LX.* JOUR
Jésus notre victime donné à la croix ^ donné dans T eucharistie. Luc. xxii. 19 , 20.
Que je trouve de douceur à méditer votre parole! que j'en trouve dans cette parole , par laquelle vous établissez et continuez ce banquet, qui est en même temps un sacrifice ! Je ne me lasse point de la méditer : je là considère de tous côtés: je la rumine, pour ainsi parler, et je la passe et repasse sans cesse dans ma
(0 Apoc, nr. 5. — (») Joan. yiiu 11.
bouche
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Louche pour la goûter , pour en tirer tout le suc : Ceci est mon corps donné pour vous ; en temps présent : qui se donne : Ceci, est mon sang répandu pour ^ous (0 ; dans le même temps : yia se répand. Saint Matthieu parle ainsi , saint Marc, saint Luc, saint Paul : quatre témoins parfaitement uniformes âé votre parole. Tous quatre parlent en-présent: cela est clair dans l'original , et Tinterprète latin qui a traduit au futur : sera hWé, sera répandu, par rapport à la croix , où ce corps alloit effectivement être livré, et où ce sang alloit être répandu , a conservé daiis saint Luc le temps présent : Hoc corpus , quod pro voBis DÀTun : afin que nous entendissions , hon-seu«* lement que Jésus -Christ en disant : Ceci est mon corps, Fentendoit de ce même corps qui alloit être livré pour nous ; mais encore qu'il entendoit que ce même corps, qui alloit être livré et donné pour nous; Fétoit déjà par avance dans la consécration mystique, et le seroit à chaque fois qu'on célébreroit ce sacrifice. Croyons donc, non-seulement que le cbrps dé Jésus-Chrât devoit être donné pour nous à Sa croix, et l'a été en effet : mais encore qu'à cfaâqàé fois qu'on prononce cette parole ^ îl est par cette pafôlef actuellemient donné pour nôtls4'Hoc corptts, Qtioô
PRO VOBlS. DATUR.
Il veut donc dire que ce. corps n'on- seulement nous est doiiné dans l'éucharislié i Prehéz ; màngkz : ceci est mon corps (?) : niais encôk-e tJÙ'îl y "est dôhiiiî pour nous j offert [ioùr nous ^ liUssi bien qu'il Ta été à la croix : ce qui marqUe ^U'il >eit ehcore ici liotré
. (0 Luc, xxii. 19, ao. — (*) Matth. xsvi. 96. ^ '
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victime, qu^il y est encore offert^ quoique d*ane autre manièi*e. Âiosi ce tei^me : donné pow vous : se 4it de Jësus-Christ sur la croix , et se dit de Jésus- Christ dans Feucharistie : et convient à ce double état de notre Seigneur du corps présent dans ronet d^ns Fautre. Cest pourquoi le Sauveur non-senlement parle en temps présent , pour nous montrer qu*il est ici comme en la croix , se donnant actuellement pour nous : mais, encore il choisit un terme, qui convient à son sacré corps dans ces deux états. S'il avoit dit : Ceci e$t mon corps , qui est crucifié^ percé de plaies , mis à mort pour vous ; on ne pourroit pas dire , que cela lui convient dans Teucharistie : car il n*y meurt plus : et il faudroit expliquer nécessairement et uniquement : Ceci est ce même corps j qui sera mis en croix pour vous, et y rendra le dernier soupir pour votre salut. Mais il a dit: Ceci est mon corps donné : cela convient à ses deux états; ce corps est donné à la croix ; ce corps est encore donné dans l'eucharistie : et dans Fun et dans Fautre état y donné pour vous. Dès-là qu'il est dans Feucharistie pour vous y être donné, il est donné pour vous : avant que de vous le donner à manger, la parole de Jésus-Christ le rend présent: et, cette présence est encore pour vous. Jésus-Christ est présent pour vous devant son Père ; il se présente pour vous , il s*oifre pour vous ^ et sa présence seule est pour vous une intercession tpute-puissante.
Voilà donc ce qu'opère dans Feucharistie ce précieux terme : Ceci est mon corps donné.
Mais peut-être que les autres termes, rapportes par les écrivains sacrés , n'ont pas été prononcés
SUR L^ÉYAITGILB. 643
avec le même choix ., et ne conviennent pas également aux deux états de la présence de Jésus-Christ. Voyons , lisons , méditons : Ceci est mon sang répondu : il est répandu sur la croix; mais n'est-il pas encore répandu dans le calice? N'y a-t-il pas dans ce calice de quoi faire à Dieu pour notre salut la plus salutaire effusion qui fut jamais ? Ce sang est là pour être répandu sur les fidèles; il est là en état d'être répandu y et sous la forme d'une liqueur, dont le propre est de se répandre. Ce sang qui a été ré^ pandu à la croix , et qui a coulé de toutes les veines rompues du Sauveur; coule encore dans ce calice de toutes ses plaies , et principalement de celle du sacré côté. C'est pour cela que nous mêlons ce ca* lice d'un peu d*eau y en mémoire de l'eau qui coula du côté ouvert y avec le sang. Seigneur Jésus, vous êtes la parole, et vos paroles sont prononcées avec un choix digne de vous. En disant ; Ceci est mon sang répandu pour vouSj en temps présent; vous me marquez que non • seulement il est répandu pour moi sur la croix, mais encore qu'il se répand pour moi , et pour la rémission de mes péchés dans ce calice ; pour m'en assurer , pour me l'appliquer, pour continuer éternellement l'intercession toute^uissante que vous faites pour moi par ce sang.
Continuons à ruminer ces saintes paroles : Ceci est mon corps donné pour vous, avons -nous lu dans saint Luc : mais le mot que saint Paul a mis en la place est celui-ci : Ceci est mon corps rompu, pour vous (0 ; mais que veut dire ce terme , selon
(0 /. Cor, XI. a4- Grœc.
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l'usage de la langue sainte ? Isaïe noua Fa expU({iié par ces paroles : Romps ton pain à cebd qm < JiumiO : donne -lui ce pain , fais-lui-en part : saint Paul explique donc bien : Ceci est mon corps donné pour vous : par : Ceci est mon corps rompu pov ^ous. Ce corps est mis en état de nous être donné, de nous être distribué , de nous être rompu dans Teucharistie ; et dès qu'il est mis dans cet état , 3 est déjà rompu et donné pour nous , dans la des« tination , et par la parole de Jésus-Christ. Mais ce même terme a aussi son rapport au corps en croix, au corps froissé de coups et percé de plaies, sus* . pendu à une croix dans un état si violent , où son sang ruisselle de tous côtés de ses veines cruellement rompues. Le mot de rompre convient donc encore aux deux états , et à celui de Jésus-Christ à la croix, et à celui de Jésus-Christ dans reacharistie : le coi*ps est donné dans Fun et l'autre état ; il est rompu dans Tun et Fautive. Il en est de même du sang. Le corps est partout donné pour nous , il est partoot notre victime : le sang est partout versé pour nons ; il a coulé pour nous sur la croix y il coule encore pour nous dans la coupe sacrée.
Mon Sauveur , quel sacrifice ! mon Sauveur, encore un coup , que de douceur à méditer votre parôle! J*y trouve toujours de nouveaux goûts comme dans la manne : votre corps et votre sang sont mon oblation , mon sacrifice , ma victime ^ et sur la croix et sur la sainte table : et comme la croix cette table est un autel. Ha vraiment, ce que dit saint Paul est bien véritable! Nous ayons un autel, dont ceux qui de-