‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 169 sur 189 · LI/ JOUR · texte numérisé non relu

LI/ JOUR

^eucharistie est le viatique des mourons.

CorrsTDÉRoirs ici le corps du Sauveur, comme le doux viatique des mourans. Je me meurs^ mes sens

(0/. Cor. XT. 44, 45, 46.

StH L'ÉVAHGILfe, 6lt

sVteignént^ ma vie s'évanouit : qu'aî-je à désirer en cet état y que quelque chose qui m'ôte la crainte de la mort , et me tire de Tesclavage où cette appréhension m'a tenu durant tout le t^ps de ma vie? Mon Sauveur^ on m'apporte votre corps , ce corps immortel ^ ce corps spiritualisé :. je le reçois dans le mien : Je ne mourrai pets ; je vivraiM, Qui mange ma chair, diles*^vous W y aura la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. Il restera dans ce corps mort un germe de vie que la pourriture ne pourra point altérer; il y restera une impression de -vie que rien ne peut effacer. Tous les jours de ma ^ie je veux communier dans cette espérance : je -veiix me regarder comme mourant , et je le suis ; je veux vous recevoir en viatique. Je ne craindrai point la mort : vous m'aflranchissez de la servitude que cette crainte m'imposoit. Pourquoi craindre le mal, si l'en ai toujours Tantidote? Sans vous- la mort est un joug insupportable : avec vous elle est' un remède y et un passage à la vie. Que je suis hefu-^ reux! On m'apporte votre précieux corps : vous venez chez moi, hôte céleste! C'est à ce coup que \à puis dire : Seigneur, je ne suis pas digne que vousentriez dans ma maison (^). Vous y venez néan-» moins ; vous y entrez ; vous y êtes ; et ce n'est pas encore assez pour votre amour : la maison où vous Voulez entrer, c'est mon corps.

C'est ici le temps de se souvenir de votre mort ; de cette mort par laquelle la mort a été vaincue; de cette mort qui nous fait dire avec conGance : O mort^ ^

(0 Ps. cxTii. ij. -* W i/b«/i. Yi. 55. -• (') ^fauh, viu. 8.

6ia MÉDITATIOKS

OÙ est ton aiguillon? ômort, ou est ta mctoirei^U de cette mort par laquelle est accomplie cette parole : Je romprai votre pacte avec la mort ; et votre alliance auec le tombeau ne subsistera plus W. Et encore : la mort sera précipitée à Jamais dans tih bime (^). Faites ceci en mémoire de moi : souvenesvous de ma mort : annoncez^la (4).

O Seigneur ^ on m*a annoncé la mienne ; mais

rquon m*annonce la vôtre, et )e ne craindi-ai plos

rien. Oui , maintenant je pourrai chanter avec le

Psalmiste : Si Je marche au milieu de T ombre de la

mort^ Je ne craindrai rien, parce que vous êtes

avec moi (^). Ab ! doux souvenir que celui de votre

mort, qui a eHacé mes péchés; qui m*a assuré votre

royaume 1 Mon Sauveur , je m'unis à votre agonie :

je dis avec vous mon Iv mànus : Mon Dieu ^je re-

mets mon esprit entre vos mains (^). Seigneur Jésus,

recelez mon esprit^). Quoi, vous le venez quérir

V'ôus-méme pour le présenter à votre Père ! Cen est

fait : tout est consommé (S). Je veux mourir comme

vous en disant cette parole : Tout est consommé : je

n*atplus rien sur la terre, et votre royaume va être

mon partage. Tout est consommé; je Vois votre

royaume céleste, ce sanctuaire éternel, s'ouvrir pour

me recevoir par grâce, par miséricorde, en votre

nom, ô Jésus! A. ce coup sera accomplie cette parole:

Qui me mange, demeure en moi, et moi en /ai* (9). Je

ne vous quitterai plus. Maudite soit ma malheureuse

(0 /. Cor, XV. 55. — ^») Is. XXVIII. lo. — (5) lUJ. xxv. S. — {^) /. Cor. XI. a4, a5, 26. — (5) Ps. xxii. 4. — (6) £^. „,„ ^s, Ps. XXX. 6. — (7) Act. VII. 58. — v«) Joan. xix. 3o. — (9) làîtLyh 5;.

SUR l'évangile. 6i3

et criminelle inconstance , qui m'a fait quitter tant de fois un si bon maître! Et maintenant , mon Sauveur, je serai toujours avec vous : vous m'allez mar« quer de votre sceau, i^ ! Seigneur , gardez - moi jusqu'au dernier soupir, et que \e le rende entre vos bras.

Et ce corps que deviendra-t-il ? Le voilà uni au vôtre. Par votre corps ressuscité, je ressusciterai tout nouveau : je ne laisserai à la terre que la mortalité. Je vis dans cette espérance; mais j'y meurs. Je meurs tous les jours , puisque je ne cesse d'avancer an dernier moment. Mes jours se dissipent comme une fumée, s'en vont comme une eau rapide, dont on ne peut arrêter le cours. Dans un moment on passera où j'étois, et l'on ne m'y trouvera plus. Voilà sa chambre, voilà son lit, dira-t-on, et de tout cela il n'en reste plus que mon tombeau , où Ton dira que je suis ; et je n'y serai pas : il n'y aura qu'un reste de moi-même , et ce reste tel quel , di* minuera à chaque moment, et se perdra à la fin.

Que cela est triste! Oui , si je n'avois pas votre corps , pour me redonner la vie. Cette espérance me soutient. Je veux toujours me regarder en état de moi*t ; me confesser comme un mourant ; communier comme un mourant ; me disposer à chaque fois comme si j'allois mourir. Je meurs : fermezmoi les yeux-: que je ne voie plus les vanités : enveloppez - moi de ce drap : je n'ai plus besoin d'autre chose : rendez -moi ma pauvreté naturelle : mettez-moi en terre. C'est là d'où je viens selon le corps ; c'est là où il faut que je retourne ; c'est là ma mère qui m'a engendré, pour mourir : elle m'en-*

6l4 MÉBITATI0N8

fantera un jour, pour ne mourir plus. Ne parlons donc point de mort : ce nest plus qu^un nom : il n'y a de mort que le péché.

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