‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 128 sur 189 · CVIII.' JOUR · texte numérisé non relu

CVIII.' JOUR

Regrets de Jérémie de n'être au monde que pour

imnoncer des malheurs.

ITif des effets les plus remarquables de la douceur et de la bonté de Jérémie , c'est le regret qu il avoit de n avoir à annoncer que des malheurs à ses citoyens et à ses frères. Ma mère ^ disoit-il , malheur à moi : pourquoi m'auez-njous enfanté j homme de querelles que je suis j homme de discorde par toute la terre ? Je suis séparé de tout commerce : Je ne prête à personne, et personne ne me prèle : ils me chargent tous de malédiction i^) : et encore avec le transport d'un cœur outré : Maudit soit le jour ou je suis né..,. Maudit l^ homme qui a annoncé à mon Père, Il vous est né un fis j et qui lui a donné cette Joie trompeuse.... Que ne m' a-t-il plutôt donné la mort dans le sein de ma mère^ en sorte quelle me fût un sépulcre , ou que ne demeurât elle

(0 Ps. XLViii. 8, 9, 10. — W Jerem. xv. lo.

appliquer. Par un transport de cette uature, Jërémie y qui se voit contraint à n'être premièrement qu'un prophète de malheurs à tout son peuple , c'est-à-dire au seul objet de son amour et de sa tendresse sur la terre , et ce qui lui paroissoit encore cl*une plus insupportable rigueur ^ à ne faire pi» autre chose y en second lieu , qu'en accroître en quelque façon l'iniquitë et le supplice ; ne veut plus ifivre en cet état : il voudroit n^avoir jamais été ^ et ne trouve point d'expression assez forte pour expliquer ce désir. Un troisième objet se présente à loi : la prophétie méprisée , la parole de Dieu en dérision y ses prophètes décriés , son nom blasphémé ^ et sa justice el^posée au mépris des hommes , à cause de sa bonté dont ils abusent. C'est le comble de la douleur : et après avoir voulu efiacer du nombre des jours y celui de sa nativité; puisqu'il ne peut point s'empêcher d'avoir l'être ^ il fait un effort secret y pour ne plus écouter la prophétie qui se présente à lui avec une force qu'il ne peut éluder. Il ne faut donc plus s'étonner, si ses agitations sont si violentes. C'est Dieu de tous côtés qui le presse^ qui lui donne y pour ainsi parler, des forces contre lui-même ; et à la fin le réduit , après des tourmens inexplicables y à continuer ses funestes et fatales prédictions.

Il ne convient pas au Sauveur d'être agité de cette sorte : car son ame est tellement dilatée, et d'une capacité si étendue , que toutes les impressions divines y exercent y pour ainsi dire , au large et tranquillement leur eOScace. Mais néanmoins il a dit : Si Je n'étois pas venuj et que je ne leur eusse point

parié; si je fiai^ois pas fait ^n leur présence des •miracles j qu'aucun autre ri avoit jamais faits, ils iseroient sans péché : mais maintenant ils n'ont plus d'excuse ; et ils haïssent gratuitement et moi et mon Père (0 5 ainsi que ^ David Tavoit prédit (2). Cqst donc lui qui leur . ôte toute excuse : sa parole les jugera y et les condamnera au dernier jour. Lui qui "venoit ôter le péché du monde , a donné lieu au plus grand de tous les péchés , qui est celui de mépriser et de poursuivre jusqu'à la mort de la .'<u-oix , la vérité qui leur apparoissoit en sa per- .sonne. Les blasphèmes se sont multipliés, et on lui a insulté jusque sur sa croix et dans son agonie. Sa passion , sa mort , son sang répandu y sont la matière de ringratitude.de ses disciples, et leur tourne à .fiAort et à péché. Les crimes s'augmentent par les grâces : c'est la grande douleur du Sauveur; c'est le calice qu'il voudroit pouvoir détourner de lui; -c'est ce qui lui perce le cœur; c'est enfin ce qui .l'abat devant son Père ; ce qui lui fait suer du sang, ce qui est le véritable sujet de cette profonde • tçistesse, qui pénètre son ame sainte jusqu'à la mort, et enfin de son agonie.

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