‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 170 sur 189 · LU," JOUR · texte numérisé non relu

LU," JOUR

L*eucharistie jointe par Jésus -Christ au banquit ordinaire ^ figure de la joie du banquet étenui. Ibid.

Ume des observations les plus nécessaires dans Vinstitution de Teucharistie , c'est que Jésus-Christ Ta faite dans un banquet ordinaire y en conversant à l'ordinaire avec ses disciples, sans marquer de distinction entre ce qui regardoit le repas commun, et ce qui regardoit ce divin repas, où il se devoit donner lui-même. Pendant qu'ils soupoienty dit saint Matthieu , il prit du pain, le rompit, et leur dit : Prenez et mangez : Ceci est mon corps (0. Il continue : il achève le souper ; et après le souper, disent saint Luc et saint Paul (2), il prit le calice , et il dit : Ce calice, et le breuvage que je vous présente , est le nouveau Testament par mon sang. Puis il continue son discours, et il dit selon saint Luc : La main de celui qui me trahit est avec moi à la table (^) ; et selon saint Matthieu ; Je ne boirai plus de ce fruit de vigne, jusqu'à ce que je le boive nouveau dans le royaume de mon Père (4) : toutes paroles qui n'appartiennent point à l'institution , et dont aussi

(0 Mauh. xxTi. 26. ^ (») Luc. XXII. 20. /. Cor. xi. aS, — P) Zbc T%i\. 21. — (4) Mauh. XXVI. ag.

«un L^ÉVANGILE. ' 6l5

saint Paul ne rapporte rien^ encore qu^il se fût proposé de raconter toute Tinstitution de ce mystère^ comme la suite de son discours le fait paroi tre. On ne dira pas qu il n'y ait rien de singulier et d'extraordinaire dans le banquet eucharistique : toutes les paroles de l'institution marquent le contraire. Mais cet extraordinaire et ce divin qui paroit dans cet endroit du banquet , est joint et continué avec tout le reste ; et il semble que le repas eucharistique ne fasse qu'une partie du repas commun , que Jésus fit avec les siens.

Ce qui se présente d'abord , pour entendre ce mystère, c'est que manger et boire ensemble est parmi les hommes une marque de société. On en« tretient l'amitié par cette douce communication : on partage ses biens, ses plaisirs, sa vie même avec ses amis : il semble qu'on leur déclare qu'on ne peut vivre sans eux , et que la vie n'est pas une vie sans cette société : Mangez j buvez ^ mes amis : eni^^rez't^ous , c'est - à - dire , réjouissez •» vous , mes très- chers, disoit l'Epoux à ses amis(0. Etia sagesse, pour nous inviter à sa compagnie, n'a rien à nous proposer de plus attirant , qu'un repas qu'elle nous prépare : Venez, mes amis, mangez mon pain, buvez le vin que je vous présente {?).

Cétoit aussi pour cette raison que Dieu ordon* noit à son peuple, de venir au lieu que le Seigneur avoit choisi, pour y faire bonne chère devant le Seigneur, avec tout ce qu'on, avoit de plus cher, avec son fils, avec sa fille, avec tout son domestique, avec soix serviteur et sa servante, avec ceux

(') Canu V. I. — C») Prov, n. 4-

6l6 X^DITÂTIONS

qu'on honoroît le plus, avec le Lévite qui demeoroit dans son pays (0, sans oublier Fëtranger, non plus que la veuve et Torphelin; et à plus forte raison y sans oublier ses voisins, ses proches , afin qaOs fussent rassasiés des biens que le Seigneur nous avoit donnés y et partageassent notre joie W.

Ces festins et cette joie ont été la cause que la béatitude céleste nous est reprâentée comme un banquet, n en viendra d'Orient et d'Occident^ ditk Sauveur ; et ils se mettront à table avec jibraham, avec Isaac et avec Jacob (3). Et lui-même, à la fin des siècles, il fera mettre à table ses bons senntâurs, et passant de table en table ^ il les servira (4). Et le jour même de la cène, pour appliquer cette idée au festin qu il venoit de faire avec ses disciples , il leur dit : Je vous prépare le royaume que mon Père m'a préparé , afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume (^).

Il vouloit donc que la cène fût un véritable festin, pour lier la société entre ses disciples, et leur figurer la joie de ce festin étemel, où ils seront rassasiés et enivrés de l'abondance de sa maison, et abreuvés du torrent de sa volupté (6). C'est pourquoi il célébra ce divin banquet sur le soir, à la fin du jour, en figure de ce souper éternel, qu'il dous fera à la fin des siècles, lorsque toutes choses seront consommées.

C'est encore ce qu'il vouloit dire, lorsqu'en prenant selon la coutume la coupe de vin , dont tout

(0 Deui. XII. 5, 7, la, i8. — (») Ibid. xxvi. ii, la, i3. — (') Mauh, VIII. II. — (4) Luc, xii. 87 (5) Ibid, xxu. 29, 3o. -

C^; Ps, XXXY. 9.

SUR l'évangile. 617

le monde buvoit dans les festins en signe de société, il la présenta à ses disciples , en leur disant : Par^ tagez-la entre vous : pour moi ^ je ne boirai plus du Jruit de la vigne , jusqu'à ce que le royaume de Dieu vienne (0. Saint Luc marque expressément cette action et cette parole avant Tinstitution de Teucharistie : et Jésus-Christ répéta la même parole j après avoir consacré le saint calice, en disant : Je vous le dis ^ je ne boirai plus de ce fruit de vigne, dont fai bu avec vous dans tout ce repas, et dont je me suis servi pour en faire mon ssLUg, jusqu'au jour oii je le boirai nouveau avec vous dans le royaume de mon Père (^).

Attendons-nous donc à ce repas éternel, où le pain des anges nous sera donné à découvert; où nous serons enivrés et transportés de la volupté du Seigneur, et des ravissantes délices de son amoui\ Le festin de notre Seigneur en étoit Tirnage : et pour imiter son* exemple , c étoit aussi dans des festins que les premiers chrétiens célébroient Teucharistie ; comme saint Paul le fait bien voir dans la première Epitre aux Corinthiens (^). Le festin de Teucharistie conserva toujours cette forme primitive , jusqu'à ce que les abus la firent changer : mais elle n'en a pas moins pour cela la force d'un banquet d'union et de société entre les frères , et d'espérance pour le repas étemel de Dieu.

Fréquentons donc ce sacré repas de l'eucharistie , et vivons en union avec nos frères : fréquentons-le , et nourrissons-nous de l'espérance de la joie céleste :

(0 Luc, XXII. 17 , 18. — C«) Mauh, XXVI. 29. — W /. Cor, xi. ao, 21 y etseq. 34»

6l8 MÉDITATIONS

mangeons ce pain qui soutient l'homme : buvons ce vin qui lui doit réjouir le cœur; et disons avec Hn saint transport : Ha ! que mon calice enwnat est exquis (0.

Jésus -Christ s'est servi de pain et de vin pour nous donner son corps et son sang , afin de donner à Teucharistie le caractère de force et de soutien, et le caractère de joie et de transport ; et afin aussi de nous apprendre , par la figure de ces choses qui font notre aliment ordinaire, que nous devions tous les -jours non-seulement soutenir , mais encore échaufier notre cœur ; non-seulement nous fortifier^ mais encore nous enivrer avec lui, et boire à longs traits dès cette vie Tamour qui nous rendra heureux dans l'éternité.

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