‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 152 sur 189 · VI. a · texte numérisé non relu

VI. a

Le même chapitre. Nous y devons trouver deux choses : la première est le fruit spirituel que nous

(0 Joan. Ti. 65, 66. — (») Ihid. 69, 70 CT Ibid. 70.

SUR L ÉVAMGILE. 543

devons tirer de Teucharistie : la seconde est le moyen d'en tirer ce fruit. Pour le fruit , il est aisé de Tentendre : ce fruit est de nous détacher de la vie , et de nous attacher à Dieu. Cest sur quoi Jésus-Christ s'explique clairement par ces paroles : En ^vérité , en vérité je vous le dis : i^êm me cherchez , nom point parce que vom aués vu dtes miracles ; mais parce que vous at^t numgé des pmns que j'ai mul» tipliés dans le désert^ et ^ue vous en a^ez éténour^ ris- Travaillez^ non point à la nourriture qui périt, nuns à celle qui ne périt pas , que le Fils de rhomme ^veus donnera : car c'est celui que le Père céleste ^ous a désigné, en imprimant sur lui son sceau et son caractère (0, et en confirmant sa doctrine et sa mission par tant de miracles. Vous vous expliquez, mon Sauveur ! Votre dessein est de nous détacher de la nourriture et de la vie périssable , qui fait tous nos soins, à laquelle nous travaiUons toute Tannée; et transporter notre diligence et notre travail à la nourriture et à la vie qui ne périt point Enseignez-moi , mon Sauveur : tirez-moi de cette manière admirable, qui &it qu'on va à vous : dégoûtezmoi de tous les soins qui n'aboutissent qu*à vivre pour mourir : faites-moi goûter cette vie où Ton ne meurt jamais.

Quel miracle faites-vous , afin que nous croyions en vousWi Que faites-vous de si merveilleux ? 11 est vrai , vous nous avez rassasiés de pain 'dans le^ désert. Mais ce pain est -il comparable à la manne que Moïse a donnée à nos pères , de laquelle il est écrit : Il leur a donné à manger le pain du cieLhe.

(0 Joan. Ti. 26, a;. — (*) Ibid. 3o, 3i.

pain que vous nous avez donné étoit le pain de k terre : et il y a autant de difGfrenoe enti*e vous et Moïse f qu'il y en a entre la terre et le ciel.

On voit dairementy par ce discours, qu*ils ne songeoient qu'aux moyens de sustenter cette vie mortelle ; et que ce n'étoit pas sans raison , que Jâiu- Christ leur avoit reproche leurs désirs charnels. Car ik ne poitent point leur pensée plus loin que b manne, dont leurs corpsfurent nourris dans le désert; ni ils ne connoissent d'autre ciel, que les nuées d'oà elle leur avoit été envoyée ; sans songer qu'elle n*avoit été appelée le pain du ciel , et le pain des anges, qu'en figure de Jésus-Christ, qui leur devoit apporter la vie éternelle. Il se sert donc de l'expressioD dont FEcritUre se sert pour relever la merveille de la manne , à élever les esprits au vrai pain des anges, à la vérité qui les rend heureux , et qui s'étant incarnée s'est rendue familière et sensible aux hommes pour les faire vivre.

11 leur dit donc çuil est descendu du ciel; aue qui vient à lui na jamais faini > et que gui croit en lui na jamais soif; qu'il est par conséquent k ^*rai pain (0, la vraie nourriture des âmes, oui viennent à lui par la foi ; qu il ne faut pourtant pas que les hommes espèrent de le pouvoir atteindre par sa divinité , ni de s y unir en elle-même ; que c'est un objet trop haut pour une nature pécheresse et livrée aux sens corporels ; qu'il s'est fait homme pour s'approcher d'eux ; que la chair qu'il a prise, est le seul moyen quil leur a donné pour s'unira lui ^ et que pour cela il l'a remplie delà divinité même,

V») Joan. VI. 33, 35, 48.

par

SUE L^éyANCILE. 54s

par conséquent d'esprit et de grâce ^ ou, comme parle saint Jean , de grâce et de^vérité, et ailleurs : l'esprit né lui est pas donné a^ec mesure : et nous auons tous reçu de son esprit (0 ; que de là donc il s^ensuity que nous avons en lui la vraie vie, la vie étemelle y la vie de Tame et du corps : et non pas précisément en lui comme Fils de Dieu /mais en lui comme Fils de Thomme : car c'est par-là qu'il commence. Travaillez à vous préparer la nourriture qui vous sera donnée par le Fils de l'homme : pourvu que vous le croyiez en même temps le pain descendu du ciel, c'est -à -dire y le Fils de Dieu; et que vous croyiez que sa chair , par laquelle il veut TOUS vivifier , est pleine d'esprit et de vie<

Ainsi la fin où il veut venir , est de nous faire -vivre; mais de la vie étemelle , et selon l'ame et selon le corps : c'est, dit - il , la volonté de mon Père , que je ne perde rien de ce que mon Pire nia donné, et q^ACy pour donner la vie au corps comme l'ame y je le ressuscite au dernier jour; et encore; f^os pères ont mangé la manne , et sont morts i celui qui mangera de ce pain, vivra étemelle-^ ment (^).

C'est donc là le fruit diè l'eucharistie; elle est faite pour contenter le désir que nous avons de vivre : et pour cela nous donner la vie éternelle^ dans l'ame y par la manifestation de la vérité; et flans le corps, par la glorieuse résurrection. Sei-^ gneur, qu ai - je à désirer? de vivre : de vivre eu vous y de vivre pour vous, de vivre de vous et de

{S)Joan4 1. 14, 16. ni. 34. — (") Ihid, vi. Bg, 40, $9.

votre étemelle vérité , de vivre tout entier , de vivre dans Tame, de vivre même dans le corps; de ne perdre jamais la vie ; de vivre toujours ! j'ai toat cela dans l'eucharistie ; j*y ai donc tout ^ et il ne reste qu*à jouii\

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