XLIX.* JOUR
Sommaire de la doctrine de t eucharistie.
Nous devons maintenant entendre, ce que c'est qne ce sacrement ; en quoi il consiste ; quel en est le fruit ; ce qu'on doit appeler le sacrement et le signe ; ce qu'on en doit appeler le fruit et la chose.
Ceux qui ne veulent pas croire, que ce qui nous est présent est vraiment le corps et le sang de Jésus^ Christ, disent que le pain et le vin sont le sacre^ ment et le signe; et que la chose c'est la réception de la chair et du sang de Jésus-Christ : puisque o'est là, disent-ils, ce qui est toujours accompagné de la vie , conformément à cette parole : Qui mange ma chair et boit mon sang^ a la vie étemelle : et çui me
(0/#.Ti.6, 7.
6o6 MÉDITàTIONS
mange , vil pour moi (0* Aveugles, qui ne veulent pas entendre qu'il y en a qui prennent ce corps sans le discerner ; qu il y en a qui le reçoivent en le profanant, et qui s'en rendent coupables; et que c est ce qui doit être reçu avec épreuve, pour ne le pas recevoir indignement. Mais parce que les hommes peuvent recevoir mal un si grand don , en est-il moins ce qu'il est 7
La parole de Dieu est par elle-même une lumière qui éclaiiT Thomme, qui le purifie, qui le nourrit; en laquelle il a le salut et la vie : cela empêclie-t-il qu il y en ait qu elle étourdit , qu'elle aveugle \ qu elle ne soit odeur de vie pour les uns , et odeur de mort pour les autres, et M/ie lettre qui tue i*^). Ce que les hommes la font devenir par leur mauvaise disposition, n'empêche pas ce qu'elle est par elle-même; ni ne lui ôte la force qu elle tire de la bouche de Dieu d'où elle sort. Ainsi le corps de Jésus, ainsi le sang de Jésus, n'en sont pas moins en eux-mêmes esprit et vie, encore qu'ils ne le soient pas à ceux qui les reçoivent mal. Ceux qui croiront et seront baptisèi, seront sauvés (3). Qui en doute , s'ils croient comme il faut ; s'ils persévèrent à croire ; s'ils ne mettent point d'obstacle à la grâce du baptême ; s'ils sont soigneux d'en conserver la vertu ? Ainsi , qui mange la chair, qui boit le sang, a la vie : oui , qui la mange et qui le boit dignement , et comme il faut. La chair mangée dans l'eucharistie , est au chrétien un gage de l'amour de Jésus-Christ , un témoignage certain que c'est pour lui qu'il s'est incarné, et pour lui qu'il s'est offert. Voilà le gage, voilà le signe, voUà
CO Joan, Yi. SS , 58. — C") //• Cor, ii. i6. ui. 6. — {?) Marc xti. i6.
suit L*ÉVi^NGILB. fio'J
le témoignage : mais il faut entendre ce gage ; il faut être touché de ce signe; il faut croire à ce témoignage: autrement y qu aurez- vous pris? Un gage , un signe y un témoignage de Tamour immense de votre Sauveur; mais sans en être touché^ sans y prendre part : et ce précieux gage de son amour sera en témoignage contre vous : et vous serez de ceux dont il est écrit : // est venu chez soi, et les siens ne l'ont pas reçui^). Qu'est-ce que venir chez soi , si ce n'est venir Si ceux qui sont à lui ; il y vient donc , et il a été au milieu d'eux : mais ils ne l'ont pas reçu, parce qu'ils ne l'ont pas connu , ils ne l'ont pas discerné j ils ne l'ont pas traité comme le méritoit sa dignité et son amour.
Quel est donc le vrai effet y et la chose , pour ainsi parler, de ce sacrement? Etre incoi-poré à Jésus- Christ : lui être parfaitement uni selon le corps et selon l'esprit : être avec lui une même chair et un même esprit , par la consommation de ce chaste mariage (^) : être de ses os et de sa chair, comme une épouse fidèle (^) ; mais être aussi de son esprit , en sorte qu'il jouisse tout ensemble de notre corps, de notre esprit, de notre amour, comme nous jouissons du sien : en un mot, être le corps de Jésus- Christ , lui éti-e uni membre à membre , comme les tnembres sont unis entre eux , comme tous le sont au chef (4) : et cela pour toujours , sans jamais être en division, ni en froideur, ni avec lui, ni avec aucun de ses membres; parce qu'il veut non-seulement venir en nous , mais y demeurer. Il ne s'unit qu'à
(«) Joan. I. II. — C») /. Cor. vi. 16, 17. — {}) Eph, v. 3o. — (4) /. Cor. XII. 37.
6o8 MÉDITATIONS
regret et à contre-cœur à ceux quMl voit désunis dans la suite et jiisqu*à la fin : il rie les répute pas siens, de cette manière secrète et permanente , dont il veut qti*on soit des siens : autrement son disciple bien -àimë dira : Ils étaient au ihiUeu de nous : ih en sont sortis : mais ils n étaient point des nôtres : et pourquoi? Parce que s* ils avoient été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous ('). Qui me mange demeure en moi, et moi en lui (^) : et qui n^ demeoit pas y ne me mange pas comme il faut.
En eflety qu'avons - nous dans reucharistiey quy avons - nous en substance y si ce n*est celui qui fait la félicité des bienheureux? Cest la même chose , la même substance; et il n*y a qu'à ôter le voile. Seigneur, ôtez ce voile; percez ce nuage : que me restera -t- il entre les mains et dervant les yeux, sinon cet objet qui me fera ma béatitude ? N'ai-je pas déjà cet objet dans votre corps? Dans le torps de Jésus -Christ n'ai- je pas son ame? PTai-jc pas toute sa personne, et dans sa personne celui qui y habite corporellement , avec une entière plénitude^) y c'est-à-dire, le Verbe divin : et dans ce Verbe ; n'ai- je pas son Père ? et n'a-t-il pas dit la vérité; quand il a dit : Qui me voit , voit mon Père (4\ J'ai donc tout. Que me reste-t-il à désirer, sinon de voir ce que je tiens, de percer le voile, de voir clairement et par une manifeste vision ce que je sais bien que j*ai , mais ce que je ne vois pas ? Mais il n y a (|u'à demeurer en lui : car ainsi il demeurera en nous. Va il ne demande qu'à être vu , qu'à être parÊdte*
(0/. Joan. II. 19. — C») Jqau. tl 57. — C^) Colot. u. 9, — WJom. 11 V. 9.
ment
SUR l'évangile. 6og
ment possède , qu à jouir parfaitement de nous, ea nous donnant tous ses biens et lui-même pour en jouir; enfin à être connu comme il connoit (0 : c'est- à -dire 9 à être connu clairement, vivement, éternellement, sans obscurité, au-dessus de toute vision. Voilà le fruit , la véritë , Fentière consommation du mystère de Teucharistie.