‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 116 sur 189 · XCIV.^ JOUR · texte numérisé non relu

XCIV.^ JOUR

J*ai eu faim : J'ai eu soif. Nécessité de V aumône: son mérite et sa récompense» Ibid.

J*Ji eu/aim : j*ai eu soif: foi été nud : j'ai été malade et en prison W, C'est par la même raison qui lui fait dire; Saul, Sauly pourquoi me perse' cutes'tu? et; Je suis Jésus que lu persécutes ('): c'est par la société^ ou plutôt par Tunité qui est entre le chef et les membres ; c*est parce qu*il est le sep , et que nous sommes les branches (3). Mais 3 faut ici remarquer, que les pauvres sont de tous sei membres , ceux dans lesquels il est le plus.

Tous les Pères relèvent ici l'avantage et le mérite de raumône, que Jésus-Christ vante tant, et qu'il vante seule dans le siège de sa majesté, dans son deraier jugement ^ à qui seule il attribue la vie éternelle. Ils démontrent aussi par le même endroit la nécessité de l'aumône ; puisque manquer de la faire est un crime , et le seul crime que le juste juge allègue pour la cause de la damnation. Et la raison en est évidente , en ce que

Premièrement ; si le précepte de la charité est l'abrégé de la loi et des propjiètes , comme il dit lui-même ; il étoit juste de renfermer dans la charité toutes les bonnes œuvres, et dans la privation de la charité toutes les mauvaises.

Secondement, comme dit saint Jean : Celui qm

(>) Mauh, XXV, as, 36. — («) Ad. ix. 4,5. — (3) Joatu xr. i , 5.

9VB. L^ÉVANGILE. SqS

n'aime pas son frère quil voit, comment aimera-t-il Dieu qu'il ne voit pas (0 ? Ainsi la même justice qui Toblige à punir le monde pour le défaut de la charité, l'oblige aussi à marquer le défaut de la charité dans son efiet le plus sensible, qui est la charité envers les frères.

Troisièmement : les deux préceptes de la charité, dans lesquels, comme on vient de dire, consistent la loi et les prophètes, sont renfermés manifestement dans ces paroles : J'ai eu faim : j'ai eu soif: et , Toutes les fois que vous l'avez fait à un de mes frères, vous me l'avez fait à moi-méme W : puisqu'il nous montre par-là que le motif d'exercer la charité envers le prochain, est la charité envers Dieu.

Quatrièmement : tous les péchés sont en quelque sorte renfermés dans le défaut de Faumône ; parce que dans l'aumône étoit renfermé le remède de tous les péchés , conformément à cette parole : Ra-^ cïietez vos péchés par l'aumône (3). Et encore : La charité couvre la multitude des péchés (4). Et encore : Faites l'aumône, et tout sera pur pour vous (5). Ainsi tous les hommes étant pécheurs, et par-là exclus en rigueur du royaume des cieux , ce qui les en exclut en dernier Ijeu, c'est de négliger le l'emède.

Cinquièmement : la vie éternelle nous étant donnée à titre de miséricorde et de grâce , la justice demandoit que cette miséricorde nous fût accordée au prix de la miséricorde ; conformément à cette

O) LJoan. iv. ao. — C») Hatth. xxv. 35, 40'— ' ^') •0«'». ly. a4- — (4) /. Pet IV. «, — ^5) Luc. XI. 4i.

parole : Bienheureux les miséricordieux^ p€utt qu'ils obtiendront la miséricorde (0. Et encore : /ttgement sans miséricorde à celui qui ne fera pas miséricorde (2).

Sixièmement. Gomme les miséricordes de Dieu éclatent au-^dessus de toutes ses œuures (^) y selon ce que dit David : ainsi en est-il des miséricordes de rhomme ; et les œuvres de miséricorde dévoient principalement être célébrées au jugement dernier, comme les plus éclatantes de toutes les autres, ci comme celles qui nous rendent le plus semblaMa à Dieu, conformément à cette parole : Soyez misé* ricordieux, comme votre Père céleste est miséri* cordieux (4). Ce qui répond à cette parole : Sojrei parfaits, comme voire Père céleste est parfait (5) : ainsi que la conférence des deux passages le fera paroitre. Ainsi la perfection oit nous devons tendre principalement, et par-là nous rendre semblables, comme le doivent de vrais enfans, à notre Père céleste, est celle d'exercer la miséricorde.

Pour ces raisons , tout est renfermé dans les oeuvres de miséricorde : et on en pourroit rapporter une infinité d'autres que chacun pourra suppléer.

Il reste donc à s'examiner sur l'obligation de l'aamône ; et sans écouter les vaines excuses dont se flatte notre dureté y considérer sérieusement si nous pouvons appaiser véritablement notre conscience sur un point si décisif de notre éternité.

(0 Mauh. V. 7. — (») Jac, ii. i3. — (3) Ps, cxuv. 9. — (4) Zuc vr. 36. — C5) Matth. V. 48.

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