‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 173 sur 189 · LVI.' JOUR · texte numérisé non relu

LVI.' JOUR

jddoralion, exposition, réserve de V eucharistie.

Mon Sauveur , puisque les chicanes des rebelles de votre Eglise me conduisent à une grande intelli-

(0 Marc. xyi. 16.

6a8 XÊDITÂTIOR8-

genoe de votre vérité , je veux encore considérer celles qu ils lui font sur l'adoration , sur la réserve, sur l'exposition de votre adorable sacrement.

On ne voit point , disent-ils , dans les paroles de TEvangile , que les apôtres aient adoré le corps et k sang de Jésus -Chi*ist en les recevant. Et voit -on qu'ils aient adoré Jésus -Christ , qui bien constamment étoit assis avec eux en sa forme visible et naturelle 7 O mon Dieu ! ces disputeurs ne verront-ils jamais que , quoi qu'ils répondent , ils se font à euxmêmes leur procès. Les apôtres ad croient -ils Jésus- Christ en sa propre et naturelle figure ? Mais ils le croient sans qu'il soit écrit en ce lieu r là. Ne l'adoroient-ils pas? Et que veulent-ils donc conclure de ce qu'il n'est pas écrit qu'ils l'aient adoré dans l'eucharistie ?

Mais que ces hommes ^ qui se croient subtib, et appellent les autres grossiei-s, sont grossiers euxmêmes; puisqu'ils n'entendent seulement pas quelle est la véritable adoration ! Car à nous tenir mot à mot y à ce qui est écrit dans l'histoire de la cène, et sans chercher à suppléer un endroit de l'Evangile par les autres : croire en Jésus-Christ , lorsqu'U dit ; Prenez , mangez; ceci est mon corps (') : le croire, dis-je, sans hésiter et sans disputer, loi^qu'il dit une chose si étonnante : faire ce qu'il dit, et manger ce pain apparent , avec une foi certaine que c'est son vrai corps; en faire autant du sacré calice : faire an acte de foi si pur et si haut, n'est-ce pas adorer Jésus-Christ ? Mais discerner avec saint Paul ce corps du Sauveur; le discerner tellement qu'on entende

(0 MaUli. XXVI. 26.

SUR L*éyÀ2fÀiLÈ. ârigi

que c^est le corps ^ non-seulement d*un homme , mais d*un Dieu , et le vrai pain descendu du ciel ; y mettre son espérance, y cherchei* sa vie, y attacher tout son amour; n'est-ce pas encore Tadorer parfaitement? Et qu'ajoute à cette foi la génuflexion , Findination du corps , son prosternèment, en un mot Tadoration extérieure, sinon un témoignage sensible de ce qu'on a dans le ccéur ?

Crojrez-a^ous au Fils de Dieu ? dit le Sauveur à Tavengle-né qu'il avoit guéri : Qui est- il, répondit-il , afin que j'y croie ? C'est celui qui ^ous parle , répondit Jésus : et l'aveugle répartit : jy crois. Seigneur; et se prosternant, il Fadora (^). Que fit-il en se prosternant devant lui , sinon de répéter d'une autre manière et par an autre langage , ce Je crois , qu'il venoit de prononcer avec la bouche ? Et ceux qui disent : Je crois > sans se prosterner devant lui, l'adorent-ils? ou ceux dont on n'a point ^crit qu'ils l'aient fait*, l'adorent-ils moins que les autres ? Et cette femme , qui le toucha pour être guérie (^), ne l'avoit-elle pas déjà adoré dans son cœur, avant que de se jeter à ses pieds? Et quand les apôtres disent au Sauveur : Seigneur, augmén-tez-nous la foi (3) , ne connoissent-ils pas tout ce qu'il est , et ne l'adorentrils pas intérieurement comme un Dieu , encore qu'alors ils ne fussent pas à genoux devant lui ?

Qui ne voit donc que croire à Jésus, qui dit : Ceci est mon corps , ceci est mon sang : et les recevoir dans cette foi, et discerner que ce corps est le

CO Joan. IX. 35, 36^ 3;. — W Luc. tiii. 43, 44, ^7. — W lUd.

XYII. 5.

63o XÉDITATTOHS

corps d*un Dieu , par lequel la vie nous est donnée; quand on n^y verroit que cela, et qu*on ne troQ- Teroit pas dans le reste de TEcriture ce qui est dû à Jësus - Christ , c'est un acte d'adoration de h nature la plus haute , et que tons les prostememem qu'on fera à Jésus-Christ n'en seront que l'expreision et le témoignage ? C'est donc avec raison qa'oo Joint dans l'eucharistie Fadoration intérieure et Textérieure , c'est-à-dire , le sentiment et le signe, la foi et le témoignage. C'est avec raison , comme le rapportent les saints , qu'on manifestoit au dehors par la posture du corps, Fabaissemient de l'esprit, et que nul ne prend ceite chair, çuil ne Vait premièrement adorée : ce sont les mots de saint Augustin (0, et le témoignage constant de la 'pratiqué de l'Eglise. Mais pourquoi cherc^r ces témoignages, quand manger, quand boire ce corps et ce sang y comme le corps et le sang de Dieu, et y attacher son espérance , c'est une si haute adora- .tion , qu'on voit bien qu elle doit attirer toutes les autres.

Vous me dites : Pourquoi exposer ? où cela est-il écrit ? l'ancienne Eglise l'a-t-elle observé ? Grossier et charnel, lequel est le plus, ou d'exposer dans l'Eglise le corps du, Sauveur , ou le porter avec soi, et le garder dans sa maison ? Et ce dernier est-il plus écrit que l'autre ? Qui ne voit donc que la substance étant écrite et bien entendue par l'Eglise; tout le reste qui en est la suite a été diversement pratiqué , selon la sage dispensation de la même Eglise , pour l'édification du peuple saint ?

(0 Enar. in Ps. zcYiii. n, 9.

SUA LÉVA.KGILE. 63 I

Allons de ce pas ; ne tardons pas davantage ; allons adorer Jésus qui repose sur lautel. Ah ! c est là qu'on me le garde ; c est de là qu on me Fappor* tera un jour en viatique , pour me faire heureuse^ nqent passer de cette vie a Fautive. Pain des voyageurs, qpû serez un jour le pain des comprëhenseurs j le pain de ceux qui vivront dans la céleste patrie , je ^ous adore ; je crois en vous; je vous désire; je vous dévore en esprit : vous êtes ma nourriture, vous êtes ma vie*

LVIL* JOUR, Le sacrifice.

A Dieu ne plaise que nous oubliions la sainte action du sacrifice , et le mystère de la consécra* tion. Je vois un autel; on va offrir un sacrifice, le sacrifice des chrétiens ; le sacrifice et Toblation pure , dont il est écrit , quelle devait être offerte depuis le soleil levant jusques au couchant X^), Ce n*est plus ce sacrifice qui ne devoit être offert que dans le temple de Jérusalem , et en un lieu parti* culier choisi de Dieu : c*est un sacrifice qui doit être offert parmi les gentils et dans toutes les na^ lions de la terre. Oà est donc Tappareil du sacrifice ? où est le feu ? où est le couteau ? où sont les ' victimes ! Cent taure.aux, cent génisses ne sufliroient pas pour exprimer la grandeur de notre Dieu. On offroit aux faux dieux mêmes des hécatombeS| c'est*

\}) Malach. i. ii.

63a XÉD1TATIOH8

à-dire y des bœufs pai* centaines : je ne vois rien de tout cela.

Quelle simplicité du sacrifice chrétien ! Je ne vois qu*un pain sur Fautel , quelques pains au plm^ un peu de vin dans le calice. Il n^en faut pas davantage pour faire le sacrifice le plus saint, le plis auguste y le plus riche qui se puisse jamais comprendre. Mais ny aura-t^il point de diair, nj aura-t-il point de sang dans ce sacrifice Ml j aura de la chair y mais non pas la chair des animam égorgés; il y aura du sang, mais le sang de Jésus- Christ : et cette chair et ce sang seront mystiquement séparés. Et d'où -viendra cette chair, d'oik viendra ce sang ? Il se fera de ce pain et de ce vin : une parole toute-puissante viendra , qui de ce pam fera la chair du Sauveur, et de ce vin fera son sang : tout ce qui sera proféré par cette parole, sera dans le moment ainsi qu*il aura été prononce; car c*est la même parole qui a fait le ciel et la terre , et qui fait toiit ce qu'elle veut dans le ciel et dans la terre. Cette parole prononcée originairement par le Fils de Dieu, a fait de ce pain son corps, et de ce vin son sang. Mais il a dit à ses apôtres : Faites ceci : et ses apôtres nous ont enseigné qu'on le feroit jusqu'à ce çuil 'vint : no5Ec VEUîi.iT (0 ; jusqu'au dernier jugement. Ainsi la même parole répétée par les ministres de Jésus- Christ, aura éternellement le même effet. Le pain et le vin se changent ; le coi^s et le sang de Jésus- Christ en prennent la place. O Dieu ! ils sont sur l'autel ce même corps, ce même sang; ce corps

CO /. Cor. XI. 24» ^5, a6.

sua L*ÉvAirGiLE. 033

donné pour nous^ ce sang répanda pour nous. Quelle étonnante merveille ! C'est une merveille pour nous , mais ce n'est rien d'étonnant pour le Fils de Dieu y accoutumé à faire tout par sa parole. Tu es guérie (0 : on est guéri : Tit es vwant W : on vit y et la vie qui s'en alloit est rappelée. Il dit : Ceci est mon corps : ce n'est plus du pain ; c'est ce qu'il a dit : il a dit : Ceci est mon sang : ce n'est plus du vin dans le calice ^ c'est ce que le Seigneur a proféré; c'est là son corps, c'est le sang; ils sont séparés; oui, séparés; le corps d'un côté, le sang de l'autre : la parole a été l'épée, le couteau tranchant qui a fait cette séparation mystique. En vertu de la parole y il n'y auroit là que le corps y et rien là que le sang : si l'un se trouve avec l'autre , c'est à cause qu'ils sont inséparables depuis que Jésus est ressuscité : car depuis te temps-là il ne meurt plus. Mais pour imprimer sur ce Jésus , qui ne meurt plus, le caractère de la mort qu'il a véritablement soufferte , la parole vient, qui met le corps d'un côté, le sang de l'autre, et chacun sous des signes diiférens : le voilà donc tevétu du caractère de sa mort, ce Jésus autrefois notre victime par l'efFusion de son sang, et encore aujourd'hui notre victime d'une manière nouvelle par la séparation mystique de ce sang d'avec ce corps ?

Mais comment ce corps, comment ce sang? Gela se peut-il? et un corps humain peut-il être sous cette mince étendue? Qui en doute, si la parole le veut? La parole est toute-puissante : la parole est l'épée tranchante , qui va aux dernières divisions ; qui saura

(0 Afare. ▼. 34* — (*) Joan. xi. 4^, 44*

634 IIÉDITATIOHS

bien ^ si elle le veut , ôter à ce corps ses propriëtâ les plus intimes y pour ne nous en laisser que la nue et pure substance : car c'est cela qn il me faut; c*est à cette pure substance que le Verbe divia est uni; car son union est substantielle : son union se iait dans la substance : celle qu il veut avoir avec moi, se fera ausû par la substance de son corps et de soa sang : il Ta dit , et cela est fait dans le momenL

Mais je ne vois rien de nouveau sur cet autel! le le a*ois bien; la parole sait ôter au sens tout ce qu'elle veut , lorsqu'elle veut exercer la foi. Jésus- Christ y quand il a voulu, s'est rendu invisible aux honunes; il a passé au milieu d'eux sans qu'ils le vissent : deux disciples , à qui il parloit, ne le connurent qu'au moment qu'il le voulut : Marie le prit pour le jardinier jusqu'à ce qu'il l'eût réveillée , et lui eût ouvert les yeux par sa parole. Il entre , il sort ; et on ne le voit ni entrer ni sortir: il parott, il disparoit comme il lui plaît. Qui doute donc qu'il ne puisse nous rendre invisible ce qui par luimême ne le seroit pas? La parole, ce glaive tranchant ^ est venue, et a séparé de ce corps et de ce sang , non-seulement tout ce qui pourroit les rendre visibles, mais encore tout ce par oil ils pourroient fi'apper nos autres sens.

Mais je vois tout ce que je voyois auparavant ; et si j'en crois mes sens, il n'y a que pain et que vin sur cette table mystique. Le pain y est-il ? le vin y est-il 7 Non ; tout est consumé. Un feu invisible est descendu du ciel : la parole est descendue , a tout pénétré au dedans de ce pain et de ce vin : elle n a laissé de substance sur la table sacrée ^ que celle

sua L^ÉVANOILE. 635

quVlle a nommée ; ce n*est plus que chair et sang. Et comment? La parole est toute-puissimie ; tout lui a cédé, et rien n'est demeuré ici que ce qu'elle a énoncé : ce feu a tout donigé en }iii*méme : la parole a tout changé en ce -qu'elle a dit.

Mais je vois le même extérieur ? Oui , parce que la parole n'a rien laissé que ce qui lui étoit nécessaire pour nous indiquer oii il falloit aller prendre ce corps et ce sang , et tout ensemble pour les couvrir à nos yeux. Les anges ont apparu en forme humaine : le Saint-Esprit même s'est manifesté sous la forme d'une colombe : la pain>le veut que le corps de Jésus-Christ nous apparoiisse sous les espèces du pain y parce qu'il Êilloit un signe poui* nous annoncer oii il falloit l'aller prendre : ce qu'elle .veut, s'accomplit. Elle a consumé toute la substance ; ce que vous voyez est comme la cendre que ce feu divin a laissée ; mais plutôt ce n'est pas la cendre , puisque la cendre est une substance , et ce qui reste de cet holocauste n'est que l'enveloppe sacrée du corps et du sang : c'est enfin ce que la parole a voulu laisser pour nous marquer la , présence occulte, quoique vérîtable, de ce corps et de ce sang de Jésus-Christ , qu'elle vouloit bien mettre là en vérité et en substance, mais qu'elle ne vouloit montrer qu'à notre foi . N'en disons pas davantage ; car tout le reste est incompréhensible, et n'est vu que de celui qui l'a fait.

Voilà le signe que Jésus-Christ nous a laissé, signe auquel nous reconnoissons qu'il est véritablement présent. Car la parole nous le dit ^ et il ne faut pas être en peine de la manière dont elle exécute co

636 MÉDITÀTIOlf s

qu'elle prononce : il ne faut songer qu^à ce qu'elle signifie. Car elle a en elle - même une vertu pour faire tout ce que veut celui qui Fenvoie. 77 a ^ dit41, envoyé sa parole , et elle les a guéris , et elle les a arrachés des mains de la mort (i). «Sa parole ne revient point inutile : elle fait tout ce qu'il a ordonné (^). Entendez donc encore un coup cette parole : Ceci est mon corps. S'il avoit voulu laisser un simple signe , il auroit dit : Ceci est un signe : s'A avoit voulu que le corps fàt avec le pain , il auroit dit : Mon corps est ici. Il ne dit pas : Il est ici , mais : Ceci Test: par-là il nous définit ce que cétoit, et ce que c'est. Quand on vous demandera : Qu'estce que ceci ? Il n'y a qu'un mot à répondre : Cest son corps ; la parole a fait cette merveille.

Elle n'en demeure pas là. Sortie de la bouche du prêtre comme de celle du Fils de Dieu , elle a fait sur le saint autel ce changement prodigieux : elle tourne ensuite sa vertu sur nous tous , qui assistons au sacrifice : elle éteint en noustous nos sens : nous ne voyons plus ; nous ne goûtons plus , par rapport à ce mystère. Ce qui nous paroît pain , n'est plus pain : ce qui nous paroît vin y n'est plus vin : o*est le corps, c'est le sang de Jésus- Christ. Nous nen croyons plus le jugement de nos sens ; nous en croyons la parole : elle a tout changé ; et nousmêmes nous ne sommes plus ce que nous étions, des hommes assujettis à leurs sens, mais des hommes assujettis à la parole. En cet état nous approchons du saint autel : Venez le désiré de mon cœur : Sitivit Uf TE ÀiTiMA ME A .' Mon amc a soif de vous : en corn" (») Pi. cri. 20. — (») /r. Lv. 1 1 .

SUE l'évai^gile. 63^1

bien de manières ma chair ofous désire -t- elle (0? Oui y ma chair prend part au désir de. Famé : car c^est en elle que s'accomplit ce qui cause à Famé ces transports. Mon cœur et ma chair se réjouiront dans le Dieu wvant W : tous mes os crieront : Sei^ gneur , ^ui est semblable à vous (?) ? Qui vous est semblable en puissance ? Mais qui vous est semblable en bonté et en amour ?

LVIIL* JOUR.

Simplicité et grandeur de ce sacrifice.

Que le sacrifice des chrétiens est grand ! qu'il est auguste ! mais qu il est simple ! qu'il est humble ! Un peu de pain , un peu de vin ^ et quatre paroles le composent ! Je reconnois le caractère du Seigneur Jésus. Qui voyez -vous 7 un homme : Qu*y croyez-vous 7 un Dieu. Saint Paul dit : Qui man-géra de ce pain (4) : il ne parle que de pain , direzvous. Il parle de ce qui paroit, et il se plaît à marquer ce qu'il y a d'humble, de commun, de familier dans ce sacrifice : mais pénétrez la simplicité de cette parole ; voyez ce qui suit , ce qui précède : vous entendrez alors quelle force , quelle grandeur il y a dans cette parole : Qui mange ce pain. Car ce pain , c'est-à-dire , ce pain fait corps : ce pain en apparence , mais corps en effet ; ce pain par qui un autre pain et le vrai pain de vie éternelle nous

(0 Ps. LXII. 3. — (*) lUd, lOLXXIII. 3. — (S) Md, XXXIT. lO. —

(4) 1. Cor. XI. 27.

638 XÉDITATIOHS N

est donné. Voilà ce que veut dire ce pain. U firak entendre de même le calice du Seigneur. Les caHoes qui ont servi à Teucharistie , ont été des maUèra les plus précieuses^ et cela dès Forigine da christia* nisme , et même durant le temps des persécutions et de la pauvreté de TEglise.* Je ne m'en étonne pas: Jésus-Christ nous a fait entendre de quoi son corps étoit digne ^ quand il a permis et approtrvé qu^oi employât tant de parfums exquis , non-seulement à Thonorer pendant sa vie, mais encore à Toiodre après sa mort.

Mais quoiqu'il approuve ces choses , et que son Eglise les imite, elle n'est point attachée à cet appareil extérieur. La persécution lui peut ôter 1 or et l'argent y dans lesquels elle sert le Fils de Dieu; peut-elle lui faire perdre la richesse de son sacrifice? Non : un peu de pain , un peu de vin lui peuvent fournir de quoi offrir à Dieu le plus auguste sacrifice y et de quoi donner à tous les fidèles le plus magnifique repas. Voilà les vraies richesses de l'Eglise : les autres non - seulement lui peuvent être ôtées; mais elle-même elle s'en est souvent défaite. Elle a loué ses évêques, qui, pour assister les pauvres, se réduisoient à porter le corps de Jésus-Christ dans un panier , et son sang dans un simple verre ; ceux qui cmployoient les vaisseaux sacrés à racheter les captifs, à acheter de la place pour enterrer ses morts. Il faut donc avoir du zèle pour honorer les mystères, et ni l'or ni les pierreries ne doivent point être épargnés pour exciter la révérence des peuples: Mais cependant «'oublions jamais , que ce qu'il y a de vraiment riche dans ce sacrifice, c*est ce qui est le

f 8U& l'évahgilb. 639

plus caché y le plus humble. Mais que fait là Jësus^ Christ 7 Je ne vois pas qu'il y fasse rien ^ qui soit digne de lui. Cest cela même qui est grand : car c*est par-là qu*il fait voir que tonte sa grandeur est en lui-même : c'est en cela qu'il fait voir que toute sa grandeur ^ aussi bien que toute noire illicite , est dans sa mort. Plus il est anéanti, plus tt est mort; plus il nous transporte sa vie. IMgo€ mémorial d'un Dieu y qm s*est anéanti lui-même.

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