‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 123 sur 189 · CL- JOUR · texte numérisé non relu

CL- JOUR

Jérémie dans le cachot ténébreux.

Apues que le saint prophète eut été mis en liberté , il alloit dans la terre de Benjamin pour quelques affaires, comme Dieu le lui avoit ordonné : et comme il avoit prophétisé, qu'il n*y avoit de salut que de se rendre au roi de Babylone qui assiégeoit Jérusalem ; on le soupçonna de s'y aller rendre lui-même , et il répondit : // nest pas vrai : je ne vais pas me Iwrer aux Chaldéens : car il falloit que cela se fit par autorité publique , et que le roi lui-même en donnât l'ordre. On ne voulut pas croire le saint prophète ; et les princes, après l'avoir fait battre de verges, le je-

(0 Jerem, xxxyi. a, 4» ^) ^> ^> ^^> ^i? ^3, aS, 3a. BOSSUET. IX. 2n

4l3 irÉDITA.TI.OHS

tèrent dans le cachot (0 noir et profond , dont le fond étoit de la boue. Jérémie y fat descendu avec des cordes , et on l'y laissa long -temps, afin qu'il y mourût : car il n'y avoit plus de pain dans la ville : et on le laissoit mourir de faim ; et les princes dirent au roi : Nous vous prions que cet homme meure : car il abat le courage de ce ifui reste dans cette miUe de gens courageux, en disant qui! foui se rendre (^). Le voilà donc accuse de*crime d'état par les seigneurs : et le roi acquiesça à leur sentiment ; mais Dieu lui changea le cœur, et trente hommes tirèrent Jërémie du lac de boue par son ordre.

Lorsque le prophète fut jeté dans le cachot ténébreux , il fit cette lamentation : Je vois maintenant toute ma misère , et je sens la verge de la colère de Dieu dont il me frappe. FI m'a éloigné de la lu-

mïère: il nia jeté dans les ténèbres Ma peau

s'est desséchée : ma chair est sans suc ; mes os sont rompus. Un épais bdtiment me serre. Je suis enyirormé de fiel et de trai^ail. Il m'a mis dans les ténèhreSj comme les morts qui ne sortiront jamais de leur cercueil. Je suis resserré de tous côtés.... mes

entraves sont appesanties Je suis enfermé dans

un cachot de pierres taillées , et il n'y a point de sortie.... On ne me donne que du pain rempli de pierre. Je ne suis nourri que de cendre et de poussière.... Jc^uis enfoncé dans le lac , et on a mis sur moi une pierre : les eaux d'un lieu si humide sont tombées sur moi; j'ai dit : Je suis perdu (3).

V)Jerem. xxzvii. 4f n» i^i i3, i4> i5. — 0) Ibid, zxxtiil 4» 5| Q, 9, 10. — ^3) Zamenl. III. i, a, 4» ^>^> 7i 9» ^^» ^^f ^4-

SUE l'évascilc. 4*9

en/ JOUR.

Jérémiê figure de Jésus^Christ pat sa patience.

Telles furent les souflTrances de Jërémie, pour avoir dit la vérité : c'est ainsi qu il porta les traits de celles du Sauveur ^ qui, cooune lui, fut accusé d'être un séducteur , et de soulever le peuple contré [empereur,. et contre Tempire : en sorte qu il falloit le {>erdre comme un séditieux , et comme ennemi du prince. Jérémie eut part à cet opprobre du Sau<^ veur. Mais il en est encore plus la digne figure par sa douceur et sa patience, que par les cruautés qu'on exerça sur lui injustement. Lorsque les sacrificateurs et les prophètes , et le peuple le vouloient traîner à la mortp et crioient avec fureur, qu il le falloit faire mourir, il dit aux princes et au peuple, qui lalloient Juger : Le Seigneur ma envoyé pour prophétiser toutes les choses que j'ai prédites à ce temple et à cette viile. Maintenant donc corrigez-^ous , et cluin^ gez vos mauvaises inclinations , et écoulez la voix du Seigneur votre Dieu ; etpeul-^tre que le Seigneur se repentira du mal quil a prononcé contre vous. Pour moi je suis entre vos mains ,- faites de moi ce miil vous plaira ; mais sachez et apprenez , que si ^vous me faites mourir , vous livrerez un sang innocent contre vous-même ^ et contre cette ville et ses habitans ; car en vérité, le Seigneur m'a envoyé h vous^ afin défaire entendre toutes ces paroles à ^os oreilles (0. Dieu permit qu'il les appaisât par

{*) Jerem. nxYi. n, la, i3, i4ji i5«

des paroles si douces. On y voit une disposition admirable , puisque par lui-même prêt à mourir comme à vivre , il ne craint dans sa mort que les châtimens qu'elle attirera sur tout le peuple : et il dit à Sédëcias dans ce même esprit: Que vous ai- je fait? Et qu ai' je fait à vos serviteurs, et à tout le peuple, que vous m^avez jeté daAs le cachot? Ou sont vos prophètes qui vous disoient, que le roi de Babjrlone ne viendroit point ? Le voilà à vo$ portes : et je n*ai fait que vous annoncer ce que Dieu avoit r&olo* Ne me renvfoyez donc point dans ce lac , de peur que je ny meure (0: où il faiit suppléer ce qu*il avoit dit ailleurs : et que Dieu rie vous' redemande un sang innocent (^). Car pour lui la mort ne le touchoit pas y et surtout après la perte de sa patrie ; puisqu'il disoit : Ne plaignez point le mort^ et ne verset point de larmes sur lui; mais pleurez celui qui sort de son pays , parce quil ne retournera plus, et ne verra jamais sa terre natale (3).

Un prophète nommé Hananias préchoit tout le contraire de ce que prêehoit Jérémie, et ne donnoit que deux ans au peuple; après lesquels on rapportcroit à Jérusalem tous les vaisseaux qui avoient été enlevés du temple : et Jérémie entendant ces belles promesses y sans contredire davantage le faux pro* phète , lui dit déviant tous les prêtres et dei^ant le peuple : Ainsi soit-il Hananias ! Que le Seigneur Jasse comme vous dites : puissent vos paroles être accomplies plutôt que les miennes : et que nous voyions rey^enir les vaisseaux sacrés et tous nos frères

(0 Jerem. xxxvii. 17, 18. — (») lUà. xxyi. i5. — (3) IhuL XXII. 10.

sua L^ÉTÀNOTLS. 4^^

^itt ont été transportés à Babylone. Mais écoutez ces paroles çue Je vous annonce y et à tout le peuple : I^s prophètes ^i ont été avant vous et avant moi, n'ont été reconnus pour tels, que quand leur prédiction a été accomplie : et ators on a vu qui étoit celai que le Seigneur avoit envoyé en vérité. Et en même temps Hananias ôta du col de Jérémie la chaîne de bois que ce prophète y avoit mise par ordre de Diea, en figure de la captivité future de plusieurs peuples : et Hananias la mit en pièces , et il dit: Ainsi Dieu brisera dans deux ans le joug que Nabuchodonosor , roi de Babjlone, a imposé à tous les pétales : et Jérémie, sans rien répliquer, se retiroit tranquillement ; mais la parole du Seigneur lui fut adressée , et il lui fui dit: Vas , et tu diras à Hananias.... Ecoute, Hananias : le Seigneur ne t'a pas^ envoyé : et tu as donné à ce peuple une confiance trompeuse. Pour cela , voici ce que dit le Seigneur : Je ioterai de dessus la terre : tu mourras dans tan , parce que tu as parlé contre le Seigneur. Et le prophète Hananias mourut dans Tan au sep^ ticme mois (0. Ainsi Jérémie toujours patient, et par lui-même prêt à céder à tous ceux qui parloient au nom du Seigneur , ne disoit des choses fortes ^ que lorsque le Seigneur le faisoit parler, et se montroit tout ensemble, le plus doux et le plus ferme de tous les hommes de son temps, en figure de Jésus-Christ qui disoit , lorsqu'on lui donnoit un souf-flet : Si j'ai mal dit, convainquez-moi: si j'ai bien dit, pouréfèoi me frappez-vous (^)? Et ailleurs : Je ne suis point un possédé y mais je glorifie mon

(0 Jatm, xxviii. i , et 9tq^ — C*) Joan, xvm. a3.

i|.3a MÉDITÀTIOKS

Père (0; et encore : F'aus eherehes k me Uœr, mai tfui "VOUS ai dit la mérité : Airaham dotU wtm vous vantez if être les enfùms^ n* a pas f ail éèinsi (2). Cest ainsi que, sans armer sa justice^ il leur n^ prochoit leurs sanguinaires desseins : et eneoie q«^ eût en main la vengeance deleur incrédoliAéy pei^ 9onne n'a été frappé de mort , eomme le fut Ha» panias pour avoir contredit Jérémie. Il ii*a eo que de la douceur poui* aes ennemis ; et fiour épargnor les Ivjmnie^y il n'a montré la puissance qui lui étoil donnée pour punir , que sur çeit arbre qui fut des*. séché à sa voix; car il ûdloit que sa bonté éclatât au-dessus de celle de Jérémie ; et nul homme ne de* voit périr à ses yeux, ni à sa parole^

11 est vrai qu'il apprend aux Juila aipeo indignation le châtiment inévitable de leur infidélité. Et vous^ disoit-il (3), o/ccomptissez la mesure de w>i pères : Serpf'nSy engeance de vipères y comment éviterez-^ous la damnation de la gêne , c^est-M^-^re ^ t enfer? Mais tout cela qu'était-ce autre chose, que leur prédire leurs malheurs, afin qu'ils les évitassent? Je vous ern^oie , disoit-il, des prophètes, et des sages , et des docteurs : vous en tuerez et cruci* fierez guelquesruus ; vous en Jlagelierex d'oÊstres, et vous les poursuivrez de ville, en ville , o/Ss que tout le sang innocent tombe sur vous , depuis le sang d*Abel le juste, jusqu'au sang de Zacharie,JHs de Barachie , que vous as/ez fait ntourir entre le temple et F autel (4). N'étoit-ce pas leur faire voir leur perte future ; et cependant autant qiftl pouvoit,

(M Joan. VIII. 49. — ,») /&W. 4o. — W M^Oth. x^uii. 3a ^ M. -< (4) Ilnd. 34 , 35.

SUR L^ÉVAHGILE. 4^3

épargner leur sang ? Ce qui fait même qu^en leur découvrant la tempête qui les menaçoit, il leur montre le sûr asile qu'ils pouvoient trouver soua, ses ailes. Jérusalem , Jérusalem ^ qui fais mourir les propbkte^, et qui lapides ceux qui te soia envoyés, ccn^ieu de Jais airje voulu rassembler tes enfant ' sous mes ailes , comme la poule renferme son nid sous les siennes: et tu uas pas voulu (0. N'impute donc tes malheurs- qu'à toi-même : et si tu veux lea éviter y reviens à moL U est encore temps ^ et je suis prêt à te recevoir.

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