XIII.' JOUR
Trouble de Jésus : Un de vous me trahira.
Joan. xui. ai.
Jésus ayant dit ces choses^ se troubla en son es^ prit, et se déclara , en disant : Un de vous me trahira. Ce trouble dans Famé sainte et dans Tesprit de Jésus f est digne d'une attention extraordinaire. Ce ^i se présente d'abord à notre esprit , c'est la cause de ce trouble : Un de vous me trahira. Le crime , la trahison y la perfidie d'un des disciples de Jésus , c*est ce qui lui cause ce trouble intérieur. Ce qui le trouble donc, en général , c'est le péché : c'est, en particulier, les péchés de ceux qui lui étoient le plus unis, comme Judas, qu'il avoit mis au nombre de ses apôtres. Quand il songeoit que sa passion , par laquelle il venoit détruire le péché , devoit introduire dans le monde tant de nouveaux crimes, des crimes si énormes , si singuliers, si inouïs, la trahison d'un Judas, les inhumanités des Juifs, leur ingratitude , en un mot , le déicide : c'est là ce qui lui causoit, plus que tout le reste, ce trouble intérieur; et on ne se trompera pas en croyant que c'étoit là la partie la plus amère de son calice.
Nous voyons trois endroits principaux , oii il est parlé du trouble de la sainte ame de Jésus; celui-ci : au chapitre xii du même Evangile, "jl^. 27, lorsqu'il dit : Mon ame est troublée : et dans le chapitre xi , f. 33 , où voyant les larmes des Juifs, et de Marie,
sœur de Lazare , qui pleuroient sa mort , il frimà en son esprit, et se troubla lui-m^e.
Il n'y a nul doute , dans Tendroit où nous sommes^ que le sujet de son trouble ne f&tle crime de Judas, et de tous ceux qui dévoient coopérer à sa mort Car Tévangéliste le remarque, lorsqu*il dit qu'il se troubla, et qu il dit en même temps; Un de vous me trahira. On doit croire aussi , que lorsqu*il dit à la veille de sa passion : Mon ame est troublée, cVtoit là principalement ce qui le troubloit : c^étoit, dis-je, le péché ; puisque rien ne méritoit tant de rémouvoir. Enfin, s'il a paru si troublé à la mort de Lazare, et aux larmes qu'elle fit verser ; il ne faut pas croire que la seule mort du corps lui causât ce frémissement et ce trouble : c'est qu'il regardoit la mort de l'âme dans belle du corps qUi en étoit la figure. Il regardoit, que c'est le péché qui a amené la mort dans le monde : Lazare étoit l'image du pécheur, et du pécheur dans son état le plus funeste et le plus aflTreux , qui est celui où l'on est par le péché d*endurcissemcnt et d'habitude, lorsqu'on pourrit dans son crime.
Ainsi ce trouble que Jésus ressentit ici dans son esprit , c^est l'horreur dont il fut saisi, en considérant le péché : c'est ce qui lui causa ce saisissement qu'il fit paroltre en frémissant. Et s'il nous est permis de pénétrer dans ses sentimens les plus intimes , ce qui le troubla le plus vivement en cette occasion, c'est qu'il regarda le mauvais effet que sa mort , et le mérite de son sang répandu, dévoient produire dans les pécheurs , en leur étant une occasion de s'abandonner au pédié, par l'espéi^ance qu elle leur
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^onnoit d eu obtenir le pardon. Cest là ce. qn^il y a de plus horrible dans le péché, d'y fah^e servir le^. bonté de Dieu et la grâce de la rédemption. Si c'est là ce que le péché a de plus horrible , c est là aussF par conséquent , ce qui causoit au Sauveur le plus d'horreur, le plus de saisissement, le plus de trouble.
Et pour venir au trouble qu'il ressentit aux ap« proches de sa mort, il nétoit pas seulement causdf par les crimes , par les ciniautés, par les injustices et les perfidies qui dévoient le mener au dernier sup* plice; mais encore , parce qu il voyoit qu'il en seroit ea quelque façon l'occasion innocente. Car encore que bien éloigné de donner lieu à la jalousie et aux injustices des Juifs, il niait rien omis pour les corriger, et que leur malice seule fût la cause de leurs fureurs-, néanmoins il ne laissoit pas d'être véritable^ que la sainteté de Jésus , sa doctrine , ses miracles, SCS vives et pressantes répréhensions , qui dévoient opérer leur salut, excitèrent cette jalousie, et cette Laine implacable contre Jésus-Christ; et que Judas prit occasion de s'éloigner de lui, des paroles qu'il avoit dites en faveur de Marie , lorsqu'elle avoit épanché sur lui tant de parfums précieux.
Il faut ajouter à tout cela , qu il avoit à souffrir la mort , comme la juste punition de tous les péchés dont il étoit chargé ; et il y alloit en quelque façon comme coupable. Ainsi l'horreur du péché le saisis^ soit ; il s'en voyoit tout environné, tout pénétré. Il voyoit, ô cruel spectacle pour le Sauveur du genre humain ! il voyoit croître le péché par le mauvais usage qu'on feroit de sa mort. Elle faisoit dire à pinceurs, qu'il nétoit pas le Fils de JDieu^ que tous le»
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miracles par lesquels il Tavoit prouva , nVtoieiit qu illusion. Elle étoit scandale aux Juifs , et folie am gentils , et aux fidèles mêmes. Quelle occasion de tengeance ! puisqu en général tous ceux qui ne voiidroient pas en profiter, en devenoient plus coupables y plus punissables y plus damnés. Ck>mbieft étoit touché de leur malheur ce bon Sauveur, qui aimoit si tendrement tous les hommes , particulièrement ses fidèles, et qui ne s'étoit fait homme que pour les sauver. O Jésus ! c'est ce qui troabloit principalement votre sainte ame : c est ce qui lui caost cette émotion, et les autres que nous verrons dans la suite. Ayons donc horreur du péché; et voyons, dans le trouble de Jésus , combien notre conscfence en devroit être troublée.