XII.» JOUR
Xjavement des pieds commandé. Bonté et harnUùi.
Joan. XIII. 12 — 16.
Il falloit joindre rinstruction de la parole, à cdle de Texemple. Jésus reprit ses habits, et s*étant rem» à table, avant que de reprendre le souper qu'il a voit interrompu, avant que d*en venir au repis céleste; il y parla en cette sorte : Fous wjrez c» que je viens défaire : vous m'appelez *v(>tre maître, et votre Seigneur : et vous avez raison, car je h suisi^)* Continuez la lecture, "j^. i/^., i5, i6.
Vous y apprendrez que le Sauveur nous enseigne à rendre à nos frères le service que nous pouvons, même corporel , même sans y être tenus. Celui de laver les pieds étoit alors en grand usage , comme 3 paroit par ces paroles de saint Paul , où il compte parmi les conditions de la veuve qu'on devoit dioisir pour servir les pauvres : quelle ait été hospiUr Hère, quelle ait lavé les pieds des saints (^). Choisissons à cet exemple quelque service de cette na* ture , qui revienne à celui-là selon nos moeurs. Par exemple, allons servir les malades dans un hôpital, ou plutôt encore quelque malade qui soit sans secours , et qui ait besoin d'un tel service : et tout» les fois que nous le rendrons à quelqu'un, rendons-le comme Jésus-Christ, le plus sérieux, le plus effectif, et par conséquent le plus humble qu'il se pourra:
(0 Joan. xni. la, i3. — (*) /. Tim, v. 9, 10.
SUR L*ÉVAHGILE. 4^3
et qne ceux qui rendent quelquefois aux pauvres de tels services par cérémonie , comme les princes , les prélats^ les supérieurs des communautés , entrent dans Fesprit de cette cérémonie : qu'ils entrent dans ime profonde et sincère humilité; qu'ils considèrent f que dans le fond notre nature est servile ; que nous sommes nés serfs par le péché , et que la différence des conditions ne peut pas effacer ce titre.
Ne servons pas seulement nos frères avec humilité y comme a fait le Sauveur ; mais servons-les avec amour y en nous souvenant de cette parole: Jésus ayant toujours aimé les siens, il les aima jusqu'à la Jin (0. Ce ne fut donc pas seulement pour pratiquer rhumilitéy et nous en donner l'exemple , qu'il lava les pieds à ses disciples; mais ce fut par un tendre amour y par le plaisir qu'il avoit à leur montrer combien il les estimoit ; pour relever la dignité de la nature humaine tombée dans la servitude. Servons donc nos frères dans le même esprit , par estime, par tendresse, et pour honorer Jésus-Christ eDi eux.
Dans un sens moral, mais très-véritable et trèssolide , nous nous lavons les pieds les uns aux autres^ lorsque nous prenons soin de nous» avertir mutuellement de nos fautes; toujours prêts à les excuser ; ne souffrant pas qu*on déshonore notre prochain dans les moindres choses, et le purgeant par ce moyen jusque des plus petits défauts; et cela, non-seulement par humilité , de peur qu'en jugeant les autres , nous nous attirions à nous-mêmes un sé-
(0 Joan, xui. i.
vère jugement pour nos défauts ; mais par une sincère et véritable tendresse pour tous les chrétiens qui sont nos frères ^ et pour tous les hommes , qui sont notre chair.
Jésus-Christ , après avoir dit : Faùes comme je Dous ai fait (0, et avoir montré aux hommes le service qii*ils doivent rendre à leurs semblables: afin de leur faire entendre ^ à combien plus forte raison ils doivent servir ses ministres , il ajoute : Celui qui reçoit ceux que j*enuoie j me reçoit moi" même : et celui qui me reçoit j reçoit celui qUi m'a envoyé (^). Le bel enchaînement : de remonter des ministres de Jésus-Christ, à lui-même, et de lui-même jusqu'à Dieu son Père ! AccoutumoBSnous à regarder Jésus-Christ dans nos pasteurs, et dans Jésus-Christ toute la majesté de son Père. ' F^n tenant ces discours à ses apôtres, Jésus- Christ y insère toujours quelque chose du trattit Judas y pour les confirmer , non-seulement dans la foi, en leur faisant sentir qu'il savoit tout; mais encore dans les sentimens de bonté et d'humilité; puisque connoissant , comme il dit , ceux quO avoit choisis, et sachant les noirs desseins de ce traître , il n'avoit pas laissé de lui laver les pied^ et non-seulement cela, mais encore de le faire mettre à sa table, de lui servir à manger comme aux autres; et ce qui est au-dessus de tout, de lui donner, comme aux autres , son corps et son sang.
C'.^ Joan, XIII. i5.—- (^) Ibid, ao.
SUE L*ÉrÀ2IGILE. ^S^