‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 166 sur 189 · XLVIII/ JOUR · texte numérisé non relu

XLVIII/ JOUR

S* éprouver soi-même. I. Cor. xi. 28.

Que rhomme s^éprouve lui-même W : qu'il éprouve premièrement, s'il n'est point indigne de cette table sacrée ; s'il ne vient point au banquet de l'Epoux sans la robe nuptiale , sans être en état de grâce ; car on lui diroit : Ami infidèle , ami téméraire, comment avez -vous osé entrer ici sans avoir l'habit nuptial? ^X. non -seulement il sera jugé indigne du

(«) Joan» VI. 57. — (») /. Cor. xi. a8.

Tautre. Il faut donc s*éprouver soi-même : et quand on dit s*ëprouver soi-même ^ ce n*est pas à dire sapprocher ou s*éloigner par son propre jugement: car cette épreuve ne seroit ordinairement que la nourriture de Tamour- propre. Une partie de cette épreuve est de bien connoître qu'on ne se peut pas juger soi- même y et qu'on doit savoir chercher ce dispensateur prudent , qui connoisse le temps et la mesure qui nous est propre. Car ce n'est pas sans raison que le prince des pasteurs a donné à ses ministres le pouvoir de lier et de délier ^ de retenir et de remettre. Qu'on s'éprouve donc soi-même avec ce conseil, et selon l'ordre de l'obéissance. Tout ce qu'on fait dans cet esprit, porte grâce. Tel qui entend dire que la sécheresse est quelquefois une épreuve et un exercice, prendra sa langueur pour une grâce: tel aussi s'imaginera être de ces tièdes , que Jésus- Christ vomit de sa bouche , quand il ne sentira pas son goût, et que ce goût se sera, pour ainsi dire, retiré bien avant dans son intérieur. Qui est le sage, encore un coup , çui discernera ces choses ?

Il faut aussi savoir connoitre cette viande , qui saitxcomme la manne prendre toute sorte de goûts. Tantôt on nous y doit faire goûter l'humilité; tantôt la mortification ; tantôt l'amour fraternel et celui des ennemis ; tantôt la joie qui nous transporte en esprit dans le ciel; tantôt la sainte tristesse qui nous dégoûte du monde , et nous imprime des sentimens de pénitence. On nous doit faire prendre cette viande avec la disposition oii le Saint-Esprit nous met ; ou dans celle oiï l'on ressent qu'il nous veut mettre. Il faut, dis- je, vous la donner ou selon votre attrait

SUR L^ÉTÂirGILE. 6o5

présent y ou pour voua inspirer celui dont vous avez besoin. Faut-il exciter en voua, ou y entretenir l'esprit d ardeui" et de zèle ? Le charbon pris sur Tautel (0 , n'eât rien pour vous purifier , pour Vous em<^ braser , à comparaison de ce corps. Est-ce Tésprit de componction et de larmes qui vous est nécessaire ? Ce divin corps en tirera plus de vos yeux, que la pécheresse n'en versa aux pieds du Sauveur. Seigneur, donnez à Votre Eglise dé ces prudens dispensateurs y qui sachent faire l'application de l'eucharistie. Seigneur, donnez à vos fidèles cette humble docilité, et la soumissioh aux conseils avec lesquels ils se doivent éprouver eux-mêmes.

Page 1