‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 153 sur 189 · XXX/ JOUR · texte numérisé non relu

XXX/ JOUR

Désir insatiable de T eucharistie. Joan. vi. 34^ 4^,47*

Seigneur, donnez - nous toujours ce pain (0 : œ pain dont vous avez dit , qu'il donne la vie éternelle. C'est ce que disent les Juifs : et ils expriment par-là le désir de toute la nature humaine , ou plutôt de toute la nature intelligente. Elle veut vivre étemdlement : elle veut ne manquer de rien; en un mot, elle veut être heureuse^ Cest encore ce qu'ezpiimoit la Samaritaine , lorsque Jésas lui ayant dit : O femme! celui qui boit de Veau que je donne na jamais soif : elle répond aussitôt : Seigneur, don* nez ^ moi cette eau, afin que je noie jamais soif, et que je ne sois pas obligée à venir ici puiser de Veau {?) y dans un puits si profond ^ avec tant de peine. Encore un coup, la nature humaine veut être heureuse ; elle ne veut avoir ni faim ni soif; elle ne veut avoir aucun besoin , aucun désir k remplir y aucun travail , aucune fatigue : et cela, qu est-ce autre chose ^ sinon être heureuse? Voilà ce que veut la nature humaine , voilà son fond. Elle se trompe dans les moyens ; elle a soif des plaisirs des sens; elle veut exceller; elle a soif des honneun

(«) Joan. VI. 34.— (>)/M. IV. 10, II, i3, i5.

.sum l'évanchle. 54.7

du monde. Pour parvenir aux uns et aux autres ^ elle a soif des richesses; sa soif est insatiable : elle demande toujours , et ne dit jamais : Cest assez; toujours plus et toujours plus. Elle est curieuse; elle a soif de la vërité; mais elle ne sait où la pren« dre, ni quelle vërité la peut satisfaire : elle en ra« masse ce qu^elle peut par-ci par-là, par de bons^ par de mauvais moyens : et comme toute ame cu-^ pieuse est légère, elle se laisse tl*omper par tous ceux qui lui promettent cette vérité qu'elle cherche. Voulez-vous n'avoir jamais faim, jamais n'avoir soif? venez au pain, qui ne périt point, et au Fils de l'homme qui vous l'administre; à sa chair, à son sang, oik est tout ensemble la vérité et la vie; parce que c'est la chair et le sang , non point du fils de Joseph, comme disoient les Juifs, mais du Fils de Dieu. O Seigneur, donnez^ moi toujours ce pain! Qui n'en seroit afiamé? qui ne voudroit être asâis à votre table? qui la pourroit jamais quitter?

Mais pour nous piquer davantage du désir d'en approcher, Jésus -Christ nous dit, que ce n'est pas Tine chose aisée ou commune. Il faut être aimé de Dieu, touché, tiré, prévenu, choisi. Voyez combien de ses auditeurs s'en éloignent? combien murmurent; combien se scandalisent! Ses disciples même se retirent d'avec lui; il y en a même parmi ses apôtres, qui ne croient pas. Plus ces infidèles se rebutent, plus les vrais disciples doivent s'approcher. Venez ; écoutez ; suivez le Père qui vous tire, qui vous enseigne au dedans , qui vous fait sentir vos besoins, et en Jésus-Christ le vrai moyen de les rassasier. Mangez^ buvez, vivez, nourrissez-

VOUS y contentez-vous y rassasiez- vous. Si vous êtes insatiables, que ce soit de lui, de sa vérité, de son amour : car la Sagesse éternelle dit en parlant d*elle-inéme : CeMiX çui me mangent auront encan faim , et ceux qui me boivent auront encore soijX^). Hé, nous venons entendre de sa bouche ; Celui qui boit de teau que je donnerai, naura jamais soifip) ; et encore : Celui qui vient h moi, n'aura jamais faim , eV celui qui croit en moi n'aura ja* mais soifi^). Il n'aura jamais ni faim ni soif d antre chose que de moi ; mais il aura une faim et hm soif insatiable de moi : et jamais il ne cessera de me désirer. En même temps qu'il sera insatiable, il sera néanmoins rassasié; car il aura la bouche à la source : Les fleuves deau vive lui sortiront de» entrailles\\ Leau que je lui donnerai, deviendra en lui une source d'eau jaillissante pour la vie étemelle (4). Il aura donc toujours soif de ma vérité; mais aussi il pourra toujours boire , et je le mènerai à la vie , où il n'aura plus même à désirer; parce que je le réjouirai par la beauté de ma face, et je remplirai tous ses désirs. Venez donc. Seigneur Jésus j venez ; l'Esprit dit toujours : Venez : t Epouse dit toujours : Venez. Vous tous qui écoutez^ dites: Venez : et que celui qui a soif, vienne : vienne qui voudra recevoir gratuitement Veau vive (5). Venez ; on n'exclut personne : venez ; il n'en coûte rien , il n'en coûte que le vouloir. Viendra le temps, qu'on ne dira plus : Venez. Quand cet Epoux tant désiré sera venu, alors on n'aura plus besoin de

(0 EccU. XXIV. 29. — (») Jomn. iT. i^. — W Ibid. yi. 35. — (4) IkiL Tii. 38. IV. i4. — (^) Apoc, XXII. 17» ao*

dire, Venez. On dira ëternellement : Amen : il est ainsi, tout est accompli : Alléluia (0 : louons Dieu; il a bien fait toutes choses; il a fait tout ce qu'il avoit promis ; et il n'y a plus qu'à le louer.

XXXL" JOUR,

Nouveaux murmurateurs caphamaïtes. Joan. vu. 64-

Ecoutons un peu nos murmurateurs; je ne dis pas ceux du peuple juif, les Caphamaïtes, et les autres dont il est parlé dans saint Jean. Ecoutons les murmurateurs chrétiens, qui font semblant de s^éloigner du sentiment des murmurateurs de Ga« pharnaiim', et qui disent : Nous ne leur ressemblons pas. S'ils avoient compris que ce manger et ce boire , dont le Sauveur leur parloit , étoit la foi ; ils n'auroient pas murmuré , ils n'auroient pas à la fin abandonné Jésus-Christ. Ainsi tout le dénoue* ment, c'est qu'il faut avoir la foi, et que tout le reste ne sert de rien : conformément , disent - ils , à cette dernière explication du Sauveur : C*est l'esprit qui vivifie : la chair ne sert de rien : les paroles çueje vous dis, sont esprit et vie (^).

Mon Sauveur, )e ne suis pas ici recueilli devant vous pour disputer, ni pour faire une controverse; mais comme vous ne permettez pas en vain les hé* résies , et que vous voulez tû^er des contradicteurs un plus grand éclaircissement de vos vérités, j'écouterai les murmures des hérétiques , pour mieux entendre , pour mieux goûter votre vérité. Us sont, Sei<

55o MÉDITATIONS

gneur, je le crois, ils sont vraiment, quoi çiùkdisent y de nouveaux Gaplhamaltes, qui viennent étoiu^ dir votre Eglise douce et modeste , et vos enfans qui ne sont pas disputeurs, ni contentieux, mais fidèles, du bruit de cette question : Comment celui -ci nous peut 'il donner sa chair à manger (')? Et ils rëpondent hardiment : Il ne le peut pas, au pied delà, lettre : il faut entendre spirituellement, cest-àdire, selon leur pens^, il faut entendre figurément tout ce discours. Qu^on est grossier, continuent-ils, de préparer autre chose que la foi et que Tesprit pour manger votre chair et votre sang ! Ecoutons donc ces hommes si spirituels, si élevés, qui regardent avec dédain votre humble troupeau, parce qu il croit simplement à votre parole , et ne cherche point à en détourner le sens ni la «force , pour contenter sa raison. Donnez-moi la grâce , ô Seigneur! de découvrir leurs vaines subtilités , et les pièges qu'ils tendent aux ignorans, qui en même temps sont superbes. Car ils passent jusqu'à cet excès de « nous prendre pour de vrais Capharnaïtes , à cause que nous ne voulons pas croire avec eux , qu^avoir dit que c'est l'esprit qui vii^ijicj c'est avoir dit qu'on ne mange votre chair, et qu'on ne boit votre sang que par la foi. Voici donc leur explication : Lu chair ne sert de rien, c'est-à-dire, qu'il ne sert de rien de manger réellement votre chair : Mes par rôles sont esprit et vie, c'est-à-dire, tout ce que j'ai dit de ma chair et de mon sang n'est qu'une figure. Voilà, Seigneur, ce qu'ils disent; mais je ne vois point tout cela dans votre Evangile. Je le vais re-

(0 jQon, yi. 53.

sua L ÉVANGILE. 55l

lire y Seigneur, et en peser de nouveau toutes les paroles : et f espère non-seulement croire toujours

' d^une ferme foi , comme je le crois ; mais encore entendre clairement, si vous le voulez, que ces murmura teurs se trompent; qu'ils vous font dire ce que vous ne dites pas. Mais, Seigneur, je remettrai à un autre temps cette humble lecture : aujourd'hui j*ai assez gagné de m'étre humilié, et d'avoir soumis

' mon esprit à la foi de votre Eglise catholique.

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