‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 130 sur 189 · CXI.* JOUR · texte numérisé non relu

CXI.* JOUR

Prédication de Jonas à Niniue.

Pour achever l'histoire de Jonas , puisque celle de notre Sauveur nous y a conduits ; aussitôt que la baleine l'eut rejeté sur le rivage, le voilà de nouveau

\')Ps.\v. 8. y^ct. Ji. i5. — («) Jon. II. 5.

repris

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repris par Tesprit de la prophétie : et le Seigneur lui ordonne d'aller prêcher à Ninive, qu'elle périroit dans quarante jours (0. Dieu ne voulut point que lonas y mit la condition*: Si elle ne faisoit pénitence. Cette ville la fit toutefois dans le sac et dans la cendre : et Dieu voulut faire voir, qu'il étoit toujours prêt par sa bonté , à rétracter sa sentence , sans même l'avoir promis. Ecoutons sur ce sujet la parole de Jésus-Christ : Les gens de Nirdve s'éleiferont contre cette race dans le jugement , et la condam^ neront : parce quils ont fait pénitence à la prédi^ eaiiôn de Jonas : et celui-ci est plus que Jonas (^). Faisons donc pénitence y puisque Jésus même nous y exhorte par son Evangile y par les pressantes et continuelles impulsions de son Saint-Esprit : et n'attendons pas que les Ninivites s'élèvent contre nous au dernier jour ; car la conviction seroit trop forte y la confusion trop inévitable.

Jonas ne résista point à cette fois (3) : la main de Dieu le serroit de trop près : mais après la miséricorde que Dieu eut exercée envers Ninive , le prophète fut affligé d'une affliction extrême ; et transporté de colère y il pria le Seigneur , et il lui dit : Je vous prie. Seigneur , n est- ce pas là ce que je disais, pendant que j' étais encare en man pays : que vous étiez ban et indulgent jusqu'à l'infini (4) : qu'ainsi vous pardonneriez à Ninive \ que les paroles de vos prophètes seroient méprisées ; et que sans se soucier de vos menaces ni rompre le cours de leurs crimes, les peuples s'attendroient toujours à vous fléchir par

(0 Jon. m. ï, 5. - W Matih, xii. 4i. — {^) Jon. m. ?. — (4) Ibu!.

ir. a.

BossuET. IX. 29

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la pénitence, après avoir impunément accompli leurs mauvais désirs. Seigneur^ je vous prie, faites-moi mourir : la mort me sera plus douce qse la vie. En même temps il se retira de la ville (0 , et attendoit dans le voisinage , quel en seroit le sort : car à peine voulut-il croire, que Dieu pardonnât tant de crimet, et augmentât la licence par cet exemple d'impunitéi Mais Dieu qui le vouloit revêtir de Tesprit de la noovelle alliance , qui est une alliance de miséricorde, de réconciliation et de pardon , et lui ôter cet espA dur qui devoit comme régner en ce temps-là à cause de la dureté du cœur de Thomme , sécha , comme on sait , la branche verte qu'il avoit fait élever snr la tête de Jonas , pour le défendre de Fardeur brûlante du soleil, et des vents de ces pajrs-là, qu*H avoit excités exprès (2). Et comme Jonas 8*en affligea jusqu'à désirer la mort : Tu t'affliges^ l«i dit le Seigneur (5) , de ce rameau vert çue tu n'as pas fait, et la naissance duquel ne fa coûté aucun tras^ail: et tu ne veux pas que j*aie pitié de Vouifrage de mes mains , et de cette ville immense, si digne de compassion : quand ce ne seroit qu'à cause dn nombre infini des enfans qui ne connoissent pas le bien et k mal, et de tant d'animaux? Car, ô Seigneur ! votre bonté s'étend jusqu'à eux , conformément à cette parole du Psalmiste : f^ous sauverez les hommes et les animaux, parce qu'il vous apbi, 6 mon Dieu! de multiplier votre miséricorde (4). Prenons donc l'esprit de douceur ; et ne nous laissons point transporter par ce zèle , qu'on voit parottre même dans les saints de l'ancien Testament : car Jésus dit à ses

(0 Jon. IV. 3, 5 — («) IHiLS, 9. -* (3) JUd, 10^ n. — . C4) Ps, xxxT. 7, 8.

SUR L^ÉVAHGILE. 4^ I

disciples , qai le vouloient imiter ^ et à Texemple d*Elie (0, faire descendre le feu da ciel : F^ous ne savez de quel esprit vous êtes W.

Ne blâmons donc pas le zèle de Jonas , qtit •éitnt convenable au temps ; et lonons Dieu au contraire , de lui avoir inspii^ la douceur, qui devoit un jour parottre en Jésus-Christ , et de iavoir forcé à prêcher «a miséricorde. Ne condamnons pas aisément le saint prophète ; parce que ces mouvemons des^K^ophèteSy* et la communication de Dieu avec eux , sont un grand mystère , qu*il ne nous est pas peimis de pé^ «étrer. Non^ qne je m'«ttache opiniâtrement à vou^ loir excuser de faute ce saint homme : car Dieu se :plait quelquefois à faire paroître son bras dans le crime même , et à s'assujettir les âmes lés plus re* Iwlles. Mais c'est que ce qui se passe entre Dieu et ses prophètes, est bien caché ; et qu'il leur f^ sentir sa secrète volonté par des voies bien éloignées des nôtres. Et il ne faut s'étonner, ni de ses paroles, .ni même de sa fuite. Car Dieu pousse ces âmes qu'il tient sous sa main , , et les ramène lui-même ; et il veut leur faire sentir ipar des expériences réelles, la -force invincible de cette main souveraine sous laquelle ils sont. Souvenons-nous du saint homme Job^ cpne Dieu reprend avec tant de force , de son i^otance , et des paroles qu'il avoit proférées P) ; et de qui néanmoins il dit ensuite par deux et trois fois , Iju'il a parlé droitement (4). Suspendons donc notre jugement dans les violentes agitations de ces amcs prophétiques ; et gardons-nous bien de tirer à conséquence ce qui se passe en elles ; soit que ce qui

(") IV.Reg, I. lo. — {*)Luc. IX. 55. '^\}) Job. xxxviii, xxxix, Xh , xLi. — i/iy Ibid. xLii. 7, 8.

leur arrive soit une simple permission de Dieu ; soit qu^on y puisse trouver y en approfondissant la matière y une réelle influence de sa main , dans tout ce qui nous y paroît un grand péché. Si Jonas pareil si troublé des miséricordes de Dieu, croyons que c*étoit , selon Tesprit de ces temps , un zèle pour k justice y et pour la vérité de sa parole. S*il fuit devant Dieu y, entendons qu'il voudroit pouvoir se fuir loimême y plutôt que de fournir aux hommes une occasion de mépriser Dieu : et en quelque sorte qu*il Êdlle juger de cette fuite y admirons la main de Dieu qui le soutient ; qui lui envoie parmi la tempête ce sommeil mystérieux qui témoigne la tranquillité de son ame^ et figure celui de Jésus -Christ dans la nacelle. Imitons son intrépidité, à la vue de la mort présente ; sa charité , lorsqu'il veut mourir pour sauver les compagnons de son voyage ; sa prière et sa prophétie jusque dans le ventre de la baleine. Prions donc avec lui , et à son exemple , en quelque état que nous soyons , en quelque abtme que nous nous sentions plongés. Admirons aussi Fefficace de sa prédication ; et ne faisons pas moins pour Jésus- Christ, nous qui sommes chrétiens, que les Nini» vites, qui n'étoient que des infidèles, éloignés de Talliance de Dieu, firent pour Jonas. Enfin en contemplant ces vives figures que le Saint -E^rit nous a tracées de Jésu&Christ, préparonj-nous à entendre la vérité qui a été accomplie en sa personne. Amen. Amen.

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