LXI.' JOUR
L'eucharistie est le sang du nouyeau Testament.
Matth. XXVI. a8.
Je reviens aux paroles de Tinstitution avec unnouveau goût y et j'y trouve ce mot qui me touche : Ceci est mon sang du nouveau Testament (3). Je trouve, dans ce mot de Testament, je ne sais quoi qui me frappe, qui m'attendrit. C'est ici un testa>» ment : c'est l'assurance de mon héritage; mais il faut qu'il en coûte la mort à celui qui le fait. J'ouvre encore la divine épttre aux Hébreux , et j'y trouve ces paroles : Partout oii il j" a un testament > il faut çue la mort du testateur s'y rencontre : car le Ustament est confirmé dans la mort; et il n'a pas sa valeur, tant que le testateur est en vie : c est pourquoi l'ancien Testament même n'a pas été consacré sans sang. Car après que Moïse eut lu le commandement de la loi à tout le peuple , il prit du sang de la victime, et le jeta sur le livre même, et sur tout le peuple , en disant : C'est ici le sang du Testament que le Seigneur a fait pour vous (4). Je vois donc l'héritage céleste donné par testament aux enfans de Dieu.
(») Heb, XIII. 10. — W Ibid, ix. ii. — (^ Bfatth. xxYi. a8. — (A) Heb, IX. i6, 17, tUs,
646 ntniT knouts
J&usdirist est le testateur : il faut qo*il meure; le testament n'est valable et ne reçoit sa dernière force que par la mort du testateur; jusque-là 3 est sans effet; on le peut même changer : ce qui le rend sacré et inviolable; ce qui lui donne son plein et entia eflfèt y et saisit Fhéritier de tout le bien qui lui a^ laissé par le testateur , c'est sa mort. Et tout cda s^accomplit parfaitement en Jésus-Christ, qui meurt ,pour nous assurer notre héritage. C*est pounp» Tancien Testament, qui devoit être la figure da nouveau, n*a pas été consacré sans sang : toat le peuple, et le livre même de la loi , où la promesse de lliéritage étoit renfermée , est sanctifié par faspersion de ce sang : tout est ensanglanté , et le caractère de mort paroît partout : et Moïse , en jetant ce sang sur le livre de Talliance, lui donne le caractère de testament; en disant, selon que Ftnterprète saint Paul : Cest ici le sang du Testament^ quefaà le Seigneur à votre a\Hintage{^) : ce que Jésus accomplit en disant aussi : Ceci est /e sang, non de Taneien Testament, mais du noui^au.
Ce qui paroît donc en ces paroles, et par le rapport qu'elles ont avec les anciennes figures, c'est que le sang de Jésus-Christ versé à la croix, el versé d'une manière très -réelle et très -véritable, quoique différente de celle-là, est le sang du nou- %feau Testament; c'est-à-dire, le sang versé pour lui donner toute sa force. Il y a des testamens dont la loi est quils sont écrits de la main du testateur; mais la loi du testament de Jésus-Christ, c'est qu il devoit être confirmé , et comme tout écrit de son
(0 Hcb, IX. 20.
suit l'étangile* 647
sang. L'instrument de ce testament ^ et Tacte oh il est écrit y c'est Feucharistie. Les promesses de Jésus- Christ et du nouvel héritage , nous sont faites par la jnort de Jésus-Christ, qui nous tire par-là de Tenfer, et nous assure le ciel; et Tacfte où cette promesse est rédigée y Fiiistrument où la volonté et la disposition de notre Père est écrite; cet acte ,. cet instrument est tout écrit de son sang : son testament , en un mot. c'est Feucharistie.
Qui donc ne seroit ému en entendant tous les )Ours ces paroles du Sauveur : Ceci est mon sang du 'nouveau Testament : ou , comme le tourne saint Luc : Ce calice est le nouyetiu Testament par mon sangi^)^ qu'il contient; parce que telle est la nature de ce testament, qu'il doit être écrit] tout entier du sang même du testateur. Venez lire, chrétiens, venez lire ce testament admirable : venez en entendre la publication solennelle dans la célébration des saints mystères; venez jouir des bontés de votre Sauveur ,1 de votre Père , de ce divin testateur qui vous achète par son sang votre héritage, et qui écrit encore de ce même sang le testament par lequel il vous le laisse. Venez lire ce testament : venez posséder; venez jouir : l'héritage céleste est à vous.
(0 Luc, zxu. ao«
^48 MÉDITATIOnS
LXIL* JOUR.
C^esL Ifi nouyeau Testament par le sang de noire
Seigneur. •
Ce calice est lé nou\^equ Testament par mon sang •' c*est ainsi que saint Luc et saint Paul (0 toùmeat ce- que rapportent saint Matthieu et saint Marc : Ceci est le sang du nouveau Testament.
Il n'y a pas lieu de douter, que les paroles prononcées par Jésus-Christ en. donnant squ corps, ne soient celles-ci : Ceci est mon corps ; puisque tous ceux qui ont écrit cette institution , saint Matthieu, saint Marc , saint Luc et saint Paul le rapportent dans ces mêmes termes.
Il n*y a non plus lieu de douter que Jésus-Christ n ait consacré son sang avec la même façon de parler, dont il a consacré son corps, c'est-à-dire, comme le rapportent saint Matthieu et saint Marc : Ceci est mon sang du nous^eau Testament (^}. Mais comme il y avoit quelque chose de particuUer à considérer dans ce sang du nouveau Testament , et qu'il y falloit entendre que ce sang versé pour nous sur la croix, et encore versé pour nous, et transformé en une liqueur dans Feucharistie, y étoit la confirmation et le témoignage certain de la dernière disposition de notre Père : saint Luc et saint Paul l'expliquent ainsi : Cette coupe est le
(0 Luc, XXII. ao. /. Cor, xi. a5. — W 3îauh, xxvi. a8. Marc. XIV. a4*
noui^eau Testament en mon sang : comme si on disoit : De même que ce papier où est écrite de la main de yotre père sa dernière volonté , est son testament, ainsi cette coupe sacrée est le testament de Jésus-Christ par son sang qu'elle renferme , et dont la dernière disposition devoit être écrite.
Il n y a donc rien de plus simple , que les paroles dont Jésus-Christ a usé; Ceci est mon corps : Ceci est mon sang du nouveau Testament: il n*y a là aucune figure ; et tout y est véritable au pied de la lettre. Dans ces paroles de saint Luc et de saint Paul , ou plutôt dans ces paroles de Jésus -Christ; ainsi que ces deux écrivains sacrés les ont tournées : Cette coupe est le nouveau Testament par mon sang^ il y a une façon de parler un peu plus tournée , aisée toutefois et du discours familier , et semblable à celle qiû appelle du nom de testament ^Tinstrument oîi est déclarée la dernière volonté du testateur. Mais en même temps la vérité du sang est marquée avec une force particulière : car il y est expressément marqué y que si la coupe qu'on nous présente est le testament de Jésus -Christ; si elle est l'instrument sacré où sa dernière disposition est marquée ; c'est par le sang de Jésus-Christ qu'elle contient; à cause que ce testament , comme on vient de voir , étoit de nature à être écrit , non pas de la propre main, mais du propre sang du testateur. Et les paroles de saint Luc marquent ce sens évidemment. Car à les traduire mot à mot, selon qu'elles se trouvent dans l'original , il faut rapporter ces mots, répandu pour vous, non pas au sang, mais à la coupe ; et on les doit traduire ainsi : cette coupe versée pour vous ,
6'JO 1IÉDITAT10N&
est le noui^eau Testament par mon sang : ce nest pas seulement le sang qui. est versé pour vous; cest la coupe y au même sen^ qu'on dit tous les joors » quand une liqueur est répandue , que le vase oiielle étoit est répandu. Entendons donc aussi que cette coupe est ici répandue pour nous; c*est-à-dire , que le sang qu'elle contient n'est pas seulement répandu pour nous à la croix ; mais qu'en tant qu'il coule encore dans cette coupe , et qu'il en découle sur nous, c'est encore une effusion qui se fait pour notre salut, et une oblation véritable.
Rendons grâces à Jésus-Christ y qui nous a expliqué en tant de sortes et d'une manière si expresse , le sacriûce qu'il continue à offrir pour nous dans l'eucharistie. Voyons -y encore couler pour nous le sang de la rédemption en vérité comme sur la croix , quoique sous une forme étrangère. Il est puissant pour opérer tout ce qu'il a dit: son sang est ici; cette coupe en est pleine ; il s'y répand tous les jours pour nous; c'est de ce sang qu'est écrit le testament de notre Père. Et quel est ce testament ? sinon celui dont il est écrit : Cest ici le testament que je ferai a\^ec eux: je mettrai ma loi dans leurs cœurs ^ et je t écrirai dans leur esprit, et je ne me souviendrai plus de leurs pécliés (0.
Et pourquoi nous léguer par testament la rémission des péchés y si ce n'est pour lever l'obstacle qui nous empêche d'entrer dans le ciel, qui est notre véritable héritage? Et pour4Uoi faire cela par un testament y si ce n'est poumons faire souvenir que pour être en droit de nous léguer cet héritage cé-
' (0 Jerem. xxxi. Si, 35, ^\. Htb, ▼m. 0, etsetf. x. i6, 17.
SUR L*ÉyAVGILE. 65 f
leste j il en devoit coûter la vie à celui qui nous le léguoit par testament ? Et pourquoi nous donner le sang du nouveau Testament ; ou , comme le tournent saint Luc et saint Paul , pourquoi nous donner ce testament scellé , confirmé , écrit avec le sang du testateur, sinon pour appuyer notre foi et enflammer notre amour? Qui ne seroit attendri, en voyant un testament écrit de cette sorte ? Que Théritage est grand , qui nous est légué par un testament si auguste, si précieux ! Qui auroit le cœur si endurci,'qui voyant ruisseler encore de cette coupe sacrée le sang de ce testament , par lequel nos péchés sont lavés, ne les auroit en horreur, et n*en déracineroit jusqu'aux moindres restes, à la vue et par la vertu de ce sang ?