus que si vous n'avancez, vous reculez. Fous regardez en arrière ^ contre le précepte de l'Evàn* gile. Et que décide le Sauveur ? que vous n'éiei pas propre au royaume de Dieu (^).

Voilà pourquoi il disoit y qu'il falloit auoir faim et soif de la justice. S^e n'est pas uif désir ordinaire; c'est un désir comme celui qui nous porte à nous nourrir y et à vivre : désir ardent et invincible , que vous devez sans cesse exciter. En quelque état que vous soyez y vous devez toujours avoir cette fiiim et cette soif : parce que la capacité de votre intérieur est infinie y comme l'est ausisi la justice que vous cherchez.

Sur ce fondement de la perfection de la justice chrétienne , Jésus-Christ bâtit tout l'édifice y c'està-dire , tous les préceptes de son évangile, pour nous élever au-dessus des païens, des Juifs, et de nous-mêmes. Ce qu'il a compris dans cette parole : Sojez parfaits comme votre Père céleste : et ce que son apôtre a exprimé de la manière que nous avons vue.

(0 âîauh. T. 4^. — (•) Luc. XL. 63«

sua L^étÂNGILE. 37

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