‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 137 sur 189 · IX.* JOUR · texte numérisé non relu

IX.* JOUR

Pierre rejuse de se laisser laver les pieds; puis il

obéit. Joan, xiii, 6 — g.

Que saint Pierre ^toit pénétré de ces grandeurs et de ces has&esses de son maître y lorsqu'il s'écrie tout transporté y Quoi , Seigneur^ vous me laveriez les pieds (0 ! Vous ? à qui? à moi : Tu , mihi. Vous, le Fils de Dieu ! à moi , un pécheur. Il lui disoit autrefois : Retirez-^ous de moi ^ Seigneur^ car je suis homme pécheur W : un homme , un mortel^ un néant ; mai&^ ce qui est encore pis y un pécheur : Ha y l'etirez-YOUs de moi^ |e. ne puis souffrir votre approche. Â plus forte raison maintenant , que vous veniez me laver les pieds ^ et me rendre un service si indigne de vous; un maître à son disciple; un Seigneur y et un tel Seigneur , à son esclave : Ha, Seigneur! quoi que vous disiez, je ne le souffrirai jamais : jamais vous ne me laverez les pieds (^).

Le caractère de saint Pierre étoit la ferveur. Elle n'étoit pas encore bien réglée ; mais elle étoit extrême; et quoique Jésus lui dit : Fous ne savez pas encore ce que je veuxjaire^ mais vous le sau* rez bientôt , et en son temps ; comme s'il eût dit : Laissez-moi faire; je sais pourquoi je le fais; Pierre S^obstine, pour ainsi parler, et contraint Jésus de lui dire : 5/ je ne vous lave j, vous n aurez point de part avec moi» Et en même temps , avec la même

C») Jean. xin. 6, 7. — C») Xnc. t. 8»— C^ Joan, xui. 6.

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ferveur qui lui faisoit dire : Jamais 'vous ne me laverez les pieds ; il s'écrie, Ha, Seigneur! non" seulement les pieds , mais -encore les mains et la tête\^). Il ne savoit pas encore, ce que c'étoit detre lavé par Jésus , et dans quel baptême il falloît étn plongé à son exemple : il n*avoît pas encore pénétré cette parole de son maître : J'ai à être baptisé dwt baptême (^} ; il faut que je sois baptisé de moa propre sang ; et je réserve ce baptême de souffraDce à mes serviteurs : je leur larverai les pieds , je leur laverai les mains, je leur laverai ta tête par ce baptême. Pien*e ne savoit pas encore tont ce mystère; il ne savoit pas encore parfaitement coiid>ien nos pensées, combien nos actions étoient impures; ni combien nous avions besoin que notre tête et nos mains fussent lavées. Et tiéanihoins, f>ossédé Avl désir d'être avec son maître, et d^arvotr part avec lui , à l'abandon il s'écrie : Je vous livre tout , les pieds, les mains, la tête même; lavez-moi comme vous voudrez ; je veux être avec vous quoi qu'il en coûte; à quelque prix que ce soit, )e veux vous avoir ; faites ce que vous voudrez , non-seulement de mes pieds , mais encore de mes mains et de ma tête. Vous serez écouté , Pierre ; vos pieds et vos mains seront lavés; vous serez crucifié comme votre maître ; votre tête aura son partage dans votre cnicifiement , et vous serez crucifié la tête en bas. Cest ainsi que votre maître vous lavei^ : voilà le bain qu'il vous prépare : F'ous ne le sauez pas encore ; mais on vous le fera savoir en son temps. 0 Seigneur! non ^ seulement les pieds, mais encore

C») Joan. XIII. 7, 8, 9. — t*) Luc. xii. 5o.

SUH L ÉVANGILE. 4??

les mains et là tête. Imitons saint Pierre; abandonnons-nous à notre Sauveur. Nous ne savons pas encore ce. qu*il veut faire de nous : notre foiblesse ne le pouiroit pas souiliîr; mais quoi que ce soit y mon cœur est prêt: mon cœur est prêt, â Dieu (0 ! . encore un coup; je vous livre tout; pieds et mains ^ tout ce que je suis^ la tête même, et l-ame dont elle est le siège.

X/ JOUR

Se laver des moindres tacites. Vous êtes purs, mai» non pas tous. Joan. xiii. è — lo.

£v Orient, dans les pays chauds, Tusage du bain étoit fort fréquent, et après quon s'étoit lavé le matin , et pendant le jour , il ne restoil plus sur le soir que de se laver les pieds pour se nettoyer des ordures qu'on amassoit allant et venant. C*est le sens de cette parole de TEpouse : J'ai layé mes pieds : pourquoi voulez-vous que je me lève pour les salir W ? Jésus-Christ se sert de cette similitude , pour faire entendre à ses fidèles qu après s'être lavé des grands péchés, il reste encore le soin de se purger de ceux que Ton contracte dans Fusage de la vie humaine , lesquels , bien que plus petits à comparaison des autres , ne laissent pas en euxmêmes d'être toujours grands, parce qu'une ame qui aime Dieu ne trouve rien de léger dans ce qui Tofiense; et si elle négligeoit de se purifier de ces-

(») Pê, Ï.Y1. 8. — (») Cant. V. 3.

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fautes, elles la mettroiçnt dans un ^tat funeste, affoiblissant insensiblement les forces de Tame; ea sorte qu*il ne lui resteroit que très-peu de résistance contre les grandes tentations; ce qui la feroit suc* comber trop aisément ; parce que ces tentation! violentes ne peuvent être vaincues que par une très-ardente charité. C'est ce que Jésus-Christ noni apprend par ces paroles : CehU qui a été lavé n'a plus besoin que de la\fer ses pieds ^ et il est pur dm tout le reste; et vous^ vous êtes purs, mais non pas tous (0. Jésus-Christ nous apprend donc, par cette parole y qu'il ne nous est pas permis de négliger ces moindres péchés; et c'est ce qu'il a voulu signifier par le lavement des pieds. Et afin de pénétrer toat le mystère , le soin qu'il prend de laver les pieds à ses apôtres , au moment qu'il alloit instituer reii«> charistie et les y faire participer, nous apprend que le temps où nous devons nous appliquer à purger ces fautes vénielles , c'est celui où nous nous préparons à la communion , où il s'agit de s'unir parfaitement avec Jésus - Christ ; à quoi ces pédiés apportent un si gi*and obstacle , que si on monroit avant que de les avoir expiés, la vision bienheureuse en seroit retardée, et peut-être durant plusieurs siècles. On doit donc se sentir d'autant plus obligé à purifier ces péchés avant la communion , que c'est par elle principalement qu'on s'en doit rdever, les autres étant lavés par un autre sacrement; et la négligence de purger ces fautes pouvant aller à un excès qui rendroit l'attache à ces péch& nonseulement dangereuse, comme elle l'est toujours,

(0 Joan. XIII. 10.

mais encore mortelle. Car celui qui ne se soucie des péchés quà cause qu'ils damnent ^ montre que c'est la peine qu'il craint y mais qu'il n'aime pas -véritablement la justice , c'est-à-dire ^ qu'il n'aime pas Dieu comme il y est obligé; et il doit craindre de perdre bientôt , par son extrême langueur , tout ce qui lui reste de ce feu divin. Lavons donc soigneusement non-seulement nos mains et notre tête, mais encore nos pieds , avant que d'approcher de Teucharistie ; autrement l'Epoux viendra à nous avec une espèce de dédain : et encore que ces péchés journaliers n'empêchent pas qu'il ne nous dise ainsi qu'aux apôtres : f^ous êtes purs : il nous avertit néanmoins de nous en purger, quand nous voulons nous approcher de son corps et de son sang avec toute la pureté requise. Et il fait bien voir combien est grande cette obligation , lorsqu'on lavant les pieds à ses apôtres , pour leur inspirer le soin de se purifier de ces péchés , il leur dit : Si je ne vous la^e ^ c'est-à-dire y si je ne lave ces taches des pieds : vous n aurez point dcpart avec moi (0; non-seulement à cause qu'elles retardent , comme on vient de voir, la vision bienheureuse, et la pai^ fiiite union avec Dieu ; mais encore à cause que la négligence de les nettoyer peut causer de dangereuses froideurs entre Tame et Jésus-Christ y et même dans un certain degré devenir mortelle. Lavez-vous donc , chrétien , lavez-vous de tous vos péchés y jusqu'aux plus petits y lorsque vous devez approcher de la sainte table. Lavez vos pieds avec soin, renouvelez-vous tout-à-fait, de peur qu'il ne

(0 Joan. XIII. 8.

48o MÉDITATIONS

VOUS arrive de manger indignement le corps da Sauveur j puisque vous voyez si clairement que ce péclié , qui peut-être ne seroit que véniel par sa nature ^ deviendroit mortel par Tattaiche que vous y auriez. Et quand même vous ne seriez pas toatà -fait indigne, de cette indignité qui nous rend coupables da corps et du sang du Sauveur , noas pourrions nous rendre indignes des grandes grâces,* sans lesquelles nous ne pouvons vaincre les grandes foiblesses, ni les grandes tentations dont la vie est pleine. Nous pourrions nous rendre indignes de cette parfaite communication avec TEpouz , ' eV causer entre lui et nous sinon la rupture, du moînsf ces froideurs , qui sont des dispositions à la rupture même.

Seigneur ! lavez-moi les pieds, afin que \t dise' avec TEpouse : Je me suis lavé les pieds; pms-fe l& salir de nouveau ? La pureté est un attrait pour con* server la pureté : plus un habit est blanc , plus leï taches qui sont dessus se font remarfjuer : plus oir est net y plus on doit éviter de se souiller; dans le désir d*être rangé avec ceux dont il est écrit, quVilr sont sans tache devant le trône de Dieu (>). G*est k quoi il faut aspirer, et se souvenir de cette belle doctrine de saint Augustin : qu'encore qu*on ne puisse vivre ici sans péché, on en peut sortir sans* péché, parce que, comme les péchés y abondent, les remèdes pour les guérir n'y manquent pas.

CO Apoc, XIV. 5.

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