CIIL- JOUR
Patience de Jérémie dans le cachot.
Mais Fendroit où Jérémie fit le mieux paroitre Timage de la douceur et de la patience , qui devoit reluire dans la passion du Sauveur , fut celui où on le mit dans le cachot. Car alors sans murm^rer, sans se plaindi^, au milieu de tant de douleurs, et de tant d'angoisses, il parla en cette sorte : Mon ame a dit : Le Seigneur est mon partage : /attendrai ses miséricordes j sans lesquelles nous serions déjà tous consumés» Le Seigneur est ion à celui qui espère en lui, et à Vame qui le cherche : il est bon d'attendre en silence le salut que Dieu env^oie. Loin de se plaindre de la longue suite des maux qu'il avoit eu à souffrir : // est bon à l'homme j disoit-il , de
(>) MaUh. zxiii. S7.
porter le joug , et d'être exerce par les souffrances dès sa jeunesse. Le solitaire s'assejrera et demeurera dans le silence : il ne s'agitera pas et ne criera pas dans ses douleurs y parce qu'il lèvera ce )OUg salutaire et le mettra sur lui-même. Quelque rebuté qu'il se sente par hn Dieu qui semble le frapper sans miséricorde , il baisera la terre et mettant sa touche dans la poussière, il attendra humblement, s'il y a encore quelque chose à espérer. Loin de s^irriter contre ses persécuteurs , il donnera sa joue à qui k voudra frapper, et se rassasiera d'opprobres (0. C'est ainsi que ce solitaire, cet homme accoutumé à se retirer sous les yeux de Dieu , et à répandre son cœur devant lui , porte en patience les injustes per* sécutions que lui fait son peuple, et ne se laisse aigrir par aucune injure.
Loin de s'arrêter à la main des hommes, qui, à ne regarder que l'extérieur, semble seule le frapper ; il lève les yeux au ciel : Et, dit-il, qui est celui qui osera dire, que les maux puissent arriver autrement que par l'ordre du Seigneur ? Et qui dira. Le bien et le mal ne sortent point de la bouche du Très-haut? Ou pourquoi t homme murmurera- 1il de ce qui lui est imposé pour ses péchés ? Recherchons nos i.foies dans le fond de nos consciences , et cherchons le Seigneur , et rçtournons à lui. Levons nos cœurs et nos mains au ciel vers le Seigneur , et disons-lui : JVous avons péché, et nous avons irrité votre colère; c'est pour cela que vous êtes inexorable. Fous nous avez couverts de votre fureur :
{') Lament, nu 2a y a4, a5, a6, 27, 28, 29, 3o.
VOUS nous ai^ez frappés sans miséricorde : et vous auez mis un nuage entre vous et nous, pour empêcher notre prière de passer just/u à vous (0.
Cest ainsi que ce saint prêtre , à la manière des igacrificateurs infirmes , qui sont eux-mêmes revêtus de foiblesse, prioit pousses péchës et pour ceux du peuple : laissant au vrai sacrificateur, selon Tordre de Melchisédech , la gloire de ne prier , et ne gémir que pour les autres. £t pour imiter le gémisse^ ment qu'il a fait pour nous à la croix avec un grand cri, et beaucoup dé larmes W ; ce saint prophète dans ce lac affreux , dans ce cachot plein de boue y où le jour n entra jamais : sous cette pierre qui le couvroit par en-haut , et au milieu de ces tristes et impénétrables murailles, où il a voit à peine la liberté de respirer : dans la faim qui le pressoit , prêt à rendre les derniers soupii^ , déploroit les ea^ lamités de son peuple plus que les siennes (^). Hélas f disoit-il y mes tristes prophéties nous sont deçe^ nues un lacet et un rai^agc inévitable : mon œil a ouvert des canaux sur mon visage , à cause de la ruine de la fille de mon peuple. Mes jeux affligés nont cessé de pleurer, et nont eu de repos ni nuit ni jour, jusquà ce qu'il plaise à Dieu de nous regar^ der en pitié du plus haut des deux. Mes regards ont livré mon ame en proie à la douleur, pendant que faivu périr toutes les villes sujettes à Jérusalem (4).
Cest ainsi qu'il pleuroit les maux de ce peuple ingrat ; de ce peuple qui avoit tant de fois machiné sa mort , et qui Tavoit enfoncé dans le cachot , dans
(0 Larnent. m. 37 , 44- — ^*^ ^^^* v- 7. — ^^) LamçnL m. 6, 7, ef seqq» — \!^) lùiJ. 47 > 5**
4ia6 méditations
le dessein de le faire mourir. Ainsi au miliett de sa passion , Jésus traîné au calvaire par le même peuple y et portant sa croix , se retourna vers celles qui pleuroient ses douleurs, et leur dit : Filles dejéntr sulem^ ne pleurez pas sur moi, mais sur tHHu, et sur ofos en/ans (0. Lui-même en regardant la ville oii il devoit être crucifié dans peu de |oiirs , pknra sur elle , en disant : If a ! si tu saifois, ville ingrate et l^ialheureuse , ee ijui te pùusHiit donner la paix : mais ton malheur est caché à tes yeux. : *viendroKft les jours, et ils sont proches, ^ue tu seras rmnèe 4e fond en comble, parce que tu n'as pas connu le jour okje te venois visite^' (^). Et enfin : Jérusalem, Jérusalem, qui fais mourir les prophètes, combien de fois ai-je voulu rassembler tes emfans, comme une poule rassemble ses petits (3) 7 Et le reste que nous venons de réciteiv
C'est ainsi que Jésus pleuroit Jéncsalem : et il n*a point de plus parfaite figure de ses douleurs, que celles de Jérémie, et ces tristes lamentations, où il a si amèrement déploré la mine de sa patrie, et pendant qu'il la prédisoit , et après qu'il l'eut vue accomplir, qu'encore aujourd'hui on ne peut refuser des larmes à des chants si lugubres.
Pleurons à cet ei^emple sur nous-mêmes : pleurons la perte de notre ame ; et tâchons de la répa* rer, en la déplorant.
(') Lut, xxiii. 28. — C») lèid, XIX. 4 1 , 44- ~~ ^') itfaUh. uni. 37.
6U& L^ÉTANGILS. 4^^
€IV.* JOUR
trémie priant avee larmes^ pour son peuple fui touirage , Jigure de Jésus^ Christ.
Ces larfnes <|e Jévémie étoient une continuelle tercession pour son peuple. Que mes yeux deerment une fontaine de larmes, et ne cessent ni ur ni nuit de verser des pleurs : parce que la fille ? hion peuple est affligée dune tr^S'-maui^aiseplaiem i je vas aux champs , je ne trouve que d(*s gens issés au fil de l'épee ; et si je rentre dans la ville, ' nj vois que des visages pdles et exténués par i faim. Est-ce donc, 6 Seigneur, que vous avez fjeté Juda? ou que vous avez Sion en. abominâton? Pourquoi dofw les avez -vous frappés, en \rte qu il ri y reste rien de sain ? Nous avons attendu i paix , et il ri y a aucun bien à espérer ; nous avons '^ que le temps de notre guérison alhit venir, et ' ne nous a paru que trouble. Seigneur, nous avons innu nos impiétés , et les iniquités de nos pères : Qus avons péché contre vous. Toutefi>is ne nous^ àites pas l'opprobre des nations , à cause de votre lint nom : ^t ne renversez pas le trône de votre toire (0.... «Si nos iniquités nous répondent ,, et opposent à la miséricorde que nous vous demanons ; faites -la- nous néanmoins , non point pour amour de nous , et à cause de nos mérites, mais
cause de votre saint nom qui a çté invoqué sur
i*)Jereni. xiv. 17, 21.
428 MÉDITÀTIOIVS
nous. Car souyenez-^ous de V alliance que vous avez contractée avec nous ^ et ne la rendez pas inutile. Hélas ! 6 Seigneur , trouverons-nous un Dieu semblable à vous parmi les peuples où vous nous dispersez? Quelqu'une de leurs idoles lïous donnera- . t-elle la pluie ; ou cette eau bienfaisante tomberai" elle du ciel toute seule , et sans votre ordre ? PTêtesvous pas le Seigneur notre Dieu ^ dont nous avons attendu les miséricordes ? Cest vous qui avez fait toutes ces choses (0.
C'est ainsi que Jérëmie prioit nuit et jour avec larmes et géniissemens^ pour un peuple qui ne cessoit de Toutrager y et de le poursuivre à mort ; en figure de Jésus-Christ notre grand pontife , qui dans les jours de sa chair, de sesfoiblesses, de ses souffrances, de sa vie mortelle , offrant des prières et des supplications à son Pèrcj fut exaucé selon que le méritoit son respecta : et qui enfin à la croix , où ce même peuple Favoit attache , crioit à son Père : Mon Père, pardonnez - leur ^ car ils ne savent ce qu'ils font (3).
Dieu lui apprenoit à accomplir le précepte , que Jésus-Christ devoit un jour publier : Priez pour ceux qui vous persécutent (4). Car il disoit : Rend-on ainsi le mal pour le bien ; puisquils ni ont creusé une fosse pour m y enterrer , moi qui étois sans cesse occupé
du soin de leur bien faire ? Souvenez - vous , 6 Sei-
gneur! que f étois toujours devant vous, pour vous demander du bien pour eux, et détourner d'eux votre colère (5) ? A la vérité, ce discours de Jérémie
(0 Jet-em. xiv. 7 , ai , ad fin. — C«) Heb. v. 7. — i^C') Luc, xxiil 34* — C4) Maltii. y, 44' — C^^ Jerem. xvin. ao. ^
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semble être suivi de terribles imprécations contre ce peuple ; mais on sait que ^ selon le style des prophètes, cela même sous la figure d'imprécation , n'est qu'une manière de prédire les malheurs futurs de ces ingrats. Et c'est pourquoi nous voyons le même prophète , quand il eut vu tomber sur eux les maux qu'il leur avoit prédits; loin d'en ressentir de la joie , comme il .auroit fait, s'il leur avoit sou* hoité du mal , fond en larmes à la vue de leur désastre > et finit ses lamentations par cette prière. Souuenez-^ous^ Seigneur ! deee ^i nous est arrii^é : ngardez-nous :.vojreM notre honte.,. Pourquoi nous ùubliez'vous à jamais? Vos délaissemens dureronU ils encore long^temps ? Convertissez r nous à vous, et nous serons convertis m et vous nous pardonnerez : rendez-nous les jours où nous étions si heureux : retailissez^nous en F état oii nous étions au comment cemenL Mais vous nous ai^ez rejetés., et la colère que vous avez contre nous est extrême (0.