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SUE L ÉVAUGILB. 5^9
XX V/ JOUR
L'eucharistie est le gage de la rémission des péchés. Matt. xxyi. 27 , a8.
BurEZ'EN tous; ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance ; le sang répandu pour vous en rémission de vos péchés (i). Cest ici la partie la plus étonnante du mystère , et celle aussi , comme on voit , où Jésus parle avec plus de force. Qu'il nous donne à manger la chair de son sacrifice ^ la chair de la pâque; c'est la coutume; c'est le dessein de ce sacrifice : mais jamais on n'en a bu le sang ^ ni celui d'aucune victime, encore qu'on eût mangé les chairs. Moïse, dit saint Paul, ayant récité de^ vont tout le peuple toutes les ordonnances de la loi, prit du sang des victimes avec de Veau, et en jeta sur le li\fre même et sur tout le peuple, en disant : Cest le sang du testament que Dieu a déjà fait pour ofous (s). Voilà y ce semble , tout ce qu'on peut faire du sang des victimes , en arroser tout le peuple , mais non pas le lui donner à boire. Jésus-Christ seul va plus avant. Moïse dit, en jetant le sang des victimes sur le peuple : Ceci est le sangile l'alliance; à quoi le Sauveur regarde manifestement, lorsqu'il dit : Ceci est mon sang de la nouvelle alliance. C'est donc du sang en Tune et en l'autre occasion. Tout le peuple en est touché, mais diiTcremment ; car il
(«) Matth. xKYi, a8. JHarc. xvr. 34- Luc» »ii. ao.<^ {*)£xod, xur. ffeàr. IX. 19, Qo.
B0SSU£T. IX. 34
53o ItÉDITÀTlONS
en est touché par aspersion sous Moïse; et TaspeN sion qu'ordonne Jésus c'est de le boire : c'est la bouche, c'est la langue , qui en doit être arrosée par cette aspersion : Buvez^n touSj dit-il , car c'est mon sang, le sang de la nouvelle alliance ; le sang ré' pandu en rémission des péchés (0.
Cette différence des deux testamens est pleine de mystère. Une des raisons , qui étoit donnée aux anciens pour ne point manger le sang, c^est a cause quil étoit donné , dit le Seigneur , afin çu'éiant répandu autour de l'autel, il soit en expiation de nos âmes et en propitiation pour nos péchés; et pour cela j'ai commandé aux en/ans d'Israël , et aux étrangers qui demeurent parmi eux , de n'en manger point W. On leur défend de manger du sang, i cause quil est répandu pour la rémission des pécKes: ;et au contraire, le Fils de Dieu veut qu'on le boire, à cause qu'il est répandupour la rémission des péchés» C'est par la même raison qu'il étoit écrit : Toute mctime qu'on immolera pour expier le péché dam le sanctuaire , ne sera pas mangée , mais elle sera consumée par le feu (3) : et cette observance signifioit que la rémission des péchés ne pouvant pal s'accomplir par les sacrifices de la loi ; ceux qui ks offroient demeuroient sous l'interdit , et dans une espèce d'excommunication , sans participer à la Ti^ time qui étoit offerte pour le péché. Mais , par ooe raison contraire , Jésus^Christ ayant expié nos ameSi et ayant parfaitement accompli la rémission des péchés, par l'oblation de son corps et Teflusion df 600 sang , il nous ordonne de manger ce corps E-
(0 Matth. XXVI. 27. — C«> LeviL xyii. 1 1^ la. — (3) UiJ, yj. 3«.
sua L*ÉVÀnaiLs. 53i
î/ré pour nous, et de boire le sang de la nouvelle alliance, versé pour la rémission des péchés; pour nous montrer qu'elle étoit faite ^^et que nous n'avions plus qu'à nous l'appliquer.
Goûtons donc dans l'eucharistie la grâce de la rémission des pêchers , en disant avec David : Bienheureux ceux à qui leurs iniquités sont remises , et dont les péchés sont cou\ferts. Bienheureux celui à ' qui le Seigneur vl impute point de péché , et qui ne £ impose point à lui-même (0 , dans la pensée qu'il a qu*ils lui sont pardonnes. Et encore : Mon ame , kénis le Seigneur, et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom. Mon ame, bénis le Seigneur, ei n oublie pas ses bienfaits • C'est lui qui remet tous tes péchés ; c'est lui qui guérit toutes tes maladies',.,. Une nous a pas traités selon nos péchés ; U ne nous ■ u pas rendu ce que méritoient nos fautes,,. Autant que le leyantest loin du couchant y autant il a éloigné de nous nos iniquités W,
Quel repos à une conscience troublée de son
crime, et alarmée de la justice divine qui le presse^
' de goûter dans le corps et dans le sang de Jésus la
^âce de la rémission des péchés , et par-là même
d*en efiacer tous les restes !
Apprenons que l'eucharistie est un remède des péchés. Si nous nous purgeons des grands , elle efia* cera les petits, et nous donnera de la force pour éviter et les petits et les grands.
C'est le péché qui met la séparation entre Dieu et nous. Se purifier des péchés , c'est ôter tout empédicment, et rendre les embrassemens entre TEpoux
C«) Ps. XXXI. I, a. — C») Ihid, eu. 1, 3, 3, 10, 1 1.
céleste et son Eglise , plus ardens , plus purs , plus intimes.
XXVI/ JOUR
Jésus-Christ notre victime et notre nourriture.
Dieu a tant aimé le monde, t/uil a doimé son Fils unique, afin que celui qui croit en lui ne pi* risse point, mais qu'il ait la vie étemelle (').
Qu est-ce à dire , qu'il a donné son Fils uniqae? Cest qu*il Ta donné à la mort , ainsi qu'il avoit dit auparavant: Comme Moïse a élevé le serpent dans k désert; il faut de même que le jFils de thonune soà ^/ef/é(^): c'est-à-dire y qu'il soit élevé et mis en croix. C'est donc ainsi que Dieu a donné son Fils unique: il l'a donné à la mort , et à la mort de la croix.
Mais comment est-ce que Dieu a fait pour donner son Fils unique à la mort? Le Fils de Dieu, en qui est la vie y et qui ^est lui-même la vie, peut-il mourir? Afin qu'il pût mourir ^ Dieu l'a fait homme , Fa fait Fils de l'homme d'une manière admirable, incompréhensible , très-véritable , très-réelle , mais singulière y qui étonne toute la nature ; et par ce moyen s'est accompli ce que Dieu vouloit , que le Fils de l'homme , qui est eu même temps le Fils de Dieu , fût élevé à la croix , et donné à la mort pour la vie du monde.
Dieu donc a tant aimé le monde , qu'il a donné son Fils unique. Il l'a premièrement donné au monde, quand il s'est fait homme, et il l'a en second
C») Joan. m. i6. — (•) Ibid. i/^
SUR l'évaicgile. 533
lieu donn4 aa monde , quand il Ta donné pour en être la victime. La même chair qu'il avoit prise ^ pour se rendre semblable à nous et s'unir à nous, il nous la donne de nouveau , en la donnant pour nous en sacrifice.
Voilà deux choses qui dévoient étre.accomplies dans la chair de notre Sauveur : Tune que le Fils de Dieu devoit venir en chair , pour s'unir à nous et nous être semblable : l'autre, que le même Fils de Dieu devoit s'immoler dans la même chair qu'il avoit prise y et l'offrir pour nous en sacrifice. Une troisième chose se doit accomplir en cette chair immolée ; il faut encore qu'elle soit mangée pour la consommation de ce sacrifice , en gage certain que c'est pour nous que le Fils de Dieu l'a prise et quil l'a offerte, et quelle est tout-à-fait à nous. CTest une troisième merveille qui doit s^accomplir dans la chair de Jésus-Christ. Comment lefet*a-t-il? Nous faudra-t-il dévorer sa chair, ou vive, ou morte , en sa propre espèce et nature? Et puisqu'il faut que son sang nous soit aussi bien donné à boire, que sa chair à manger; afin que donné ainsi, il noUs soit en gage que c'est pour la rémission de nos péchés qu'il a été répandu; faudra-t-il avaler ce sang en sa propre forme ? A Dieu ne plaise. Dieu a trouvé le moyen , que sans rien perdre de la substance de son corps et de son sang , nous les prissions seulement d'une manière différente de celle dont ils sont naturellement exposés à nos sens. Par ce moyen, nous avons toute la substance de l'un et de l'autre; et Dieu, en nous les donnant dans une forme étrangère , nous sauve l'honneur de
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manger de la chair humaine , et de boire du sang humain y en leur propre forme.
£t comment a-t-il fait cela ? U a pris du pain, et il a dit : Ceci est mon corps, mon vrai corps^ mais sous la figure du pain ; il a pris une coupe pleioe de vin , et il a dit : Ceci est mon sang , mon vrai sang y sous la figure de ce vin dont fai rempli la coupe que je vous présente. Comme donc^ afin qne son Fils étetmel et immortel pût mourir ^ il Ta fiûl Fils de rhomme : ainsi afin qu on pût manger cette chair et boire ce sang j il a fait ce corps , pain d une certaine manière ; puisqu il a revêtu son corps de Vespèce et de la forme du pain : il a voulu que son sang fût encore verse dans nos bouches ^ et coaMt en nous sous la forme et la figure du vin. Nous avons donc toute la substance de l'un et deTautre; les figures anciennes s'accomplissent , notre foi est contente y notre amour a ce qu'il demande : il a Jésus-Christ tout entier , en sa propre et véritable substance ; et l'Eglise le mange ; l'Eglise le reçoit : comme épouse elle fouit de son corps; elle lui est unie corps à corps , pour lui être aussi unie cœor à cœur y esprit à esprit. Comment tout cela s'est-il pu faire ? Dieu a tant aùné le monde : l'amour peut tout; l'amour ÙLit^ pour ainsi dire, l'impossible pour se contenter y et pour contenter son cher objet Dieu aussi a fait pour nous l'impossible ; je dis pour nous ; car pour lui , il n'y en a point ; tout lui est possible. Mais ce qui étoit impossible à la nature à faire y et au sens humain à comprendre; il Ta fait: son Fils est devenu le Fils de l'homme ; et il s'est approché de nous : la nature humaine , qu*il a mise
SVH L^ÉVÀlfGItE. -535
en quelque façon entre lui et nous^ n*a point empêche que ee ne soit lui-même en personne qui vint à nous, même comme Dieu : au contraire , il y est venu par Fhomme même ^ et la chair qu*il a prise a été notre lien avec lui. De même , quand le Fils de rhomme a été donné à la mort , il a été vrai que le Fils de Dieu mouroit lui-même , dans la nature qull avoit prise. S*il faut ensuite manger cette chair donnée pour nous en sacrifice ; son amour en trouvera le moyen : Prenez, niangez , ceci est mon corps : ne vous informez pas de la manière : cest la substance qu'il vous faut; car c'est à la substance qu^est unie la divinité et la vie. Sous la figure de ce pain y c'est mon propre coopps : sous la figure de ce vin, c'est le même sang qui a été répandu pour -vous. Mangez y bu^ez : tout est à vous : ne* songez pas à ce que vos sens vous présentent; c'est à votre foi que je parle; c'est à elle que je dis : Ceci est mon corps. Souvenez- vous donc que c'est n^oi qui vous le dis. Nul autre que moi, nul autre qu'un Dieu^ nul autre que le Fils de Dieu , par qui tout a été fait, ne pourroit parler de cette sorte. Souvenez^ vous que sous la figure de ce pain et de ce vin, c'est mon corps, c'est mon sang, que je vous donne: ce corps donné à la mort^ ce sang répandu pour vos péchés.
Et comment tout cela s'est-il fait? Dieu a tant aimé le monde. Il ne nous reste qu'à croire, et à dire avec le disciple bien-aimé : Nous a^ons cru à Vamour que Dieu a eu pour nousi^). La belle profession de foi ! le beau symbole ! Que croyez-vous , chi'étien ?
(0 /. Joan. lY. 16, . . ^
Je crois Tamour que Dieu a pour moi. Je crois qa*il m'a donné son Fils; je crois qu'il s'est fait homme; )e crois qu'il s'est fait ma victime ; je crois qu'il s'est fait ma nourriture , et qu'il m'a donné son corps à manger , son sang à boire ^ aussi substantiellement qu'il a pris et immolé l'un et l'autre. Mais comment le croyez-vous? C'est que je crois à son amour, qui peut pour moi l'impossible , qui le veut, qui le fait Lui demander un autre comment^ c'est ne pas croire à son amour et à sa puissance.
Si nous croyons à cet amour ^ imitons-le. Quand il s'agit de la gloire de Dieu et de son service, notre zèle ne doit rien trouver d'impossible. Si vous poi^ %^z croire^ dit-il, tout est possible à celui çuicraà (0. Remarquez : si vous pouifez croire : toute la diffi* culte est de croire 4 mais si une fois yous croyez bien, tout vous est possible. Dieu entre dans les desseins de votre zèle ; et sa puissance vient à votre aide. L'obstacle que vous avez à vainct*e , n'est pas dans les choses que vous avez à exécuter pour Dieu : il est en vous-même ; il est en votre foi : «Se vous pouvez croire. Mais Dieu nous aide à croire. Je crois ^ Seigneur! Aidez mon incrédulité (^).