XCV.* JOUR
^'ai eu faim, foi eu soif, transportés en la personne de Jésus-ChrisU Ibid.
SisiGiTEua Jésus y ma vie et mon espérance ^ je me ts en votre sainte présence , pour voir et consirer dans votre lumière , en foi^ et eu perpétuelle x>nnoissance de vos bontés, conunent vous avez DsporCé en vous nos misères et nos infirmités , iqu'à pouvoir dire : J'ai eu faim : j'ai eu soif: i été nud, prisonnier, malade , en la personne
tous ceux qui ont eu à souffrir des maux semables.
Le fondement de ce transport ! 6 Jésus , c'est Fa- Dor qui voys a porté à prendre notre nature , et à
prendre non point immortelle et saine , comme »U8 Taviez faite dans son origine; car vous êtes le "erbepar qui tout a été fait (0 ; vous êtes celui à qui
Père a dit : faisons l'homme ip) : et vous Tavez fait rçc lui et avec votre St.-Espi)ity qui est avec le Père L avec vous un seul Dieu souverainement parfait, l'est donc vous qui avez fait la nature humaine ; et uand vousTavez prise , vous n'avez pris que votre ropre ouvrage. Mais vous ne l'avez pas prise , enore un coup^ saine, parfaite, immortelle, et selon ame et selon le corps , telle qu elle étoit d'abord ortie de vos mains. Vous l'avez prise telle que le léché, et votre justice vengeresse l'avoient faite,
(») Jaan, i. a. — (*) Gen, i. a6.
îgS MéDiTATioirs
mortelle , infirme , pauvre : parde que vous vouliez porter notre pëché. Vous le vouliez porter sur la croix y victime innocente : vous le vouliez porter durant tout le cours de votre vie^ ^gneatLjfui 6iez les péchés du monde (i); mais qui ne les ôtez qu'en les transportant premièrement sur vous. Mais vons êtes le Saint des saints, oint dune huile excellente au-dessus de tcms ceux qui prennent avec vous et en figure de votre personne , le nom de Christs W : car cette huile dont vous êtes oint et sanctifié , c'étoit la divinité, qui unie à votre sainte ame , et par elle à votre corps virginal , les sanctifioit d*une manière ineffable : en sorte qu'étant le vrai Christ de Dieu , le juste par excellence , et le Saint des saints , comme vous ne pouviez pas transporter sur vous Finiquité et la tache de notre péché , vous en avez seulement transporté sur vous la peine, le juste supplice , c'està-dire, la mortalité avec toutes ses suites. Par-là donc vous êtes devenu sensible à nos maux; Pontife com^ patissant^^) ,mà\ les avez expérimentés : car, comme dit votre apôtre, ilfalloit que vous vous fissiez en tout semblable à vos frères, afin que vous dei^inssiet un pontife miséricordieux et fidèle , pour expier les péchés du monde (4). Car qui doute que vous ne puissiez nous aider dans les choses que vous avez éprouvées, puisque vous ne les avez éprouvées, que parce qu il vous a plu , et parce que vous vouliez eu les souffrant, faire nattre en vous la compassion secourable que vous avez pour ceux qui ont aussi à les souffrir (5).
(0 Joaru I. dQ. -^ («) Fs. XLIT. 9. — (>) H^. T. t/ a.-i« W iHà. u. 17. — ^^ Ibid, iS.
SUR L ÉVANGILE. SqQ
Soyez donc loué à jamais , ô grand Pontife! qni avez pitié de nos maux : non pas comme les heureux ont pitié des malheureux ; mais comme les malheureux ont pitié les uns des autres , par le sentiment de leur commune inisère : non que vous vous soyes îamais tenu pour malheureux parmi les maux que vous avez soufferts, vous qui n'avez souffert ni la douleur ni la mort, que parce que vous le vouliez; à qui aussi personne n'a ôté son ame y mais qui Taves donnée de vous-même : mais parce qu'il vous a plu de vous mettre au rang de ceux que le monde appelle malheureux ; qu'on vous a vu comme un lépreux : comme un homme chargé de plaies, que Dieu a frappé et humilié ^ en un mot, comme un homme de douleurs , et qui savoit par expérience ce que c'est que l* infirmité et lafoiblesse (0. En sorte qu'^ayant passé par toutes les misères de noti*e nature pécheresse , et ayant tout éprousfé, excepté le péché, 'VOUS ressentez tous nos maux, et vous y compatissez (^)^ comme à des maux qui vous ont ëté communs avec nous. Et quoique vous n'ayez point été malade de ces maladies particulières, dont nous sommes si souvent exercés : vous avez porté la faim, la soif, la lassitude, la défaillance, qui sont les maladies communes de notre nature. Vous avez porté la frayeur, la crainte, l'ennui, la détresse , jusqu'à l'agonie; qui sont d'autres maladies des plus terribles. Vous avez porté des plaies, qui ont comme mis en pièces votre saint èorps , et vous ont fait dire par la bouche de votre prophète-, que vous n'aviez plus de figure humaine (^) , et que vous étiez un ver
C«) /#. LUI. 2,3, 4- -^ C') Heb. ly. i5. — (3) Is. un. a.
4oO MÉDITATIONS
et non un homme (0. Ce qui a fa^t dire encore à vfi autre de vos prophètes : Nous nous sommes appro* chés de lui, nous l'auons regardé de près , et nous ne l'aidons pas connu : il nous a paru le dernier des hommes, et un homme abîmé dans la douleur (>). Vous avez donc ressenti les plus grandes , les plus terribles et les plus douloureuses infirmitës du genre humain malade : et si vous n*avez pas eu la fièvre ^ et les maladies de cette nature ^ qui pouvoient ne convenir pas à la perfection de votre tempérament, parce qu'elles viennent d*un dérèglement des humeurs, que peut-être vous n'avez pas voulu sonffiir en vous ; vous les avez toutes éprouvées dans la mortalité qui en est la source. Cest pourquoi par cette même sensibilité , qui vous a fait compatir à nos autres maux , vous avez aussi compati à nos maladies; et vous n*avez jamais guéri les malades ^ oa ressuscité les morts, ou considéré nos maux, que cette tendre compassion de votre cœur attendri ne vous ait ému. Ainsi vous pleurâtes avant que de ressusciter le Lazare. Ainsi vous multipliâtes les pains, touché de compassion du peuple épuisé de travail (3). Dans une occasion semblable, vous dites encore : J^ai pitié d'une si grande multitude d'hommes : et Je ne veux pas les renvojer sans manger, de peur que les forces ne leur manquent W, Ces aveugles, qui connoissent combien vous êtes sensible à nos maux, vous disoient à cris redoublés : Jljrez pitié de nous, Sei-^ gneur. Fils de Dasfid. Vous écoutâtes leur voix : touché de compassion vous mîtes votre main misé-'
(0 P$, XXI. 7. ^ (>} Is, un. a , 3. — (3) Matth. ix. 36. — (4) ihid. XY. 3a.
ricordieusQ
sua L^ÉYAKOILE. 4^1
icordieuse sur leurs yeux privés de la lumière^ et 5 reçurent la vue (0. Lorsque vou$ vîtes ce sourd ; ce muet , vous commençâtes par gémir en levant s yeux au ciel W. Vous pleurâtes sur les malheurs rochains de Jérusalem (3). Ce sentiment de compas^ on vous suit toujours ^ quoiqu'il ne soit pas toujours cprimé. Cest ce cœur tendre et compatissant ^ ce sur ému de pitié qui soUicitoit votre bras toutlissant en faveur de ceuxdont vous voyez les souf* ances. Ainsi cette compassion fut la source de vos iracles. Ce qui a fait dire à votre évangéliste, que rsque \ous guérissiez tous les possédés, et tous ceux U se trouv^oient nutl, cela se fcUsoit pour accomplir tte prédiction du prophète : Il a pris nos infirmités, il a porté nos maladies (4). Vous les portiez véri-* blement par la compassion^ et vous soulagiez votre eur en les guérissant.
0 mon Sauveur! vous avez porté ces sentimens ins le ciel : et quoique vous n'y ayez pu porter s larmes, ces gémissemens, ces émotions de vos trailleSy ces souilrances intérieures, que vous res* citiez à la vue de tant de maux dont notre nature t accablée, vous y en avez porté le souvenir, qui os rend tendre, miséricordieux, compatissant vers tous vos membres, et envers tous ceux qui iiilrent sur la terre. Car vcAis êtes ce chaiitable jnaritain (^), qui avez pitié de tous les blessés, de lelque nation quils soient, plus que les prêtres et
1 lévites de la loi. Je ressens donc, mon Sauveur^
■) Bfatth. XX. 3o> etteq. •*- (*) Marc ix. 24* ^ ('^ ^**c, xix. 4l. C4) Mauh. vin. 16, 17. /*. M". 4* — ^^^ ^«*c- »• 33. BOSSUET* IX. 216
4oa MÉDITATIONS
la vérité dé cette parole : J'ai eu faim ; fai en soij) /ai été infirma g dans tous ceux que fouis ces maux ënt affligés. Ote^-moi , ô mon Sauvéïlr ! ce cœur de |>ierre. Que je âois compatissant comme vous : que je puisse dire avec votre apdtre : Qui eit infirme^ sans que je le sois? Qui est troublé et scandalisé , sans qu'un Jeu intérieur rtiè cofisuniè (0 ? Que je me réjotàsse , selon scm préccf)tè , auec ceux qui se réfouissent, ce qui est facile et agréable à la nature : iaai^ que Jà pleure sincèrement auec cèitx qui pieui^ntW. Que je puiâse dire avec vous : J'ai faim, foi sbif je iuis étranger, sans logement ; je' suis prisonnier, je suis malade en cent et avec tous ceux qui le sont. Que ma compassion né soit pas vaine, et qu'elle me porte au secours : que je les soulage èfliôacement cotnme cherchait moi-même à me soulager. Mais que je porte ma vue plus loin : que Je médite sans cesse que votis avet transporté en vous leurs infirmités ; que vous souffres en eux tons : fcnfin que vous aVei dit, et que vous rtfprftefrez en Votre dernier jugement : Toutes lès fois que i>ous nvet donné ce secours à un dé mes frétés , et encore des plus petits, afin que vau4 4ie méprisiez aucune soTte de petitesse ; *vùiis me Vauez donhé à moi-m^mé (^). A Vdtii Id gloire, à Votls la louange , à vous Tâctron dé grâces de tou^ cetik qui souflrent^ c'est-à-dire, de tôtfs les htfihméS, pdùf la bonli que volis avez eue de vous approprier et d*adapter leurs souffratices , et de les recortftïfahder à tous vos enfans , par un précepte qui est le seul dont vous
('} //. CV. XI. ac). — (») Rom,\\u i5. -^ (î) Àtau/i. xxt. 4o.
. SUE l'éyan&ils. 4o3
parliez stir votre trône ^ à la faee du ciel et dé la terre , en présence des hommes el des anges. Amen : amen.