‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 20 sur 189 · VI. 12, l^y i · texte numérisé non relu

VI. 12, l^y i

PARDoyifEZ'irous comme nous pardonnons, Cest une chose admirable comment Dieu fait dépendre le pardon que nous attendons de lui , de celui qu'il nous ordonne d'accorder à ceux qui nous ont of-fcnsés. Non content d'avoir partout inculqué cette obligation , il nous la met à nous-mêmes à la bouche dans U prière journalière ; afin que si nous manquons à pardonner y il nous dise comme à ce mauvais serviteur : Je te juge parla propre bouche , nusU' pais sen^iieur (0. Tu m'as demandé pardon , à cou* dition de pardonner : tu as prononcé ta sentence , lorsque tu as refusé de pardonner à ton frère. Vast-en au lieu malheureux , où il n'y a plus ni pardon^ ni miséricorde.

C'est ce que Jésus-Christ appuie en cet endroit ; et c'est ce qu'il explique encore d'une manière terrible dans la parabole du serviteur rigoureux.

(0 Zhc. XIX. ^2*

SUR l'étargilb. 67

XXVIL* JOUR.

Ne nous induisez point en tentation : mais déliifrez'* nous du mal. Matth. vi. i3.

Ne nous induisez point en tentation. On ne prié pas seulement pour s'empêcher de succomber à la tentation, mais pour la prévenir , conformément à cette parole: F^eillez et priez ^ de peur que vous n'entriez en tentation (0. Non-seulement de peur que vous n'y succombiez, mais de peur que vous n'y entriez.

Il faut entendre par ces paroles la nécessité de prier en tout temps , et quand le besoin presse, et avant qu'il presse. N'attendez pas la tentation ; car alors le trouble et l'agitation de votre esprit vous empêchera de prier. Priez avant la tentation , et prévenez l'ennemi.

Dieu ne tente personne, dit saint Jacques (^). Ainsi lorsque nous lui disons : Ne nous induisez point en tentation ; visiblement il faut entendre : ne permettez pas que nous y entrions. C'est aussi comme parle saint Paul (3) : Dieu est Jidele en ses promesses ; et il ne souffrira pas que vous soyez tentés par-' dessus vos forces ; mais nos forces consistent principalement dans nos prières.

Délivrez- nous du mal. L'Eglise explique : délivrez-nous de tout mal , passé, présent et à venir. Le mal passé , mais qui laisse de mauvais restes , c'est

(0 Matûi. XXVI. 4i- —C») /oc. 1. 13. — (3) /. Cor, x. i3.

le péché commis ; le mal présent , c'est le péché où nous sommes encore : le mal à venir est le péché que nous avons à craindre. Tous les autres maux ne sont rien qu autant qu'ils nous portent au péché par le murmure et Timpatience. C'est principalement en cette vue que nous demandons d'être délivrés des autres maux.

Délwrez-nous du mal. Délivrez-nous du péché et de toutes les suites du péché; par conséquent de la maladie y de la douleur, de la mort; afin que nous soyons parfaitement libres. Alors aussi nous serons souverainement heureux.

Une auti*e version porte : Délwrez^nous du mau^ {fais; c'est-à-dire 9 du démon notre ennemi, et de toutes ses tentations.

Quand nous demandons des forces contre la tentation y ce n'est pas seulement contre le démon , c'est encore contre nous-mêmes , selon ce que dit saint Jacques : Chacun est tenté par sa propre concupis" cence ^ qui l'attire et qui l'emporte (0 : c'est la grande tentation , et le démon même ne nous peut prendre que par celle-là. Quelle est donc notre foiblesse, puisque nous sommes nous-mêmes nos plus grands ennemis ! Et nous ne craignons pas ! et nous donnons ! et nous négligeons notre salut ! et nous ne concevons pas la nécessité de prier!

<')/ac. 1.14-

Sun L^ÉVAlfGlLE. 69

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