‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 150 sur 189 · XXVII/ JOUR · texte numérisé non relu

XXVII/ JOUR

Notre Seigneur a^oit promis sa chair et son sang dans l'eucharistie. Joan. vi. Sa — Sg.

PouE comprendre tout le dessein du Fils de Dieu dans l'eucharistie, il faut encore écouter ce qu'il en dit

(0 Marc, K. aa, — (») Ibid. a3.

SUE L ÉVANGILK. 53^

en saint Jean, vi. Nous trouverons qu'il y fait trois choses. IL y explique premièrement ce qu'il nous donne; secondement , le fruit qu'on en doit tirer; troisièmement, le moyen d'en tirer ce fruit.

Ce qu'il nous donne , c'est lui-même , et c'est sa chair et son sang : et dès qu'il en parle , les hommes * s'écrient : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger (0 7 L'homme raisonne toujours contre lui- même , et contre les bontés de Dieu. Quand Jésus , pour nous préparer au mystère qu'il devoit laisser à son Eglise au jour de la cène, dit qu il nous donneroit sa chair à manger et son sang à boire , les Juifs tombèrent dans trois erreurs. Ils crurent qu'il leur parloit de la chair d'un homme pur y du fils de Joseph ; voilà leur première erreur : d'une chair semblable à celle dont les hommes nourrissent leur corps; voilà la seconde : d'une chair eivfin f qu'ils consumeroient en la mangeant; c'étoit la troisième.

Contre la première : Je suis, dit-il, lepainvii^^nt descendu du ciel (2). La chair que nous mangeof|s, li'est donc pas la chair du fils de Joseph; c'est la chair du Fils de Dieu, une chair conçue du Saint-Esprit, et formée du sang d'une vierge. Le Saint-Esprit sur-» yiendra en vous, et la vertu du Très-haut vous couvrira de son ombre: et la chose sainte qui naftra de ^ous, aura le nom de Fils de Dieu^?). Quod hâsce- TUR EX TE sAifCTUM. Samgtum , au substantif , pour ceux qui savent un peu la grammaire , et qui entendent la force de ce neutre, c'est-à-dire, une chose substantiellement sainte : manière de pai*ler

(»; Joan, VI. 53. — C») Ibid, 3a , 33, 34, 41, 4a, 43.— (3) Luc, i. 35.

5i8 MEDITATIONS

qui fait voir que la saiateté est substantielle en J^ sus^Christ? Pourquoi? Parce que sa personne est sainte par elle-même, par la sainteté essentielle et substantielle du Fils de Dieu. Et c'est pourquoi, continue Fange , il sera appelé le Fils de Dieu. Qu'est-ce à dire , il sera appelé : est-ce qu'il ne le sera pas essentiellement; et qu'on lui- en donnera le nom par quelque figure? A Dieu ne plaise : au contraire y il le sera appelé par ^Lcellence. Le Père qui l'engendre dans Tétemité, Teogendrera dansleseia de Marie : la vertu du Très-haut la couvrira de stm ombre, s'insinuera dans son sein; et la chair que prendra le Fils de Dieu dans le sein de cette vierge, sera formée par le Saint - Esprit. Ce sera donc une chair sainte , de la sainteté du Fils de Dieu , qui se l'unit : elle sera pleine de vie, source de vie y vivante et vivifiante par elle-même. Ainsi la prenûère erreur est détruite^

Pour réfuter la seconde , qui consistoit à s'ima* giner que la vie que Jésus-Christ promettoit par sa chair , seroit cette vie commune et mortelle ; il répète, il inculque y dans tout son discoui^s, que c'est la vie éternelle y tant de l'ame que du corps , qu'il nous veut donner: La volonté de mon Père est, que je ne perde aucun de ceux qiiil m* a donnés, et que je les ressuscite €aà dernier jour,.... Qui mange de ce pain , de cette viande céleste y de ma chair que je donnerai pour la vie du monde y vii^ra éternellementW.

Pour détruire la troisième eiTeur des Juifs, qui s'imaginoient une chair qu'on consumeroit en la man-

(0 Joan, Ti. 39, 59 et 59.

SUE l'ÉVÀNOILE. 539

géant , il leur dit : Cela vous scandalise ? Vous serez donc bien plus étonnés^ quand vous verrez le Fils de r homme monter au lieu d*oh il est venu (0. Comme s*il dUoit : On mangera ma chair , je Fai dit ; mais je n'en demeurerai pas moins vivant et moins entier. D'oii il conclut : Ne vous imaginez donc pas que je vous parle d'une chair humaine à l'ordinaire, ou de la chair du fils de Joseph ; ni que je vous parle d'une chair qui doive vous être donnée pour entre* tenir cette vie mortelle , ni par conséquent d'une chair qui doive être mise en pièces et consumée en la mangeant : La chair, en ce sens , ne sert de rien : c'est Vesprit qui viuijîe : les paroles que je vous dis sont, esprit et vie (>). Quoiqu'il n'ait parlé , pour ainsi dire, que de sa chair , que de son sang, que de manger celle-là y que de boire l'autre ; tout ce^ qu'il a dit est esprit, c'est-à-dire manifestement que dans sa chair, dans son sang, tout est esprit, tout est vie, tout est uni à la vie et à l'esprit; parce que sa chair et son sang sont la chair et le sang du Fils de Dieu.

Autant donc que nous désirons la vie, autant devons-nous désirer cette chair qui nous la donne, qui la contient , qui est la vie même. // est sorti de moi une vertu ; je l'ai senti sortir (3). C'étoit une vertu pour guérir les corps : combien plus en sortira-t-il pour vivifier les âmes? Approchons - nous donc de cette chair , touchons-la , mangeons-la : il en sortira une vertu qui portera la vie dans nos âmes, et qui dans son temps la donnera à nos corps.

Il en est de même du sang de Jésus : ce sang est

(») Joan. VI. 62, 63. — W Ibid. 64. — C^) Luc. tui. 4^.

B4o MÉDITÀTÏOKê

plein de vertu pour nous vivifier ; car c^est le sang du Fils de Dieu : le sang.du pouvéau Testament, comme il Fappelle lui-même ; et c*est-à-dire , comme Tinterprète saint Paul (0, le sang du Tesiamem étemel , par lequel le grand pasteur des brebis a été tiré de la mort. Il est donc lui-même ressuscite des morts par la vertu de son sang ; parce qu il devoit entrer dans sa gloire par ses soufirances. C'est par ce même sang, par ce sang du Testament et de Talliance éternelle , que nous devons aussi hériter de son royaume y et avoir la vie ëtemeUe. Mangeons, buvons, vivons y nourrissons-nous y unissons-nous à la vie par cette chair y par ce sang vivifiant. Il les a pris ' pour s*approcher de nous. Ce n'est pas aux anges quil a voulu s'unir; c'est la postérité JCAbra^ ham y c'est la nature humaine quil a voulu prendre. Et p€ute tjfue les hommes sont composés de chair et de sang; il a voulu aussi être composé de l'un et de Vautre W : c'est par -là qu'il s'unit à nous, et c'est par-là qu'il nous sauve. Nous l'avons dit souvent y et il ne se faut point lasser de le dire: cette chair et ce sang sont devenus le lien de notre union avec lui, l'instrument de notre salut , la source de notre vie; parce qu'il les a pris pour nous; parce qu'il les a offerts pour notre salut; parce qu'il nous les donne encore pour nous vivifier. Allons avec une sainte avidité à cette viande céleste : tout y est esprit et vie.

(0 Hebr, XIII. ao. — (») Ibid. ii. i4, i6.

sum l'évangile. 54i

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