LIV.- JOUR
L'eucharistie jointe au repas commun, apprend à sanctifier tout ce qui sert à nourrir le corps. Ibid.
Je dirai tout y Seigneur : je me dirai à moi-même, et je dirai à tous ceux à qui je destine cet écrit : et je le destine à tous ceux que vous avez mis spécialement à ma garde , selon que je les croirai disposes à en profiter , et à tous ceux à qui vous permettrez qu'il tombe entre les mains : je leur dirai , mon Sauveur , tout ce que vous me mettrez dans Tesprit sur vos saints mystères, dans votre sainte parole. Je vois encore une autre raison qui vous a porté à unir Teucharistie au repas commun : vous vouliez sanctifier toute notre vie , dans l'action qui Tentretient et la fait durer : vous vouliez que la nourriture corporelle fût accompagnée de la spirituelle, afin que nous apprissions à faire tout en esprit, même les choses qui dévoient servir à sustenter notre corps. Nous ne devons nourrir ce corps , que pour être un digne instrument à Tésprit : nous devions prendre le manger et le boire dans cet esprit. L'eucharistie , prise devant le repas , devoit être un tempérament salutaire au plaisir des sens, de peur que nous ne nous y laissassions emporter, et qu'il ne prît le dessus. Mais encore que l'Eglise , à qui Jésus-Christ a laissé la dispensation de ses mys-
tèreSy dans la suite ait séparé, et très-sagement, ce que Jésus-Cbrist sembioit avoir uni , et qu^elle célèbre l'eucharistie hors du repas ordinaire ; le dessein de Jésus-Christ n*est pas anéanti : Tinstruction qu il nou$ a donnée subsiste toujours. Quand nous faisons nos repas , nous devons toujours nous souvenir, que selon rinstitution primitive de l'eucharistie , elle devoit les accompagner ; que Jésus-Christ Ta fait ainsi ; que TËglise Fobservoit ainsi sous les apôtres : qu'alors donc on vouloit apprendre aux chrétiens que toutes leurs actions, et même les plus communes, dévoient être faites saintement. Cette instruction subsiste toujours. En mangeant et en buvant, songeons à ce boire et à ce manger spirituel de la table de notre Seigneur : ayons Tesprit appliqué aux choses célestes : n'en quittons point la pensée durant nos repas. Si nous ne pouvons pas les accompagner de saintes lectures, comme on le fait dans les maisons spécialement consacrées à Dieu, accompagnons-les de saints discours , du moins de saintes pensées. Ne nous livrons pas aux sens, ni à ce corps misérable qu'il seroit honteux d'engraisser et de nourrir, si on ne le nourrissoit comme le ministre et le serviteur de l'esprit. Car autrement nous nourrir, ce n'est que travailler pour la mort, lui engraisser sa proie, et aux vers leur pâture. Nourrissons-nous avec règle , et comme disoit un ancien : Mangeons autant qu'il est nécessaire, pour nou8 sustenter : buvons autant qu'il convient à des personnes pudiques , qui ne veulent pas irriter les désirs sensuels. Enfin quoi que nous fassions; soit que nous huilions, soit que nous mangions^ soit que
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nous fassions queUfue autre chose par rapport an corps y faisons-le pour la gloire dé Dieu , et au nom de notre Seigneur Jésus^Christ ^ rendant grâces par lui à Dieu le Père (0.
Le royaume de Dieu n*est pas boire , ni manger; mais justice et paix , et joie dans le Saint- Esprit i''^).
LV/ JOUR
Pouvoir donné h V Eglise de changer ce quin'estpas de l'essence de l'institution di%fine. La communion sous ime espèce suffisante et parfaite. Ibidé
Que Jésus-Christ a donné un grand pouvoir à son Eglise dans la dispensation de ses mystères 1 II a institué Feucharistie dans un festin ^ dans un souper, sur le soir : et cela faisoit à son mystère , et à notre instruction. Et néanmoins il a permis à son Eglise de séparer ce qu il avoit mis ensemble y encore que ses apôtres aussi eussent suivi religieusement cette institution. Et non-seulement l'Eglise a cessé de faire ce que Jésus-Christ avoit fait , et les apôtres suivi : mais encore elle a pris la liberté d mterdire sévèrement cette pratique. C'est étant à table, et au milieu d'un repas, et y mangeant d'autres viandes , que Jésus-Christ a commandé à ses apôtres de recevoir l'eucharistie; et l'Eglise a bien osé le défendre, et faire une loi inviolable de corn* munier à jeun. L'eucharistie qui par son institution étoit un souper , n'en est plus un : on la prend le
(0 /. Cor, z. 3i» Coioss, nu 17. -«i \*) JRonu xir. 17.
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matin : od la prend avant toute autre viande : on la prend séparément du repas vulgaire ; et il n'est plus permis de la prendre comme Jésus-Christ Ta donnée, comme les apôtres Font i^çue.
On veut dire que c'est que tout Cela n^appartenoit pas à l'essence de Tinstitutton du Sauveur. JVIais le Sauveur a-t-il voulu laisser aux hommes à distinguer par leur propre sens ce qui était de la substance de son institution , d'avec ce qui n'en étoit pas? N'a-t-il pas voulu au contraire leur faire voir qu'il leur laissoit son Eglise, pour être une fidèle interprète de ses volontés, et une sûre dispensatrice de ses sacremens ?
Quand donc on veut s'imaginer qu*en ne recevant qu'une espèce, on ne reçoit qu'une cène et une communion imparfaite; c'est qu'on n'entend pas que c'est l'Eglise qui sait le secret de Jésus-Christ , qui sait ce qui appartient essentiellement à son institution, ce qui doit être donné à chacun, ce qui doit être, dispensé divei^sement, selon les temps et les conjonctures différentes.
Vous vous étonnez qu'on sépare ce que Jésus- Christ a mis ensemble, et qu'on donne le corps à manger, sans donner en même temps le sang à boire. Etonnez-vous donc aussi, de ce que la cène sacrée est séparée du souper commun. Mais plutôt ne vous étonnez jamais de ce que l'Eglise fait. Instruite par le Saint-Esprit et par la tradition de tous les siècles , elle sait ce que Jésus-Christ a voulu faire ; et que ce qu'il a séparé par une représentation, mystique, ne laisse pas d'être uni, non-seulement en vertu, mais encore en substance. Il est
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vrai y il a fallu , pour la parfaite représentation de sa mort y que son corps parût séparé d^avec son sang y et qu'on les prit chacun à part ; mais elle sait en même temps que la vertu du corps livré, n*est pas autre que la vertu du sang répanda ; et que non*seulement la vertu , mais encore la substance même de F un et de Fautif, après sa résurrection, sont inséparables.
Elle laisse donc ce corps et ce sang dans cette séparation mystique. Mais au fond y elle sait bien, quelque pai^tie que l'on prenne y qu*on reçoit la vertu du tout. 11 ne faut que voir comment Jésus- Ciirist a célébré la cène. Car les évangélistes ont marqué distinctement ^ qu'il en a donné les deux parties avec quelque distance l'une de l'autre; puisqu'il a donné le corps pendant le souper, selon saint Matthieu (0; et le calice du sang après le souper y selon saint Luc et saint Paul C^). Et non content d'avoir comme séparé ces deux actions par ce caractère , il a voulu montrer que chaque partie de son action étoit complète en elle-même, puisqu'il dit après chacune, comme saint Paul le maniue expressément : Faites ceci en mémoire de moi (^). Ainsi y quelque partie que je prenne , je célèbre la mémoire de la mort de Jésus-Chiist; je m'en applique la vertu tonte entière ; je m'incorpore à Jésus-Christ. Car ne lui suis-je pas incorporé en prenant son corps ? N'est-ce pas par-li que je suis fait os de ses os, et chair de sa chair, et une même chair avec lui (4), ainsi que nous avons
(0 Matth. XXVI. ati. Marc. xiv. aa. — (») Luc» xzii. ao. /• Cor.xi* a5. — \h Ibid, a4 , a5. — ^4) Jiphes, T. 3o.
vu?
SUE l'ÉVAH&ILS. 635
Que me faut-il davaatage pour accomplir vre de mon satut , surtout en mangeant ce s comme le pain descendu du ciel, c'est-ànlirey ne le corps d'un Dieu, comme un corps uni Jt 3 même, et rempli pour moi de l'esprit qui me !•? Pî'ai-)e pas en même temps reçu et son corps n esprit ? Ce qui reste me peut bien donner une entière expression de la mort de Jésus-Christ; l'en ai toute la vertu dans le corps seul. Et je t'étonne pas si saint Paul a dit , que quiconque ge ce pain , ou boit cette coupe indignement , oupable du corps et dusangi'): oui, dit-il, et dit très-distinctement : Quiconque reçoit indinent l'un ou l'autre, est coupable de tous les L : et par la même raison, qui participe dignet à l'un des deux , bonore tous les deux en- ]le, et en reçoit le fruit et la sainteté; parcs n'y a dans l'un et dans l'autre qu'une seule «t le vertu , une seule et indivisible sainteté. Ainsi reçoit l'un , ou qui reçoit l'autre , ou qui retous les deux, reçoit toujours également son » La substance n'en est pas plus dans tous les [ que dans l'un des deux ; car où est toute la tance de Jésus-Cbrist , là est aussi , pour ainsi er , toute la substance du salut et de la vie. Car, me dit l'Eglise elle-même , dans le saint concile 'rente (>) , le même qui a dit : Si vous ne manma chair, et ne buvez mon sang, vous n'aureg la vie en vous, a dit aussi : Quiconque mange e pain , aura la vie étemelle : et le même qui
/. Car. XI. 37. -^ (■) Su*, xu. top. i.
BoasDBT. IX. 4o
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a dit : Qui mange ma chair et boit mon sang, aun la "vie éternelle , a dit aussi : Le pain que je domt^ rai, est ma chair pour la vie du monde : et le même qui a dit : Qui mange ma cliair et boii mon sang, demeure en moi , et moi en lui, 9l dit aussi : Qa mange ce pain, viv^ra éternellement: et Qui m mange , vii^ra pour moi (0.
Sur ce fondement inébranlable TEglise a admi* nistrë la communion en plusieurs manières difr rentes. Elle Ta donnée dans TËglise ; elle Ta portée aux absens; les malades Font eue sous Tune àa espèces ; les petits enfans Font eue sous Tautre; les fidèles Font emportée dans leur maison , encore que Jésus-Christ n*eût rien fait , ni rien dit de semblable, et Font emportée sous la seule espèce du pain. Les Grecs ont mêlé les deux espèces , et les ont données au peuple toutes deux ensemble. Tout est boa, pourvu qu on ait Jésus-Christ des mains de FE^fise. Car c est là FeiTet véritable que doivent opérer daos cliaque fidèle ces différentes manières de communier: elles doivent , dis-je, nous apprendre que la plis parfaite et la plus nécessaire disposition qu*il font apporter à Feucharistie , c'est d*en approcher avec un sincère et parfait attachement à F Eglise. Elle est le corps de Jésus - Christ : il faut être incorporé i FEglise y pour Fétre au Sauveur.
O Jésus ! je le crois ainsi : malheur à ceux qui chicanent contre votre Eglise ! C'est chicaner et disputer contre vous-même. Si Fon écoute ces chicanes, on doutera de son baptême. V6us avez dit: Baptisez, plongez dans l'eau , en signe. qu'on est eo-
(«) Joan. VI. 5a, 54, 55, S^ySS, 5g.
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seveli avec moi : mais votre Eglise se contente de jeter quelques gouttes d'eau sur la tête. Vous avez dit : Enseignez, et baptisez; et ceux çui croiront et seront baptisés, seront sauvés W. Liatfoi et rinstruclion sont marquées dans ces paroles comme la pré* paration au baptême : et au contraire, on nous bap« lise avant que nous soyons capables d'être instruits et de croire ; et Tinstruction n'est plus ce qui nous prépare au baptême ; mais c'est le baptême qui noua rend dociles y pour recevoir l'instruction. On nous reçoit sur la foi d'autrui; d'autres disent en notre nom : Je crois, je renonce; et votre Eglise accepte la réponse, sans qu'il en soit rien écrit dans votre parole. Quelle sûreté pour nous , si nous n'entendons que la foi constante de l'FJglise , que interprétation de l'Eglise, que la pratique inviolable de TEglise est aussi bien votre parole, que votre parole même rédigée dans vos Ecritures. Oui, ce que vous avez écrit dans les cœurs , et que l'Eglise a toujours prêché, est la vérité. Je vis en cette foi, et je m'unis d'esprit et de cœur à votre Eglise et à sa doctrine f protestant sincèrement devant vous que je suis content de vos sacremens, suivant qu'elle me les administre, elle que vous en avez établie la dispensatrice.