VI.' JOUR
Jésus- Christ, Dieu de Dieu, sorti de Dieu.
Joan. xiu. 3*
Encore la même lecture , le même mot : Sorti de Dieui^). Vous êtes, mon Sauveur , sorti de DieiL^ sorti premièrement dans Féterpite, conformément à cette parole de Michée : Sa sortie est dès les jours de V éternité W^ d*une parfaite coexistence avec Dieu y de qui vous sortez \ autrement , vous ne série» pas le rayon de ce soleil ; vous ne seriez pas Tédat de sa gloire y ni Tempreinte de sa substance, puis* que sa substance c'est l'éternité : vous ne seriez pas sa pensée, vous ne seriez, pas son. Fils , le Fils parfait d'un. Père parfait ; d'un Père toujours parfait, pour produire , pour engendrer, copime pour être. Vous êtes donc sorti de Dieu dans Fétemité, avant tous les temps ; mais sorti de Dieu dans le temps, lorsque votre Père q^i vous engendre, et vous porte éternellement dans son sein , unit à votre personne qui lui est égale et coéternelle, dans le sein de la bienheureuse Vierge, la nature humaine toute entière, c'est^*dire, une ame unie à im corps humain , aGn que le mém^ qui est Dieu parfait , fût aussi homme parfait ; Fils de Dieu et Fils de Marie, le même Fils, le même Dieui^En. cette sorte , ô Jésus ! vous êtes encore sorti de votre l^cre éternel, parce que vous n'avez point eu d'autre
i})Joan. XIII. 3. — (») Mich, y. a.
SUR l'évangile. 4^9
père que lui ; et que la mère que vous avez eue est demeurée vierge, n^ayant été rendue féconde qu'à Clause que le Saint-Esprit est survenu en elle y et qU/e la 'vertu du Tres-^haut Ta couverte de son ombre (0, Conçu d'une manière si pure et si -divine , celle dont vous êtes né, ne Test pas moins ; puisque conçu du Saint-EiSprit, vous êtes né de Marie toujours vierge , et vous sortez en cette sorte pour paretire aux hommes j comme vous dites vous-même : Je suis sorti de mon Père, et je suis venu dans le monde C^) : non que vous soyez venu où vous n'étiez |ias ; mais vous avez paru , où vous ne paroissien pas : et voilà votre sortie dans le temps , lorsqu'étant fait homme mortel , vous avez paru paitni les mortels.
C'est afinsi que vous êtes venu dans le monde en qualité d'homme; mais en -même temps vous êtes demeuré comme Dieu dans le sein de voti*e Père , selon ce que disoit saint Jean votre précurseur : Personne n^ a jamais vu Dieu; mais le f'ils unique 4fui est dans le sein de son Père, nous en a raconté les menâmes (5) , nous l'a fait connoitre. Et , comme vous dites vous - même , Personne nest 'monté au ciel , que celui qui est descendu du ciel , h savoir le Fils de l'homme qui est dans le ciel (4) : vous en êtes descendu , et vous y êtes. Gornm^ •Dieu vous ne quittez jamais le ciel, qui est le lieu de la gloire de votre Père , et vous ne le pouvez jamais quitter. Comme homme mortel vous avet; quitté cette gloire , qui vous étoit naturelle , et
CO Luc. I. 35. — («) Joan. xvi. aS. — i?)-m^. i. i8, ^ W) IbiJ, m. i3.
A'jo SfÉDITATIOHS
VOUS nous ave« paru dans la bassesse : Et vous vous êtes fait homme , et vous avez habité au milieu de nous , et nous avons vu votre gloire j comme la gloire du Fils unique plein de grâce et de 'vérité (0. Mais comment est-ce que saint Jean a dit qa'il avoit vu votre gloire ? Est - ce k cause qu'il vous a vu ressuscité, et montant aux cieux? ou même qu'il vous a vu transfigure sur le Thabor? Tout cela entre dans sa pensée; mais il déclare qu'il vous a vu dans vot^e gloire y lorsqu'il vous a vu plein de grâce et de vérité; plein de la grâce des miracles , et guérissant tous les maux de nos corps; plein de la grâce qui nous sanctifie, puisque vos apôtres voa$ disoient: O Seigneur j augmentez ^nous lafoii?)^ et que cet affligé vous crioit du fond de son cœur : Je crois , Seigneur, aidez mon incréduUié (3). C'est donc ainsi que saint Jean vous a vu plein de grâce ; et par la même raison il vous a vu plein de vérité; parce que vous annonciez la vérité aux hommes par vos prédications y et qu'en même temps vous la leur mettiei dans le cœur par l'inspiration de votre grâce , les illuminant tout ensemble et au dedans et au dehors. ISons avons donc vu votre gloire , même au milieu de vos bassesses ; parce que nous y avons vu ta vérité et la grâce dont vous étiez plein, et plein nonseulement pour vous, mais encore pour nous; puisque nous aiH>ns tous reçu de votre plénitude , et gràcê pour grâceii) y comme le disoit saint Jean* Baptiste votre précurseur.
Nous voyions donc alors votre gloire au milieu de
(0 Joan. 1. 14. ^ (») LttM. xvu. 5. ^ (3) â£ar€. ïx. a3. — (4) Joan, 1. 16.
SUR L^ÉVÀNGILE. 47 I
VOS \nfinnités : et si nous ne la voyions pas toute entière; si en même temps que nous vousToyions des yeux de la loi , comme le Fils unique de Dieu , nous TOUS voyions des yeux du corps comme le dernier des hommes, comme lliomme de doulêni*s et tout rempli d^infirmités, comme un ver et non pas comme un homme ; c*est que vous cachiez volontairement votre gloire ; vous en suspendiez l'effet : ce ii*étoit point par force que vous étiez dans ra}>aisiement ; c'étoit par amour et par bonté. Et néanmoins avec cette gloire dont vous étiez plein, et que vous aviez apportée en sortant de Dieu, vous venez nous laver les'pieds ! QuanAdonc fauroisdela gloire, je la voudrois supprimer. Mqis je n'en ai point : je n'ai rien ; je n6 suis rien; et il ne s'agit que d'abais* ser , ou plutôt il ne s'agit que de tenir bas un pur
néant.
VIL' jour:
Jésus '-Christ sorti de la gloire de Dieuj y devait
retourner. Joan. xiii. 3.
Lbs mêmes paroles : Sitchant qu'il étoit sorti de DieUj et quily retoumoiti}). Celui qui est sorti de Dieu de cette manière,, ne peut pas qu'il n'y retourne. Il y avoit en lui une grandeur, qui devoit enfin l'emporter. Il ne pouvoit s'abaisser que par condescendance , pour s^approcher de nous ; pour nous apporter ses grâcesj pour nous donner un
CO Joan. xiii. S.
47^ XIÊDITATIONS
parfait «dodèle (rUui&iIitëy^<loucei]ry de patience, de toi^ies les vertus ; pour se rendre la viqUine de X106 pochés. Poiu* cela il falloit qu'ï descendit fusqu'au tombeau; mai^, comme dît saint Pierre, il n'y j^uuc^pas Are déi&iUW. £t il &Iloit que la vie qai étoit en lui , prévalût. U f^oit dqnc aussi que s*0 quittoit sa gloire , il la re^prtt bientôt ; s'il s'htêmilioi jusçuà la mortj ^à l^ mort de la croise, f)ieu de< voit ensuite VexaU^ et lui donner un nom qui fBà au-dessus de tout nom (^) , pour accomplir .ansfii ce qu'il a demandé à son Père : Mon Père p glorifiez^ moi en vousj^méme de cette gloire ^Me /"m eue en w)us j, aidant que le monde fiU(^). Cest ce que veut dire saint Jean par ces paroles : Sachant qu'il sortoà de l>ieu,etqu'iljr retwmoiL Car il a^iétoit pas posaîble, quil demeurât toujours séparé d*une glcnre qui lui étoit si naturelle ; et non - seulemeut il y devoit retourner, mais encore nous y ramener avec lui : ce qui aussi lui a fait dire : Mon Père, je veux que là ou je suis , ceux que vou$ m'avez donnés y soient aussi avec moi ; afin qu'ils contemplent ma gloire, que vous m' avez donnée, parée que vous m'avez aimé ayant la création du monde (4). La contempler, c'est en jouir, c'est y participer, selon ce que dit saint Jean : Nous hit serons semblables^ parce que nous le verrons comme il èsti^). Et c'est l'accomplissement de ce qu'il a dit : Je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée, afin qu'ils soient un , comme nous sommes un ; et que le monde sache que vous les avez aimés , comme vous ni avez aimé (^).
(0 ^cr. II. a4. — W Phiiip. II. 8,9. — \8) Joan. xrii. 5. — (4) Ihià. XV. la, 24 — C^) ^' Joan. m. a. — ^6) Jotm. xtii. aa, a3.
SUR L éVAMGILB. 4;^
Que ceax qui aiment Jésus-Clu-ist, goûtent ces * .paroles; et qu'ils goûtent encore celles-ci : Je m'en axais vous prépfOff^r 1^ ,piaoe .: eti.ifwmdje m en serai fMé, et fuej/e çoiHA/^.autm préparé Ja place ^ je revien- ^b'oi^jetfevous retirerai h mw^a^açue là oh je suis, wous jr soyfiz aussi {^)* Voilà donc la manière dont Jésus-Christ devoît retoui^ner à Dieu; voilà ce que n^eulent dire œs paroles de saint Jean : étoit sorti de Dieu, et y retournoiL Et lorsqu'il fut sur le point d^accomplir ce glorieux r^our, étant tel, et se saciiant tel, comme le remarque saint lean, il voulut bien nous laveries pieds. Silence , silence ^ «encore jin coup ; taisez*- vous ines pensées ; laissez-moi contempler Jésus aux pieds de ses apôtres , à nos pieds de tous, et aux piedis de ij&m ses fidèles y qu'il regarfloit dans ses apOtres.
VIII/ JOUR
Jésus - Christ eu vient au lauement dçs pieds.
Joan. XIII. 4*
Lisez ^. 4 et 5. // se leva de table, et il posa ses Joints ; les habits d'honneur que portoient les personnes libres , et né se laissant que cette sorte d'habits que ceux qui servoient avoient accoutumé de garder. Et ayant pris un linge, il se T attacha devant lui : de mot à mot, il s'en ceignit. Se ceindre , en général y étoit la posture de celui qui alloit servir, selon ce qui est écrit : Que vos reins soient ceints^ et
(>) Joan. xiY. 9 , 3.
4^4 MÉDIXATIOUS
un peu après : Soyez comme les serviteurs qui ah tendent leurs maîtres ; et un peu après : Le mattrt se ceindra lui-même, et fera asseoir à toile ses fidèles sertfiteurs; il viendra lui-même les sen^irM. Voilà en général ce que c'est que se ceindre ; mais se ceindre d'un linge y est Thabit d'un service encore plus vil y qui est celui de laver les pieds. Et remar* quez que Jésus fait tout lui-même : lui-même il pose ses habits -^ il se met lui-même ce linge ; il verse Teau lui-même dans le bassin : de ces mêmes mains qui sont les dispensatrices de toutes les grâces; de ces mains qui sont les mains d'un Dieu , qui a tout ' fait par sa puissance ; de ces mains dont la seule im-> position y le seul attouchement guérissoit les malades et ressuscitoit les morts ; de ces mêmes mains, il versa de l'eau dans un bassin , il lava et essuya les pieds de ses disciples. Ce n'est pas ici une cérémonie; c*est un service effectif qu'il leur rend à tous y et le service le plus vil; puisqu^il faut se mettre à leurs pieds pour le leur rendre; il faut laver les ordures et la poussière qui s'àmassoient autour des pieds en marchant nu-pieds, comme on faisoit en ces pays-là. Voilà ce que fait Jésus , sachant tout ce qu'il étoit, dès l'éternité, et dans le temps, et ce qu'il alloit devenir par sa résurrection, et son ascension triomphante. Pénétrez -moi, 6 Jésus , de votre grandeur naturelle , et de vos bassesses volontaires; afin que du moins dans ma petitesse naturelle, je n'aie point de dilHcultéà me teoîr bas , et à servir mes frères !
0 Luc» xu. 35| 36, 37.
SUR L*iyARGILC. 4?^